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Et si la souveraineté numérique ne relevait plus du droit, mais de l’architecture des systèmes ?

Et si la souveraineté numérique avait changé de terrain ? Exit les débats juridiques : c’est désormais l’architecture des systèmes qui fait la loi. Dans un monde où les réglementations s’entrechoquent, face notamment à la fragmentation réglementaire entre l’Europe et les États-Unis, les entreprises ne peuvent plus s’appuyer uniquement sur des cadres juridiques pour protéger leurs données. Elles doivent reprendre le contrôle par la technique — chiffrement, identités, accès — sous peine de voir leurs données leur échapper. Un changement de paradigme qui redéfinit en profondeur la manière de protéger — et de gouverner — les données sensibles.

Parler encore de souveraineté numérique comme d’un sujet juridique est une erreur, explique Allan Camps, responsable grands comptes chez Keeper Security, dans cette tribune. Aujourd’hui, la vraie question est technique : qui contrôle réellement l’accès aux données ? Dans un contexte de réglementations qui divergent, seules des architectures de sécurité solides — basées sur le chiffrement et la gestion des identités — permettent aux entreprises de garder la main.

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À mesure que les cadres réglementaires divergent dans l’économie numérique transatlantique, les entreprises doivent garantir que le contrôle des données soit assuré techniquement, et non contractuellement.

La souveraineté numérique est devenue une exigence opérationnelle centrale pour les entreprises modernes. La multiplication des réglementations, combinée à la portée extraterritoriale de certaines lois nationales, oblige les organisations à repenser la manière dont les données sensibles sont sécurisées, accessibles et contrôlées au-delà des frontières. La question n’est plus simplement de savoir où les données sont stockées. L’enjeu réel est celui du contrôle : qui peut accéder aux données, dans quelles conditions, et si cet accès peut être techniquement restreint.

Les entreprises évoluent dans des écosystèmes numériques hautement interconnectés, couvrant plusieurs juridictions, s’appuyant sur des infrastructures cloud mondiales et sur des plateformes partagées pour faire fonctionner leurs activités essentielles. Dans cet environnement, la souveraineté numérique ne peut être déterminée uniquement par le pays d’origine d’un fournisseur. Elle doit être évaluée à l’aune de la capacité de l’architecture sous-jacente à imposer un contrôle technique sur les données, indépendamment de la complexité juridictionnelle.

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Pour les responsables de la sécurité, cela déplace le débat sur la souveraineté du terrain juridique vers celui de la conception des systèmes. La capacité à imposer, par des moyens cryptographiques, qui peut accéder aux données — et où elles résident — devient un élément central de la résilience cyber des entreprises.

La divergence réglementaire accroît la complexité de la sécurité des entreprises

L’Union européenne a adopté une approche réglementaire fondée sur les droits, axée sur la protection des données, l’autonomie numérique et la réduction de la dépendance vis-à-vis des fournisseurs technologiques externes. Des cadres tels que le RGPD, le Data Act et l’AI Act reflètent cette stratégie. Ensemble, ils renforcent les obligations en matière de protection des données, introduisent des exigences de gouvernance pour l’intelligence artificielle et limitent l’exposition au contrôle juridictionnel étranger sur les données européennes. Cette approche a également accéléré l’intérêt pour les infrastructures cloud souveraines et pour des contrôles plus stricts de la localisation des données en Europe.

Les États-Unis ont historiquement adopté une approche plus orientée marché. La réglementation y est fragmentée entre différentes lois sectorielles et un encadrement fédéral, créant un cadre relativement dispersé. Certaines autorités juridiques peuvent également s’étendre au-delà des frontières américaines, générant des chevauchements juridictionnels pour les organisations opérant à l’échelle mondiale. Le Royaume-Uni, quant à lui, maintient un alignement avec l’Union européenne via des mécanismes d’adéquation tout en poursuivant une stratégie axée sur la croissance en matière de données.

Pour les organisations opérant dans ces différentes juridictions, le maintien de la conformité devient de plus en plus complexe. À mesure que les régimes réglementaires s’étendent, la charge opérationnelle pesant sur les RSSI et les équipes de sécurité augmente également. Les organisations doivent désormais démontrer non seulement que les données sont protégées, mais aussi que leur accès, leur traitement et leur stockage restent conformes dans plusieurs juridictions. Les stratégies de sécurité reposant uniquement sur des garanties juridiques, des politiques fournisseurs ou des engagements contractuels offrent une protection limitée face à cette fragmentation.

En pratique, cette divergence réglementaire signifie que les organisations doivent s’assurer que le contrôle des données sensibles est techniquement garanti — via le chiffrement, les contrôles d’identité et l’architecture des systèmes — plutôt que de s’appuyer uniquement sur des interprétations juridiques.

Faire respecter la souveraineté numérique par l’architecture de sécurité

Dans ce contexte, la souveraineté numérique ne peut reposer sur la confiance accordée à un fournisseur unique. Elle ne peut pas non plus dépendre uniquement de l’interprétation réglementaire. Elle doit être intégrée dans la conception même de l’architecture de sécurité.

Les architectures fondées sur le principe du zero-knowledge transforment fondamentalement la manière dont la confiance est établie dans les écosystèmes numériques. Le chiffrement et le déchiffrement s’effectuent localement sur l’appareil de l’utilisateur, et non dans l’infrastructure du fournisseur. Les clés de chiffrement sont générées, stockées et contrôlées par l’utilisateur. L’infrastructure de la plateforme ne stocke que des données chiffrées.

Dans ce modèle, tout accès non autorisé est empêché, car le fournisseur ne dispose pas des clés nécessaires pour déchiffrer les données. Il ne s’agit pas d’une promesse organisationnelle, mais d’une contrainte imposée cryptographiquement. Il n’existe ni clés maîtresses contrôlées par le fournisseur, ni mécanismes d’accès privilégié permettant de contourner les contrôles de chiffrement. Par conséquent, même en cas de demande légale, un fournisseur ne peut divulguer des données auxquelles il n’a techniquement pas accès.

Le contrôle géographique des données devient une exigence de sécurité

La souveraineté numérique exige un contrôle strict de l’endroit où les données sont stockées et traitées. Pour de nombreuses organisations, notamment dans des secteurs réglementés comme la finance, la santé ou le secteur public, la capacité à déterminer précisément où résident les données sensibles est désormais essentielle. Cela implique une isolation rigoureuse des données par région géographique, définie par le client et appliquée au niveau de l’infrastructure. Les données ne doivent pas circuler entre régions sans autorisation explicite de l’organisation.

Dans ce modèle, la localisation des données devient un contrôle architectural — et non un simple paramètre de configuration. La localisation du siège, des entités juridiques ou des équipes opérationnelles d’un fournisseur ne confère pas un accès technique aux données chiffrées. Une autorité légale ne peut exiger la divulgation de données rendues techniquement inaccessibles par l’architecture du système.

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L’IA introduit de nouveaux risques pour la souveraineté des données

L’intelligence artificielle ajoute une couche supplémentaire de complexité à la souveraineté numérique. De nombreuses solutions reposent sur un traitement centralisé ou sur des modèles tiers, ce qui peut engendrer des risques importants d’exposition des données si des informations sensibles sont transmises en dehors du périmètre de contrôle de l’organisation. Une stratégie IA orientée souveraineté applique les mêmes principes architecturaux que ceux utilisés pour sécuriser les données sensibles des entreprises.

Pour les organisations ayant des exigences strictes en matière de souveraineté, le traitement des données par l’IA doit être effectué au sein d’infrastructures et de régions qu’elles contrôlent, avec des mécanismes de chiffrement et de gouvernance des identités garantissant que les données sensibles ne quittent jamais cet environnement. Dans la mesure du possible, ces données ne doivent pas être partagées avec des services externes ou des modèles d’IA tiers. Correctement conçues, les capacités d’IA peuvent renforcer la posture de sécurité d’une organisation plutôt que d’introduire de nouveaux risques.

La souveraineté numérique ne peut plus être considérée comme un simple objectif politique. Elle doit être mise en œuvre par une conception technique rigoureuse garantissant que les organisations conservent le contrôle de leurs données, de leurs identités et de leurs clés de chiffrement. Lorsque le chiffrement, la gouvernance des identités et l’architecture des systèmes imposent des contrôles d’accès par conception, les organisations n’ont plus besoin de se reposer uniquement sur les garanties des fournisseurs. La confiance devient alors le résultat d’une architecture de sécurité vérifiable. À mesure que les organisations se développent à travers des plateformes cloud, des systèmes automatisés et des flux de travail pilotés par l’IA, le maintien d’un contrôle souverain des données et des identités s’imposera comme une exigence structurante des stratégies de cybersécurité.

Allan Camps, responsable grands comptes chez Keeper Security

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