Sortir de la crise sanitaire par la protection ciblée

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Ce mardi 24 novembre, Emmanuel Macron, doit annoncer une sortie du second confinement qui contraint toute l’économie et la société française et engendre des pathologies graves : isolement des personnes les plus fragiles créant dépressions ou suicides, augmentation des mortalités de pathologies habituellement classiques (arrêts cardiaques hors milieux hospitalier, fractures de la hanche, …), le confinement aurait-il été plus néfaste que bénéfique à long terme ? N’eût-il pas été préférable de mettre en place une protection ciblée des personnes vulnérables, au lieu de paralyser tout le fonctionnement d’un pays ? Il se serait alors agi de mettre en place une stratégie rationnelle pour préserver les valeurs essentielles qui fondent une société démocratique, pouvant donner une impulsion nouvelle aux valeurs essentielles de vraie solidarité.

Le mercredi 26 octobre, le Président de la République annonce un reconfinement général en raison du rebond de l’épidémie de Covid-19 qui entraîne la saturation des unités de réanimation. Pour limiter l’effondrement de l’économie, les déplacements professionnels sont autorisés. Quel horizon de sortie est proposé ? Un déconfinement très progressif dans l’attente d’un vaccin salvateur, comme les annonces récentes de firmes pharmaceutiques en portent l’espoir, même s’il est improbable que la population puisse être vaccinée de façon efficace avant l’été.

Pourtant, les conséquences du premier confinement ont été effroyables, avec des centaines de milliers de morts prématurées à venir en raison des retards de soins hors Covid-19, un million de personnes pauvres supplémentaires en France, une altération de l’espérance de vie à l’échelle de la population… (1)

N’y avait-il d’autres stratégies possibles ? Lors de son allocation du 26 octobre Emmanuel Macron a pris soin d’écarter deux stratégies alternatives. L’une, ne rien faire, ce qui conduirait peut-être à 400 000 morts, a été évoquée de façon rhétorique, car personne, bien sûr, ne l’a jamais défendue. L’autre, celle de la protection ciblée des personnes vulnérables, ne pouvait être rejetée d’un revers de manche, car elle est défendue par plus de 45 000 chercheurs et professionnels de santé dans le monde (2). 

Cependant, les arguments du Président pour rejeter la protection ciblée ont été fort vagues : il s’agirait de solidarité avec nos aînés — mais comment peut-il être solidaire de confiner tout le monde plutôt que de protéger les personnes vulnérables ?  Emmanuel Macron a eu la prudence de ne pas écarter la protection ciblée pour l’avenir, mais depuis son intervention, les autorités de santé, ministre de la Santé en tête, ont déclenché un tir de barrage contre cette option.

Nous nous retrouvons donc à nouveau dans une situation de (semi)confinement général, certes amolli relativement à celui du printemps, mais tout aussi paradoxal :

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  • Le confinement ne résout rien dès lors que l’épidémie ne peut plus s’éteindre par ce moyen dans un pays comme la France (3). Le rebond de l’épidémie de Covid-19 était inévitable et a été prédit dès le mois de mars : sans une meilleure immunisation de la population, naturelle ou vaccinale, il n’y avait aucune raison pour que l’épidémie ne recommence pas.
  • Les sujets jeunes, qui ne risquent rien du Covid (4), mais tout du confinement (5), sont confinés — étudiants ou amorçant leur vie professionnelle, ils ont rarement un travail stable —, à l’inverse de nombre de sujets vulnérables qui circulent librement (sujets de plus de 50 ans en net surpoids ou autres facteurs de risque).

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  • Le reconfinement aura lui aussi un impact sanitaire et social dramatique : 200 000 commerçants ont baissé leur rideau depuis octobre, des dizaines de milliers d’opérations sont déprogrammées, tous les soins et dépistages hors Covid-19 sont à nouveau retardés (6), tandis que l’on observe une flambée de nouveaux cas de troubles psychiques souvent sévères (7), etc., outre les chèques en blanc tirés sur l’avenir (qui plomberont les ressources disponibles pour la santé pour une génération), et les conséquences à long terme que personne ne mesure sur les enfants et adolescents.

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  • La population ne s’immunisant pas, les personnes vulnérables le restent toujours autant, et seront toujours aussi exposées au prochain rebond — le troisième est déjà annoncé. Le nombre de personnes vulnérables s’accroît, même avec les millions de personnes en surpoids induits par le confinement.
  • Enfin, n’oublions pas l’aberration écologique, hélas méconnue par le grand public, avec le désastre immunitaire à moyen terme que prépare l’isolement de toute une population : un (semi)confinement accroît la vulnérabilité vis-à-vis de tous les germes (il n’y a pas que le Covid-19). L’avenir qui se dessine est celui d’une population toujours davantage confinée, masquée à chaque épidémie, avant son involution progressive, tel un scénario noir de science-fiction (8).

Faut-il s’en remettre totalement aux nouvelles technologies vaccinales, à peine testées, et tout miser sur les annonces de laboratoires privés, tel un parieur pathologique qui joue sa dernière carte ? Pourquoi ne pas évaluer sérieusement la stratégie de protection ciblée ?

Principes de la protection ciblée

Les principes de la protection ciblée sont clairs : seule une fraction de la population étant vulnérable à une forme grave de l’infection au Covid-19, il convient de focaliser la protection sur celle-ci, sans obérer la vie de tous, car c’est ainsi qu’un soutien solidaire aux personnes vulnérables pourra être mis en place, tout en assurant progressivement une protection durable par une meilleure immunisation collective.

Seule stratégie rationnelle, comme cela a été formulé clairement dès le printemps dernier (9), la protection ciblée est sans doute soutenue par une majorité silencieuse de professionnels de santé, ce dont atteste le succès de la déclaration de Barrington. Celle-ci énonce les principes de la focused protection dont l’objectif central est de mieux protéger les sujets vulnérables :

  • Etant donné les effets désastreux du confinement, tant sanitaires que sociaux, il ne faut pas attendre le seul salut d’un vaccin ;
  • Plus la population est immunisée, plus les sujets vulnérables sont protégés, donc il faut laisser les sujets non vulnérables s’immuniser au lieu de ruiner leur existence ;
  • Cela implique de laisser ces sujets non vulnérables conduire leur vie ordinaire (hormis le respect des gestes-barrière lorsque ceux-ci sont rationnels). En particulier, les écoles et universités doivent rester ouvertes, de même que les restaurants, commerces, clubs sportifs, théâtres, etc.
  • Les sujets vulnérables doivent pouvoir participer de façon active à la vie collective en fonction de leurs souhaits.

Réfutation des objections

Malgré sa rationalité limpide, la stratégie de protection ciblée a soulevé des objections aussi virulentes qu’aisées à réfuter.

  1. Une immunité de groupe demande que 50%, voire 70% de la population soit atteinte. La mortalité avant d’atteindre ce seuil serait considérable, ainsi que cela est arrivé dans des villes comme Manaus au Brésil.

En réalité, le seuil pour atteindre une immunité de groupe serait de 43% selon une étude sérieuse.   Mais surtout, ce n’est pas l’atteinte future d’une telle immunité de groupe qui est l’objectif prioritaire d’une protection ciblée. En fait, il s’agit avant tout de mieux protéger les personnes vulnérables par une meilleure immunisation collective forgée progressivement, en accord avec un principe évident : plus la population est immunisée, moins il y a de risque de contaminations, comme cela se vérifie actuellement en France, les régions peu touchées par la première vague subissant de plein fouet la seconde vague. De plus, la stratégie « Dépister, Tracer, Isoler », devient enfin efficace pour limiter les propagations à partir de cas positifs. Ce qui s’est passé dans une ville comme Manaus n’a évidemment rien à voir avec la protection ciblée, aucune stratégie de ce type n’ayant été mise en œuvre.

  1. L’immunisation collective serait un leurre : la durée de l’immunité au Covid-19 est inconnu car avoir contracté la maladie une fois n’offre aucune certitude de protection durable.

En réalité, il n’a été documenté dans le monde qu’une poignée de cas de réinfections, associés à des mutations du génome viral, et généralement bénins.  Comme pour toutes les pandémies de ce type, les personnes qui ont connu l’épreuve de la maladie sont en règle immunisées durablement, et ne pourront être réinfectées de façon significative que par des formes mutantes, dont il n’y a aucune raison de penser qu’elles seront aussi sévères. Les millions de Français déjà immunisés ne risquent plus rien pour eux-mêmes, ni ne risquent de transmettre le virus : au lieu d’être confinés, ils pourraient apporter un soutien précieux aux personnes vulnérables. Les sujets immunisés constituent en fait les meilleures barrières contre la contagion.

  1. La protection ciblée introduirait une discrimination inacceptable entre sujets vulnérables « à confiner » et le reste de la population.

En réalité, la protection ciblée met au premier plan les valeurs de solidarité. Tout d’abord, il ne s’agit en aucun cas de confinement ciblé (qui serait en effet éthiquement problématique). Ceux qui confondent protection ciblée et confinement ciblé ne peuvent penser que dans des logiques autoritaristes de mesures imposées. 

READ UP'. : Pourquoi imposer un confinement sélectif et discriminatoire serait inacceptable

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Pour ce qui relève de la protection ciblée, il s’agit de proposer aux personnes vulnérables de les aider à se protéger en leur apportant tout le soutien matériel et affectif nécessaire, y compris de participation aux activités collectives. En aucun cas, il ne s’agit de décider pour ces personnes de leur vie, même en institution (par exemple, EHPAD), et même en cas de troubles du jugement, en accord avec une médecine fondée sur les valeurs (10), respectueuse de la singularité de chacun quel qu’il soit :

Madame P., 85 ans, présente des altérations importantes de la mémoire de type Alzheimer. Le confinement a aggravé sa perte de repères. Cependant, Mme P. sort tous les jours se promener avec une aidante, ce qui est vital pour elle, et refuse de porter un masque, ce qui est tout aussi vital pour elle, comme le certifie son fils médecin. Un matin, des policiers la contrôlent et s’apprêtent à lui infliger une amende. Mme P. les sermonne vigoureusement, évoquant l’Occupation qu’elle a connue enfant. Après quelques échanges un peu vifs, les « freluquets masqués » (dixit Mme P.) repartent en remerciant la vieille dame : ils ont su comprendre l’absurdité de contraindre au port du masque une personne qui a connu des épreuves autrement terribles que l’épidémie actuelle.

Par ailleurs, il s’agit de mettre en place le soutien nécessaire pour que les personnes vulnérables puissent mener une vie tout aussi « normale » que le reste de la population. Ainsi, Mme P. a bénéficié du soutien de ses enfants et petits-enfants, outre une chaîne de solidarité dans son immeuble et son quartier, pour la préserver des effets les plus cruels du confinement, tout en veillant à ce que son risque de contracter la maladie reste faible.

  1. La porosité incontrôlable entre les générations rendrait en pratique impossible la protection ciblée.

En réalité, comme le cas de Mme P. le montre, les jeunes générations ont à cœur de prendre soin de leurs aînés et savent très bien le faire pour peu qu’on leur propose de relever le défi de la solidarité. Or il est parfaitement possible de responsabiliser les sujets non vulnérables en instaurant une communication fondée sur la vérité et non sur la peur. En effet, à la porosité s’oppose la notion de barrière, dont il s’agit en principe avec les fameuses « mesures-barrière », malheureusement rendues confuses et irrationnelles par les mensonges de la peur, induisant par exemple l’absurde port imposé du masque à l’extérieur (que Mme P. a su si bien ridiculiser).

READ UP'. : Les 12 mensonges de la peur

En fait, l’instauration autoritaire des mesures-barrière et leur extension irrationnelle a jusqu’ici procédé d’une erreur fondamentale d’objectif, celle d’arrêter l’épidémie, alors que l’objectif premier doit être de protéger les personnes vulnérables, tout en laissant les sujets non vulnérables s’immuniser pour améliorer cette protection. Il s’agit donc d’aider chacun à s’approprier les mesures nécessaires et suffisantes pour qu’aucune personne vulnérable ne soit contaminée.

  1. La protection ciblée ne repose pas sur une base scientifique. Les experts se sont prononcés : seul le (semi)confinement peut ralentir l’épidémie, toute autre stratégie entraînerait des centaines de milliers de morts.

En réalité, aucune étude scientifique, ni même aucun ensemble de données, n’a apporté le moindre argument en faveur du confinement versus la protection ciblée, bien au contraire.

Ainsi, en France, le Conseil scientifique, lorsqu’il a discuté parmi quatre options possible la stratégie de protection ciblée dans sa note du 22 septembre (11)  —  note qui a servi de socle pour la décision présidentielle du 26 octobre — n’a fait que reprendre des arguments vagues sur la « porosité entre générations ». Or quelle publication scientifique sur l’immunité collective a servi d’appui à ce conseil ?  Une note de deux pages opportunément publiée le 9 septembre par deux de ses membres (12) : après de vagues considérations pseudo-mathématiques, les auteurs se sont contentés de multiplier le nombre d’habitants en France par le taux de mortalité spontané connu au Covid-19 et de diviser par deux pour annoncer un minimum de 100 000 morts (13) !  Un élève de primaire aurait pu faire un tel calcul…

Ces « experts » mentionnent bien que leur estimation ne vaut qu’en l’absence de protection des personnes vulnérables ou qu’une meilleure immunisation collective diminue le risque de contagion, mais ne prennent pas la peine d’ajuster leur prédiction pour prendre en compte la protection ciblée ! Ce n’est pourtant pas compliqué : si seulement un sujet vulnérable sur deux avait bénéficié de la protection ciblée, il y aurait déjà moins de morts directes dues au Covid en France, sans que l’économie et la vie sociale aient été ravagées, et sans que des centaines de milliers de morts prématurées aient été induites par le confinement.

Etrangement, en juillet, le conseil scientifique avait alerté sur le rebond à venir en avançant une immunisation collective trop faible (14) … Pourquoi l’immunisation collective était-elle basse ? En raison du confinement et de mesures-barrières extensives inappropriées pour les sujets non vulnérables. Ainsi, le conseil scientifique n’a pas fait que prédire le rebond, il l’a « organisé », certes bien involontairement…

A la décharge de nos experts, la critique de la protection ciblée n’est pas propre à la France : près de 7000 scientifiques dans le monde ont signé mi-octobre une déclaration pour s’opposer à une telle stratégie (15). Cependant, cette déclaration n’est elle-même qu’une opinion reproduisant les mêmes objections vagues déjà réfutées ci-dessus, pour conclure que la stratégie de protection ciblée n’est pas evidence-based (fondée sur des données éprouvées), et que mieux vaut confiner en attendant le vaccin…

Par chance, nombre de signataires travaillent déjà avec les firmes pharmaceutiques ! En réalité, il est evidence-based que le confinement a de terribles effets mortifères, que l’immunité est durable lors d’épidémies de ce type — existe-t-il un seul contre-exemple ? L’humanité redoute-t-elle encore la grippe espagnole ? —, et que plus une population est immunisée, plus la contagion est limitée (16) … 

Ainsi, le choix présidentiel de reconfinement n’a malheureusement reposé sur aucune analyse scientifique solide.

Mise en œuvre

La déclaration de Barrington appelle à prendre des mesures concrètes dans chaque pays en faveur de la protection ciblée. Déclinons celles qu’il convient de mettre en œuvre immédiatement en France, certes de façon pragmatique : la saturation des réanimations, programmée par la politique de confinement/semi-confinement/rebond, est hélas une réalité d’aujourd’hui.

Groupes de vulnérabilité

Rappelons la finalité : protéger les personnes vulnérables au mieux, sans obérer la vie sociale, donc contrôler l’épidémie en améliorant l’immunité collective. Dans ce cadre, trois groupes de personnes peuvent être distingués :

  • Sujets de moins de 45 ans (sauf facteurs de risque sévères (17), tels une obésité patente, une pathologie cardiaque symptomatique, un diabète décompensé…), ou déjà immunisés, pour lesquels aucune mesure de protection n’est nécessaire. Des dérogations relatives au confinement en vigueur doivent immédiatement leur être accordées, aucune mesure n’étant ensuite à leur imposer.
  • Sujets de 45 à 65 ans, pour lesquels une évaluation médicale est à recommander en cas de présence de facteurs de risque potentiels (par exemple, sujets masculins de plus de 50 ans en surpoids).
  • Sujets de plus de 65 ans ou ayant des facteurs de risque sévères avérés, non immunisés. Un auto-confinement est à recommander (mais non à imposer).

Il est essentiel qu’une personne puisse estimer elle-même son risque en fonction de ses valeurs — par exemple, les enseignants doivent être libres de porter ou non un masque à l’école, au collège ou à l’université. Soulignons également que le ciblage de la protection est situationnel et non personnel : toute recommandation doit être modulée selon la situation précise rencontrée.

Mesures de soutien

La participation de tous à la vie sociale est un objectif crucial de la protection ciblée.

  • Le soutien des personnes vulnérables, notamment si elles sont (auto)confinées, doit être prioritairement assuré par des personnes immunisées ou tout au moins non vulnérables. Comme le suggère la déclaration de Barrington, il est souhaitable que ce soit le cas pour les soignants exerçant dans les résidences pour personnes âgées, avec le versement de primes adaptées à l’effort demandé.
  • La solidarité inter-générationnelle est à étayer par les politiques publiques. Par exemple, 500 000 « contrats de solidarité » de six mois, pour aide aux personnes vulnérables, renouvelables le temps de l’épidémie, destinés aux moins de 30 ans, pourraient être immédiatement mis en en place : une expérience professionnelle serait ainsi proposée à ces jeunes (souvent une entrée sur le « marché du travail »), se substituant à des aides sociales coûteuses et concrétisant l’idéal d’une société solidaire. De tels contrats pourraient également être proposés à des fins de remplacement temporaire de salariés vulnérables, par exemple dans les commerces ou restaurants.
  • Seules les mesures-barrière efficaces, fondées scientifiquement, doivent être en vigueur : (1) lavage régulier des mains au savon (toutes les 2-3 heures), (2) 1,5 m de distance entre les personnes (et non 1 m car il s’agit de prévenir les projections de gouttelettes salivaires), (3) port du masque en espace clos en présence de personnes vulnérables si l’on n’est pas immunisé, (4) aération fréquente et large des pièces.

Toutes les autres mesures-barrière relèvent de fantasmes pseudo-scientifiques, qui réussissent à terroriser, mais infantilisent les Français et décrédibilisent les mesures véritablement efficaces (18).  Aucune personne vulnérable ne sera contaminée si les quatre mesures énoncées ci-dessus sont respectées strictement, et c’est ce qu’il faut dire.

  • Les restaurants, commerces, salles de sport, bars, hôtels, boîtes de nuit, musées, librairies, lieux de culte, etc., doivent ré-ouvrir pour les sujets non vulnérables. Des zones dédiées aux personnes vulnérables, avec mesures-barrières adaptées, devraient être mises en place dans ces lieux. Une aide pour les courses est à proposer à toute personne à facteurs de risque sévères. Aucune personne confinée ne doit rester seule à Noël et le Jour de l’An.
  • L’information publique doit cibler les mesures-barrière en présence d’une personne vulnérable dans un lieu clos (dont le port du masque). Il convient donc de mettre en garde contre les fêtes familiales intergénérationnelles. Par contre, il n’est pas pertinent d’interdire les fêtes entre jeunes (non vulnérables), même s’il faut inciter les participants à une telle fête à effectuer un test de dépistage avant tout contact avec une personne vulnérable.
  • Le problème le plus difficile est la cohabitation dans un appartement clos, surtout de petite surface, ce qui dépend en règle de conditions sociales contraignantes. Sans solution opérationnelle, dépendant de l’espace indépendant disponible pour une personne, des séjours temporaires à l’hôtel doivent pouvoir être proposés.

Organisation

  • Toute mesure prise doit reposer désormais sur une analyse précise des bénéfices et risques pour tous les soins (et non seulement relativement au Covid-19). Le Conseil scientifique est à rajeunir de vingt ans en moyenne et à recomposer avec des membres issus de multiples disciplines, notamment économiques et sociales, afin d’être apte à proposer une stratégie globale prenant en compte les effets négatifs potentiels des mesures prises.
  • Passé le 30 novembre, les reconfinements généraux sont à proscrire. En cas de saturation des unités de réanimation, les mesures prises doivent être décidées au plus près du terrain, sur un territoire limité, en s’appuyant sur la réalité des vulnérabilités et pour une période maximale de deux semaines.
  • Les acteurs étatiques nationaux et régionaux (Direction Générale de la Santé, Agences Régionales de Santé…) ont à réfréner leurs tentations autoritaristes, et leurs cadres énarcoïdes doivent s’imprégner des modèles performants du soin aujourd’hui (19), pour se mettre à disposition des acteurs locaux : maires, médecins généralistes, préfets et sous-préfets….
  • Des centres de conseil au niveau municipal sont à préconiser ou renforcer — ils existent souvent déjà — pour rechercher des soutiens adaptés de protection ciblée et de participation sociale pour quiconque en fait la demande.
  • Des instructions favorisant l’interprétation humaine des mesures-barrières sont à diffuser auprès des membres des forces de l’ordre : leur responsabilisation, pour être exemplaire, ne peut que reposer sur l’exercice de leur discernement.

Conclusion

La stratégie mise en œuvre jusqu’ici face à la crise sanitaire n’a pas reposé sur une analyse risques/bénéfices étayée scientifiquement. Les conséquences sanitaires dramatiques du (semi)confinement ont été occultées, à commencer par l’impact sur la mortalité. Lorsque ces conséquences sont prises en compte, la protection ciblée s’impose comme seule stratégie rationnelle, et ce d’autant que celle-ci permet de préserver les valeurs essentielles qui fondent une société démocratique, voire peut donner une impulsion nouvelle à ces valeurs en mettant en exergue la solidarité.

Il n’est pas trop tard pour mettre en œuvre la protection ciblée : quels que soient les espoirs de vaccin, ce serait folie — une folie inédite dans l’histoire de l’humanité — que de nous (semi)confiner six mois encore et de dépendre toujours plus de la technologie biomédicale, tel un toxicomane de sa drogue, pour préserver notre avenir d’être vivant.

Arnaud Plagnol, psychiatre, professeur de psychologie à l’Université Paris 8, docteur en sciences cognitives et en philosophie.
Il a notamment coordonné l’ouvrage Nouveaux modèles de soins aux éditions Doin (2018) et contribué à introduire en France la clinique fondée sur les valeurs.

(1) Voir Plagnol A., UP’ Magazine 27 octobre 2020, https://up-magazine.info/en/le-vivant/sciences/70661-nouveau-confinement-100-000-morts-de-plus/
(2) Déclaration de Barrington, https://gbdeclaration.org.
(3) La stratégie « Dépister, Tracer, Isoler », qui s’est révélée efficace dans un pays comme la Corée du Sud, ne peut réussir que si le nombre de cas est encore faible ou la contagion limitée par l’immunisation collective.
(4) Au 29 octobre 2020, 2 décès étaient à déplorer chez les moins de 15 ans pour lesquels le Covid-19 est mentionné dans les causes de la mort, associés chacun à une comorbidité majeure, tandis que la grippe avait causé 11 décès dans cette classe d’âge au 18 mars (Santé Publique France). Sur les 120 décès observés entre 15 et 44 ans, pour lesquels le Covid-19 est mentionné dans les causes de la mort (la grande majorité étant survenue après 30 ans), 80 sont associés à une comorbidité majeure. En 2019, 549 jeunes de 18 à 24 ans sont morts par accidentalité routière (Ministère de l’Intérieur), soit au moins 20 fois plus que par le Covid-19 en 2020.
(5) Sur les conséquences dramatiques du confinement des jeunes, voir Iribarnegaray L., Le Monde 10 novembre 2020 : https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/11/10/avec-la-crise-sanitaire-de-plus-en-plus-d-etudiants-sont-en-detresse-psychologique_6059199_4401467.html
(6) A tire d’exemple, la baisse des coloscopies de dépistage de cancer peut dépasser 90% pendant une période de confinement (Le Quotidien du Médecin 13 novembre 2020, p. 11).
(7) Le ministre de la Santé lui-même a dû reconnaître les conséquences mentales dramatiques du reconfinement lors de son point-presse du 19 novembre 2020 : « La dimension psychologique de cette crise est aussi importante que son pendant somatique ».
(8) Voir Mary Shelley, The Last Man (1826) : « 2100, last year of the world »…
(9) Plagnol A., Quotidien du Médecin 21 avril 2020 : https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/la-peste-grise-au-temps-du-coronavirus
(10) Fulford K.W. M., Peile E., Caroll H. (2017). La Clinique fondée sur les valeurs : de la science aux personnes. Montrouge : Doin.   
(11) https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/notealerte-conseilscientifique-22septembre_2020.pdf – La protection ciblée est évoquée dans cette note en tant qu’ « « option des mesures différenciées en fonction de risques très inégaux ».
(12) Fontanet A., Cauchemez S., Nature Reviews Immunology 20 : 583-584. https://doi.org/10.1038/s41577-020-00451-5. Cette note a été publiée dans une rubrique Comments and Opinions — i.e., le courrier des lecteurs de la revue.
(13) En prenant pour hypothèse l’atteinte d’une « immunité de groupe » à partir de 50% de contamination de la population.
(14) Citons le Pr Bruno Lina : « [Les pandémies] ne s’arrêtent que lorsque l’immunité collective est importante » (8 juillet 2020).
(15) Alwan N. A. et al., Lancet 15 octobre 2020, https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)32153-X/fulltext ; John Snow Memorandum, https://www.johnsnowmemo.com
(16) Par contre, les règles de l’evidence-based medicine risquent d’être violées s’agissant des essais de vaccin anti-Covid-19, ce qui peut comporter des conséquences catastrophiques (Libération 14-15 novembre 2020, interview du Pr. Bernard Begaud).
(17) Voir l’avis du Haut conseil de la santé publique du 29 octobre 2020 : https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=942
(18) Ainsi, aujourd’hui, beaucoup portent un masque à l’extérieur et le retirent à l’intérieur, bien qu’à proximité immédiate d’une personne vulnérable.
(19) Plagnol A., Pachoud B., Granger B. (2018). Les nouveaux modèles de soins – Une clinique au service de la personne. Montrouge : Doin.

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Serge S
7 months

Tout cela est évident, mais souvenons-nous que lorsqu’il en a été question lors de la première vague, d’honorables personnes de plus de 65 ans, ont vigoureusement protesté contre cette atteinte à leur liberté ! Le projet a d’ailleurs été enterré au prétexte qu’il était anticonstitutionnel !!!
Que faire pour stimuler le  civisme et l’empathie de nos concitoyens ?
 

Serge S
7 months

J’ajoute un texte que je viens de trouver sur Facebook qui corrobore mon inquiétude quand à la résistance à ce choix : « OUTRAGE (de Françoise la ROCHELLE ) dans LOBS 19-11 j’ai 74 ans et je suis consternée par les propos de Maxime Sbaihi du think tank génération libre .au cours de l’émission 28 minutes ‘d’ARTE . EN BREF. il faut absolument confiner « les vieux » ces propos consistaient à stigmatiser les personnes de plus de 60 ans pour lesquelles les jeunes dit-on se sacrifient .peut-on à ce stade de l’épidémie opposer les générations en affirmant que l’on sauve les « vieux »au… Read more "

allotoxconsulting***
7 months

Le virus ne s’éteindra que lorsqu’il aura purgé la population de ses membres faibles et que les autres seront immunisés. C’est dur à admettre, mais c’est la réalité, qui explique en partie les vagues à répétition. Je crois aussi, bien qu’étant un septuagénaire  » qui se veut actif », qu’il faudra aller dans ce sens du confinement ciblé (Ce que je fais déjà par instinct de conservation ). Le confinement doit être un acte volontaire, acceptable par tous. La contrainte met en place des mécanismes d’éviction des règles édictées par les autorités, que ce soit par bêtise, par imprudence ou par… Read more "

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