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Travailler quatre jours par semaine : une solution pour la planète ?

Travailler quatre jours par semaine : une solution pour la planète ?

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Le Financial Times est le journal économique de référence dans le monde. Dans ses colonnes, on a pu lire en début de semaine une chronique inhabituelle, signée par l’essayiste Simon Kuper. L’auteur plaide pour la semaine de quatre jours, une énormité dans le quotidien aux pages rose saumon de la City, dont les lecteurs sont essentiellement des dirigeants d’entreprises mus par la recherche du profit.  Travailler quatre jours, pour vivre autrement mais surtout, soutient l’auteur, pour sauver la planète. Diminuer le temps de travail permettrait en effet de réduire les déplacements, la production et la consommation. Et donc les émissions de gaz à effet de serre. Un plaidoyer qui mérite d’être lu.

« Le problème, quand on demande aux gens de changer leurs comportements pour ralentir le changement climatique, c’est qu’on leur propose quelque chose d’assez horrible. En gros, on leur demande d’arrêter de prendre l’avion, de renoncer à leur voiture, de ne plus faire de shopping, de ne plus boire de café, de ne plus partir en vacances, etc., pour qu’en retour la planète soit peut-être un peu moins inhabitable dans cent ans.

Pas étonnant que cela ne suscite pas l’enthousiasme. Personne n’a envie de porter la croix. Alors dès que la vie des électeurs est un tant soit peu perturbée – comme c’est le cas aujourd’hui avec la hausse des prix de l’énergie –, les gouvernants abandonnent la cause climatique et se démènent pour que nous puissions continuer à réchauffer la planète.

Les dirigeants politiques s’en tiennent à leur traditionnelle promesse : accroître le PIB pour que l’on puisse acheter davantage de trucs. Mais ce n’est plus possible. Fabriquer et acheter contribue au réchauffement de la planète. Les gouvernants doivent nous offrir plus de temps et non pas plus de choses. Plus précisément, dans les pays développés où les populations ne sont pas dans le besoin, il faudrait réduire le temps de travail pour sauver la planète. Une semaine de quatre jours serait un bon début.

Cette promesse pourrait rencontrer un certain succès grâce à deux tristes faits. Premièrement, la plupart des gens n’aiment pas leur travail. Selon une étude internationale réalisée par l’institut de sondages Gallup, seule une personne à temps plein sur cinq se sent impliquée dans son travail. De nombreux travailleurs disent également manquer de temps, en partie à cause de l’augmentation des tâches liées à la garde des enfants. Pour se sentir épanouis, les gens ont besoin de travailler, mais pas tant que ça : 8 heures par semaine serait la “bonne dose” pour notre bien-être, ont calculé des chercheurs des universités de Cambridge et de Salford en 2019 qui ont étudié plus de 70 000 travailleurs britanniques.

La deuxième triste réalité, c’est que lorsque les sociétés s’enrichissent, elles ne deviennent pas nécessairement plus heureuses. Les sociétés égalitaires ont tendance à le devenir, mais pas les sociétés inégalitaires. En d’autres termes, tout ce que nous produisons en plus sert souvent principalement à dégrader la planète. Imaginez le discours de votre patron lors de votre pot de départ à la retraite, qui énumérerait vos réalisations professionnelles et conclurait par “votre empreinte carbone totale est donc de…”. Imaginez qu’on inscrive ce chiffre sur votre pierre tombale.

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L’impression de manquer d’argent

Chaque heure de travail supplémentaire produit davantage de CO2 – à cause de nos déplacements et, surtout, à cause de ce que nous créons et consommons. Notre consommation représente plus de 60 % des émissions de gaz à effet de serre, ont estimé en 2016 des chercheurs de l’Université norvégienne des sciences et des technologies. Quand nous nous enrichissons, nous émettons généralement plus de CO2. Au cours d’une année faste comme 2018, par exemple, les émissions des États-Unis ont grimpé de 2,7 %.

Nous avons presque tous l’impression de manquer d’argent, et pourtant comparé à ceux qui nous ont précédés, nous avons bien plus qu’ils n’auraient jamais rêvé, du moins dans les pays développés. Ce ne sera jamais assez. Mais c’est déjà trop pour la planète.

Pour arrêter le changement climatique, nous devons donc devenir plus pauvres, et le moyen le plus sûr d’y parvenir est de travailler moins. Cela s’inscrirait dans la continuité d’une longue tendance à l’amélioration de la qualité de vie par la réduction du temps de travail. Selon les spécialistes de l’histoire économique Michael Huberman et Chris Minns, en 1870, un travailleur des pays industrialisés effectuait en moyenne plus de 3 000 heures par an, soit 60 à 70 heures par semaine pendant cinquante semaines. En 2019, ce total n’était plus que de 1 383 heures en Allemagne et 1 777 heures aux États-Unis, avant de s’effondrer pendant les confinements.

En 1956, Richard Nixon [alors vice-président des États-Unis] prédisait une semaine de travail de quatre jours dans un “avenir pas trop lointain”. Cet avenir est peut-être enfin là. La semaine de quatre jours est expérimentée dans plusieurs pays, elle est à l’étude même au Japon et est très courante en Islande.

Nous allons avoir besoin d’un État nounou

En réalité, supprimer une journée de travail ne suffirait pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre, car les travailleurs sont tellement productifs quand ils sont plus reposés que leur production reste dangereusement élevée. Après avoir donné aux gens plus de temps libre, nous allons donc avoir besoin de l’État nounou – oui – pour les pousser à l’employer à des activités peu polluantes comme la marche, le sport ou la cuisine.

Afin de dissuader les gens de profiter de leurs longs week-ends pour partir en avion, il faudrait augmenter les taxes sur les vols, par exemple. Les recettes pourraient servir à financer l’isolation des logements, les transports publics, etc. Une taxe carbone serait également un bon moyen de faire payer les 1 % les plus riches du monde, qui produisent deux fois de CO2 que les 3,1 milliards d’êtres humains les plus pauvres, selon l’organisation caritative Oxfam.

Certes, la réduction du temps de travail ne conviendra pas à tout le monde. Dans les pays riches, il faudra compenser la perte de revenus pour les plus pauvres qui ont besoin de chaque centime qu’ils gagnent. La réduction du temps de travail ne fonctionnerait pas pour les pays pauvres, mais ces derniers produisent de toute façon des émissions relativement faibles par habitant.

En septembre, à Amsterdam, j’ai entrevu ce que pourrait être notre avenir. C’était un lundi après-midi magnifique et, même s’il n’y avait presque pas de touristes, les terrasses des cafés étaient pleines de gens prenant le soleil et papotant avec leurs amis. La semaine de travail moyenne néerlandaise – 30,3 heures – est la plus courte d’Europe (bien qu’elle soit encore trop longue pour certains syndicalistes). Ce n’est probablement pas un hasard si les Pays-Bas figurent parmi les pays les plus heureux du monde. Certes, les Néerlandais ont réparti le travail de manière sexiste : les femmes travaillent en moyenne 27 heures par semaine et les hommes 37. Mais une répartition plus équitable n’est pas inimaginable. Si d’autres pays riches suivent le mouvement, le climat ne sera pas le seul bénéficiaire. »

Simon Kuper

Lire l’article original en anglais dans le Financial Times

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Image d’en-tête : photo jean-marin wibaux

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HélèneDIX
4 heures

Tout à fait, plus on a d’argent, plus on pollue. On a pas le temps de profiter de la vie pour faire ce qui nous réjouit. Donc mon projet suite au covid, vu que ma maison est payée, c’est de bosser à mi-temps (3 jours max) et de faire mon jardin de la peinture….

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