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Gestion de patrimoine : l’ISR est-il vraiment rentable ?

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La réalité bat souvent en brèche les idées reçues : oui, le monde de la finance est de plus en plus tourné vers une économie responsable. Les gérants d’actifs misent dorénavant sur les investissements socialement responsables (ISR). Mais avec quels résultats ?

La nouvelle boussole du monde de la finance porte trois lettres : les fameux critères ESG (environnementaux, sociaux et gouvernance) ont supplanté les indicateurs purement financiers dans les bilans et les audits et permettent d’évoluer précisément la démarche RSE des entreprises. Désormais, les entreprises se transforment, elles ont besoin d’investissements responsables pour les accompagner dans cette démarche. 

Ces dix dernières années, les ISR ont été disséqués pour déterminer s’ils sont aussi rentables que les investissements classiques. La conclusion n’est pas absolue, mais une tendance se dégage : oui, les investissements socialement responsables peuvent présenter des performances remarquables.  « Il y a eu des centaines, voire des milliers de travaux qui ont cherché à creuser les questions de corrélation entre performance financière et performance extra-financière, assure Nicolas Mottis, professeur à l’Ecole polytechnique. Certains montrent que la corrélation est positive, d’autres qu’elle est négative, d’autres encore qu’il n’y en a pas. Mais aujourd’hui, il y a quand même un relatif consensus qui aboutit à la formulation suivante : il est tout à fait possible d’avoir de la performance ESG sans forcément dégrader la performance financière. » De ce constat, les fonds d’investissement en sont persuadés : cibler des entreprises déjà impliquées dans l’ESG et les accompagner dans leur développement sont les pistes d’avenir les plus prometteuses. 

Investissement en 2022 : cap sur l’ISR  

Aujourd’hui, en 2022, la planète entière parle d’investissement responsable et de transition écologique. L’ISR s’inscrit en effet dans la réalisation des grands projets politiques mondiaux, comme les ODD des Nations unies pour la neutralité carbone d’ici 2050. Même les grandes entreprises pétrolières s’y convertissent, poussées par les fonds d’investissement. « Dans le secteur énergétique, les grands groupes pétroliers sont poussés à réduire leur empreinte carbone, non seulement parce que la réglementation se durcit, mais aussi parce que les fonds et autres investisseurs se sont fortement engagés à ce sujet, souligne Ophélie Mortier, responsable Stratégie ISR chez le gérant d’actifs indépendant Degroof Petercam AM. « Il y a environ quatre ans, plusieurs résolutions sont passées aux assemblées générales des majors pétrolières. Alors que jusqu’en 2016, des résolutions proposées par des actionnaires minoritaires en faveur de davantage de transparence, ou de changements de stratégie climatique, ne donnaient pas grand-chose. » Ces impératifs sont devenus incontournables. En France, la dimension ESG occupe elle aussi tout le terrain : selon un sondage Ifop, 59% des Français accordent aujourd’hui une place aux impacts environnementaux et sociaux dans leurs décisions de placement. 

Sur la scène internationale, certains fonds d’investissement et de capital-investissement ont été des pionniers des placements responsables. Par exemple, le fonds de capital-investissement Ardian – nº1 français et européen du secteur avec 141 milliards de dollars d’actifs sous gestion – s’est même fait une spécialité des investissements dans les énergies vertes ou dans les projets liés à la santé ou à la haute technologie. Car les secteurs d’avenir sont là, avec leur promesse de rentabilité. Pour Ardian – qui investit uniquement dans le non coté en bourse –, le futur des entreprises se décline donc selon les critères ESG. « Nous communiquons non seulement sur la manière dont les critères ESG sont pris en compte à chaque étape de nos activités d’investissement en Expansion, Mid Cap et Infrastructure, explique Candice Brenet, responsable de la Sustainability d’Ardian, mais aussi sur les principales problématiques environnementales et sociales identifiées dans chaque société du portefeuille, et sur les mesures que les participations prennent pour y répondre. Un degré de détail encore rare dans l’industrie du private equity. […] Nous veillons à continuellement améliorer nos pratiques – notamment dans un contexte où les attentes vis-à-vis des sociétés de gestion sont de plus en plus fortes – et à démontrer la contribution positive de nos activités d’investissement sur le plan sociétal. » Car c’est bien cette contribution positive que les entrepreneurs cherchent à mettre en exergue, et que les investisseurs ont envie de promouvoir en plaçant leurs capitaux. Et la rencontre des deux semble bien fonctionner : en 2021, Ardian par exemple a battu un record de levée de fonds avec 16,8 milliards d’euros. 

Cette vision responsable de l’investissement séduit de plus en plus, gros investisseurs comme particuliers. Selon le rapport OpinionWay intitulé Les Français et les placements responsables réalisé pour l’AMF (Autorité des Marchés Financiers), 72% des épargnants optant pour des placements responsables ou durables sont satisfaits.  

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Les critères ESG limitent les risques 

Les banques françaises ont elles aussi pris le train des investissements responsables en marche. Chez BNP Paribas, par exemple, la filiale Portzamparc est entièrement dédiée à ces investissements, principalement dans les entreprises cotées en bourse. Et le retour d’expérience semble très positif, à en croire Nicolas Otton, directeur général de BNP Paribas Banque privée et président de Portzamparc : « Les faits parlent d’eux-mêmes : les entreprises qui intègrent les critères ESG sont beaucoup plus nombreuses à performer et à surperformer, que les autres entreprises. Cela tient à plusieurs facteurs qui ne sont d’ailleurs pas que financiers. D’abord, ces entreprises ont des salariés qui montrent un engagement dans leur travail plus élevé. C’est la conséquence de choix de gouvernance, de transparence de l’information et d’une qualité de vie au travail. Ensuite, il y a la politique sociale autour de la diversité. Cela amène une certaine richesse dans l’entreprise qui se trouve plus en phase avec l’évolution de la société. Cela génère de l’attractivité autour de la marque. À long terme, l’image de la marque s’améliore, et son profil de risque diminue. » 

Comme dans tout type d’investissement, la question du risque reste centrale dans les paramètres de l’ISR. Si les risques environnementaux et sociétaux sont généralement facilement identifiables, l’aspect ‘gouvernance’ est plus délicat car parfois asymétrique. « Sur la gouvernance par exemple, ce qu’on montre assez clairement, c’est que quand tout va bien, une bonne gouvernance n’est pas nécessairement un facteur de surperformance, reprend Nicolas Mottis. Mais par contre, quand il y a une situation de crise, le fait d’avoir une bonne gouvernance peut être un facteur puissant de réduction des risques, donc de surperformance relative. Ces effets sont donc variables et il est difficile d’avoir un discours général sur le fait que grâce à une bonne politique ESG, on va forcément réduire les risques. Cela dépend beaucoup des facteurs pris en compte et des business modèles, du management… »

L’anticipation des risques est aujourd’hui devenue essentielle, et les garde-fous intrinsèques à l’investissement responsable restent les meilleurs garants de la sécurité de ces investissements. Car l’objectif final, comme dans le monde de la finance classique, reste la rentabilité et la plus-value en cas de cession : « Ce qui nous intéresse, c’est d’accompagner les entrepreneurs dans leur croissance, explique François Jerphagnon, responsable de l’activité Expansion d’Ardian. D’abord croissance organique : historiquement, nos sociétés ont cru de 10% en moyenne, année après année, en termes de chiffre d’affaires. Ensuite, le deuxième moteur, c’est la croissance externe qui renforce la valeur stratégique des entreprises. Et pour nous, cette valeur stratégique est un critère très important : elle constitue l’attractivité de la société le jour où l’on veut en sortir, ce qui nous permet de faire un arbitrage de multiples et de vendre plus cher la société que celle dans laquelle nous sommes entrés. » 

Entre critères financiers et extra-financiers, l’ISR semble bien répondre aux attentes du nouveau monde : mêler efficacement éthique et profit est non seulement possible, mais constitue un élément de différenciation majeur à l’égard des clients des entreprises ayant fait le choix des critères ESG, et à l’égard des investisseurs. Alors oui, les ISR sont rentables. Et à plus d’un niveau. 

André Garcin, Ancien cadre territorial, spécialiste dans l’accompagnement et le développement des PME

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