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De l’origine des espèces

De l’origine des espèces, de Kim Bo-Young – Éditions Rivages, 4 mars 2026 – 288 pages (traduction du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi )

Dans un futur dominé par les machines, des robots redécouvrent l’existence des organismes biologiques et tentent de les ramener à la vie, provoquant « un miracle scientifique ». C’est dans ce cadre que s’inscrit De l’origine des espèces, de Kim Bo-Young, pour son deuxième roman traduit en français. L’auteure, championne de la science-fiction coréenne, a déjà publié dans plusieurs pays et a été sélectionnée pour le National Book Award. Ce roman de science-fiction propose une réflexion profonde sur le vivant, la conscience et la place de l’humanité dans l’évolution, en reprenant de manière détournée le titre du célèbre ouvrage de Charles Darwin.

L’histoire se déroule dans un monde dans lequel les humains ont disparu, laissant derrière eux des machines autonomes. Celles-ci, animées d’une forme d’intelligence et de curiosité, entreprennent de comprendre ce qu’était la vie biologique. En tentant de recréer des organismes, elles se heurtent à une question fondamentale : qu’est-ce que le vivant ? À travers leurs expérimentations, les robots finissent par produire une forme de vie, mais ce « miracle » scientifique soulève des interrogations philosophiques et éthiques majeures. Le récit adopte un point de vue original, celui d’entités non humaines qui cherchent à appréhender une réalité qu’elles n’ont jamais connue.

Le roman se distingue par son approche conceptuelle et poétique. Plutôt que de proposer une intrigue riche en actions, Kim Bo-Young privilégie une narration introspective et fragmentée, qui invite le lecteur à réfléchir. Le texte explore des thèmes essentiels tels que l’évolution, la mémoire, la transmission et la définition même de la vie. En inversant les rôles — les machines devenant les observateurs du vivant –, l’autrice propose une mise à distance qui permet de mieux interroger notre propre condition.

L’un des aspects les plus marquants de l’œuvre est sa réflexion sur la continuité entre l’humain et la machine. Le roman suggère que les robots, en cherchant à recréer la vie, reproduisent en réalité une forme d’élan créateur comparable à celui de l’évolution naturelle. Ainsi, la frontière entre le biologique et le technologique devient floue, et l’idée d’une évolution strictement humaine est remise en question. Cette perspective ouvre sur une vision élargie de l’évolution, qui ne se limiterait pas aux organismes vivants tels que nous les connaissons.

Par ailleurs, le texte porte une dimension mélancolique, liée à la disparition de l’humanité. Les machines apparaissent comme les héritières d’un monde perdu, tentant de reconstituer ce qui n’existe plus. Cette quête donne au récit une tonalité à la fois scientifique et existentielle, où la reconstruction du vivant devient aussi une manière de donner un sens à leur propre existence.

L’idée principale du roman repose sur une interrogation fondamentale : la vie est-elle une propriété strictement biologique ou peut-elle émerger ailleurs, sous d’autres formes ? À travers cette question, Kim Bo-Young invite le lecteur à repenser la notion d’évolution et à envisager que l’intelligence et la création ne soient pas l’apanage de l’humanité. En mettant en scène des machines capables de recréer le vivant, l’autrice suggère que la vie pourrait être un phénomène plus universel qu’on ne l’imagine.

De l’origine des espèces dépasse les codes traditionnels de la science-fiction pour proposer une méditation sur le vivant, la mémoire et l’héritage. En explorant un futur dans lequel l’humain a disparu, le roman nous renvoie paradoxalement à des questions profondément humaines, et rappelle que comprendre la vie, c’est aussi chercher à comprendre ce que nous sommes.

Kim Bo-Young, née en 1975 en Corée du Sud, est l’une des auteurs de science-fiction les plus marquantes et les plus importantes de sa génération. Son œuvre a remporté trois fois le South Korean SF Novel Award et a été traduite aux États-Unis. Elle a également été consultante pour le film Snowpiercer de Bong Joon-ho.

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