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En Chine, la dictature sanitaire pour de vrai

En Chine, la dictature sanitaire pour de vrai

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Le Covid pourrait-il être un piège qui ferait vaciller le maître de la Chine, Xi Jinping ? Sa stratégie « zéro Covid » est appliquée d’une main de fer dans certaines régions du pays. Shangaï et Pékin ont enfermé leurs habitants pour un confinement drastique d’une durée indéterminée. Des bataillons de miliciens vêtus de combinaisons blanches hermétiques font régner une dictature sanitaire qui n’a rien à voir avec celle que certains prétendaient voir en Europe il y a quelques mois. Xi Jiping joue gros dans cette escalade de la surveillance totalitaire : en novembre prochain, lors du congrès du Parti communiste chinois, il aura besoin de valider un succès contre la pandémie s’il veut voir reconduits les pleins pouvoirs pour son troisième mandat consécutif.

La ville de Shangaï a figé ses vingt-cinq millions d’habitants dans un confinement total. Dans le ciel, des drones rappellent les habitants à l’ordre. « Veillez à contrôler vos désirs de liberté », assènent-ils. Les problèmes d’approvisionnement en nourriture se multiplient malgré les cris de famine des habitants enfermés dans leurs immeubles. « Sauvez-nous ! Nous n’avons pas assez à manger ! » crient-ils depuis les fenêtres de leurs appartements. Dès le moindre soupçon de Covid ou de cas contact même lointain, la quarantaine est assurée. Des centres de rétention, au confort des plus spartiates, sans soins ni hygiène élémentaires, sont devenus des enfers redoutés. Pourtant les chiffres des contaminations et encore moins des malades ou des morts apparaissent, par rapport à ceux que l’on a connus dans d’autres pays, dérisoires. Et alors que la plupart des pays du monde ont levé leurs restrictions, la Chine redouble d’ardeur contre la pandémie, au risque de ralentir gravement son économie.

Dans le Grand Shanghai, la capitale économique de la Chine, les travailleurs ne peuvent pas accéder à leur emploi. Les projets de construction sont arrêtés. Les chaînes de montage de Tesla, Volkswagen, Apple et d’autres grandes marques ont suspendu leurs activités. Les chaînes d’approvisionnement sont chaotiques. Le trafic de camions et de trains a plongé. Et selon des rapports non officiels, des centaines de porte-conteneurs sont bloqués, déchargés dans les ports de la région. Les problèmes ne se limitent pas à Shanghai. La banque japonaise Nomura a rapporté que 45 villes chinoises, avec près de 400 millions d’habitants au total, étaient sous une forme ou une autre en confinement.

Chine fantôme

Avec Shangaï, c’est Pékin et ses 22 millions d’habitans qui prend des allures de ville fantôme. Ce lundi 9 mai, les autorités avaient détecté 49 nouveaux cas de contamination. La situation sanitaire dans la capitale est « grave et compliquée », a relevé devant la presse un responsable de la ville, Xu Hejian, appelant les habitants à ne pas quitter Pékin, sauf raison impérieuse. Des tests de dépistage de moins de 48h seront par ailleurs exigés pour entrer dans les lieux publics, notamment les supermarchés, ainsi que dans les immeubles de bureaux.

Même si les chiffres de contamination restent minimes à l’échelle mondiale, les autorités appliquent strictement leur politique du zéro Covid et confinent des villes entières dès l’apparition de quelques cas. L’actuelle flambée épidémique a tué environ 500 personnes à Shanghai, selon un bilan officiel. Le total pour la Chine dépasse à peine 5.000 officiellement, depuis le début de la pandémie. Mais les autorités chinoises estiment qu’elles n’ont pas encore pu atteindre l’objectif de ce qu’elles appellent le « zéro sociétal », où aucun cas n’est signalé en dehors des installations de quarantaine. Elles durcissent donc leur surveillance :  Il s’agit notamment de n’autoriser que les livraisons de nourriture du gouvernement, de ne pas permettre aux résidents de « sortir » au-delà de leur porte d’entrée et d’exiger l’approbation du comité local du Parti communiste chinois pour que toute personne autre que les cas d’urgence puisse accéder aux hôpitaux.

Les autorités ont également renforcé les mesures visant les personnes qui vivent à proximité de cas positifs, même si ces contacts proches sont négatifs. Elles passent désormais au peigne fin de grands groupes de personnes vivant dans des immeubles à appartements, au même étage ou dans le même bâtiment que les personnes testées positives. Un journaliste de la BBC raconte que des images ont également été diffusées sur les médias sociaux, montrant une désinfection extrême à l’intérieur de maisons où des personnes ont été expulsées après avoir été testées positives. L’utilisation généralisée de la désinfection à l’échelle industrielle est une tactique clé utilisée par les autorités.

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Face à l’inquiétude croissante concernant l’approvisionnement en nourriture, les responsables de la ville ont déclaré qu’ils retireraient toute personne vivant dans un logement temporaire dans les rues ou dans des bâtiments vacants, en les plaçant dans une « gestion en circuit fermé » – ce qui signifie que les employés doivent vivre aussi bien que travailler dans leurs bureaux ou usines. Cette mesure est susceptible de viser les chauffeurs-livreurs basés sur des applications, qui sont essentiels au maintien de la chaîne d’approvisionnement de près de 25 millions de personnes vivant ici.

Face à ces mesures, il n’est donc pas étonnant que les habitants laissent percer leur exaspération après 40 jours de confinement. Les heurts avec les fonctionnaires habillés en combinaison intégrale se multiplient, faits rarissimes habituellement en Chine.

Un enjeu politique majeur

Ce durcissement des mesures intervient quelques jours seulement après que le président chinois Xi Jinping ait réitéré son engagement en faveur de la stratégie du « zéro-covid ». Dans un article publié dans la revue médicale The Lancet en début de semaine, de hauts responsables chinois de la santé ont déclaré que le confinement permettrait de « gagner du temps pour vacciner davantage de personnes ». Plus de deux ans après l’apparition du Covid-19, les chiffres montrent qu’environ 90 % de la population du pays a été vaccinée. Mais seulement 38 % des personnes les plus vulnérables – celles de plus de 60 ans – à Shanghai bénéficient de la protection complète des trois vaccins. Et c’est là que le bât blesse. En effet, l’abandon de la politique zéro Covid pourrait entraîner la mort de 1,55 million de personnes dans le pays, selon une étude de chercheurs de l’université Fudan de Shanghaï, publiée ce mardi dans la revue Nature.

Xi Jinping ne peut se présenter devant le XXe congrès du Parti communiste chinois à l’automne avec un tel bilan. S’il échoue, il ne pourra plus constituer une équipe de direction à sa main et sera contraint de composer et de faire des concessions, ce qui n’est pas vraiment dans sa nature. Le bilan économique du maître de Pékin n’est pas brillant et ses promesses pour éradiquer la corruption ou la pauvreté n’ont pas été complètement tenues. Son avenir et son rêve d’être quasiment assuré d’un règne à vie dépend donc du Covid. Il ne peut échouer, même si pour obtenir sa victoire il doit encore plus restreindre les libertés et accroître la censure dans le pays.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en a fait les frais. Il a estimé ce mardi 10 mai, dans des propos inhabituellement critiques envers la Chine, que la politique zéro Covid n’était « pas soutenable ». « Passer à une stratégie différente est très important », a-t-il souligné. Les censeurs sont vite intervenus pour contrer la diffusion de ces propos. Sur le site de microblog Weibo, les mots-dièse #Tedros et #OMS ne donnent ce mercredi plus aucun résultat. Quant aux utilisateurs de l’ultrapopulaire réseau social WeChat, ils ne peuvent pas republier ou transférer un article du compte officiel de l’ONU, publié sur la plateforme et qui mentionne les critiques du patron de l’OMS.

Avec AFP

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