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Désarrois

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Depuis des semaines nous assistons à une série de « renversements du monde ». La pandémie Covid19 nous vient de Chine. Est-elle le résultat d’un transfert de l’animal à l’homme, d’une erreur scientifique, ou d’une « guerre virologique » ? Quelle que soit l’issue du « nous sommes en guerre », nous percevons bien qu’il y aura un avant et un après la catastrophe. Et puis de quelle guerre s’agit-il ? A tous les niveaux, de tous les pays, des voix s’expriment plus ou moins fort, mais les mots n’ont pas le même sens pour tous : qualité, compétences, normes, contrôles. D’un côté, dégoût envers le mammifère volant qui apporte la maladie, de l’autre respect envers la vénérée chauve-souris. Le virus a-t-il une « nationalité » ? Comment travailler à la « réparation du monde » au cœur de la globalisation ? Alors que dans les médias les doubles discours sont de plus en plus pesants, et que les pouvoirs publics jouent le chaud et le froid en agitant peurs, flatteries et sanctions. Serons-nous après cela capables de faire émerger du « bien » pour l’humanité et l’ensemble du vivant ?

« J’en atteste sur vous, en ce jour, le Ciel et la Terre : j’ai placé devant toi la vie et la mort le bonheur et la calamité ; Choisis la vie ! Et tu vivras alors, toi et ta postérité. » Deutéronome, 30, 19.

« Sois avare de tes paroles, et les choses s’arrangeront d’elles-mêmes. »
Lao Tseu

Prologue

Je commencerai par un détour historique où l’on pourrait voir une sorte de prémices archaïques des circonstances actuelles.
En 1973, Alain Peyrefitte avait eu un exceptionnel succès de librairie avec son livre « Quand la Chine s’éveillera », qui avait, pour sous-titre, « le monde tremblera ».
Le bruit a couru alors que le titre de Peyrefitte avait été inspiré par une réplique du film-culte de Nicholas Ray, « Les 55 jours de Pékin », sorti dix ans plus tôt, évoquant la Ville impériale au tournant du XXe siècle, avec une distribution brillante autour de la splendide Ava Gardner. Le film retraçait l’épisode de la Révolte des Boxers, symbole d’un précédent réveil national de la Chine, contre les influences des nations occidentales qui avaient installé des légations diplomatiques dans la ville du Palais d’Eté. Film paradoxal, tout en contrepoints, entre fastes de la production hollywoodienne et sens politique anticonformiste du réalisateur du premier western subtilement féministe, « Johnny Guitar » et du film culte sur la jeunesse qu’est encore « La Fureur de Vivre ». J’ai eu la chance de rencontrer Nicholas Ray, comme assistante et interprète de son premier biographe, François Truchaud, peu après la sortie des « 55 jours », ce qui m’a doublement marquée.

La Chine s’est-elle « éveillée »? Elle a en tout cas depuis, changé de régime en un bouleversement considérable, contribuant en acteur majeur à ce que désormais l’épicentre du monde semble s’être déplacé vers l’Est, s’éloignant de l’Europe, ébranlant l’hégémonie américaine.
En ce sens la Chine s’est bien éveillée et le décor y a bien changé : qui aurait oublié ces films des années 2000 sur la transformation des villes, comme Pékin, éventrée par les travaux qui ont reconfiguré l’ancienne Cité impériale puis révolutionnaire, passée à vue d’œil de l’horizontalité de ses vieilles maisons à la verticalité contemporaine ?

Wu Han

Récemment, c’est d’une autre grande agglomération chinoise qu’ont pris source les événements qui scellent pour l’humanité un avant et un après, une catastrophe. Wu Han, traversée par le fleuve Yang-Tsé, se trouve en Chine centrale, dans une large plaine alluviale. Le climat y est humide, plutôt maussade. C’est un centre économique, allant de l’Industrie à la Recherche dite de pointe.

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Je me réfère ici au remarquable travail, très documenté, du Monde du 25 avril, réalisé par Raphaëlle Bacqué et Brice Pedroletti, et qui fait un peu froid dans le dos. On y relève que nombre de sociétés françaises s’y sont implantées ou se sont employées à y transférer des savoirs faire. Telle l’entreprise Mérieux, qui s’est retirée « dès la remise du labo aux autorités chinoises », ainsi que Alain Mérieux l’a déclaré à la Presse.

Diverses gloses ont été émises à ce sujet : s’agissait-il d’une éviction ou d’un départ volontaire des Français face à des pratiques qu’ils réprouvent, d’une incompréhension venant de divergences culturelles, éthiques ou stratégiques irréductibles sur les finalités du projet et modalités de la coopération ? Et en tout cas presqu’à l’évidence, divergence sur le positionnement, la conception et les finalités de la « Recherche ». Notons aussi qu’on compte dans la même aire, des installations militaires. Voilà pour le portrait de Wu Han en métropole « moderne ».

On avait appris aussi aux débuts de l’histoire que dans ses marchés perdurent des usages anciens. Ainsi trouve-t-on alentour des animaux sauvages, tel le pangolin – qui serait un mets de choix. Ces animaux vivent dans le biotope de la campagne et des roches, avec d’autres espèces, et en particulier des chauve-souris, hébergeuses de quantités d’hôtes parasites, tels des virus, qui sont justement objet d’études au sein des centres de recherche…
C’est par là que semblent s’interpénétrer hypermodernité et vie sauvage. Voisinage insolite et, cependant, scientifiquement compréhensible. Au fil des événements et de l’invasion pandémique, le couple dissociatif du début de l’histoire – recherche en pointe et gastronomie ancestrale -, a donc réapparu grâce à cette enquête du Monde sous un autre éclairage. On peut à l’aune de cette ambigüité situer l’épidémie planétaire. Pour peu qu’on s’y attarde, en soubassement de la catastrophe, on voit se nouer serrés des éléments de pointe à caractère diplomatique international avec de profonds éléments de tradition.

Ce qui a eu de quoi m’inciter à aller plus loin. Ainsi, le psychanalyste Alain Julienne qui connaît bien la Chine pour y avoir travaillé et vécu, m’a fourni une information majeure, selon laquelle la chauve-souris que nous, Occidentaux, n’aimons pas et dont nous avons peur, est vénérée en Chine. Vue comme un symbole taoïste « porte bonheur », en lien avec l’immortalité.

Justement parce qu’elle charrie ce que nous réprouvons, des notions de mystère, d’inconnu, choses cachées, d’une aptitude à vivre dans des biotopes arides…

Il me paraît important d’aborder aussi ces questions, qui probablement ne sont marginales que pour nous ! Elles sont un apport métaphorique renversant. Ainsi dans cette si forte teneur symbolique et traditionnelle se dévoilerait un pan très heuristique en cet accident. La chauve-souris peut alors ne plus être regardée seulement comme un animal détesté mais comme un vivant recelant mystères et « pouvoirs ».

On peut donc faire l’hypothèse que la chercheuse elle-même ait été traversée, par cette dimension de sacré. Et de fait, la chauve-souris, à la différence de l’espèce humaine reste une « porteuse saine ». Il devient alors plausible d’imaginer que cette grande chercheuse ait choisi d’aller elle-même, comme en respect ancestrale, faire des prélèvements dans les anfractuosités des roches alentour, se chargeant ainsi du travail au niveau de la vénération de cet étrange mammifère volant.

Et de là, on peut supposer qu’une erreur due à un impondérable absolu ait pu se produire, avec cet animal « magique » et qui a pu du coup en sidérer la Chine elle-même. Ce qui rendrait compte de l’étrangeté de la situation au niveau de la planète !

Made in China

En français, on appelle la Chine l’Empire du milieu, elle-même se nomme « pays du milieu », on pourrait donc prendre en considération que la position de Wu Han, au « Centre-du-Milieu » est particulièrement stratégique, comme au point de croisement des tensions… Sachant aussi que Wu, selon A. Julienne, connote un caractère « guerrier » et comme on le sait, Han rappelle la dynastie fondatrice. Certes en 1900 on pouvait comprendre la Révolte des Boxers contre un Occident décadent, sûr de lui et dominateur. Mais aujourd’hui, c’est d’une Chine ultra-souveraine et en plein essor que nous est venue la meurtrière pandémie, Covid 19. Et, à l’aéroport de Pékin, dans les débuts de l’épidémie aux Etats-Unis, des témoins ahuris ont vu des mandataires américains surpayer en cash et détourner des quantités de masques destinés à un pays européen, tant est vive la détresse occidentale.

La Chine a drainé ce dont nous ne voulions plus, les activités de trop faible rentabilité. De produits dérisoires, elle a institué des marchés… Ainsi pour l’heure, la Chine revêt une partie de notre visage d’un vital petit « masque », autant qu’elle nous habille depuis des années en total look portant les « marques » des géants européens de l’habillement bon marché, qui ont trouvé là sous-traitants raisonnables et main-d’œuvre diligente. Si ce n’étaient les deuils et la gravité sanitaire, il y aurait de quoi sourire ou en être déroutés. Voire, pour beaucoup d’entre nous, en être admiratifs, fût-ce à contre-cœur.

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On se demande quelles seront les suites internationales, après l’urgence et la gravité que connote l’objet indispensable, tandis qu’Outre-Atlantique on entend rugir un président imprécateur qui ne cesse de pointer la « nationalité » du virus.

Espèce humaine

Pour l’heure, dans d’étranges basculements, voici la France de Charlemagne, Montesquieu, Pasteur, les Curie, Charles Nicolle, Yersin à la merci d’un immense pays, d’où nous vient un microscopique agent tueur. Pays qui de la bouche de ses dirigeants, n’a pas, sauf erreur de ma part, exprimé ouvertement, verbalisé un minimum d’empathie. Que peut-on en penser ? Quand on croise dans la Littérature ou au Cinéma chinois des histoires d’humaine sensibilité, on ne peut pas décréter unilatéralement que les Chinois ne sont qu’affairistes cyniques, comme les qualifient certains Occidentaux… N’y aurait-il pas encore en dépit des facilités actuelles de rapprochement, un malentendu sur les différences de nos représentations et nos formulations de ce que nous appelons : don, civilité, sens de l’humain, et même politesse ? Malentendu de notre part ? Des deux parties ? S’il faut travailler à la « réparation du monde » au cœur de la globalisation, sommes-nous aptes à partager nos arcanes à ces sujets dans la vie concrète ? Je parle de solidarité au sein de notre espèce plongée dans le deuil, l’impuissance et la déréliction. 

Peut-être que tout simplement, à partir des nombreux dons de masques faits en Europe par des personnalités chinoises et par l’Etat chinois, pourrions-nous repérer un langage : l’expression chinoise d’une humanité solidaire, après la sidération ? Ainsi pour n’évoquer qu’un exemple, et il y a bien plus, les récents dons de masques aux villes françaises de Dijon et Chamonix. Or, sur toutes les informations relatant ces contributions, les commentaires français sont presque grinçants, insinuant plus ou moins finement que ces démarches chinoises ne sont qu’ « intéressée ». Ils donneraient « pour leur projet Route de la Soie, où pour faciliter leurs divers investissements ». Soit. Mais on ne présente pas toujours ainsi les dons des nababs occidentaux : on leur accorde un certain quantum de goût et de charisme, on leur attribue le qualificatif prestigieux de « mécènes ».

Certes on a tant dit que la notion de « personne » différait entre Occident et Extrême-Orient. Celui-ci est tout sauf individualiste. Mais qu’en est-il depuis la mondialisation elle-même, et depuis les nombreux mouvements de population, où tant de descendants de migrants chinois vivent en Occident dont un bon nombre aux Etats-Unis ? Même s’ils restent attachés à leurs racines comme la plupart des immigrés, ils n’en sont pas moins désormais avec leur descendance des citoyens occidentaux. N’en serions-nous restés qu’aux « 55 jours de Pékin » ? Et la Chine, où existe encore la peine de mort, se posent-elle la question, ou n’est-ce encore ici qu’une question typiquement occidentale ?

Egarements

Quoi qu’il en soit, en Occident, plus précisément en France, les personnes impliquées à quel titre que ce soit, se trouvent ballottées entre avis / contre-avis, consignes / annulations, protocole / anti-protocole, et ressentent les ambivalences pesantes propres aux doubles discours.

Qui parmi les personnes d’âge adulte aujourd’hui aurait oublié que lorsque nous allions dans les pays chauds, en Afrique par exemple, dans les années 80, nous prenions à titre préventif des comprimés de quinine ? Il y en avait dans le placard de nombreuses familles dans les années 50 ou 60, en Afrique du Nord qui était une des résidences des moustique porteurs du paludisme. On sait depuis longtemps qu’il n’est pas bénéfique à des personnes souffrant de certaines affections chroniques. Les gens atteints savent se gérer. Pourquoi tout d’un coup ce vénérable médicament, passé dans le domaine public qui était aussi en vente libre, se voit désormais réservé à l’Hôpital ? Sommes-nous devenus aussi infantiles qu’il faille prendre une telle mesure ? Est-ce pour cela qu’a été inventé le principe de précaution ? Et quel médicament, par définition, ne présenterait à coup sûr aucun danger ? Le paracétamol, l’aspirine seront-ils bientôt « confinés » à l’hôpital ?

« Nous sommes en guerre », a dit le Président français. On peut y adjoindre une autre des expressions qui ont marqué notre Histoire : nous nous sentons aussi dans une « étrange défaite », ainsi sans doute que nos voisins d’Italie, de Grande-Bretagne et d’ailleurs.

Nous formons tous les vœux pour que ce temps de guerre, où des proches disparaissent au nom d’aucune cause, cesse rapidement. Que cela ne nous empêche pas de nous poser pour réfléchir.

La part traditionnelle de la Chine, qui mange des animaux sauvages, la Chine post-maoïste dont, malgré les transformations considérables, le parti unique du pouvoir s’appelle toujours depuis 1949, Parti Communiste Chinois, la Chine des hautes technologies, a souffert la première du Covid 19. Celui-ci nous a envahi à notre tour dans une pandémie. « Nous sommes en guerre », mais de quelle guerre cela est-il le nom ?

Des masques de quinze centimètres de côté devenus comme la nouvelle image du monde. Que dire de cette surface de non-réparation tandis que certains de nos aînés ont disparu sans même revoir leurs proches ? Comment penser en cette déréliction ? Nous voici confinés, c’est-à-dire, autre paradoxe, enfermés chez nous et pour notre survie. Après avoir été assistés pour notre bien, version flicage, voici le « déconfinement » partiel, sachant que peu de gens respectent les consignes, raisonnables ou déraisonnables, nous serons peut-être désormais contaminés. Mais en toute responsabilité, « comme des grands ».

Qu’est-ce qui nous aura promu du citoyen infantilisé à l’adulte, sinon la nécessité de retour au travail pour une économie défaillante ?

Epilogue

Les pouvoirs publics semblent jouer sur une société traumatisée, assistée, endeuillée pour certains, glissant ainsi sur du velours pour jouer du chaud et du froid entre trois outils que les éducateurs d’enfants ont abandonné depuis longtemps : peur, flatterie, sanction. On a beaucoup parlé à très juste titre des personnes âgées exposées, à qui le confinement est encore recommandé. Et peu des enfants nés en cette période, qui, comme Olga, n’ont pas encore pu entrer pleinement dans la communauté familiale et sociale.

Il est bien dommage que tous ces éléments, qui concourent à une déliaison invalidante, aient convergé en ces temps déjà difficiles. Dans ce désarroi aux motifs multiples, on attendrait bien une petite lueur…

A Olga, née en mars, et aux nouveaux nés de ce printemps.

Paule Pérez, Philosophe – Psychanalyste

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