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Des jardins sur un toit roulant

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Le végétal, un projet de société ou l’art délicat de concilier urbanisme et paysage

Dans le rapport des villes au paysage, c’est le statut de l’architecture en tant qu’objet, c’est-à-dire indépendant du contexte paysager, qui a dominé à partir du mouvement moderne et domine encore aujourd’hui la majorité de la production architecturale. Mais depuis environ une trentaine d’années, cet état de fait est graduellement remis en question auprès de nombreux architectes contemporains et un changement fondamental émerge lentement. Changement climatique et évolution de la société semblent marquer un tournant décisif dans l’art d’aménager nos villes pour donner un rôle et un sens au végétal dans la vie urbaine.
 

Une idée ingénieuse à Madrid : faire installer des espaces végétalisés sur les toits des bus et des abribus

Colorée, joyeuse et esthétique au premier abord, cette initiative madrilène représente bien plus. C’est la revitalisation d’un espace de vie non valorisé, inscrite dans une démarche d’intérêt général. C’est l’artiste et paysagiste Marc Granen qui en est à l’origine et le constat des 100 000 m2 existants et inutilisés sur les toits de bus. Un mètre carré de verdure pouvant absorber jusqu’à 20 kilos de CO2, à l’échelle de Madrid ce sont plus de 2 millions de kilos !

« Déplace-toi en vert », c’est le projet initié l’été 2017 par Madrid pour installer des espaces verts sur les toits des bus, des jardins en mouvement. Ont participé au test les 130 véhicules des lignes 27 et 34, les plus fréquentées du réseau (17 millions d’usagers par an). Comme toutes les grandes métropoles, Madrid est en recherche de solutions naturelles pour réduire la pollution et embellir le paysage urbain.

Cyrille Schwartz, fondateur Dirigeant chez Corporate Garden près de Paris, explique que « cette introduction innovante du végétal a du sens pour les hommes et pour la ville : De nombreux bénéfices se produisent grâce à l’écosystème généré naturellement : plantes, insectes et grenouilles y ont posé leurs valises ! En plus du Co2 absorbé, ces nouveaux toits fonctionnent comme des régulateurs thermiques grâce à l’eau qu’ils retiennent permettant alors de faire baisser la température des bus de 3-4 degrés. »

L’implantation de ces toits verts à travers la ville sert un objectif environnemental. Ces toits végétaux seront conçus pour « absorber la pollution, la chaleur et le bruit », dixit José Antonio Antona, paysagiste espagnol, porteur du projet « Muévete en verde « . Le végétal agit comme un formidable médiateur : il incite la participation à une action commune, il rassure, il temporise. Bon pour le moral, l’utilité du végétal suscite créativité et innovation, à l’image de l’ingéniosité de Marc Granen. Par son pouvoir de création de valeur et d’engagement chez les hommes, sa place semble évidente et source de productivité !

Selon Cyrille Schwartz, le projet doit s’inscrire dans la durée. Le végétal représente un formidable levier d’intérêt général auprès des citoyens. Les entreprises doivent aussi se l’approprier afin de nourrir leur « raison d’être » élargie, auprès de l’opinion publique. Intégrer le végétal dans la vie des entreprises est porteur d’efficacité : on ne plante pas pour une journée ! Une plante demande du soin : entretenue, cueillie, mangée, elle a un rôle fédérateur au sein des équipes de l’entreprise.
Le projet doit être participatif. Le végétal est un facilitateur du travail collaboratif, il nourrit l’esprit de l’entreprise. Au travers du végétal, chaque collaborateur, tous niveaux confondus, a sa place à prendre.
Le projet doit être ouvert à l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise. Cette démarche favorisera et accélera l’intégration de l’entreprise dans la vie quotidienne de chaque acteur concerné, et ce, de façon durable.
 

Se réapproprier l’intelligence du végétal 

Le végétal est une opportunité par les bénéfices immédiats qu’il génère : un cercle vertueux où le gain en sens, en engagements, en interactions, au sein de l’entreprise peut se déployer naturellement par la suite dans la société pour améliorer l’épanouissement de tous.

Est prouvé qu’un réseau de transports en commun (tram, métro, train, bus) efficace et une réduction des déplacements sont la base d’une mobilité durable. Et quoi de mieux que d’utiliser l’intelligence des plantes et des végétaux pour nous aider à faire évoluer nos modalités du futur : Stefano Mancuso, pionnier italien de la cognition végétale, explique « il s’agit d’un très beau travail, le premier à montrer le mécanisme de prise de décision chez une plante quand il s’agit de peser le pour et le contre avant de s’élancer vers la lumière »… La plante prend moult décisions, car en interaction permanente avec son environnement et sans possibilité de plier bagage à la moindre alerte, il lui faut, pour survivre, tirer à chaque instant et en chaque saison le meilleur parti de son milieu. Une multitude de mécanismes intelligents du monde végétal !

Certaines plantes plus particulièrement ont des pouvoirs super dépolluants, comme le lierre, le chrysanthème, la fougère, le cyclamen, le ficus… Les plantes améliorent la qualité de l’air de façon générale et certaines plantes sont des super absorbeurs de polluants, notamment des COV (composés organiques volatils). Ces gaz sont libérés par le trafic automobile, mais aussi par les peintures, colles, PVC… de nos intérieurs (formaldéhyde, xylène, toluène, benzène, monoxyde de carbone, ammoniaque, acétone…). L’air des pièces, où nous passons 80 % à 90 % de notre temps, est en réalité plus pollué que l’air extérieur. N’oublions pas non plus que la végétalisation est un mini-écosystème à lui seul. Véritable accueil pour les insectes et les oiseaux, il peut permettre le maintien d’une certaine biodiversité dans les villes ainsi que la création de corridors biologiques pour conserver les espèces au sein de l’habitat urbain.

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Paris aussi s’y est mis : les premiers « abris voyageurs intelligents » ont commencé à pouser depuis 2015, avec une centaine d’abris équipés de panneaux photovoltaïques et une cinquantaine d’autres coiffés d’un toit végétalisé. Pas assez évidemment car malgré les 2000 nouveaux abris mis en place par JCDecaux, la généralisation de la végétalisation des toits des abribus est bien longue à se mettre en place. A quand fleuriront les bus parisiens ?

 
Pour aller plus loin
– Livre « Les émotions cachées des plantes » de Didier Van Cauwelaert – Edition Plon, novembre 2018 
 
Photo d’entête : Mark Grannen – © PHYTOKINETIC YOUTUBE
 

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