Le régime végétarien est-il vraiment meilleur pour l’environnement ?

Vache dans pâturage

On affirme souvent qu’un régime végétarien est meilleur pour l’environnement, les élevages d’ovins et de bovins produisant du méthane en grande quantité, un gaz à effet de serre (GES) bien plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2). Les pâturages nécessaires à ces élevages sont d’autre part beaucoup plus vastes que les champs cultivés, à production de nourriture équivalente ; on défriche ainsi davantage de terres pour la viande que pour les cultures, ce qui libère beaucoup de carbone.

Arrêtons-nous un instant : comme c’est le cas pour de nombreux cycles environnementaux, et tout particulièrement ceux où l’homme interfère, il ne s’agit là que d’une pièce du puzzle. S’il est vrai que les ruminants émettent du méthane en grande quantité, représentant la plus grande part des émissions agricoles de GES, il est tout aussi vrai qu’il ne s’agit pas là des seules émissions liées aux activités agricoles.

Les terres cultivées ont en effet davantage recours aux engrais chimiques que les pâturages, ce qui signifie que plus vous consommez de végétaux et céréales, plus votre empreinte carbone s’alourdit en oxyde nitreux – un autre gaz à effet de serre de poids lié à l’usage d’engrais industriel.

Cela signifie donc qu’adopter un régime alimentaire bon pour le climat ne revient pas seulement à faire une croix sur le steak ou les côtelettes d’agneau. Il apparaît essentiel de considérer les différents types de sol et les usages agricoles des zones où votre nourriture est produite. En Europe, par exemple, l’élevage intensif joue nettement en défaveur du régime carné.

Émissions et qualité des sols

Les émissions d’oxyde nitreux proviennent du renouvellement de composés azotés présents dans le sol, qui à leur tour proviennent de la matière organique (fumier, matière organique du sol) et des engrais synthétiques (azote inorganique principalement). Considérant cela, on pourra dire que l’impact le plus fort en matière d’émissions de gaz à effet de serre proviendra de la consommation de bétail élevé en étables et nourri de céréales (comme le bœuf avec le maïs). Il y a ici une double menace climatique : les cultures provoquent des émissions d’oxyde nitreux et le bétail des émissions de méthane.

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L’autre gaz à effet de serre à considérer est, on s’en doute, le dioxyde de carbone (CO2). Des sols en bonne santé contiennent de la matière organique en grande quantité, ce qui permet de lutter contre l’érosion, d’accroître la capacité de stockage d’eau (et ainsi d’améliorer la résilience en cas de sécheresse) et enfin de faire office de lieu de stockage pour les nutriments (permettant de réduire le recours aux engrais).

Quand la terre est défrichée dans un but agricole, la quantité de matière organique présente dans le sol s’en trouve dramatiquement réduite. Considérant que le carbone contribue à hauteur de 50 à 55 % à la matière organique des sols, ce défrichage n’altère pas seulement la qualité des sols, il contribue également à libérer ce carbone qui se transforme alors en CO2 pour rejoindre l’atmosphère.

La matière organique des sols peut être restaurée grâce aux plantes qui capturent le CO2 à mesure qu’elles poussent. Quand elles meurent, leur biomasse se trouve en partie incorporée dans le sol sous forme de matière organique.

L’agriculture, favorable aux sols ?

Le bassin de carbone organique des sols constitue une réserve vaste et dynamique. Il y a ainsi deux fois plus de carbone dans les sols que dans l’atmosphère. Faire des plantations pour capturer davantage de carbone paraît donc une bonne idée. Malheureusement, les sols cultivés contiennent jusqu’à 70 % de matière organique de moins que les sols non cultivés.

À l’inverse, les sols utilisés pour les pâturages contiennent bien davantage de matières organiques que les sols cultivés, en fait presque autant que les sols naturels. Ceci est certainement dû au fait que beaucoup de pâturages le sont de façon permanente : les plantes y poussent de manière continue et accroissent les réservoirs de carbone (et ce même après que les animaux aient brouté l’herbe).

Mais cette distinction ne trouve pas sa place dans les chiffres officiels du GIEC, qui comptabilisent uniquement les émissions hors CO2 de l’agriculture, assumant que ces dernières sont inexistantes (les émissions de CO2 relatives à la libération du carbone contenu dans les sols apparaissant dans la catégorie « Usage forestier et autres utilisations de la terre »).

Ce qui signifie que les émissions de GES relatives aux cultures d’une part et le stockage du carbone dans les pâturages d’autre part pourraient bien avoir été sous-estimées. Cette situation a été mise à jour par nos travaux, montrant que la perte de carbone des sols cultivés était bien plus importante que ce que l’on pensait.

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Des estimations antérieures indiquent que seule la partie supérieure du sol (les 30 premiers centimètres en général) était concernée, mais nous avons montré, en Australie du moins, qu’il n’en est rien : les sols cultivés sont appauvris en carbone bien au-delà de cette première couche. Nous avons également découvert qu’à des niveaux plus profonds, les pâturages et les sols naturels possédaient une quantité de carbone équivalente.

Mais ce n’est pas tout : le fumier du bétail enrichit également les sols en carbone, les rendant plus riches et compensant ainsi une part des émissions de GES imputable aux animaux. Mais l’utilisation décroissante du fumier dans les cultures européennes s’accompagne d’une réduction du stockage de carbone dans les sols.

Du côté du consommateur

Que retirer de tout cela ? L’agriculture a une action profonde sur la qualité des sols. Si nous voulons les préserver tout en réduisant nos émissions de GES, il ne suffira pas de devenir végétarien.

Les pâturages peuvent être bénéfiques aux sols, et ce même si les émissions de méthane du bétail sont nocives pour l’atmosphère. Parvenir dans ce domaine à l’équilibre est diablement complexe. Cela du fait que les émissions relatives aux activités agricoles sont liées à des facteurs locaux – comme le climat et le type de sol – et des pratiques – comme l’usage d’engrais.

La meilleure des approches consisterait sans doute à privilégier les produits locaux (pour réduire la part des transports) qui ne proviennent pas de l’agriculture intensive. Si vous mangez de la viande, choisissez plutôt celle provenant de bétails élevés en pâturages, nourris à l’herbe et non enfermés dans des étables et alimentés par des produits céréaliers. Apprenez à connaître comment votre nourriture est produite et tentez de privilégier les options les plus durables, pour la viande et le reste. Autant d’actions quotidiennes qui peuvent aider à préserver les sols.

Eleanor Hobley, Postdoctoral Fellow, Technical University of Munich

Martin Wiesmeier, Researcher, Technical University of Munich

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

The Conversation

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