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Donner à manger – Politique d’un geste ordinaire

Donner à manger – Politique d’un geste ordinaire, de Joëlle Zask – Éditions Premier Parallèle, 12 mars 2026 – 208 pages

« Donner à manger » : ce geste omniprésent et simple en apparence engage notre responsabilité la plus fondamentale, celle de maintenir l’autre en vie et de lui permettre de mener cette vie dignement. Simone Weil parlait d’une « obligation éternelle » ; avant la justice ou le respect, il y a le pain de l’autre. Pourtant, l’humanité est malade de son alimentation. Famine, malnutrition, obésité, nourriture dégradée : des millions de personnes meurent chaque année de ce qu’ils ne mangent pas, ou de ce qu’ils mangent trop.

Dans ce nouvel essai qui conjugue philosophie et enquête sur nos modes de vie, Joëlle Zask observe l’environnement moral et matériel de situations concrètes, du biberon à la distribution alimentaire en passant par les cantines scolaires et les lieux de soin pour personnes dépendantes, mais aussi les modes de production agricole. Elle se demande comment nourrir sans empoisonner, aider sans asservir, concilier nécessité et liberté. Car trouver la bonne manière de nourrir autrui, avance-t-elle, c’est s’orienter vers une société à la fois plus juste et plus démocratique.

Dans Donner à manger, Joëlle Zask propose ainsi une réflexion profonde sur un geste quotidien que l’on croit évident, mais qui engage en réalité des enjeux éthiques, politiques et sociaux majeurs. L’originalité de son approche tient à sa manière d’articuler des situations très concrètes avec une réflexion philosophique exigeante. Nourrir n’est jamais un acte neutre : il suppose une relation à l’autre, une manière de reconnaître sa dignité, mais aussi un certain rapport au pouvoir. Celui qui donne à manger peut, selon les conditions, soutenir l’autonomie ou au contraire instaurer une forme de dépendance.

L’analyse de Zask met en lumière les contradictions de nos sociétés contemporaines, où coexistent abondance et pénurie, surconsommation et privation. Elle montre que les dysfonctionnements alimentaires ne sont pas seulement des problèmes techniques ou économiques, mais relèvent aussi de choix politiques et culturels. Les systèmes de production intensifs, la standardisation des aliments ou encore les logiques d’assistance peuvent contribuer à dégrader la qualité de l’alimentation tout en affaiblissant les individus. Ainsi, nourrir peut paradoxalement devenir une forme d’empoisonnement ou de domination si l’on ne prend pas en compte les besoins réels et la liberté des personnes.

L’un des apports essentiels de l’ouvrage réside dans la distinction implicite entre « nourrir » et « alimenter ». Alimenter renvoie à une fonction biologique minimale, tandis que nourrir implique une dimension relationnelle, sociale et symbolique. Donner à manger, dans le sens plein du terme, suppose de considérer l’autre comme un sujet capable de choix, et non comme un simple corps à entretenir. Cette idée traverse l’ensemble du livre et permet de repenser en profondeur les pratiques alimentaires, qu’elles soient familiales, institutionnelles ou agricoles.

L’essai propose également une critique des formes d’aide alimentaire qui, bien qu’animées de bonnes intentions, peuvent parfois enfermer les bénéficiaires dans une position de dépendance. Zask invite à imaginer des dispositifs qui respectent davantage l’autonomie des individus, en leur permettant de participer aux décisions qui les concernent. Cette réflexion rejoint une conception plus large de la démocratie, fondée sur la participation et la reconnaissance des capacités de chacun.

Ainsi, l’idée principale du livre est que la manière dont une société nourrit ses membres révèle ses valeurs fondamentales. Nourrir autrui ne consiste pas seulement à répondre à un besoin vital, mais à instaurer une relation juste, respectueuse et émancipatrice. À travers cette analyse, Joëlle Zask montre que repenser nos pratiques alimentaires est une condition essentielle pour construire une société plus humaine et véritablement démocratique.

Joëlle Zask enseigne au département de philosophie de l’université Aix-Marseille et est membre de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de John Dewey, elle s’intéresse aux conditions d’une culture démocratique partagée. Ses réflexions l’amènent à plonger dans des domaines aussi différents que ceux de l’éducation, l’agriculture, l’économie, l’art, les politiques publiques et bien sûr l’écologie. Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont La Démocratie aux champs (La Découverte, 2016) et, aux éditions Premier Parallèle, Quand la forêt brûle (Prix Pétrarque 2020, 2019, réédition poche 2022), Zoocities (2020), Écologie et démocratie (2022) et Se tenir quelque part sur la Terre (2023).

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