Dans le fracas du monde et l’épreuve de la guerre, certains mots cherchent à tenir, à relier, à espérer. Le texte que nous publions ici s’inscrit dans cette nécessité : dire le Liban autrement, par la poésie, en faisant entendre une voix qui rassemble autant qu’elle témoigne. Comme une respiration fragile mais essentielle, il transforme la douleur en parole partagée.
Ce poème se déploie comme une litanie, porté par un refrain qui répète le nom du Liban — comme on appelle, comme on veille, comme on refuse d’oublier. Écrit pour être dit à voix haute, il invite à une expérience collective où le rythme, les échos et la musicalité deviennent autant de liens entre celles et ceux qui écoutent et ceux qui souffrent.
À la croisée de la mémoire et du présent, ce texte s’inscrit dans un projet de « témoignage pluriel », où la poésie devient un espace de rassemblement. Elle y assume une dimension presque rituelle : dire ensemble ce qui ne peut être porté seul, faire résonner une histoire blessée sans la réduire au silence.
Dans ce geste d’écriture, le Liban apparaît à la fois comme une terre meurtrie et une présence persistante, traversée par l’endurance. Le poème ne prétend ni expliquer ni consoler ; il ouvre un espace — celui d’une prière laïque, d’une résistance sensible, d’une attention partagée. Car nommer, répéter, faire entendre, c’est déjà refuser que la violence ait le dernier mot.
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« Liban, Liban, lève-toi des mers, tes montagnes appellent, tes cèdres prient.
Liban, Liban, garde la lumière, à travers les ruines, à travers la nuit.
Liban, Liban, chant du ciel, tes rivières pleurent, mais restent éternelles.
Liban, Liban, souffle de la terre, souviens-toi des blessures, souviens-toi de ta valeur.
Liban, Liban, flamme du chant, tes enfants murmurent le nom ancien.
Liban, Liban, cœur de la croix, porte le fardeau, rachète la perte.
Liban, Liban, cri de la terre, ton sol attend une main de lumière.
Liban, Liban, voix de la pluie, efface la peine, adoucit l’ennui.
Liban, Liban, prière de l’aube, ton esprit endure, ton espoir se sauve.
Liban, Liban, sauvé par le chant, l’amour est ton refuge, l’amour te rend fort.
Liban, Liban, répète ton nom, dans chaque maison, dans chaque fronton.
Liban, Liban, répète ton cri, dans chaque souffle, dans chaque vie.
Liban, Liban, répète ta foi, dans chaque pierre, dans chaque bois.
Liban, Liban, répète ton chant, jusqu’à ce que l’avenir te rende vivant. »
Samir Mattar, Bayada Lebanon 2026-04.03
Photo d’en-tête : © Solidarités International






