Pour changer le monde, rêvons-le ! Agir avec les imaginaires, de Jérôme Fourquet, Ariella Masboungi, Xavier Pavie, Mathilde Tchounikine, Véronique Valenzuela, Bertrand Warnier – Editions de la Fondation Jean Jaurès et les Editions de l’Aube, 23 janvier 2026 – 96 pages
Voilà un essai collectif invitant à repenser notre manière d’aborder l’avenir à travers la force des imaginaires. Dans un contexte marqué par des transformations rapides — sociales, politiques, environnementales ou technologiques — les auteurs estiment qu’il ne suffit plus d’analyser des faits ou des données : il faut aussi redonner toute sa place à la capacité humaine de rêver et de se projeter collectivement. Alors que tout s’accélère et se transforme, il est urgent de pouvoir écrire ensemble tous nos futurs. Cela passe par nos imaginaires. L’intelligence collective ne se nourrit pas que de faits ou d’analyses, mais aussi de visions et de rêves. Leviers démocratiques, créateurs de communs, défricheurs de possibles, les imaginaires sont un outil, aussi utile qu’enthousiasmant, pour transformer ensemble le réel. Nourri d’études d’opinion inédites, ce livre croise les regards d’autrices et d’auteurs qui nous racontent comment imaginer plus pour agir mieux.
Le livre, bref mais stimulant, est porté par plusieurs contributeurs issus de disciplines diverses — sociologie, philosophie, urbanisme, opinion — tels que Jérôme Fourquet, Ariella Masboungi, Xavier Pavie, Véronique Valenzuela ou Bertrand Warnier.
L’ouvrage défend une idée simple mais puissante : les imaginaires ne sont pas de simples rêveries, mais des leviers d’action essentiels pour penser et bâtir des avenirs communs. Alors que les démocraties semblent parfois à court de récits inspirants et que les défis sont multiples, il devient urgent de remettre l’imaginaire au cœur des processus collectifs de décision et d’action sociale.
Les auteurs affirment notamment que l’imaginaire nourrit l’intelligence collective : il permet de dépasser ce qui est strictement observable pour envisager ce qui pourrait être, ouvrant ainsi de nouvelles possibilités d’action. Mais aussi que nos futurs ne sont pas déjà écrits : en les imaginant ensemble, nous recomposons notre capacité à rêver des transformations souhaitables plutôt qu’à subir des scénarios perçus comme inévitables.
Ce travail sur l’imaginaire est intrinsèquement démocratique : il engage les citoyens non seulement comme observateurs du réel, mais comme co-créateurs de récits qui donnent sens à l’action politique. Il revendique aussi une ambition importante : faire de l’imaginaire un outil concret pour transformer le réel. L’intérêt de l’ouvrage tient autant à sa conviction qu’à sa méthode :
- Démocratisation du futur : loin d’être réservé aux penseurs ou aux artistes, l’imaginaire est présenté comme un terrain commun où des visions collectives peuvent naître — un concept crucial à l’heure où le sentiment d’impuissance politique s’accroît dans de nombreuses sociétés.
- Ancrage empirique : le livre s’appuie sur des études d’opinion et des exemples concrets pour montrer comment des imaginaires partagés influencent déjà les comportements sociaux ou les orientations politiques, ce qui ancre son propos dans l’expérience plutôt que dans la seule spéculation.
- Pluralité des regards : la diversité des contributions enrichit la réflexion, croisant approches sociologiques, philosophiques et pratiques, ce qui invite à penser l’imaginaire non seulement comme une « question mentale », mais comme un véritable moteur d’action collective et démocratique.
Cependant, cette approche comporte aussi des limites, notamment sa brièveté car, avec moins d’une centaine de pages, certains lecteurs pourraient trouver le propos trop condensé ou manquer d’exemples approfondis pour saisir pleinement les mécanismes proposés. Il manque aussi d’équilibre entre théorie et pratique : bien que l’ouvrage illustre l’importance des imaginaires, il laisse parfois au lecteur le soin de traduire ces idées en actions concrètes, ce qui demande une réflexion ou un accompagnement extérieur.
Pour changer le monde, rêvons-le ! se situe à l’intersection de la sociologie politique, de la philosophie et des sciences de l’imaginaire. Il propose une relecture optimiste des mécanismes démocratiques contemporains : loin d’être dépassés, nos systèmes politiques peuvent se revitaliser si l’on réintègre une dynamique de rêve, de projet partagé et de construction collective de sens.
Ce livre parvient ainsi à conjuguer critique du présent et vision prospective, faisant de l’imaginaire non pas une fuite hors du réel, mais une ressource cognitive et sociale pour inventer des récits capables de porter l’action collective.
Publié au cœur d’un débat croissant sur l’avenir des démocraties et la place de la créativité collective dans la société, Pour changer le monde, rêvons-le ! est un appel à redécouvrir la puissance des rêves partagés. Simple dans sa formule mais profond dans ses implications, ce petit essai collectif invite à penser que changer le monde passe aussi par apprendre à rêver ensemble.
Table des matières :
Avant-propos : agir avec les imaginaires
Thierry Germain, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès et directeur de la série Les Petits cahiers de tendances
Michel Jaouën, architecte-urbaniste
Tous deux sont les concepteurs et animateurs des Rencontres des imaginaires locaux.
Dessine-moi ton territoire. Imaginaires territoriaux et attentes des Français pour l’avenir
Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop
Mathilde Tchounikine, chargée d’études senior au département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop
Faire la ville qui offrirait du plaisir aux femmes, un rêve impossible ?
Ariella Masboungi, architecte-urbaniste, Grand prix de l’urbanisme 2016
Imaginer le bien commun : l’innovation responsable comme levier
Xavier Pavie, philosophe, professeur, titulaire de la chaire Entreprises et Bien commun à l’Essec Business School, directeur de programme au Collège international de philosophie
Une fabrique internationale de l’imaginaire local : les Ateliers de Cergy
Véronique Valenzuela, géographe, directrice des Ateliers de Cergy
Bertrand Warnier, urbaniste, co-fondateur des Ateliers de Cergy
- Jérôme Fourquet est sondeur, essayiste et analyste.
- Ariella Masboungi, architecte-urbaniste et essayiste.
- Xavier Pavie, philosophe et économiste, directeur du centre iMagination de l’Essec.
- Véronique Valenzuela et Bertrand Warnier, respectivement directrice et fondateur des Ateliers de Cergy.





