Une équipe internationale de l’UCLouvain et de l’Imperial College London a mis en évidence le rôle protecteur d’une molécule produite par notre microbiote intestinal. Cette découverte majeure est capable de freiner l’inflammation liée à un régime trop riche en graisse ; elle prévient la résistance à l’insuline et ouvre la voie à de nouveaux traitements contre le diabète de type 2. Avec une confirmation : Ce que nous mangeons façonne nos microbes, et certaines des molécules qu’ils produisent peuvent réellement nous protéger du diabète.
Une molécule microbienne pour contrer l’inflammation et la résistance à l’insuline
Une équipe de scientifiques de l’UCLouvain et de l’Imperial College de Londres a découvert la capacité d’une molécule microbienne à freiner les inflammations liées à un régime riche en graisse et, ainsi, à éviter la résistance à l’insuline. Cette découverte majeure ouvre la porte à la mise au point de nouveaux médicaments et traitements pour traiter le diabète. Ce que nous mangeons façonne nos microbes, et certaines des molécules qu’ils produisent peuvent réellement nous protéger du diabète.
Menée par Marc-Emmanuel Dumas (Imperial College London – CNRS Lille) et Patrice Cani (UCLouvain – invité à l’Imperial College London), avec Dominique Gauguier (INSERM, Paris) et Peter Liu (Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, Canada), l’équipe de recherche a mis en évidence un nouvel allié inattendu dans la lutte contre la résistance à l’insuline et le diabète de type 2 : un métabolite bactérien appelé triméthylamine (TMA) (1). Celui-ci parvient à stopper les inflammations déclenchées par un régime riche en graisses saturées. Les résultats sont publiés dans Nature Metabolism.
Une découverte ancrée dans 20 ans de recherche
Retour en arrière : il y a vingt ans, lors d’un postdoctorat, Patrice Cani observe qu’un régime riche en graisses entraîne la présence dans le corps de constituants bactériens (2), activant le système immunitaire et déclenchant une inflammation. Résultat : une insulino-résistance pouvant mener au diabète. Longtemps considérée comme audacieuse, cette hypothèse est aujourd’hui solidement validée par la communauté scientifique.
En 2025, les chercheurs de l’UCLouvain et de l’Imperial College London identifient enfin un moyen de contrer ce mécanisme. Le TMA, produit par les bactéries intestinales à partir de choline alimentaire (3) présente dans certains aliments, améliore le contrôle de la glycémie. Il agit comme inhibiteur naturel d’IRAK4, une protéine-clé du système immunitaire. En cas d’excès de graisses, IRAK4 déclenche normalement une inflammation pour signaler un déséquilibre. Mais lorsque l’alerte devient permanente, comme dans le diabète de type 2, l’inflammation s’emballe et provoque l’insulino-résistance.
Reprogrammer la réponse métabolique
En combinant modèles cellulaires humains, études sur la souris et criblage moléculaire, les scientifiques démontrent que la TMA se lie directement à IRAK4 et bloque son activité. Résultat : l’inflammation diminue et la sensibilité à l’insuline est restaurée. Une véritable reprogrammation des réponses métaboliques néfastes liées à une mauvaise alimentation. Fait remarquable : chez la souris, la molécule permet aussi de contrer la mortalité liée à une septicémie.
« Cette découverte montre comment la nutrition et nos microbes intestinaux peuvent agir ensemble pour produire des molécules capables de lutter contre l’inflammation et d’améliorer la santé métabolique ! », s’enthousiasme Patrice Cani.
Les chercheurs constatent également que la suppression génétique d’IRAK4 ou son inhibition pharmacologique reproduit les bénéfices du TMA. Une piste prometteuse dans le développement de nouvelles thérapies ciblant IRAK4, une protéine déjà reconnue par l’industrie pharmaceutique.
« C’est un vrai changement de paradigme », souligne Marc-Emmanuel Dumas. « Notre découverte ouvre des perspectives passionnantes pour des interventions thérapeutiques basées sur le microbiome. »
Des perspectives thérapeutiques mondiales
Avec plus de 500 millions de personnes diabétiques dans le monde, l’identification du TMA comme régulateur de l’immunité représente une avancée majeure. Stimuler naturellement sa production via l’alimentation ou développer des médicaments qui l’imitent pourrait devenir une nouvelle stratégie pour lutter contre la résistance à l’insuline.
« Ce que nous mangeons façonne nos microbes, et certaines des molécules qu’ils produisent peuvent réellement nous protéger du diabète. C’est la nutrition en action ! », conclut le Professer Cani.
Cette avancée est le fruit d’une vaste collaboration internationale impliquant des équipes en Belgique, au Canada, en Australie, en France, en Italie et en Espagne, soutenue par de nombreux financements européens (ERC, FEDER) et nationaux (MRC, Welcome Trust, ANR, FNRS, EOS, WELRi, ARC).
Un nouveau chapitre s’ouvre dans la lutte contre le diabète, là où nutrition, microbiote et innovation thérapeutique se rejoignent.
(1) Composé chimique produit ou utilisé par une bactérie lors de son métabolisme
(2) Les constituants bactériens de cette découverte proviennent de la paroi cellulaire des bactéries dites à Gram négatif
(3) Nutriment présent dans : poisson, légumineuses, choux (brocolis), œufs, noix, fromages, viandes. Elle est cruciale pour le métabolisme des graisses







