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Cancer : l’Europe face à la vague qui monte

Cinq nouveaux cas chaque minute. Des patients de plus en plus jeunes. Des dépenses qui ont doublé en trente ans. Le cancer progresse partout en Europe et met les systèmes de santé sous pression durable. À l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer ce mercredi 4 février 2026, l’OCDE publie un nouveau rapport « Delivering High Value Cancer Care« , qui alerte sur les cas de cancer dans l’Union européenne qui ont augmenté de 30 % depuis 2000, avec environ 2,7 millions de nouveaux cas estimés en 2024. Sans transformation profonde des parcours de soins, ni meilleure efficacité des traitements, la facture humaine et économique deviendra insoutenable. Derrière les chiffres, c’est toute l’organisation de nos sociétés qui est désormais en jeu.

Il y a les statistiques, froides, presque abstraites. Et puis il y a ce qu’elles racontent vraiment.

Cinq diagnostics de cancer chaque minute dans l’Union européenne. 2,7 millions de nouveaux cas par an. Et une courbe qui, loin de se stabiliser, continue de grimper. Depuis le début des années 2000, le nombre de cancers a augmenté d’environ 30 % dans les pays européens. À lui seul, ce chiffre suffit à mesurer l’ampleur du phénomène. Mais il ne dit pas tout. Car cette hausse ne s’explique plus seulement par le vieillissement de la population. Un autre mouvement, plus discret et plus préoccupant, est à l’œuvre : le cancer frappe désormais plus tôt.

Chez les jeunes femmes, notamment, l’augmentation est nette. En vingt ans, le taux de nouveaux cas a progressé de 16 %, passant de 144 à 167 pour 100 000 habitantes. Cancers du sein, de la thyroïde, mélanomes cutanés, colorectal : autant de pathologies que l’on associait autrefois à des âges plus avancés et qui s’invitent désormais au cœur de la vie active.

Les causes sont multiples et encore imparfaitement comprises. Les chercheurs évoquent l’évolution des comportements reproductifs pour le cancer du sein, l’amélioration du dépistage pour celui de la thyroïde, mais aussi l’alimentation, l’exposition précoce à certains facteurs environnementaux ou encore les modes de vie sédentaires. Quelle qu’en soit l’origine, le résultat est tangible : un diagnostic posé à 35 ou 40 ans signifie des décennies de traitements, de contrôles médicaux, d’incertitudes professionnelles et familiales.

Le cancer n’est plus seulement une maladie de la fin de vie. Il devient une maladie longue, qui s’installe dans la trajectoire de la vie.

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Une pression financière sans précédent

Cette évolution a un coût. Et il est colossal.

Depuis 1995, les dépenses de santé liées au cancer dans l’Union européenne ont plus que doublé. Elles sont passées de 54 milliards d’euros à 120 milliards en 2023, soit près de 7 % de l’ensemble des dépenses de santé. À l’échelle des États, cela représente des budgets équivalents à ceux de systèmes scolaires ou de grandes politiques sociales.

Et la projection est encore plus vertigineuse. D’ici 2050, sous l’effet combiné du vieillissement démographique et de l’augmentation des cas, les dépenses par habitant consacrées au cancer pourraient augmenter de 59 % en termes réels.

Autrement dit : même à politiques constantes, la facture continuera de grimper. Dans des économies déjà contraintes par la dette publique, la transition écologique ou le vieillissement général de la population, cette dynamique pose une question frontale : comment maintenir un haut niveau de prise en charge sans faire exploser les finances publiques ?

Pour l’OCDE, qui a compilé données comparatives et enquêtes de terrain dans l’ensemble des pays européens, la réponse ne passe pas seulement par davantage d’argent. Elle passe surtout par une meilleure organisation. Car aujourd’hui, une partie des dépenses ne produit pas les résultats attendus.

Quand le temps perdu coûte des vies

Premier constat : trop de cancers sont encore diagnostiqués trop tard.

Les programmes de dépistage ont pourtant fait leurs preuves. Pour le sein, le col de l’utérus ou le colorectal, ils améliorent clairement la survie et se révèlent rentables à long terme. Mais leur mise en œuvre reste inégale selon les pays, les territoires et les milieux sociaux. Ces disparités ont des conséquences très concrètes. Entre 15 % et 40 % des patients atteints d’un cancer colorectal découvrent leur maladie… aux urgences. C’est-à-dire au moment où les symptômes deviennent insupportables et où la pathologie est déjà avancée.
Les chiffres sont sans appel : un patient opéré en urgence pour un cancer colorectal a jusqu’à sept fois plus de risques de décéder dans les trente jours suivant l’intervention qu’un patient pris en charge dans un parcours programmé.
Le manque de personnel médical, les délais d’imagerie, l’engorgement des services spécialisés et des systèmes d’orientation mal coordonnés créent ces retards en chaîne. Les premières victimes sont presque toujours les mêmes : populations rurales, ménages précaires, personnes éloignées du système de santé.

Ce n’est plus seulement un problème médical. C’est un problème d’équité.

Des soins très différents d’un pays à l’autre

Deuxième faiblesse : l’hétérogénéité des pratiques.

En théorie, la médecine fondée sur les preuves devrait garantir des standards similaires partout. En réalité, les écarts sont frappants.

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Pour le cancer de la prostate chez les hommes de plus de 75 ans, la proportion de diagnostics précoces varie de 53 % aux Pays-Bas à 81 % au Luxembourg. Ces différences reflètent des stratégies de dépistage opposées : ici, on détecte tard ; là, on diagnostique parfois trop tôt. Car le surdiagnostic existe aussi. Identifier des tumeurs à évolution lente, qui n’auraient jamais menacé la vie du patient, conduit à des traitements inutiles, parfois lourds, et à un gaspillage de ressources.

Même constat pour la chirurgie du sein. Les mastectomies partielles, moins invasives et offrant des chances de survie comparables aux mastectomies totales, sont pratiquées dans près de 80 % des cas en Espagne, mais dans moins de la moitié des cas en Roumanie ou en Pologne. Selon le lieu où l’on vit, on n’a donc pas les mêmes chances… ni les mêmes traitements.

La question du médicament soulève également des interrogations. Près de quatre anticancéreux sur dix approuvés ces vingt-cinq dernières années par l’Agence européenne des médicaments présenteraient une valeur thérapeutique ajoutée incertaine ou négative par rapport aux traitements existants. Des innovations coûteuses, mais pas toujours plus efficaces.

Pour les finances publiques, c’est un signal d’alarme : dépenser plus ne signifie pas forcément soigner mieux.

Le grand angle mort : la vie après le diagnostic

Mais l’enjeu dépasse la seule efficacité clinique. Le cancer laisse des traces durables. Fatigue chronique, douleurs persistantes, anxiété, isolement social, difficultés professionnelles. Les conséquences débordent largement du cadre hospitalier.

L’enquête PARIS menée par l’OCDE montre que les personnes atteintes de cancer déclarent une santé physique et mentale plus dégradée que la moyenne des patients suivis en soins primaires. Elles se sentent moins bien accompagnées et seulement un tiers d’entre elles estime que leurs soins sont réellement adaptés à leurs besoins personnels.

La fragmentation des parcours explique en partie ce malaise. Les données médicales circulent mal, les spécialistes se coordonnent peu, et les patients doivent souvent naviguer seuls entre hôpital, médecine de ville, assurance et services sociaux.

À cela s’ajoute l’impact économique. Un diagnostic de cancer réduit en moyenne de 14 % les chances de retrouver un emploi, avec des effets particulièrement marqués en Europe centrale et méridionale. Perte de revenus, précarité, déclassement : la maladie devient aussi un risque social.

Repenser tout le système

Face à ce constat, le rapport appelle à un changement de cap.

Il ne s’agit plus seulement d’augmenter l’offre de soins, mais de la rendre plus rapide, plus cohérente et plus centrée sur les personnes. Dépister plus tôt. Éliminer les traitements inutiles. Investir dans ce qui améliore réellement la survie et la qualité de vie. Mieux coordonner les professionnels. Intégrer le soutien psychologique et social au cœur du parcours. En somme, passer d’une logique de volume à une logique de valeur.

Car le cancer est en train de devenir l’un des principaux tests de résistance de nos systèmes de santé. Un révélateur de leurs inégalités, de leurs gaspillages, mais aussi de leur capacité à innover. Si rien ne change, la vague continuera de monter. Lentement, mais sûrement. Et ce ne sont plus seulement les hôpitaux qui seront sous pression, mais l’ensemble de la société.

Quatre priorités pour améliorer la qualité des soins contre le cancer

Tous les pays de l’UE, ainsi que la Norvège et l’Islande, cherchent déjà à améliorer la qualité des soins contre le cancer, à travers quatre orientations politiques transversales.

Il est essentiel de mettre en place des parcours de soins intégrés en cancérologie afin de garantir un accès rapide, coordonné et équitable aux soins. Pour maîtriser le cancer et ses coûts, il est nécessaire de passer de services fragmentés à des parcours de soins intégrés reliant le diagnostic, le traitement et le suivi. L’expérience du Danemark et de la Suède, par exemple, montre que des filières d’orientation clairement définies, des objectifs diagnostiques précis et des équipes multidisciplinaires permettent de réduire les délais d’attente et d’améliorer la survie. Investir dans les plateformes numériques, les rôles de coordination des soins et la coordination régionale est indispensable pour réduire les inégalités géographiques et démographiques. L’intégration permet également d’optimiser l’utilisation des ressources limitées en matière de diagnostic et de personnel, améliorant ainsi l’accès aux soins et leur efficacité.

Des normes fondées sur des données probantes et un suivi des performances. Une assurance qualité systématique, notamment par le biais de systèmes nationaux d’accréditation et de certification, de l’application de normes de volume minimales et du contrôle du respect des recommandations cliniques, garantit l’efficacité des soins. La certification des soins oncologiques et les normes de qualité clinique en Allemagne, ainsi que les mécanismes transparents de retour d’information sur la qualité aux Pays-Bas, illustrent des exemples d’amélioration continue des soins susceptibles d’accroître les taux de survie. Le développement de plateformes de données en temps réel, qui permettent de suivre la rapidité du diagnostic du cancer, le suivi des soins et la qualité des soins – y compris les indicateurs rapportés par les patients –, contribue également à suivre les résultats les plus importants pour les personnes, favorisant ainsi la transparence, la responsabilisation et l’amélioration continue afin de réduire les soins oncologiques de faible valeur.

Optimiser l’utilisation des ressources et intégrer l’innovation technologique. Des politiques telles que le dépistage stratifié selon le risque, la prise en charge ambulatoire par rapport à l’hospitalisation et l’adoption des biosimilaires peuvent générer d’importants gains d’efficience sans compromettre la qualité. Le développement de centres de perfusion spécialisés, la chirurgie ambulatoire et les traitements à domicile (comme le prévoit la feuille de route nationale contre le cancer 2021-2026 en France) sont de bons exemples de pratiques permettant de garantir des soins de haute qualité dans des structures moins coûteuses. Parallèlement, les recommandations des cliniciens, telles que « Choosing Wisely », offrent des initiatives utiles pour réduire les soins oncologiques à faible valeur ajoutée. L’innovation technologique, comme le dépistage assisté par l’IA, le diagnostic moléculaire ou la chirurgie robotique, contribue également à garantir que les ressources soient allouées à des interventions à forte valeur ajoutée.

Placer la personne au cœur des préoccupations comme pilier de la performance des systèmes de cancérologie. Une plus grande participation à la prise de décision, un soutien à l’autogestion et un suivi coordonné sont essentiels pour les personnes atteintes de cancer. Par exemple, le Danemark propose des plans de soins personnalisés et un accompagnement pour la coordination des soins, tandis que l’Estonie utilise des outils numériques pour l’autonomisation des patients. Prendre en compte les dimensions sociales et économiques du cancer implique d’aller au-delà des soins cliniques pour soutenir le bien-être psychologique, social et financier. Le « droit à l’oubli », actuellement adopté dans seulement un tiers des pays de l’UE, est crucial pour prévenir la discrimination et améliorer les perspectives de vie.

Face aux priorités gouvernementales concurrentes et aux limitations de capacité et de personnel du système de santé, il est impératif de garantir des soins oncologiques de haute qualité qui contribuent à l’amélioration de la santé et de la qualité de vie des patients. Le moment est venu de mettre en place de meilleures politiques de soins oncologiques pour répondre à la demande croissante et assurer des résultats optimaux grâce à un accès plus rapide, une intervention précoce, des soins efficaces et fondés sur des données probantes ; et d’adopter des approches centrées sur la personne, qui tiennent compte de ses valeurs et de ses préférences.

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