Et si la réussite des politiques climatiques ne se jouait pas seulement dans les sommets internationaux, mais sur le terrain, au plus près des territoires ? Un nouveau rapport met en lumière le rôle décisif de la gouvernance multiniveaux dans l’Union européenne, où la coopération entre États, régions et villes permet de traduire les ambitions climatiques en actions concrètes. Une approche dont la France illustre certaines des meilleures pratiques.
À Bruxelles, ce 24 mars 2026, la publication d’un rapport conjoint du Global Covenant of Mayors for Climate & Energy (GCoM) et de C40 Cities vient apporter un éclairage précis sur ce qui fait aujourd’hui la force — mais aussi la singularité — de l’Union européenne en matière d’action climatique : sa capacité à articuler les différents niveaux de gouvernance pour produire des résultats tangibles.
Intitulé « The European Multilevel Governance Story: Evidence on CHAMP-aligned Implementation in Practice », ce rapport s’appuie sur l’expérience étendue de l’UE pour démontrer comment les engagements climatiques peuvent se traduire concrètement grâce à une coopération étroite entre institutions européennes, gouvernements nationaux, autorités régionales et collectivités locales. Il documente en détail la manière dont ces acteurs s’organisent pour concevoir, financer et mettre en œuvre des actions climatiques sur le terrain.
Au cœur de cette dynamique, un constat : l’implication des villes et des régions n’est plus un simple relais d’exécution, mais un levier structurant de la transition. En identifiant des exemples concrets issus de plusieurs États membres, le rapport montre comment l’autonomisation des collectivités locales facilite la mise en œuvre des politiques climatiques et énergétiques à l’échelle locale, là où se jouent une grande partie des transformations nécessaires.
L’approche européenne apparaît ainsi comme un modèle de gouvernance multiniveaux capable de faire le lien entre objectifs globaux et réalités locales. Elle permet de traduire des engagements nationaux et internationaux en projets opérationnels, en investissements ciblés et, in fine, en réductions effectives d’émissions. Une mécanique complexe, mais essentielle, à l’heure où l’écart entre promesses climatiques et résultats reste un défi majeur à l’échelle mondiale.
Ces enseignements interviennent dans un contexte international en pleine évolution. L’Union européenne a en effet récemment rejoint la Coalition for High Ambition Multilevel Partnerships (CHAMP) en tant que 78ᵉ signataire, une initiative lancée lors de la COP28 pour renforcer la coopération entre États et acteurs infranationaux. L’objectif est clair : accélérer l’ambition climatique en reconnaissant pleinement le rôle central des villes et des régions dans l’atteinte des objectifs nationaux.
Laurence Graff, conseillère pour l’action climatique multiniveaux représentant la Commission européenne, a déclaré « Dans toute l’Union européenne, les partenariats multiniveaux et la coopération active entre les différents niveaux de gouvernement sont essentiels pour concevoir et mettre en œuvre les actions climatiques sur le terrain. L’UE travaille en étroite collaboration avec les États membres, les villes et les régions, car une action climatique efficace dépend de la coordination de tous les niveaux de gouvernement. En renforçant la coopération, en partageant l’expertise et en soutenant les investissements dans des solutions locales, nous transformons l’ambition climatique européenne en résultats concrets pour les communautés. »
De la France à la Suède : le chemin européen vers la mise en œuvre locale
Le rapport met en lumière un échantillon d’initiatives réussies de partenariats multiniveaux dans l’UE et ses États membres. Ces exemples illustrent comment les structures, partenariats et initiatives de l’UE sont essentiels pour atteindre ses objectifs climatiques et énergétiques de manière juste et inclusive.
France : des dialogues multilatéraux pour renforcer l’action locale
En France, les dialogues multilatéraux climat et énergie soutenus par le projet financé par l’UE NECPlatform ont permis d’engager les collectivités locales dans la conception et la mise en œuvre des politiques climatiques et énergétiques. Ces dialogues ont servi à identifier des mécanismes de financement, à améliorer la coordination entre niveaux de gouvernements et à renforcer les capacités de mise en œuvre. Le rapport met en avant la création d’un fonds climatique territorial de 250 millions d’euros qui aide les collectivités locales à mettre en œuvre leurs plans d’action et à respecter leurs engagements dans le cadre de la CoMO-EU. Cette approche illustre la manière dont la France déploie la gouvernance multiniveaux pour renforcer la participation locale et accélérer l’action climatique sur le terrain.
Allemagne : coprésidente de CHAMP avec le Brésil, investissant depuis 2008 plus de 2,2 milliards d’euros dans plus de 60 000 projets locaux et mobilisant près de 7 milliards d’euros supplémentaires.
Danemark : près de toutes les municipalités disposeront de plans climatiques alignés sur l’Accord de Paris grâce au projet DK2020 et à Climate Alliance, visant une réduction des émissions de 76 % d’ici 2030.
Italie : les régions, notamment l’Émilie-Romagne et les Pouilles, jouent un rôle d’intermédiaires clés pour aider les municipalités à concevoir et à mettre en œuvre des plans climatiques locaux à grande échelle.
Espagne : la plateforme CitiES2030 accélère la neutralité climatique des villes en réunissant gouvernement national, municipalités, entreprises et universités pour le partage de bonnes pratiques et la mise en œuvre de projets.
Suède : le programme Viable Cities travaille avec 48 villes et 6 agences nationales pour accélérer la transition climatique vers la neutralité carbone d’ici 2030, en expérimentant des modèles de collaboration innovants.
Un modèle de partenariat multiniveaux
Le rapport conclut qu’à partir de l’expérience de l’UE, des cadres politiques solides, un soutien dédié aux villes et régions et une coopération structurée à tous les niveaux gouvernementaux sont nécessaires pour que les villes puissent efficacement contribuer à la réalisation des objectifs climatiques nationaux.
Andy Deacon, co-directeur du Global Covenant of Mayors for Climate & Energy (GCoM), a déclaré « L’expérience de l’UE montre que la gouvernance multiniveaux n’est pas une théorie, mais un modèle éprouvé pour mettre en œuvre l’action climatique sur le terrain. Elle démontre que des cadres politiques solides, combinés à l’autonomisation des villes et des régions, à une coopération structurée et à un accès dédié au financement, peuvent accélérer et renforcer la mise en œuvre. Elle souligne également le rôle essentiel des gouvernements régionaux, des associations de collectivités locales et des partenaires techniques pour relier l’ambition nationale à l’action locale. Les exemples présentés dans ce rapport offrent une inspiration sur la manière dont les partenariats multiniveaux peuvent transformer les objectifs climatiques en résultats concrets. »
Alors que la coalition CHAMP entre dans sa phase de mise en œuvre, l’expérience de l’UE peut offrir des exemples concrets aux pays souhaitant renforcer la coopération avec les gouvernements infranationaux. Autonomiser les villes et les régions peut aider à combler les lacunes de mise en œuvre et accélérer les progrès climatiques dans le monde entier.
Photo d’en-tête : l’exemple de Valencia (Espagne), ville élue « Capitale verte européenne 2024 »






