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« Je me souviens de la terre » : quand le théâtre rallume la mémoire des luttes

Et si la scène devenait un territoire de résistance ? Un lieu où la mémoire des luttes citoyennes, des terres défendues et des voix étouffées reprendrait souffle sous les projecteurs ? Avec Je me souviens de la terre, présenté les 25 et 26 mars 2026 sur le Plateau du ZEF de Marseille, Myriam Marzouki transforme un patient travail de documentation en un geste poétique et politique d’une brûlante nécessité. Un spectacle qui murmure et qui crie, qui se souvient pour mieux rassembler.

Là où l’archive devient souffle

Tout commence par une écoute. Celle des mobilisations citoyennes, des habitants qui s’organisent, des victimes de répressions. Pendant des mois, peut-être des années, des voix ont été recueillies, des récits consignés, des fragments de réalité assemblés. Puis, lentement, la fiction s’est levée.

Avec Je me souviens de la terre, Myriam Marzouki prolonge une démarche entamée il y a dix ans avec le dramaturge Sébastien Lepotvin : faire du théâtre un carrefour où se croisent l’archive et la poésie, la recherche documentaire et la recherche plastique. Après Que viennent les barbares (2019) et Nos ailes brûlent aussi (2023), elle poursuit son exploration des imaginaires collectifs contemporains — ces paysages intérieurs faits de colères rentrées, d’élans solidaires, de peurs diffuses et d’espérances tenaces.

« J’ai le désir de raconter théâtralement une histoire collective. Je crois que c’est cela qui fait l’essence du politique et ce qui nous manque le plus aujourd’hui : se relier les uns aux autres en nous préoccupant de nos biens communs », confie-t-elle.

Sur scène, l’archive n’est jamais figée. Elle se transforme en matière vivante. Elle devient geste, lumière, mouvement.

Portrait d’une artiste qui pense le monde

Formée à la philosophie à l’ENS et au théâtre à l’École du Théâtre National de Chaillot, Myriam Marzouki débute comme comédienne à l’université avant de créer ses propres spectacles à partir de textes d’auteurs contemporains. En 2004, elle fonde la Compagnie du Dernier Soir. Saison 25/26 : elle rejoint la Bande du ZEF, comme une nouvelle étape d’un parcours où l’exigence intellectuelle dialogue sans cesse avec la nécessité sensible.

Son théâtre est un lieu de frottement. Les idées y rencontrent les corps. Les archives y croisent les rêves. Les images y déplacent les certitudes. Elle n’y cherche pas l’illustration d’un propos, mais une expérience partagée — un trouble fertile.

Avec Sébastien Lepotvin, elle façonne des « réalités hybrides » : des récits où les temporalités s’enchevêtrent, où le passé persiste dans le présent, où l’histoire collective palpite encore sous la peau du quotidien.

Huit personnages face au monde

Au cœur de Je me souviens de la terre, huit personnages ordinaires. Pas des héros au sens classique du terme. « Leur héroïsme est d’avoir eu le courage de sortir de notre passivité collective et d’avoir tenté de se faire entendre », explique Sébastien Lepotvin.

Un projet d’aménagement brutal surgit. Il menace un territoire, bouleverse des existences. Alors les réactions se multiplient : indignation, peur, espoir, désaccords, élans de solidarité. La pièce raconte la difficulté d’organiser une révolte — et la nécessité, malgré tout, de faire monde ensemble.

Les personnages fuient une époque dangereuse pour en rejoindre une autre, tout aussi inquiétante. Les décors glissent : une table rustique devient radeau. Les accessoires apparaissent, disparaissent. On passe d’un monde révolu à notre réalité contemporaine dans un mouvement presque imperceptible. Comme si le temps lui-même se pliait aux urgences du présent.

La narration joue avec les temporalités. Elle entrelace différents niveaux de réalité, convoque des références historiques, ouvre des brèches imaginaires. Le passé ne cesse de résonner. Il n’est jamais clos. Il habite nos gestes, nos silences, nos hésitations.

Un partage de l’invisible

Ce qui frappe, c’est la fragilité. Les violences subies — physiques, symboliques, politiques — affleurent. Mais de cette vulnérabilité partagée naît autre chose : la possibilité d’une solidarité. Une cicatrisation commune.

La mise en scène fait place à l’invisible. À ce qui traverse les corps et les esprits : rêves, espoirs, traumatismes, cauchemars. Une dimension chorégraphique et musicale vient soutenir cette traversée. Les corps parlent autant que les mots. Les silences vibrent.

Le spectacle devient un espace sensible où l’on éprouve ensemble ce qui nous traverse sans toujours trouver forme.

Repenser notre manière d’habiter le monde

Et si le théâtre était le lieu où l’on repense ensemble notre manière d’habiter le monde ?

Je me souviens de la terre interroge le devenir démocratique de nos sociétés. Il évoque l’affaiblissement des institutions, la désunion sociale, le changement climatique, l’appropriation privée des ressources naturelles. Les urgences écologiques et sociales ne sont pas des accidents de l’époque : elles sont le symptôme d’un déséquilibre profond.

Mais la pièce ne se contente pas d’énoncer un constat. Elle rappelle la force d’un collectif pluriel et soudé. Elle invite à reconnaître ce qui nous relie — nos biens communs, nos vulnérabilités partagées, notre capacité à agir. En ces temps d’incertitude, Myriam Marzouki propose un geste de révolte qui n’est ni spectaculaire ni tonitruant. Il est patient, sensible, ancré dans les voix réelles de celles et ceux qui ont décidé de ne plus se taire.

Sur le Plateau du ZEF, les 25 et 26 mars 2026, la scène deviendra peut-être un territoire à défendre. Un lieu où l’on se souvient, ensemble, que la terre n’est pas seulement un sol à exploiter, mais une mémoire à préserver — et un avenir à inventer.

DATES DE REPRÉSENTATION : Mercredi 25 & jeudi 26 mars : 20h ± 1h50 min > 15 ans

• Tarifs 15 > 3 € Plateau du ZEF Avenue Raimu, Marseille 14e

EN TOURNÉE

  • 10 et 11 mars : L’Azimut / La Piscine – Châtenay-Malabry
  • 22 au 30 mai : Théâtre de la Concorde – Paris
  • 12 et 13 novembre : La Scène nationale de l’Essonne – Evry

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