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2026 sous haute tension : les risques qui menacent l’équilibre mondial

Sommes-nous à l’aube d’un monde durablement instable ? Rivalités entre grandes puissances, guerres ouvertes ou larvées, armes économiques brandies comme instruments de pression : la nouvelle édition du Rapport sur les risques mondiaux 2026 du World Economic Forum décrit un basculement vers un ordre international plus conflictuel, où la confrontation géoéconomique s’impose comme la menace dominante et fragilise un peu plus les équilibres mondiaux.

Le monde glisse vers une zone de fortes turbulences. C’est le constat sans détour dressé par le Rapport sur les risques mondiaux 2026 du World Economic Forum, publié aujourd’hui. Dans une ère où la logique de puissance l’emporte de plus en plus sur la coopération, la confrontation géoéconomique s’impose comme le principal risque global, devant les conflits interétatiques, les chocs climatiques extrêmes, la polarisation des sociétés et la propagation massive de la désinformation.

Les signaux d’alerte s’accumulent. Jamais les dirigeants et experts interrogés n’ont été aussi nombreux à anticiper un avenir instable : un sur deux s’attend à un monde « turbulent » ou « agité » dès les deux prochaines années, et près de six sur dix dressent le même diagnostic à l’horizon de dix ans. À court terme, guerres armées, usage coercitif des outils économiques et fragmentation sociale se renforcent mutuellement, créant un cocktail explosif. À mesure que ces tensions s’enracinent, les risques de long terme — accélération technologique incontrôlée, dégradation environnementale, endettement croissant — menacent d’amplifier durablement les fractures mondiales.

Pensé comme un système d’alerte précoce, le rapport avertit : aucun de ces risques n’est inévitable, mais leur convergence pourrait redéfinir en profondeur l’ordre international si les capacités de dialogue et de coopération continuent de s’éroder.

Le Rapport sur les risques mondiaux 2026 du World Economic Forum ne se contente pas de dresser une liste de menaces. Il agit comme un révélateur. Celui d’un monde entré dans une phase de vulnérabilité systémique, où les crises ne se succèdent plus : elles se superposent, s’alimentent et se renforcent mutuellement.

« Un nouvel ordre concurrentiel se dessine, les grandes puissances cherchant à préserver leurs zones d’influence. Ce paysage en mutation, où la coopération a pris une tout autre dimension, reflète une réalité pragmatique : la collaboration et le dialogue demeurent essentiels », a déclaré Børge Brende, président-directeur général du Forum économique mondial. « Notre réunion annuelle à Davos constituera une plateforme indispensable pour appréhender les risques et les opportunités et pour bâtir les ponts nécessaires à leur gestion. »

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Les risques géopolitiques, économiques et géoéconomiques augmentent – La géoéconomie comme nouveau champ de bataille

Premier risque identifié pour 2026, la confrontation géoéconomique traduit un changement profond de paradigme : 18 % des personnes interrogées la considèrent comme le risque le plus susceptible de déclencher une crise mondiale en 2026. Elle se classe également au premier rang en termes de gravité pour les deux prochaines années, gagnant huit places par rapport à l’année dernière.

Dans un monde marqué par des rivalités croissantes et des conflits prolongés, la confrontation menace les chaînes d’approvisionnement et la stabilité économique mondiale, ainsi que la capacité de coopération nécessaire pour faire face aux chocs économiques. Les instruments économiques — commerce, investissements, chaînes d’approvisionnement, technologies critiques, sanctions — sont désormais utilisés comme des armes stratégiques. Derrière la promesse de résilience ou de souveraineté, se dessine donc une fragmentation accélérée de l’économie mondiale. Les risques économiques affichent la plus forte hausse collective dans les perspectives à deux ans. Les risques de ralentissement économique et d’inflation ont tous deux progressé de huit places, se classant respectivement 11e et 21e, tandis que le risque d’éclatement de bulles spéculatives a gagné sept places pour atteindre la 18e position. L’aggravation des inquiétudes liées à la dette et le risque de formation de bulles spéculatives, dans un contexte de tensions géoéconomiques, pourraient déclencher une nouvelle phase de volatilité.

Concernant les perspectives géopolitiques, 68 % des personnes interrogées anticipent un « ordre multipolaire ou fragmenté » au cours de la prochaine décennie, soit une hausse de quatre points par rapport à l’année dernière.

Les conflits armés entre États suivent en deuxième position pour 2026, mais reculent à la cinquième place sur la période de deux ans. 

Cette logique de blocs antagonistes affaiblit les mécanismes de coopération, renchérit les coûts pour les entreprises et fragilise les pays les plus dépendants des échanges internationaux. Elle accroît surtout le risque d’escalade : lorsque l’économie devient un levier de coercition, la frontière entre rivalité et conflit s’amincit dangereusement.

Conflits armés : un risque redevenu central

Dans ce contexte, le retour des conflits interétatiques parmi les risques majeurs n’a rien d’anecdotique. L’année 2026 s’ouvre sur un monde où la guerre n’est plus l’exception, mais une variable intégrée aux calculs géopolitiques. Les conflits existants s’enlisent, d’autres couvent, et les mécanismes de désescalade apparaissent affaiblis.

La multiplication des foyers de tension accroît le risque de contagion régionale, tandis que l’implication indirecte ou directe de grandes puissances complique toute perspective de résolution rapide. Le rapport souligne ainsi une inquiétude centrale : la normalisation du conflit comme mode de gestion des rapports de force.

Climat, désinformation, polarisation : des menaces silencieuses mais explosives

À ces risques « visibles » s’ajoutent des menaces plus diffuses, mais tout aussi déstabilisantes. Les phénomènes météorologiques extrêmes continuent de s’intensifier, frappant des économies déjà fragiles et alimentant les tensions sociales, migratoires et politiques. L’impact du climat ne se limite plus à l’environnement : il devient un facteur direct d’instabilité économique et sécuritaire. Face à la priorité donnée aux préoccupations à court terme plutôt qu’aux objectifs à long terme, les risques environnementaux ont ainsi reculé dans le classement des perspectives à deux ans. Les phénomènes météorologiques extrêmes sont passés de la 2e à la 4e place, la pollution de la 6e à la 9e, tandis que les changements critiques des systèmes terrestres et l’érosion de la biodiversité ont respectivement perdu sept et cinq places. Tous les risques environnementaux ont vu leur score de gravité diminuer, ce qui représente une évolution absolue et non seulement relative. Cependant, sur une période de 10 ans, ils demeurent les plus préoccupants : le trio de tête est composé des phénomènes météorologiques extrêmes, de l’érosion de la biodiversité et des changements critiques des systèmes terrestres. Les trois quarts des personnes interrogées anticipent des perspectives environnementales turbulentes, voire orageuses, soit le pronostic le plus pessimiste de toutes les catégories.

La désinformation et la mésinformation se classent au 2e rang des perspectives à deux ans, tandis que la cybersécurité occupe le 6e rang. Les conséquences négatives de l’IA affichent la trajectoire la plus marquée, passant de la 30e place à deux ans à la 5e place à dix ans, reflétant l’inquiétude quant aux implications pour les marchés du travail, les sociétés et la sécurité.

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Dans le même temps, la polarisation sociétale progresse, nourrie par la désinformation et la perte de confiance envers les institutions, se classant au 4e rang en 2026 et au 3e rang en 2028. Les inégalités occupent la 7e place dans les perspectives à deux et dix ans. Elles ont également été identifiées comme le risque le plus interconnecté pour la deuxième année consécutive, alimentant d’autres risques à mesure que la mobilité sociale se détériore. 
Les sociétés apparaissent ainsi de plus en plus fragmentées, moins capables de construire des compromis ou de soutenir des décisions difficiles. Cette fragilité interne limite la capacité des États à faire face aux chocs extérieurs — un risque souvent sous-estimé, mais central.

Ces interconnexions sous-tendent les inquiétudes liées à la hausse du coût de la vie et à l’enracinement des économies en forme de K.

Une convergence de risques sans précédent

Ce qui rend l’année 2026 particulièrement préoccupante n’est pas seulement la gravité de chaque risque pris isolément, mais leur convergence. Conflits armés, chocs économiques, crises climatiques et fractures sociales ne se produisent plus en silos. Ils interagissent, créant des effets en chaîne difficilement maîtrisables.

Le rapport met en évidence une perception largement partagée parmi les décideurs : le monde entre dans une phase prolongée d’instabilité. À l’horizon de dix ans, une majorité anticipe un environnement durablement turbulent, remettant en cause les certitudes sur la croissance, la sécurité et la gouvernance mondiale.

Un avertissement, plus qu’une fatalité

Si le Rapport sur les risques mondiaux 2026 agit aujourd’hui comme un signal d’alarme institutionnel, ses constats font écho aux analyses formulées depuis plusieurs années par des intellectuels et chercheurs. L’historien Yuval Noah Harari alertait déjà sur l’entrée dans un monde de « crises simultanées », où rivalités géopolitiques, ruptures technologiques et fragilités démocratiques s’alimentent mutuellement. De son côté, l’économiste Adam Tooze décrivait dès la fin des années 2010 une ère de polycrises, marquée par l’imbrication des chocs financiers, climatiques et géopolitiques, rendant toute réponse isolée inefficace.

Le politologue Ian Bremmer évoquait quant à lui l’avènement d’un monde « G zéro », privé de leadership global capable d’imposer des règles communes, tandis que la philosophe Hannah Arendt  reste abondamment citée pour ses analyses sur la banalisation des conflits, l’érosion du sens commun et la montée des logiques de confrontation dans les périodes de désagrégation politique. Plus récemment, le sociologue Bruno Latour soulignait que la crise écologique, loin d’être un enjeu sectoriel, reconfigure l’ensemble des rapports de pouvoir et accélère les fractures géopolitiques.

À la lumière de ces travaux, le rapport du Forum économique mondial apparaît moins comme une surprise que comme une confirmation : celle d’un monde entré dans une phase d’instabilité structurelle, longuement annoncée, mais insuffisamment prise en compte. Il agit moins comme une prophétie que comme un signal d’alarme. La question n’est donc plus de savoir si ces risques existent — ils sont désormais largement identifiés — mais si les sociétés et leurs dirigeants sauront transformer ces avertissements répétés en décisions capables d’enrayer la spirale de la confrontation. Pour autant, le message du rapport n’est pas celui d’une fatalité inéluctable. Il insiste sur un point essentiel : ces risques sont le produit de choix politiques, économiques et technologiques. Leur trajectoire dépendra de la capacité des acteurs internationaux à restaurer le dialogue, à encadrer la concurrence et à renforcer les mécanismes de coopération, même dans un monde plus fragmenté.

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