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Les animaux malades des humains

Les animaux malades des humains – Au procès des zoonoses, de Frédéric Keck (scénario) et Héloïse Chochois (dessin et couleur) – Editions La découverte-Delcourt, 16 avril 2026 – 128 pages

Qui est responsable des pandémies ? C’est l’heure d’un grand procès des animaux. A la barre, chauve-souris, poulet, vache, singe et vison clament leur innocence. Or l’agriculture intensive, l’élevage en batterie et urbanisation galopante favorisent l’émergence des maladies que nous redoutons. Et si le vrai coupable, c’était l’humain ? Les visons sont-ils responsables de la transmission de nouveaux mutants de la Covid-19 et de la grippe aviaire ? C’est à partir de cette question qu’un procès est organisé, au cours duquel les animaux vont raconter leurs rencontres avec les humains et tenter d’expliquer pourquoi ces rencontres ont mal tourné.
Cette fable mordante sous forme de BD, nous invite à repenser notre place parmi les autres espèces.

À travers une mise en scène originale empruntant au registre judiciaire, Les animaux malades des humains déploie un dispositif narratif aussi ludique que percutant. Le choix du procès permet de renverser les perspectives habituelles : ce ne sont plus les humains qui jugent le monde animal, mais les animaux eux-mêmes qui se défendent face à des accusations séculaires. Ce renversement, au cœur de l’ouvrage, agit comme un révélateur critique. Il met en lumière les mécanismes simplificateurs par lesquels les sociétés humaines désignent des boucs émissaires lors des crises sanitaires, tout en évitant de questionner leurs propres responsabilités.

Le scénario s’appuie sur une solide base scientifique et anthropologique, rendant accessibles des notions complexes liées aux zoonoses, ces maladies transmissibles entre animaux et humains. Loin de se limiter à une vulgarisation didactique, l’ouvrage articule savoirs scientifiques et réflexion politique. Il montre comment les transformations des modes de production — intensification agricole, destruction des habitats naturels, mondialisation des échanges — créent des conditions propices à la circulation et à la mutation des agents pathogènes. Ainsi, la pandémie n’apparaît plus comme une fatalité naturelle, mais comme le produit de choix économiques et sociaux.

Le travail graphique, à la fois expressif et pédagogique, renforce cette dimension critique. Les animaux, anthropomorphisés sans être caricaturés, incarnent des voix singulières et nuancées. Le dessin joue sur les contrastes entre humour et gravité, rendant le propos accessible sans en atténuer la portée. La forme de la bande dessinée permet également de rythmer le discours, d’alterner entre moments d’explication et séquences plus satiriques, ce qui favorise l’engagement du lecteur.

Au-delà de la question des pandémies, l’ouvrage interroge plus largement notre rapport au vivant. Il invite à dépasser une vision anthropocentrée du monde pour envisager des relations plus équilibrées entre les espèces. En ce sens, il s’inscrit dans une réflexion contemporaine sur l’écologie et la santé globale, où les destins humains, animaux et environnementaux sont profondément imbriqués.

Les animaux malades des humains se distingue par sa capacité à conjuguer rigueur intellectuelle et inventivité formelle. En transformant un sujet anxiogène en une fable intelligente et accessible, il propose une lecture stimulante des crises sanitaires contemporaines et ouvre des pistes de réflexion essentielles sur les responsabilités humaines.

Découvrir un extrait

Héloïse Chochois est née en 1991 à Bourg-en-Bresse et réside en région parisienne. Elle est diplômée de l’école Estienne depuis 2014 et obtient avec les félicitations du jury son DSAA en Design d’illustration scientifique. Les sciences suscitent depuis toujours un grand intérêt chez Héloise. C’est d’ailleurs par cela qu’elle débute en BD, avec son blog Infiltrée chez les physiciens sur lequel elle raconte ses premiers contacts avec la communauté scientifique. Elle a d’ailleurs effectué plusieurs stages auprès de cette communauté afin d’alimenter ses écrits : au Laboratoire de physique des solides de Paris Sud, au CIT Blackrock Castles Observatory d’Irlande, ou encore chez Limbs & Things à Bristol.
Depuis elle met son talent de dessinatrice aux services des sciences et signe ce premier album sur l’histoire de l’amputation, un sujet jamais encore exploité en BD. Héloise travaille également pour le magazine Infirmière Libérale Magazine, en tant qu’illustratrice. La Fabrique des corps est le second album de la collection Octopus. Elle signe avec Intelligences artificielles, son deuxième album de bande dessinée.

Anthropologue et philosophe, Frédéric Keck est directeur de recherches au CNRS, membre du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Il est notamment l’auteur de Un monde grippé (Flammarion, 2010), Les sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux aux frontières de la Chine (Zones sensibles, 2020 – Réédition Points Essais 2011) et Politique des zoonoses. Vivre avec les animaux au temps des virus pandémiques (La découverte, 2024).

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