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Voyage : Vers un tourisme plus responsable, plus relocalisé et plus lent

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En France, les remontées mécaniques de ski de descente n’auront pas pu ouvrir pour les vacances de février et avril 2021. De plus, s’évader dans les îles par avion devient plus difficile à cause de la crise sanitaire de la Covid-19. Le tourisme doit donc se renouveler. C’est l’occasion de pratiquer un tourisme responsable, permettant un développement soutenable (qualitativement et non quantitativement) sur les plans économique, social, culturel, démocratique et écologique. Cependant, pour être 100 % responsable, parvenir à une empreinte écologique soutenable liée au tourisme, il faut soit rester chez soi, soit voyager à vélo, à pied ou en bateau à voile !

L’empreinte carbone n’est pas limitée au tourisme et au déplacement, elle s’avère principalement corrélée avec le niveau de richesse. En un mot, plus on est riche, plus on dépense et plus on accroît son empreinte carbone et écologique.

Le tourisme classique a des limites, mais offre aussi des opportunités

Au plan écologique, la première limite du tourisme relève de son empreinte carbone. Un aller-retour Paris-New York par an et par personne correspond à l’empreinte carbone soutenable d’une année ! (1) Cela a généré le « flight shaming », c’est-à-dire la honte de prendre l’avion, un mouvement qui est apparu en Scandinavie. Cependant, prendre l’avion pour des vols entre Paris et Marseille par exemple, alors qu’il existe des trains à grande vitesse, s’avère plus incohérent que de prendre l’avion pour se rendre sur un autre continent.

Néanmoins, celui qui décide de rester chez lui, de ne pas prendre l’avion, peut aussi créer une empreinte carbone non soutenable. En effet, l’empreinte carbone et écologique dépendent principalement des revenus. Ainsi, la personne qui reste chez elle, mais qui renouvelle trop souvent son matériel informatique, qui télécharge trop de vidéos ou qui achète une nouvelle voiture (même sans rouler avec !) accroît encore son empreinte écologique. Or cette dernière s’avère actuellement déjà trois fois trop importante pour un Français (2).

Sur le plan culturel, les inconvénients du tourisme résident notamment dans le fait que de nombreux touristes adoptent trop souvent une attitude ethnocentriste. Ils rejettent parfois les coutumes étrangères, car ces différences peuvent déstabiliser et remettre en cause leur propre culture, générer des peurs qui engendrent un repli sur soi de la part des touristes comme des locaux. On relève aussi les dérives, relevant de la folklorisation des populations, lorsque les traditions sont trop mises en scène, au point d’en faire une caricature, un cliché, lorsqu’elles ne correspondent pas aux pratiques actuelles.

Le tourisme peut aussi générer un pillage des biens culturels, par l’achat, l’exploitation, ou le vol. Cependant, la mise en avant de sa culture locale dans un but touristique par un peuple dominé par un autre peut permettre de restaurer l’estime de soi sur les plans économique, culturel ou politique. En revanche, que l’on soit touriste ou organisateur, défendre sa culture peut aussi renforcer le nationalisme, le racisme, voire le néocolonialisme.

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Malgré tout cela, aux niveaux culturel et psychologique, le tourisme et les voyages « forment la jeunesse » ! Car le tourisme contribue à élargir la vision du monde des jeunes et des moins jeunes. Il nous apprend à devenir plus admiratifs des différences culturelles des autres peuples, de leur mode de vie, de leur psychologie, de la beauté de leur différence physique, de leur créativité, de leur art, de leur architecture, de leurs paysages… Cela contribue à lutter contre l’acculturation, la perte des traditions locales.

S’ouvrir aux mondes

Le tourisme, c’est aussi le bonheur de la découverte et de la rencontre affective avec de vraies personnes. Il peut aider à ressentir et à comprendre « l’âme » d’un peuple, d’un continent et finalement « l’âme » de l’humanité. Voyager dans un pays en voie de développement, tel que l’Inde ou un pays d’Afrique, permet de prendre conscience de l’écart abyssal existant entre leur niveau de vie et de conditions de travail et celles des classes moyennes occidentales. Ainsi, le tourisme permet de s’ouvrir à une attitude plus compréhensive, plus empathique face aux difficultés des autres peuples, et parfois à leur souffrance et à leur pauvreté… Cette ouverture d’esprit et de cœur, parfois générée par le tourisme, peut permettre aux peuples d’être ensuite plus fraternels et solidaires entre eux, en particulier d’influer sur leurs gouvernements, afin que leurs politiques internationales soient moins prédatrices et plus solidaires envers les autres peuples.

LIRE DANS UP’ : Habiter le monde ou comment des lieux insolites invitent à repenser l’écologie

Le tourisme permet d’accroître les revenus de l’économie locale grâce aux dépenses des touristes, des agences de voyages, mais aussi d’accroître les investissements locaux et nationaux, par exemple dans les établissements hôteliers. Cela développe l’offre et la demande, donc la production et l’emploi, ce qui réduit le chômage. Cela contribue aussi à équilibrer la balance commerciale et la balance des paiements, afin d’augmenter les devises étrangères nécessaires aux paiements des échanges économiques internationaux.

Le tourisme classique ne respecte pas suffisamment la dimension sociale et en particulier les sept normes fondamentales internationales du travail selon l’OIT (Organisation internationale du travail) : l’hygiène et la sécurité, le salaire minimum, le temps de travail maximum, l’âge minimum, le travail forcé, la discrimination à l’emploi et au travail, mais surtout le droit syndical, qui permet de faire respecter les six autres.

Les expérimentations qui tendent vers un tourisme responsable

À partir du principe du tourisme responsable, selon les spécialisations touristiques, on peut ainsi décliner le tourisme solidaire, le tourisme équitable, le tourisme écologique… Le tourisme responsable inclut simultanément tous ces types de tourisme.

Le « tourisme intégré et diffus » consiste à se fondre dans la population et à vivre dans la proximité de la population en logeant chez l’habitant, en vivant dans le village, en utilisant les moyens de transport locaux… Il peut consister aussi à vivre avec une tribu vivant dans la forêt amazonienne, afin d’apprendre d’elle, sa manière de s’harmoniser avec la nature de façon soutenable. Toutes ces pratiques s’opposent à celles du tourisme de masse. Mais la venue d’un touriste ou d’un anthropologue chez des peuples premiers n’est-elle pas déjà suffisante pour déséquilibrer leur système culturel ?

Le « tourisme communautaire » consiste à voyager dans le territoire d’une communauté, d’une ethnie fragile économiquement, afin qu’elle bénéficie de la consommation touristique. Or n’est-ce pas une approche trop caritative ? C’est dire proposer une aide économique limitée, sans changer en profondeur les relations économiques prédatrices.

Le « tourisme pour les plus pauvres » consiste à subventionner des voyages pour les populations ne disposant pas de revenus financiers suffisants pour voyager. Certains Français des classes populaires n’ont jamais vu la mer, la montagne ou la neige et ne partent jamais en vacances. Selon l’Observatoire des inégalités, en 2008, 48 % des Français ne partaient pas en vacances, tandis que 50 % des populations les plus pauvres n’avaient jamais quasiment jamais pris l’avion. Seuls les 10 % les plus riches prenaient l’avion 1,3 fois par an en moyenne. Or la majorité de ceux qui lisent ce texte partent en vacances ! 

En 2019, cela n’a pas vraiment changé « les plus modestes partent moins souvent qu’à la fin des années 1990 (47 % en 1999, contre 37 % en 2019). Le taux de départ en vacances des plus aisés a lui aussi baissé mais de façon moins marquée (de 84 % à 81 %) sur la même période. Ils sont toujours deux fois plus nombreux que les plus modestes à partir » (3).

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Le « tourisme solidaire » peut consister dans la participation à un projet de développement (telle l’aide à l’alphabétisation…). Parmi les risques, il y a celui d’un projet culturellement inadapté, donc qui réduit encore l’autonomie culturelle locale, ou bien le manque de compétences du touriste pour aider à ce projet concret. Quant au « tourisme équitable », il consiste principalement dans le paiement de prix équitables des dépenses touristiques aux différents acteurs locaux. Mais, qu’est-ce qu’un prix équitable ? Cela suppose au minimum la satisfaction des besoins essentiels pour le travailleur et des bénéfices proportionnels entre les intermédiaires dans la création de la chaine de valeur.

Sur le plan écologique, un « tourisme écologiquement responsable » ou « écotourisme » suppose de préserver l’environnement naturel (de protéger la biodiversité et l’écosystème, de ne pas dénaturer le paysage, de ne pas polluer, notamment avec les déchets et les excès d’eaux usées durant les périodes touristiques), lorsque ces eaux usées débordent les capacités locales de traitement. Au pire, le tourisme écologique ne s’avère qu’un simple greenwashing, c’est-à-dire du tourisme au marketing écolo se limitant à un seul critère environnemental, par exemple l’utilisation d’un peu de gaz ou d’éthanol dans le moteur du bus de tourisme !

Parmi les solutions alternatives aux transports classiques, il y a les transports en commun plutôt que la voiture, le train et le bateau plutôt que l’avion, le bateau à voile plutôt que le paquebot… L’ingénieur Laurent Castaignède propose aussi de développer l’avion à hélice plutôt que l’avion à réaction, de limiter le nombre d’avions par des quotas, un système de traçabilité, de recycler les véhicules… (4).

Cependant, il faut prendre garde à l’effet rebond des économies d’énergie des transports alternatifs. C’est-à-dire que celui qui économise de l’argent va en contrepartie se déplacer plus. Finalement, le gain écologique se révèle nul ! À l’inverse, un tourisme véritablement écologiquement responsable consiste à non seulement éviter les limites environnementales précédentes, mais surtout à privilégier un moyen de déplacement qui n’émette aucun CO2 pour se rendre en vacances et voyager sur place. Cela suppose donc de faire des choix très radicaux : se limiter à la marche, au vélo, au cheval, au bateau à voile… Il se révèle donc possible de voyager très loin de son domicile si l’on fait le choix de prendre son temps et d’y consacrer du temps. Entre ces deux pôles du tourisme écologiquement marketing et du tourisme véritablement soutenable sur le plan environnemental, il y a le tourisme écologique intégré et diffus.

Pour un tourisme responsable

Le tourisme le plus responsable parvient donc à intégrer en même temps les dimensions sociale, culturelle, économique et écologique. Cet objectif s’avère donc très ambitieux, mais théoriquement réalisable même si très difficile concrètement. Le tourisme responsable peut donc se développer autour de quatre grands axes : la sensibilisation, le partenariat, le développement et le soutien financier. Un tourisme responsable doit aussi s’appuyer sur les trois principes d’un projet de développement soutenable, les besoins essentiels, l’autonomie économique locale et la culture locale. Cela suppose qu’une nation ne doit pas devenir dépendante économiquement du tourisme, car si un problème survient et que les touristes disparaissent, l’économie nationale s’effondre.

Par conséquent, stopper complètement le tourisme ne sera pas forcément la solution la plus sage, car il possède certaines vertus. En revanche, la croissance infinie du tourisme classique n’est pas soutenable.

En démocratie, définir les objectifs à atteindre devrait se faire démocratiquement, individuellement, nationalement et internationalement. Ainsi, les protagonistes se fixeront un niveau d’exigence et donc des objectifs situés entre le tourisme classique et un tourisme véritablement responsable au nom de l’intérêt culturel, social, économique, démocratique et écologique. Si le seul critère relève de l’impératif écologique, l’abolition complète du tourisme peut être une solution extrême. Cependant, comme nous l’avons vu, un tourisme soutenable écologiquement est possible.

Quant aux dépenses touristiques générées par le transport, les achats et la nourriture, elles représentaient 4,5 gigatonnes d’équivalent dioxyde de carbone, soit 8 % des émissions mondiales de CO2 en 2013, au sein 24,4 % (8 +16,4 %) d’émission de CO2 généré par l’ensemble du transport mondial par rapport à la totalité des émissions humaines de CO2 par l’industrie, l’agriculture… Si la croissance se perpétue au même rythme, ces émissions s’élèveront à environ 6,5 gigatonnes d’ici 2025. Dans leurs calculs, les chercheurs ont inclus les émissions directement associées aux transports, tel le carburant, mais aussi celles liées aux biens et aux services consommés par les voyageurs, comme la restauration, l’hôtellerie ou les achats divers. De plus, ces chiffres incluent aussi les déplacements des professionnels du tourisme. Les études précédentes se limitaient aux déplacements des touristes et aboutissaient donc à des résultats trois fois inférieurs, situés autour de 2,5 % des émissions de CO2 mondiales (5). La relocalisation du tourisme aurait donc une importance plus grande qu’on ne l’estimait auparavant. Or les agences de tourisme écologique et éthique se développent, privilégient le tourisme local par rapport au tourisme vers des pays très lointains, qui s’avèrent accessibles prioritairement en avion.

La réduction des déplacements est symboliquement importante puisque l’usage de l’avion concerne principalement les plus riches. Une majorité des personnes vivant dans les pays les plus pauvres n’ont jamais pris l’avion et ne le prendront jamais faute de ressources financières suffisantes.

La baisse du tourisme lointain et la relocalisation contribueront à diminuer les émissions de CO2, d’autant qu’en 2016, le transport en représentait quand même 29 % en France et 24,4 % au plan mondial. Sur ces 24,4 %, le transport mondial dans le secteur touristique s’élève à 8 % (6).

Cependant, compte tenu du fait que les transports ne représentent que 24,4 % des émissions mondiales de CO2, même si l’humanité parvenait à les diminuer, voire à les arrêter complètement, cela ne suffirait pas pour stopper le réchauffement climatique d’origine humaine.

Il ne faut pas pour autant ne rien faire, car plus la relocalisation sera forte, moins le réchauffement climatique s’accentuera. En revanche, il ne s’agit pas de se limiter à la relocalisation, mais de modifier l’ensemble du processus de production et de consommation du local jusqu’au mondial.

Dans les cultures traditionnelles, les moyens de déplacement étaient plus lents

Ils étaient principalement pédestres, fondés sur la traction animale ou l’usage de la voile. Ils respectaient l’environnement et leur vitesse était plus humaine, plus proche du rythme des pas du marcheur.
La marche et le vélo constituent les moyens de déplacement prioritaires des personnes décroissantes. Ces derniers cherchent donc une décroissance des transports afin de réduire l’empreinte écologique individuelle, nationale et mondiale, notamment par une relocalisation de la production.

La décroissance des transports suppose aussi de savoir retrouver le goût des vacances de proximité, du plaisir de simples promenades dans les campagnes environnantes, plutôt que l’exotisme systématique du bout du monde. Concilier commerce équitable et relocalisation écosolidaire suppose donc de limiter la consommation de produits « indispensables » et d’user de modes de transport non polluants. De plus, dans 30 à 70 ans, les réserves de pétroles devraient être épuisées. S’il n’a pas été découvert d’énergies non polluantes et renouvelables, il ne restera alors plus que le transport en bateau à voile. Ce fut d’ailleurs le seul moyen de traverser les mers pendant des siècles.

Thierry Brugvin, Sociologue, auteur d’une vingtaine d’ouvrages individuels et collectifs dont La Relocalisation solidaire, écologique, économique et démocratique, éd. Dacres, avril 2021.

(1) Jancovici Jean Marc, in Ariès Paul, Décroissance et gratuité, Moins de biens, plus de liens, Golias, 2010., p. 29.
(2) Piketty homas, Chancel Lucas, Carbone et inégalité : de Kyoto à Paris, Iddri et Ecole d’Economie de Paris, novembre 2015
(3) Observatoire des inégalités, Quatre Français sur dix ne partent pas en vacances, 7 juillet 2020
(4) Castaignède Laurent, Airvore ou la face obscure des transports : chronique d’une pollution annoncée, Écosociété, 2018
(5) Lenzen Manfred (& co.) The carbon footprint of global tourism, Nature Climate Change, volume 8, pages 522–528, 2018
(6) Lenzen 2018

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allotoxconsulting***
2 jours

Merci pour ce tour d’horizon. C’est Kafkaïen !!! Il n’y a pas de bonne solution. Toute intrusion dans une autre société peut être source de dérangements: Economique par le déséquilibre financier, Sociétal par l’introduction de nouveaux comportements, Moral dans les mœurs et avec la prostitution, et surtout Sanitaire avec l’introduction de nos maladies. Ah les joies de repartir en 1936 ou juste un peu avant ! Pas de tourisme de masse ! Seuls les riches voyageaient dans de bonnes conditions. Confinés dans l’hexagone pour la plupart: Pas d’empreinte carbone car pas d’argent et pas assez de temps libre pour aller… Lire la suite »

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