Transition énergétique : et si on s’intéressait avant tout aux humains ?

transition énergétique
La transition énergétique est souvent un thème de discorde. Tout le monde admet la nécessité de changer nos modèles énergétiques ; il en va de notre survie sur cette planète. Les solutions existent, souvent en nombre et anarchiques. Elles possèdent toutes plus ou moins d’externalités négatives avec lesquelles il faut faire des compromis éconmiques, financiers, techniques, géostratégiques…. Mais si on revenait à l’essentiel ? Si la priorité était la relation de l’humain avec les choix énergétiques qu’on lui propose. Pour le savoir, il faut aller rencontrer … des humains. Et si possible dans différents endroits du monde, avec des cultures différentes, des enjeux et des ressources différentes. C’est ce que font les « Vagabonds de l’énergie ». Ils partent à travers le monde, à pied, en voiture, en bateau ou en auto-stop, pour des voyages à la rencontre des gens et de leur relation à l’énergie ; aux énergies. 
 
L’énergie, tout le monde en a un avis, toutes les activités humaines en sont dépendantes, tous les pays la placent dans la balance des rapports de force géopolitique. Et force est de constater que des solutions qui fonctionnent ici ne fonctionnent pas nécessairement là-bas et que des solutions qui ont fait leurs preuves en laboratoire sont rejetées par le tissu social. Il y a une sociologie de l’énergie à développer pour comprendre les raisons sociales qui font un succès ou un échec technique.
 
Le monde se met entre les mains de la rationalité des techniciens pour lui élaborer des solutions. Mais rien d’efficace ne pourra émerger tant que les sociétés humaines et l’énergie qu’elles consomment ne seront pas pensées comme un tout. Car il ne s’agit pas de trouver une source d’énergie pour remplacer les précédentes, il s’agit en réalité de savoir si les modes de vies et les sociétés actuelles trouveront le moyen de se pérenniser. La vraie question de l’énergie est là, assez loin des considérations techniques finalement.
 
C’est sur la base de ces réflexions que deux ingénieurs électroniciens, Arnaud Crétot et Robin Deloof, ont créé en 2010 Les Vagabonds de l’énergie.
Alors étudiants ingénieurs, ils sont partis un an en 2009 à travers 15 pays à travers le monde de l’énergie. Ils ont visité plus de 60 projets énergétiques. Les constats au moment du départ étaient simples, l’humanité a besoin d’une grande quantité d’énergie, l’environnement se dégrade, même nos sociétés s’effritent avec la menace des pénuries, il faut donc trouver une solution à cette question de l’énergie et comprendre comment sont faits les choix énergétiques dans les différents pays. Il fallait aller voir pour comprendre et chemin faisant, de projets en projets, peut-être lesvagabonds mettraient-ils la main sur LA solution miracle, l’énergie du futur. Un joli rêve … Par contre, ils ont compris que la rationalité technique seule ne suffit pas à expliquer les choix énergétiques. La technologie la plus efficace qui soit ne peut exister que si le tissu social est prêt à la recevoir. D’une certaine manière, leur premier voyage a montré que l’énergie est un problème humain.
Ils estiment que la transition énergétique doit prendre en compte en premier lieu les citoyens, qu’elle doit donc être « sociale ». Les habitudes culturelles, les régimes sociaux, les modes de gouvernance, l’environnement, le climat local, ne sont qu’un échantillon des facteurs sociologiques et structurels à prendre en compte dans le développement de la transition énergétique.
 
L’équipe des Vagabonds de l’énergie 2019
 
Les Vagabonds de l’énergie défendent aussi un modèle de descente énergétique progressive vers les énergies renouvelables. Sous-entendu, une baisse de nos consommations par la sobriété et l’efficacité énergétiques, et un déploiement des énergies renouvelables délocalisées.
Pour raisonner notre consommation d’énergie à travers le globe et la rendre plus « propre », la plupart des solutions techniques existent, sont connues et maîtrisées. Intégrer l’humain au cœur de cette transition énergétique est une condition essentielle de cette réussite. Encore faut-il aller chercher ces solutions, les découvrir …
 
Pompes solaires pour des agriculteurs ruraux en Inde

Les voyages

Qui peut prétendre comprendre le monde qui l’entoure, le pays qu’il habite, la communauté́ dont il fait partie, sans avoir été voir ailleurs le fonctionnement d’éléments comparables ?
 
Il apparaît évident que l’esprit d’analyse se forge de découvertes, et que la recherche en énergétique, même pour une application locale, ne peut être efficace qu’en ayant une vue d’ensemble des pratiques à l’échelle la plus large possible.
Des voyages sont donc organisés chaque année et les équipes changent. Clément Bresciani et François Glaizot ont pris le relai des fondateurs. Respectivement ingénieur énergéticien et charpentier, ils rejoignent le collectif des Vagabonds et partent de 2016 à 2018 dans un tour du monde de découverte et d’étude. Pour eux, « Le défi global réside dans l’évolution de notre rapport à l’énergie à travers nos choix et nos comportements au quotidien. C’est là où la sociologie rejoint l’énergie, et c’est là le point de départ de toute réflexion. » 
Un an de vagabondage actif avec comme objectif une approche sociologique de la production et de la consommation d’énergie en fonction du contexte (sociétal, géographique, démographique, financier…) a permis de comprendre les choix et comportements de chacun, et ainsi dégager des pistes de réflexion adaptées à notre société.
 
Les Vagabonds de l’énergie utilisent l’auto-stop, le covoiturage, moyen de transport économe financièrement et énergétiquement. Il offre en outre l’avantage de prendre le temps de rencontrer de manière directe la population locale, et de pouvoir les interroger de manière objective et dirigée, afin de faire rejaillir le plus d’informations utiles à l’enquête sociologique sur les habitudes en matière énergétique.
Il y a aussi le bateau-stop, ou le cobaturage qui est pour eux le moyen de transport le plus économique et le moins polluant pour traverser les océans. Le choix de ne pas prendre d’avion impose de traverser les océans Pacifique et Atlantique par voie maritime. Beaucoup de navigateurs traversent les océans et sont en recherche d’équipiers expérimentés ou non pour faciliter les manœuvres à bord. Il y a aussi le train car, afin de couvrir de grande distance rapidement et de pouvoir s’arrêter pour des étapes choisies en amont, le train est encore et toujours un moyen de transport pertinent. Il est même devenu très concurrentiel en comparaison de l’avion, pour de multiples raisons (technologie de plus en plus développée, arrivée en ville, délai d’embarquement inexistant, fréquence).
 
Le portage de voyages est le nerf de la guerre de l’association : ils font des études à travers le monde liées à la transition énergétique, en respectant les valeurs de l’association. Ils voient le voyage comme une opportunité de partage de savoirs, et de découvertes culturelles. Cependant, une réflexion sur place qu’ils ont dans le voyage est indispensable, afin qu’il soit mené de la manière la plus estimable possible, respectant les pays visités et leurs habitants.
Prochaine destination le 15 février prochain : le Brésil, avec Lise Castellier, étudiante ingénieur en génie électique.
 
 
 

La participation citoyenne, condition d’émergence de projets vertueux

Les valeurs de l’association se tournent aussi vers une démarche d’éducation populaire, dans un esprit de partage de connaissances, d’échanges constructifs et d’implication. Pour cela tous les moyens de communication sont bons : vidéos, articles, réseaux sociaux, conférences, ateliers-discussions, projections-débats… et pourquoi pas se lancer ensemble dans la création d’un parc d’énergie renouvelable citoyenne ?! La sensibilisation et la mobilisation à travers l’éducation populaire sous forme d’ateliers, conférences-débats, projections vidéos, interventions scolaires… les incitent à réfléchir aujourd’hui au début d’une mobilisation sur le territoire de Rouen Métropole pour un projet d’énergie renouvelable citoyenne. A suivre.
Ils ont aussi l’ambition de produire un documentaire  pour permettre une diffusion la plus large possible de leur expérience afin qu’elle devienne source de réflexion et d’amélioration de notre quotidien (sortie prévue en 2020).
A l’issue de cette expérience, il leur semble en effet pertinent de comparer certains cas tirés de leurs voyages avec des situations en France. Ces comparaisons auraient pour but d’apporter des propositions d’initiatives à l’échelle locale, et pourquoi pas plus large…
 
Par ailleurs, comme les idées nouvelles de production d’énergie sont en pleine effervescence, que des expériences de production d’énergie révolutionnaires apparaissent en nombre, Les Vagabonds de l’énergie pourront se placer en témoins de l’efficacité de différentes innovations et seront force de proposition pour des entrepreneurs Français à leur retour.
 
Panneaux solaires Province de Fukushima, Japon
 
Interrogés à l’occasion de leur participation aux prochaines Assises européennes de la transition énergétique, Clément Bresciani et François Glaizot déclaraient :
« Nous vivons actuellement un tournant de la transition écologique. L’actualité des derniers mois et des dernières années en témoigne, révélant de jour en jour des citoyens de plus en plus concernés par les problématiques environnementales, prenant en main les rennes de leur indépendance énergétique. C’est le cas en Allemagne, pionnière de l’énergie citoyenne, où aujourd’hui plus de 40% de l’énergie renouvelable est pilotée par des citoyens. La Grande-Bretagne, Le Danemark, la Belgique, les Pays Bas, la Suède et la France depuis peu, sont les références Européennes en la matière, représentant plusieurs milliers de coopératives. Dans le reste du monde également, des citoyens se rassemblent pour construire ensemble leur avenir énergétique.
Cependant, le niveau de vie d’une grande partie de la population mondiale n’étant pas le même qu’en Europe, les préoccupations majeures sont bien souvent tournées vers un simple accès à l’énergie pour améliorer un quotidien soumis à l’instabilité permanente, plutôt que vers la sobriété et les énergies renouvelables. Cependant, la participation citoyenne est un point commun à toute la population mondiale. Dans le cadre du développement ou de la transition énergétique, elle favorise l’émergence de projets vertueux, en adéquation avec l’environnement local et générateurs de bénéfices pour le territoire. Ce challenge implique un mode de gouvernance partagée entre tous les acteurs concernés : citoyens, mais aussi collectivités, entreprises locales, associations… Les Vagabonds de l’énergie se veulent partageurs d’expériences, tentant de participer à l’impulsion citoyenne que nous vivons actuellement en France en exposant les bienfaits de l’économie locale et collaborative. »
Rendez-vous avec Les vagabonds de l’énergie aux Assises Européennes de la Transition Energétique de Dunkerque, mercredi 23 janvier, de 8h30 à 9h
 
Au-delà de ces voyages, Les Vagabonds de l’énergie s’intègrent dans une mission d’incubateur de projets lié à l’énergie, à la gestion et au voyage. Cette association désire devenir une référence et un soutien pour de futurs Vagabonds de l’environnement, apportant son expertise, son savoir-faire et ses compétences au service des nouveaux explorateurs de demain.
 
 

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