Détruire le vivant tout en prétendant créer de la valeur : l’équation ne tient plus. Alors que près de la moitié de l’économie mondiale dépend directement des écosystèmes, les entreprises continuent d’alimenter leur dégradation. Face à cette incohérence dangereuse, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) somme le monde économique de changer de cap — maintenant — et d’assumer enfin sa responsabilité dans la protection du vivant. Car, face à l’effondrement du vivant, le monde économique ne peut plus détourner le regard. Dépendantes des écosystèmes mais aussi responsables de leur dégradation, les entreprises se retrouvent au cœur de l’équation écologique.
Et si la nature devenait la meilleure alliée de l’économie ? C’est le message porté par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), qui appelle les entreprises à changer d’échelle et à passer concrètement à l’action. La publication du dernier rapport de l’IPBES rappelle une évidence trop longtemps ignorée : sans biodiversité, pas d’activité économique viable.
Car les entreprises ne se contentent pas d’impacter le vivant : elles en dépendent profondément. Matières premières, eau, sols fertiles, régulation du climat… toute la chaîne de valeur repose sur des services rendus gratuitement par la nature. Pourtant, leurs activités continuent d’exercer des pressions majeures sur ce capital naturel.
Longtemps perçue comme un enjeu périphérique, la biodiversité s’impose désormais au cœur des stratégies économiques. La publication du nouveau rapport de l’IPBES est sans appel : les entreprises ne peuvent plus ignorer les impacts qu’elles exercent sur le vivant… dont dépend pourtant leur propre activité.
Forte de ce constat, la LPO appelle le monde économique à jouer un rôle décisif pour réduire ces pressions et déployer des solutions à la hauteur des enjeux. L’objectif : ouvrir la voie à une économie plus résiliente, plus responsable et respectueuse du vivant.
Pour Allain Bougrain Dubourg ,“Ce nouveau rapport de l’IPBES met en lumière le moment charnière auquel le monde économique est confronté : Pour les entreprises, la biodiversité doit représenter bien plus qu’un simple concept environnemental ; elle est un actif stratégique essentiel pour la durabilité et la résilience économique à long terme. Il convient que les entreprises prennent davantage la mesure de l’enjeu en s’investissant dans des actions concrètes en faveur de la nature. Elles existent, reste à passer à l’acte.”
Une dépendance économique au vivant encore sous-estimée
Acteur majeur de l’emploi, de l’innovation et de la cohésion des territoires, le monde économique est aussi au premier plan de la transition écologique. Car la nature n’est pas un décor : elle est une infrastructure vitale.
Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature et l’Office français de la biodiversité, 44 % de la valeur ajoutée brute dépend directement du bon fonctionnement des écosystèmes : qualité des sols, eau, pollinisation, régulation du climat ou encore ressources naturelles.
Pourtant, dans le même temps, l’activité économique contribue fortement à leur dégradation : artificialisation des sols, surexploitation des ressources, pollutions multiples et dérèglement climatique fragilisent le capital naturel sur lequel reposent nos sociétés.
Un modèle d’investissement à rebours
Le déséquilibre est aussi financier. À l’échelle mondiale, pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, près de 30 dollars soutiennent encore des activités qui lui sont néfastes, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement. Comme le souligne la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), “ ce paradoxe alimente une mécanique perverse : ces subventions alimentent des activités qui détruisent la base même d’une prospérité économique rentable”.
Pour la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité, ce paradoxe entretient « une mécanique perverse » : des subventions alimentent des activités qui détruisent les fondements mêmes de la prospérité économique.
À l’inverse, les solutions fondées sur la nature démontrent qu’écologie et performance peuvent aller de pair. Chaque euro investi dans la biodiversité peut générer jusqu’à 2,8 euros de bénéfices, en réduisant les risques, en renforçant la résilience des territoires et en sécurisant les activités économiques.
Agir aux côtés des entreprises, un choix assumé
Plutôt que d’opposer économie et environnement, la LPO a fait, dès le début des années 2000, le pari du partenariat. Accompagner les entreprises ne relève ni d’une complaisance ni d’un renoncement, mais d’une conviction : la transition écologique ne se fera pas sans transformer en profondeur les modèles économiques et les pratiques de celles et ceux qui façonnent les territoires.
À l’échelle nationale, l’association collabore aujourd’hui avec de grandes entreprises de l’énergie, des communications, du transport, de l’aménagement urbain ou du génie écologique. Sur le terrain, son réseau local agit également auprès de nombreuses petites et moyennes entreprises.
Des projets concrets sur le terrain
Cette coopération se traduit par des actions très opérationnelles. Diagnostics écologiques, plans de gestion, formations des équipes : la LPO transforme son expertise scientifique en solutions applicables immédiatement. Depuis plus de vingt ans, par exemple, elle travaille avec ses partenaires pour réduire les collisions et électrocutions d’oiseaux sur les lignes électriques, en identifiant les zones sensibles et en équipant les infrastructures de dispositifs anticollision.
Sur les sites d’activité, elle accompagne aussi la restauration des milieux : renaturation des espaces, gestion écologique des terrains, aménagements favorables au retour de la faune et de la flore. Des mesures concrètes qui transforment des zones industrielles ou tertiaires en véritables réservoirs de biodiversité.
La sensibilisation complète ces actions : protocoles pour neutraliser les cavités pièges, programmes de sciences participatives, ou encore engagement dans la démarche des Refuges LPO mobilisent salariés, prestataires et clients autour d’une culture commune du vivant.
Monter en compétences pour accélérer la transition
Pour aider les entreprises à franchir un cap, la LPO propose également des outils d’apprentissage accessibles à tous. En partenariat avec l’Office français de la biodiversité et le Mouvement des entreprises de France, elle a lancé le MOOC « Entreprises et Biodiversité ». Gratuit et modulable, ce parcours permet aux dirigeants et aux salariés — notamment des PME et TPE — de mieux comprendre les enjeux et d’identifier des leviers d’action concrets. Preuve de l’intérêt croissant : plus de 4 000 personnes ont déjà suivi la formation.
Pour la LPO, le message est clair : préserver la biodiversité n’est plus un supplément d’âme, mais une condition de pérennité économique. En protégeant le vivant, les entreprises protègent aussi leurs ressources, leurs territoires et leur avenir. L’heure n’est plus aux intentions. Elle est à l’action.






