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Amazonie : 50 volontaires français en première ligne pour protéger le poumon vert de la planète

Ils sont près de cinquante. Jeunes diplômés, professionnels en reconversion ou engagés de longue date, ils ont quitté la France pour un an afin de soutenir celles et ceux qui protègent la plus grande forêt tropicale du monde. Ils ne sont ni aventuriers solitaires ni héros médiatiques. Pourtant, pendant un an, ils vivent au rythme de la forêt, des rivières et des communautés amazoniennes. De la préservation d’espèces menacées à l’agroécologie en passant par l’entrepreneuriat autochtone, ces volontaires participent, sur le terrain, à l’avenir de l’Amazonie. Une autre manière d’explorer : en réparant plutôt qu’en conquérant.

À l’aube, la brume s’accroche encore à la canopée. Les pirogues glissent sur le fleuve. Quelque part entre le chant des oiseaux et le vrombissement des insectes, une journée de terrain commence : relever des pièges photographiques, inventorier des champignons, animer un atelier d’agroécologie, discuter cacao avec une coopérative.

Or l’Amazonie brûle, s’assèche, recule. Sous l’effet combiné du changement climatique, de la déforestation et des activités extractives, cette forêt primaire — essentielle à l’équilibre du climat mondial — subit des pressions inédites. Face à ces défis, une autre histoire s’écrit pourtant, plus discrète mais résolument tournée vers l’action : celle d’hommes et de femmes qui choisissent de s’engager concrètement aux côtés des acteurs locaux.

Ils sont près de cinquante. Jeunes diplômés, professionnels en reconversion ou engagés de longue date. Tous ont quitté la France pour un an afin de soutenir celles et ceux qui protègent la plus grande forêt tropicale du monde. Envoyés par différentes ONG et institutions publiques dans le cadre du programme Volontaires pour l’Amazonie, porté par France Volontaires, ils interviennent dans plusieurs pays d’Amérique du Sud pour contribuer à la préservation de ce territoire unique. De la préservation d’espèces menacées à l’agroécologie, en passant par l’entrepreneuriat autochtone, ces volontaires participent, concrètement, à l’avenir de l’Amazonie. Une génération d’« explorateurs » d’un nouveau genre. Moins conquérants, plus solidaires.

Comme le rappelle le photographe et écologiste Sebastião Salgado, qui a contribué à restaurer des milliers d’hectares de forêt au Brésil avec Instituto Terra : « Restaurer la forêt, c’est restaurer l’humain. »

Il fut un temps où partir vers l’inconnu signifiait conquérir, cartographier, posséder. Les grandes expéditions des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles portaient les noms de James Cook, David Livingstone ou Alexander von Humboldt : des voyages d’exploration scientifique qui révélaient la richesse du vivant, mais ouvraient aussi la voie à l’exploitation des territoires. Deux siècles plus tard, l’époque a changé. On ne traverse plus les océans pour planter un drapeau, mais pour réparer, coopérer, apprendre (sauf pour un certain Donald Trump). Déjà, Humboldt pressentait cette interdépendance fondamentale entre l’humain et la nature, écrivant : « Dans cette grande chaîne des causes et des effets, aucune chose ne peut être considérée isolément. »

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Ces nouveaux explorateurs ne cherchent plus à découvrir la forêt : ils choisissent de la protéger. Leur aventure n’est plus celle de la conquête, mais du soin. Dans l’esprit des grandes figures contemporaines de la protection du vivant — du botaniste Francis Hallé, défenseur des forêts primaires, à l’anthropologue Jane Goodall, qui martèle que « chaque individu compte, chaque action compte » — ces volontaires choisissent le terrain plutôt que le discours.

Un programme pensé pour l’immersion

Leur engagement s’inscrit dans le programme Volontaires pour l’Amazonie, porté par France Volontaires (1). Son principe est simple et presque à rebours des logiques d’intervention classiques : ne pas arriver avec des solutions toutes faites, mais soutenir les dynamiques locales existantes. Les missions sont coconstruites avec des associations, des collectivités, des organisations communautaires et autochtones. Et surtout, elles s’inscrivent dans le temps long : un an sur place, parfois plus.

Un an pour apprendre les prénoms, comprendre les saisons, écouter les récits, gagner la confiance. Un an pour ne plus être « de passage ». Cette immersion change tout : elle transforme l’aide en coopération.

Cinq pays, cinquante missions, des centaines de rencontres

En Bolivie, au Brésil, en Colombie, en Équateur et au Pérou, près de cinquante missions prennent forme autour de la biodiversité, de l’eau, de la santé, de la transmission des savoirs et du développement économique local.

Plutôt que d’imposer des modèles venus d’ailleurs, les volontaires deviennent des appuis techniques, des relais, parfois simplement des mains supplémentaires.

Une présence utile, humble, quotidienne.

Des actions très concrètes sur le terrain

En Bolivie, au Brésil, en Colombie, en Équateur et au Pérou, près de cinquante missions ont été mises en place autour de thématiques clés : biodiversité, eau, santé, éducation environnementale, transmission des savoirs ou encore développement économique local.

Plutôt que d’imposer des solutions extérieures, le volontariat agit comme un appui technique, humain et organisationnel pour renforcer des projets déjà existants.

– Conservation du lamantin d’Amazonie au sein de l’Association pour la conservation de la biodiversité amazonienne, au Pérou
Objectif : sensibiliser à la conservation de l’espèce et plus généralement de la biodiversité, soutenir la réhabilitation de la faune sauvage, la collecte de fonds et l’éducation environnementale.

– Identification des champignons amazoniens au sein de l’Institut de recherche de l’Amazonie péruvienne.
Objectif : Valoriser les champignons comestibles et médicinaux amazoniens grâce à la recherche, la transmission des savoirs traditionnels et la sensibilisation à la conservation.

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– Développement de l’agroécologie par des femmes paysannes autochtones au sein de la Fundaciо́n Atasim, en Équateur.
Objectif : fabrication de bio-intrants agroécologiques et formation à la commercialisation agroécologique destinée aux femmes rurales

– Reforestation de la forêt sèche de Chiquitano, au sein de la Fundaciо n latinoamericana para el desarollo, en Bolivie.
Objectif: Recherche sur la reforestation avec des espèces natives en participant à la collecte d’informations sur l’empreinte carbone.

– Soutien à l’artisanat des Yanomami, un peuple indigène du Brésil et du Venzeuela, au sein de Hutukara Associação Yanomami, au Brésil.
Objectif : Développer les produits de la biodiversité.

– Appui à l’entrepreneuriat communautaire pour la production et la commercialisation du cacao, au sein de Resguardo Indígena TICOYA, en Colombie.
Objectif : soutenir l’entrepreneuriat des communautés Tikuna, Cocama et Yagua dans leur activité de production pour inciter les jeunes à rester sur leurs terres.

Raconter une autre Amazonie

Derrière chaque mission, il y a une scène simple : un atelier sous un toit de tôle, un carnet trempé par la pluie, une discussion au bord du fleuve, un enfant qui traduit.

Ces volontaires ne sauveront pas seuls l’Amazonie. Mais ils changent quelque chose d’essentiel : la relation. Ils tissent des liens. Ils écoutent. Ils apprennent. Ils racontent. À leur manière, ils prolongent cette intuition chère au philosophe Baptiste Morizot : « Défendre le vivant, c’est réapprendre à habiter la Terre. »

Et si la nouvelle exploration consistait précisément en cela ? Non plus découvrir des territoires vierges, mais prendre soin de ceux qui existent déjà.

Une solidarité lente, patiente, incarnée. Peut-être l’une des voies les plus crédibles pour préserver durablement le poumon vert de la planète.

(1) Plateforme du volontariat international d’échange et de solidarité (V.I.E.S). Elle œuvre à son développement et à sa promotion en s’appuyant sur une présence en France (métropole et Outre-mer) et sur un réseau d’Espaces Volontariats en Afrique, en Asie, en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Océanie. Opérateur du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, c’est un groupement d’intérêt public (GIP) qui réunit l’État, des collectivités et des associations dans le cadre d’une mission d’intérêt général, reconnue par la loi du 4 août 2021 comme un levier transversal d’action de la politique de développement solidaire de la France.

Pour aller plus loin :

  • Sur les chemins de Stevenson, éditions Gallimard, septembre 2024
  • Amazonia : La vie au cœur de la forêt amazonienne, de Johanne Bernard et Araquem Alcantara – Editions de la Martinière, 2013
  • The Naturalist on the River Amazons d’Henry Walter Bates (Réédition)
  • Histoire de l’Amazonie de Stephen Rostain – Eyrolles éditions, 2022

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