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Monsanto Purchases License to CRISPR, the Most Powerful Genetic Manipulation Tool

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Cela fait longtemps que l’on parle dans les colonnes de UP’ Magazine du CRISPR-Cas9, ce formidable ou terrifiant – selon les points de vue – outil de modification génétique. Une invention due à Jennifer Doudna et Emmanuelle Chapentier qui fait l’objet d’une féroce bataille de brevets. Mais Monsanto, sans s’intimider devant ces embuches juridiques, a décidé d’acheter la licence d’exploitation du CRISPR pour passer un nouveau cap dans les modifications génétiques des semences et des plantes. De quoi donner un sacré coup de ringardise aux bons vieux OGM.
 
Ae géant Monsanto, qui a été acheté il y a quelques jours par l’allemand Bayer, vient d’announce la conclusion d’un accord avec le Broad Institute du MIT et d’Harvard. L’accord porte sur la licence d’exploitation du CRISPR-Cas9 pour une utilisation dans le développement de semences. Avec cette acquisition, Monsanto va pouvoir créer de nouvelles plantes résistantes à la sécheresse ou de nouvelles propriétés agréables pour le consommateur comme une huile de soja modifiée de telle sorte qu’elle soit aussi bonne que la meilleure des huiles d’olive.
 
Dans un sursaut éthique, les vendeurs du MIT et de Harvard ont imposé quelques restrictions d’usage. Monsanto ne pourra pas par exemple, utiliser le CRISPR pour fabriquer un gene drive, c’est-à-dire un gène capable de se reproduire sur toutes les générations d’une population. En revanche, Monsanto pourra utiliser cet outil pour accroître le rendement des plantes, pour réduire l’utilisation des pesticides chimiques (une plante modifiée pourra ainsi contrecarrer certains types d’insectes), ou pour rendre des souches de végétaux tolérantes à la sécheresse ; un marché juteux par ces temps de réchauffement climatique.
 
Le Broad d’Harvard et du MIT stipule aussi dans sa cession de licence que Monsanto ne pourra pas utiliser CRISPR pour créer des semences stériles, les fameuses semences Terminator. Celles-ci ne produisent plus de graines fertiles, ce qui oblige les agriculteurs à se réapprovisionner chaque saison chez Monsanto. Un marché captif de plusieurs milliards de dollars et la ruine des exploitants agricoles fragiles financièrement.

Accélération des manipulations

Malgré ces quelques restrictions, Monsanto estime que sa licence lui permettra d’améliorer dans des proportions considérables sa technique, vieille de plusieurs décennies de fabrication d’OGM. Cette technologie consistait à insérer des gènes étrangers, de façon aléatoire, sur le génome d’une plante. « La grande majorité de ces insertions ne fonctionnent pas comme prévu " states Tom Adams, qui dirige la biotechnologie de Monsanto. Changer les caractéristiques d’une culture prend ainsi plusieurs années. « Mais avec l’édition du génome [permise par CRISPR – ndlr] vous pouvez cibler précisément une caractéristique et la modifier sans toucher à sa voisine ».  « En outre, ajoute-t-il, dans les OGM, le gène d’origine est encore présent. Alors qu’avec CRISPR, on peut modifier un gène pour qu’il apporte un caractère à la plante, mais le gène d’origine disparaît, comme une faute de frappe corrigée ». Le représentant de Monsanto s’enthousiasme alors : « Je pense que nous verrons une accélération dans l’évolution dans caractéristiques végétales à un rythme que les créations traditionnelles d’OGM ne nous permettaient pas ".
 
 
En modifiant de façon discrète les végétaux, une nouvelle dimension est apportée, qui ne réjouira certainement pas les opposants traditionnels de Monsanto. Mais le géant des manipulations génétiques voit un autre intérêt, de taille, à l’utilisation du CRISPR. En effet, le département américain de l’Agriculture a statué que les modifications apportées à une plante par CRISPR ne nécessitent pas d’approbation réglementaire, comme c’est le cas pour les OGM. L’argument avancé par l’administration américaine est que cette technique d’édition génétique n’insère pas de gène étranger dans une plante et se « contente » de supprimer ou modifier un gène existant.
Cette décision avait alarmé les ennemis des OGM traditionnels qui avaient pointé des risques similaires entre les deux technologies. D’autant plus qu’avec CRISPR, la puissance de précision est telle que cela implique des connaissances sur les processus biochimiques complexes que nous ne sommes pas sûrs de posséder. Un risque majeur pour la sécurité dont semble s’affranchir les apprentis sorciers des labos biotechs.

Foire d’empoigne

Cette annonce de la mainmise de Monsanto sur le CRISPR vient avec, en toile de fonds, une foire d’empoigne sur la propriété des brevets du CRISPR. Une bataille qui révèle une facette pas très reluisante de la science lorsqu’elle s’accompagne d’un potentiel très commercial.
 
On the one hand, the University of California at Berkeley was the first to file a patent application. On the other hand, the Broad Institute in Massachusetts applied to the U.S. Patent Office for an expedited process and was granted a patent before Berkeley.
On the one hand, Broad alleges that Berkeley's original application covers only the genetic manipulation of bacteria, not animals. On the other hand, Berkeley replies that it was self-evident that the technique could be used beyond bacteria and that "people of ordinary ability" would be able to use the technique on mice or humans, as evidenced by the teams of Jennifer Doudna and Emmanuelle Charpentier (University of Berkeley), George Church and Feng Zhang (Broad Institute), or Jin-Soo Kim (South Korea).
To which Broad replies that such highly specialized researchers do not fit the legal definition of a "person of ordinary ability.
Pour compliquer les choses, CRISPR-Cas9 — « scalpel biologique » qui peut servir à manipuler les gènes avec une grande précision — existe déjà dans la nature ; ce que les chercheurs ont mis au point en 2012, c’est une façon de l’utiliser comme bon leur semble. Ce qui n’est pas peu dire : depuis 2012, des laboratoires des quatre coins du monde se sont mis à l’expérimenter sur toutes sortes de génomes et, selon la revue Nature, il y aurait actuellement 860 demandes de brevets déposées pour autant d’applications liées à CRISPR.
 
La dispute devant les juges du Bureau américain des brevets (USPTO) dure depuis janvier et une autre demande a été déposée devant le bureau européen des brevets. Le jeu est serré et certains des arguments entraînent les juges très loin de la science. Berkeley a par exemple soumis aux juges un courriel d’un nommé Shailiang Lin, qui était étudiant à l’institut Broad en 2011 et 2012. Il y alléguait que l’équipe de Feng Zhang se serait inspirée d’un article publié par Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier, plutôt que de développer indépendamment sa propre technique. L’institut Broad réplique que l’étudiant était alors en recherche d’emploi auprès de Jennifer Doudna, donc en conflit d’intérêt. Berkeley a voulu faire témoigner l’ex-étudiant, les juges s’y sont opposés le 14 septembre, les arguments des deux parties devraient être déposés à la fin du mois.
 
Une telle rancœur est inhabituelle entre deux institutions universitaires, commente dans Nature Mark Summerfield, an Australian patent lawyer. But he adds at the outset that behind these two universities there is a list of companies that pay the legal fees. « What's really behind it is the commercial interests... they're not going to get along, they're going to fight to the end..."
 

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Source : Agence Science Presse, Scientific American
 

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