À l’orée de 2026, la recherche mondiale s’avance sur plusieurs fronts décisifs : l’intelligence artificielle aspire à devenir un véritable agent de découverte scientifique, l’humanité prépare son retour durable vers la Lune et ses premières incursions vers les lunes de Mars, tandis que les profondeurs océaniques et les tréfonds de la matière sont de nouveau convoqués pour percer les secrets de la Terre et de l’Univers. Entre promesses médicales inédites, révolutions technologiques, grandes manœuvres spatiales et tensions politiques persistantes, l’année à venir s’annonce comme un moment charnière où s’esquissent les contours de la science du XXIᵉ siècle.
L’IA au service de la science
La recherche portée par l’intelligence artificielle a franchi cette année un seuil décisif, et tout indique que ce mouvement est désormais irréversible. Les « agents » d’IA, capables d’orchestrer plusieurs grands modèles de langage pour conduire des chaînes de raisonnement complexes et séquentielles, devraient se diffuser plus largement, parfois avec une supervision humaine minimale. L’année à venir pourrait même voir émerger les premières découvertes scientifiques majeures attribuables directement à des systèmes d’IA.
Mais cette montée en puissance n’est pas sans zones d’ombre : une utilisation accrue mettra aussi en lumière les fragilités profondes de certains dispositifs. Des chercheurs ont déjà signalé des dérives préoccupantes, allant jusqu’à la suppression ou l’altération involontaire de données.
L’année 2026 devrait également consacrer l’essor de techniques s’affranchissant des grands modèles de langage, dont l’entraînement demeure coûteux et énergivore. Ces approches nouvelles privilégient la conception de modèles d’IA de taille modeste, capables d’apprendre à partir d’ensembles de données restreints et de se spécialiser dans des tâches de raisonnement bien circonscrites. Ces systèmes, qui ne produisent pas de texte mais manipulent des représentations mathématiques abstraites, ont déjà démontré leur efficacité : l’un d’eux a surpassé des modèles massifs lors d’épreuves de logique formelle, signalant peut-être un tournant conceptuel dans la manière de penser l’intelligence artificielle.
Élan en faveur de l’édition génétique
L’année pourrait marquer une étape déterminante pour la médecine génomique, avec le lancement attendu de deux essais cliniques visant à développer des thérapies géniques personnalisées destinées à des enfants atteints de maladies génétiques rares. Ces travaux s’inscrivent dans le sillage du traitement administré à KJ Muldoon, un jeune patient souffrant d’un trouble métabolique rare, qui a bénéficié d’une thérapie CRISPR spécifiquement conçue pour corriger la mutation à l’origine de sa pathologie.
L’équipe médicale ayant pris en charge Muldoon prévoit de solliciter l’autorisation de l’agence américaine du médicament afin de lancer un essai clinique à Philadelphie. Celui-ci évaluera des thérapies d’édition génétique chez d’autres enfants atteints de troubles métaboliques rares, provoqués par des variants de sept gènes distincts mais susceptibles d’être corrigés par une approche similaire. Parallèlement, une autre équipe espère initier un essai comparable pour des maladies génétiques affectant le système immunitaire, ouvrant la voie à une médecine de précision encore inimaginable il y a quelques années.
Essai clinique à grande échelle
Les résultats d’un vaste essai clinique britannique, consacré à un test sanguin unique capable de détecter près d’une cinquantaine de cancers avant l’apparition de tout symptôme, devraient être rendus publics l’an prochain. Ce test repose sur l’identification de fragments d’ADN libérés dans le sang par des cellules cancéreuses et permet de localiser le tissu ou l’organe d’origine du signal. Plus de 140 000 personnes ont participé à cette étude d’envergure et, si les conclusions s’avèrent concluantes, les autorités sanitaires envisagent un déploiement généralisé de cet outil dans l’ensemble des hôpitaux du pays.
Pourquoi ne pas profiter d’une lecture illimitée de UP’ ? Abonnez-vous à partir de 1.90 € par semaine.
En avril, le Royaume-Uni mettra également en œuvre la réforme la plus importante de son cadre réglementaire en matière d’essais cliniques depuis vingt ans. Les chercheurs pourront désormais soumettre une demande unique pour obtenir à la fois l’approbation éthique et réglementaire. En contrepartie, la loi imposera l’enregistrement public de tous les essais impliquant des médicaments avant l’inclusion du premier participant, ainsi que la publication d’un résumé des résultats dans l’année suivant leur achèvement. L’ambition est claire : accélérer la recherche, élargir la diversité des participants et réduire le délai entre la découverte scientifique et l’accès effectif aux traitements.
Dans le même esprit, les modifications réglementaires proposées récemment par les autorités américaines, qui visent à n’exiger qu’un seul essai clinique – au lieu de deux – pour l’autorisation de nouveaux médicaments, devraient continuer à se déployer en 2026.
Trafic lunaire intense
L’année 2026 s’annonce également particulièrement dense pour l’exploration lunaire. Une mission habitée enverra quatre astronautes en orbite autour de la Lune à bord d’un vaisseau spatial de nouvelle génération. Ce voyage de dix jours constituera la première mission lunaire habitée depuis les années 1970 et servira de prélude aux futures tentatives d’alunissage, ravivant un rêve longtemps mis en sommeil.
La Chine, de son côté, se prépare à lancer en août 2026 la prochaine sonde de sa série lunaire. Dotée d’un engin capable de se déplacer par bonds et d’absorber les chocs, la mission vise le pôle sud lunaire, une région escarpée et criblée de cratères, réputée pour sa dangerosité. Après le succès indien de 2023 dans cette zone, un atterrissage réussi permettrait de rechercher de la glace d’eau et d’étudier les séismes lunaires, apportant de précieuses informations sur l’histoire et la structure interne de notre satellite.

Les lunes martiennes et au-delà
Les ambitions spatiales s’étendent également vers Mars. Le Japon prévoit de lancer une mission destinée à explorer les deux petites lunes de la planète rouge, Phobos et Deimos. L’engin spatial prélèvera des échantillons à la surface de Phobos et les rapportera sur Terre en 2031 ; une première absolue qui pourrait éclairer l’origine de ces corps énigmatiques et, plus largement, l’histoire du système martien.
Par ailleurs, l’Europe ambitionne de lancer un nouveau satellite dédié à la recherche d’exoplanètes. Équipé de vingt-six caméras, il surveillera plus de 200 000 étoiles brillantes afin d’identifier des planètes rocheuses comparables à la Terre, dont les conditions thermiques autorisent la présence d’eau liquide.
L’Inde poursuivra quant à elle l’observation du Soleil à un moment crucial de son cycle d’activité. Placé sur une orbite particulière lui permettant de surveiller en continu notre étoile à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre, son premier observatoire solaire analysera le maximum solaire, période marquée par une recrudescence de taches, d’éruptions et de tempêtes. Ces données devraient affiner la compréhension des mécanismes à l’œuvre à la surface solaire.
Fore, bébé, fore !
Dans les profondeurs océaniques aussi, l’exploration s’intensifie. Un nouveau navire de forage chinois devrait entamer sa première expédition scientifique. Conçu pour percer jusqu’à onze kilomètres à travers la croûte océanique afin d’atteindre le manteau terrestre, il ambitionne de prélever des échantillons inédits. Ces travaux pourraient transformer la compréhension des mécanismes de formation des fonds océaniques et des forces qui gouvernent l’activité tectonique de la planète.

Les physiciens des particules attendent également une étape cruciale. Le grand accélérateur européen entrera dans une phase de transition : après trois années supplémentaires de collisions, il s’arrêtera pour subir une transformation majeure. L’objectif est de donner naissance à une machine d’une puissance sans précédent, dont la mise en service est prévue pour 2030.
De l’autre côté de l’Atlantique, un laboratoire américain espère achever la construction d’un détecteur destiné à percer l’un des mystères les plus intrigants de la physique moderne : la possible conversion d’un muon en électron sans émission de particules supplémentaires. Une fois les ajustements techniques terminés, la collecte de données pourrait débuter dès 2027.
Pour lutter contre la désinformation et privilégier les analyses qui décryptent l’actualité, rejoignez le cercle des lecteurs abonnés de UP’
La deuxième année de Trump
Enfin, la science américaine continuera de subir les répercussions politiques du retour au pouvoir de Donald Trump. Après une première année marquée par des bouleversements profonds, les choix de l’administration devraient encore façonner le paysage scientifique en 2026.
Les tensions entre la Maison Blanche et le Congrès autour des budgets alloués à la recherche devraient persister. Les inflexions apportées aux politiques de santé publique – qu’il s’agisse du recul des recommandations vaccinales, de la promotion d’affirmations médicales non étayées, de la réduction de l’aide internationale ou du désengagement des programmes de santé mondiaux – auront des conséquences durables. La politique climatique pourrait également être sensiblement édulcorée.
Les universités américaines devront en outre composer avec des restrictions migratoires susceptibles de freiner la circulation des étudiants et des chercheurs internationaux. Elles seront aussi confrontées à une multiplication de batailles judiciaires liées à la suppression de subventions fédérales et de postes de recherche.
Enfin, le recentrage des priorités nationales sur l’intelligence artificielle et les technologies quantiques suscite des réactions contrastées. Si certains scientifiques saluent cet investissement stratégique, d’autres redoutent qu’il ne se fasse au détriment de disciplines tout aussi essentielles, accentuant les déséquilibres au sein de l’écosystème de la recherche.
Article de Miryam Naddaf, publié dans Nature le 18 décembre 2025.
Photo d’en-tête : La sonde spatiale indienne Aditya-L1, lancée en 2023, décolle dans un énorme nuage de fumée depuis le centre spatial de Sriharikota, en Inde. En 2026, elle observera le Soleil pendant sa phase d’activité maximale. Crédit : Organisation indienne de recherche spatiale via AP/Alamy






