Déjà inscrit ou abonné ?
Je me connecte

rejoignez gratuitement le cercle des lecteurs de UP’

Il vous reste 2 articles gratuits

abonnez-vous pour profiter de UP’ sans limite

La ferme de Cagnolle

La ferme de Cagnolle – Agrorecyclerie et maraîchage sur sol vivant, de Benoît Le Baube et Alexia Detry – Illustrations de Venitia Teida – Préface de Miguel Benasayag – Editions Delachaux et Niestlé, 24 octobre 2025 – 240 pages

À la fois manifeste pour le respect de la terre et guide pratique, cet ouvrage propose d’appréhender les problèmes agricoles actuels et de comprendre la nécessité de se tourner vers une agriculture du vivant.

Pour mener cette révolution agraire, jardiniers, maraîchers et autres lecteurs découvriront dans ce livre les méthodes d’agriculture développées depuis 16 ans par la Ferme de Cagnolle. Ainsi, les auteurs questionnent notre agriculture et ses fondements philosophiques. Ils proposent, entre autres, une synthèse de l’agronomie sur sol vivant dans un ouvrage agrémenté des illustrations de Venitia Teida, de photographies et d’itinéraires techniques.

Un livre “de terrain” qui assume une ambition politique

Les auteurs ne proposent pas seulement un manuel de techniques maraîchères : ils cherchent à installer l’idée qu’un autre paradigme agricole est déjà praticable, et qu’il doit “urgemment se généraliser”. La quatrième de couverture fixe d’emblée la ligne : démontrer qu’on peut produire “des légumes de qualité, en quantité”, avec un “impact environnemental positif”, sans dégrader ni polluer les sols, et ouvrir ainsi la perspective d’une “révolution agraire” régénérative.

Ce positionnement est important, car il déplace le débat : au lieu d’opposer “écologie” et “productivité”, le livre tente de rendre désirable et crédible une agriculture “aggradante” (qui améliore le sol) tout en restant concrète et outillée.

Pourquoi ne pas profiter d’une lecture illimitée de UP’ ? Abonnez-vous à partir de 1.90 € par semaine.

Architecture : une progression du diagnostic vers l’itinéraire technique

L’extrait éditeur donne un sommaire très révélateur : après PRÉFACE, viennent CONSTAT, puis CHANGEONS LA LOGIQUE AGRONOMIQUE, avant des chapitres thématiques (carbone, bâche plastique, santé des plantes, eau, semences), puis LES ARBRES, et enfin une large partie LES ITINÉRAIRES DE CULTURE (comment démarrer, première année, semis directs, repiquages, etc.), suivie d’une CONCLUSION (incertitude, “Et si on parlait compta ?”) et d’ANNEXES incluant notamment “Suicide rural” et “Travaux cités”.

Autrement dit, le livre est construit comme un pont :

  • d’un côté, une lecture systémique (écologie, économie, impasses institutionnelles) ;
  • de l’autre, un “mode d’emploi” détaillé, suffisamment structuré pour servir de base à l’action.

Cette charpente est une force : elle évite le double écueil du récit inspirant sans méthode, ou du manuel technique sans vision.

La préface Benasayag : le cadre philosophique (et la couleur du livre)

La préface prend la forme d’une discussion, et elle n’est pas décorative : elle sert d’ossature intellectuelle. Benasayag insiste sur le paradoxe contemporain : tout le monde “a conscience” des dégâts, mais le système produit l’inverse de ce qu’il prétend faire ; et il invite à abandonner la recherche de “solutions” totales, parce que cette pensée linéaire ferait “partie du problème”.

Ce cadrage éclaire la tonalité générale : la Ferme de Cagnolle est présentée comme un exemple d’agir situé (restreint mais intensif), plutôt qu’un modèle à plaquer partout. Dans une littérature agroécologique parfois portée à l’utopie, cet ancrage dans la complexité (et même dans “l’incertitude”, annoncée en conclusion) donne au propos un relief particulier.

“Agrorecyclerie” : un concept pour relier agriculture et société des déchets

Le terme “agrorecyclerie” n’est pas qu’un mot-valise marketing : la ferme revendique explicitement l’idée d’ancrer les pratiques agricoles dans le contexte d’une société de (sur)consommation et de transformer des “déchets” en ressources pour “créer la vie”. Le site de la ferme (qui explicite le concept) insiste sur un double mouvement : réintégrer la matière organique dans les cycles du vivant, et développer un état d’esprit de récupération/valorisation des ressources.

Dans le livre, cette logique se traduit par la centralité du carbone, de la gestion de la biomasse, et plus largement d’un système de fertilité où l’on cherche à nourrir le sol pour nourrir la plante. Même sans entrer dans chaque protocole, l’intuition directrice est claire : l’autonomie ne se décrète pas (slogans), elle s’organise (flux de matière, eau, semences, arbres, itinéraires).

Pour lutter contre la désinformation et privilégier les analyses qui décryptent l’actualité, rejoignez le cercle des lecteurs abonnés de UP’

La partie “itinéraires” : là où l’ouvrage se rend utile

La grande section “LES ITINÉRAIRES DE CULTURE” (semis directs selon taille de graines, bulbilles/caïeux, repiquages en godet/minimottes/plants, patates douces…) signale une volonté de standardiser l’expérience sans la simplifier à outrance.

C’est souvent ce qui manque aux débats sur le “sol vivant” : on adhère aux principes (couverture, non-travail, biologie), mais on se heurte au comment (démarrage, premières années, échecs typiques, arbitrages). Le livre semble vouloir répondre précisément à cette zone grise en proposant des séquences, des repères, et une logique de décision.

Les points les plus convaincants

  • Cohérence “du sol au politique” : l’ouvrage lie pratiques agronomiques et critique du modèle dominant (subventions, contradictions, récit productiviste), sans faire semblant que la technique suffira à elle seule.
  • Une pédagogie structurée : sommaire progressif, chapitres “problèmes” (eau, santé des plantes) puis “solutions situées” (itinéraires).
  • L’acceptation de l’incertitude : annoncée en conclusion, elle crédibilise l’approche “expérimentale” (l’inverse d’une recette miracle).

La ferme de Cagnolle se lit comme un manuel engagé : un livre qui tente de prouver par l’exemple qu’une agriculture du vivant peut être à la fois productive, régénérative et pensée comme un système (matière, eau, semences, arbres, itinéraires). Sa singularité tient à l’articulation entre une philosophie de l’agir (Benasayag) et une formalisation technique suffisamment détaillée pour devenir actionnable.

À 23 ans, Benoît Le Baube lâche ses études d’économie et part s’installer à la ferme de Cagnolle. Une chose est sûre, les théories néolibérales ne l’ont pas convaincu. Il ne veut plus de compromissions et cherche à pousser au bout sa quête d’autonomie. Sans bagages agricoles, il apprend tout sur le tas. Il expérimente et se documente constamment sur ces autres formes d’agriculture. Avec les résultats incroyables qu’il obtient, l’espoir de changer les pratiques agricoles le gagne. Les techniques culturales se peaufinent et prouvent qu’un autre paradigme agricole existe et doit urgemment se généraliser. La chaîne YouTube se pose en relais de toutes ces découvertes.

Alexia Detry est étudiante en journalisme quand elle découvre le travail de la ferme de Cagnolle. Le projet de ce livre prend forme au fil de sa compréhension du problème agricole et de l’urgence de porter ce discours.

S’abonner
Notifier de

0 Commentaires
Les plus anciens
Les plus récents Le plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Article précédent

Compétitivité et agriculture, l’insoutenable obsession

Derniers articles de Agriculture

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS. ET AGIR.
logo-UP-menu150

Déjà inscrit ? Je me connecte

Inscrivez-vous et lisez trois articles gratuitement. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Inscrivez-vous gratuitement pour poursuivre votre lecture.

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS ET AGIR

Vous avez bénéficié de 3 articles gratuits pour découvrir UP’.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !

A partir de 1.70 € par semaine seulement.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !

A partir de $1.99 par semaine seulement.