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Aux frontières de l’humain

Focus sur la thématique "Je suis un animal d'exception"

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L’Homme est-il un être singulier et supérieur ? Qu’est-ce qui définit l’être humain ? Faut-il accorder à l’animal une personnalité juridique ? Peut-on encore parler de frontières entre l’Homme et l’animal ? Explorer nos limites, interroger notre devenir en tant qu’humain et plus globalement envisager celui de la planète, tel est le vaste champ d’investigation proposé à l’occasion de l’exposition proposée par le Museum nationale d’Histoire naturelle, dès le 13 octobre 2021. Aux frontières de l’Humain tracera les contours de l’identité humaine du temps des origines (depuis quand l’Homme se définit-il en tant qu’Homme ?) à un futur fantasmé (quand cessera-t-il de l’être ?). Au cours de ce cheminement, la rencontre avec l’Homme hybride, réparé ou augmenté, donnera à réfléchir sur la frontière entre nature et culture et sur les limites physiologiques ou éthiques d’une telle évolution transhumaniste.
Focus sur la première thématique proposée dans l’exposition : « Je suis un animal d’exception ».

Pendant des siècles l’affaire fut entendue, la question réglée : l’humain, créature divine ou être de raison, trônait au sommet de la chaîne de l’évolution, se distinguant clairement de l’animal et l’on pouvait décliner sans crainte ses facultés prétendument spécifiques. Les religions monothéistes, la philosophie et l’ignorance du caractère buissonnant de notre évolution ont forgé la supériorité de l’humain, érigé des frontières étanches entre « nous » et le reste du monde vivant. Au XIXe siècle la classification des espèces a été faite en comparant le reste du vivant à l’Homme, conformément aux conceptions en vigueur. En novembre 1859, la publication de l’Origine des espèces de Charles Darwin a ébranlé l’anthropocentriste alors de rigueur, tandis que la science moderne a inversé la manière de voir. Construite culturellement, mais non fondée scientifiquement, la frontière entre l’homme et l’animal s’est alors brouillée.

Les frontières du vivant sont instables et les spécificités humaines se sont brouillées, tant par une meilleure connaissance de notre lointain passé – nous ne sommes que des primates parmi les autres – que par la dynamique des innovations technologiques qui repoussent nos limites humaines. Paradoxalement, voilà l’humain aujourd’hui plus proche de l’animal et en même temps loin de sa propre nature : réparé, augmenté, connecté. Par son ancrage dans des préoccupations contemporaines, l’exposition Aux frontières de l’humain s’inscrit dans une programmation dont l’orientation a été initiée en 2017, avec l’exposition Nous et les autres, des préjugés au racisme.
Le Musée de l’Homme affirmait ainsi son positionnement en tant que musée de société, dont la programmation entre en résonance avec les grands axes développés dans l’exposition permanente de la Galerie de l’Homme : Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ?

Une approche pluridisciplinaire, de la biologie à la philosophie

Aux frontières de l’humain ouvre un vaste champ d’investigations. Les progrès technologiques ont permis de réparer notre corps biologique et d’accroître nos potentiels physiques et intellectuels, mais jusqu’où peut-on aller tout en restant humain, individuellement et collectivement ? N’avons-nous pas compromis notre propre avenir en malmenant la planète au nom du progrès ? Pour aborder ce faisceau de questions, le Musée de l’Homme a croisé les expertises des scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle et a fait appel à des compétences spécifiques pour aborder des questions hors de ses domaines de recherche, comme le sport par exemple.

Un comité scientifique élargi a présidé à l’élaboration de l’exposition. Il réunit plus de 20 scientifiques : anthropologues, ethnologues, éthologues, primatologues, naturalistes, biologistes, professeurs de droit, philosophes, politologue, historien des sciences, médecins, spécialistes de l’Intelligence artificielle et du sport de haut niveau.

La dynamique du parcours : 5 parties encadrées par un prologue et un épilogue

Du prologue à l’épilogue, le parcours est construit selon une dynamique : plus l’on progresse dans l’exposition, plus les humains semblent s’affranchir de leurs limites, jusqu’au transhumanisme et ses promesses d’immortalité. Les cinq premières parties sont introduites par des intitulés percutants, et un « Je » très personnel : Je suis un animal d’exception – Je suis un champion – Je suis un cyborg – Je suis un mutant – Je suis immortel. Ces espoirs d’éternité sont anéantis dans la dernière partie, par un brutal changement de ton : On va tous y passer annonce pour l’humanité tout entière des lendemains peu enchanteurs sur une planète malade, avant toutefois d’envisager, dans l’épilogue, les possibilités d’un avenir commun.

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À chaque partie son ambiance

Chaque partie traite d’une thématique précise dans une ambiance spécifique. Objet totem, couleur des murs, organisation spatiale, éclairage contribuent à créer des univers particuliers : ambiance dynamique pour les champions, ambiance froide de laboratoire pour évoquer les mutants, spectaculaire chez les cyborgs ou encore pour une fin du monde annoncée.

De multiples pistes de réflexion

Aux frontières de l’humain est une exposition « d’idées ». La muséographie conjugue une grande variété de médias et fait cohabiter des dispositifs complémentaires : œuvres d’art contemporain, dont deux œuvres de commandes ; objets muséographiques, dispositifs multimédias et projections audiovisuelles. L’objectif : diffuser de l’information accessible à tous les publics, provoquer questionnement et étonnement, ménager des moments d’observation et de contemplation, offrir au visiteur non pas des solutions, mais des pistes de réflexion fondées sur des données scientifiques.

« Je suis un animal d’exception »


« Kinship ». Marcus Coates. Royaume-Uni, 2021. Production Muséum national d’Histoire naturelle, 2021. Collection de l’artiste.
L’artiste anglais, Marcus Coates explore, dans ses installations, les relations physiques ou imaginaires entre l’homme et la nature. « Kinship » met en scène une famille apparemment traditionnelle : deux adultes et deux enfants, grandeur nature, mais hybridés avec des animaux (un cerf rouge abattu pour la viande), un blaireau (tué par une voiture), un lièvre (trouvé mort), un cheval (mort de vieillesse).

Sommes-nous des êtres à part dans le monde du vivant ? Très supérieurs aux animaux ? Mieux on les connaît et plus on étudie notre histoire évolutive, plus les frontières s’estompent. Alors qu’il devient difficile de définir le propre de l’Homme, les sensibilités à l’égard des animaux s’expriment et leur défense se radicalise.
Conseillers scientifiques : Sabrina KRIEF, Shelly MASI primatologues, MNHN Michel SAINT-JALME éthologue, MNHN Guillaume LECOINTRE biologiste, MNHN.

A la recherche de la frontière 

Trois dispositifs de nature différente invitent à s’interroger sur notre prétendue exception humaine : un objet totem sous forme d’une œuvre hybride, réalisée spécialement pour l’exposition par l’artiste Marcus Coates ; un grand spectacle audiovisuel qui aborde les relations entre l’homme et l’animal et un montage de vidéos documentaires illustrant les étonnantes capacités des animaux.

L’Homme, un être singulier et supérieur ?

Pendant des siècles l’affaire fut entendue, la question réglée : l’humain, créature divine ou être de raison, trônait au sommet de la chaîne de l’évolution, se distinguant clairement de l’animal et l’on pouvait décliner sans crainte ses facultés prétendument spécifiques. Les religions monothéistes, la philosophie et l’ignorance du caractère buissonnant de notre évolution ont forgé la supériorité de l’humain, érigé des frontières étanches entre « nous » et le reste du monde vivant. Au XIXe siècle la classification des espèces a été faite en comparant le reste du vivant à l’Homme, conformément aux conceptions en vigueur. En novembre 1859, la publication de l’Origine des espèces de Charles Darwin a ébranlé l’anthropocentriste alors de rigueur. Ses théories sur l’évolution ont été complétées, enrichies par des générations de chercheurs, par des découvertes sur le terrain et des travaux en laboratoire. La science moderne a inversé la manière de voir. Construite culturellement, mais non fondée scientifiquement, la frontière entre l’homme et l’animal s’est alors brouillée.

Faut-il accorder à l’animal une personnalité juridique ?

Les animaux n’ont pas de droits, ce sont les humains qui peuvent leur en accorder. Selon l’art. 515-14 du Code civil du 16 février 2015 : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens. » Pour prendre en compte l’évolution des mentalités, un projet de loi visant à renforcer la lutte contre la maltraitance des animaux, prévoit notamment d’interdire les spectacles avec des animaux sauvages dans les cirques, sur les plateaux TV, dans les delphinariums, d’alourdir les peines pour maltraitance et abandon d’animaux de compagnie. Autrement dit, sans reconnaître à l’animal une personnalité juridique, le législateur entend intervenir sur les comportements humains afin que les animaux soient traités le moins cruellement possible. Adoptée en première lecture en janvier 2021 à l’Assemblée nationale, la loi, contrairement aux souhaits des partisans de la défense animale, ne prend en compte ni la chasse, ni la corrida ou l’élevage intensif.

L’impossible définition de l’humain 

« Si l’on veut savoir ce qu’est le propre de l’homme on doit abandonner notre réflexe culturel qui consiste à prendre l’Homme comme référence. Il convient de regarder ce que nous partageons avec les autres espèces. Pour la zoologie nous sommes des animaux. » précise Guillaume Lecointre, biologiste. Du point de vue de l’histoire naturelle, les humains sont des primates, lesquels sont des mammifères, lesquels sont des vertébrés, lesquels sont des animaux. Dans ces conditions, avons-nous des aptitudes spécifiques qui garantiraient notre « humanité » ? Procédons par élimination : – La bipédie ? Sommes-nous les seuls sur deux jambes ? Pas vraiment, car les chimpanzés ou encore les gorilles peuvent se déplacer debout. – La fabrication des outils ? Nos capacités sont incontestables, mais d’autres animaux fabriquent des outils. Les chimpanzés par exemple utilisent une brindille pour aller chercher des termites dans la terre, du miel ou des fourmis dans un tronc d’arbre.

D’étonnantes capacités

Sur trois écrans, un montage d’extraits documentaires présente des animaux dans leur environnement ou en situation expérimentale. Ils font preuve de capacités étonnantes : un éléphant peint, un autre se reconnaît dans un miroir, une corneille fabrique un hameçon à vers, un poisson-ballon trace une superbe rosace dans le sable pour séduire les femelles. Certaines espèces sont dotées d’aptitudes uniques en lien avec leur univers perceptif: les canidés ont un sens olfactif très développé ; les reptiles ressentent les vibrations par conduction osseuse ; les cétacés et les chauves-souris ont une audition ultra-sensible ; les amphibiens perçoivent les infrarouges et les oiseaux migrateurs se repèrent selon le champ magnétique. Ces capacités sont autant de formes d’adaptation à l’environnement, elles sont parfois spectaculaires, comme de changer de couleur ou de forme pour séduire et se faire remarquer ou au contraire échapper à ses prédateurs. Le camouflage consiste à se fondre dans l’environnement et le mimétisme est l’art de se faire passer pour une plante, un objet ou un autre animal.

– La collaboration ? Les relations existent au sein des espèces qui vivent en groupe, pour s’organiser, construire ensemble ou même aider un congénère. Les abeilles et les fourmis en sont de bons exemples.
– Les capacités mentales ? Les animaux ont de la mémoire et sont capables de se projeter et de résoudre des situations complexes.
– Le langage ? Même s’il est limité, les animaux communiquent ; les chimpanzés peuvent apprendre et reconnaître 500 mots, le chien peut comprendre 200 à 300 mots.
– La conscience de soi ? Certains animaux notamment les primates, mais aussi les pies et les perroquets, réagissent lors du test du miroir, se regardent et se reconnaissent.
– Les émotions ? L’amour et le rire, l’amitié, le partage, les marques d’empathie et de sympathie ont été observées, notamment chez les primates. De proche en proche, la liste de nos aptitudes s’est réduite. Alors que nous reste-t-il ?

Selon Guillaume Lecointre, nous avons en propre : « Le redressement du premier gros orteil du pied. À la différence des primates, il n’est pas opposé ; par ailleurs nous sommes les seuls primates ayant les jambes plus longues que les bras. » Au-delà de ces aspects qui peuvent apparaître triviaux, l’humain a un langage articulé complexe et des différences de caractère génomique.

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Enfin, nous sommes dotés d’une capacité d’abstraction artistique, les seuls à pouvoir raconter notre histoire et à nous poser la question de la frontière entre l’Homme et l’animal. Quant à la culture, au sens strict de l’acception du terme, c’est à dire un ensemble de pratiques et de techniques transmissibles, spécifiques à des populations, elle n’est plus réservée à l’humain.

Selon Michel Saint-Jalme, éthologue : « Les scientifiques ont inventorié, chez les animaux, des cultures qui s’apprennent et se transmettent : pratiques de communication, de chasse, utilisation d’outils. Ces pratiques culturelles existent chez les grands singes, mais aussi chez les cétacés (apprentissage de la chasse au phoque chez les orques), chez les oiseaux (apprentissage d’un répertoire spécifique chez les étourneaux ; techniques transmises pour se nourrir chez les corvidés et les mésanges). »

Le débat est ouvert : est-ce qu’on peut encore parler de frontière ?

La complexité des relations entre l’Homme et l’animal est abordée dans un spectacle audiovisuel : un film d’une dizaine de minutes, projeté dans un espace évoquant une réunion citoyenne : 10 personnes y expriment une diversité de points de vue. Un médiateur tente de canaliser les échanges, parfois vifs. Les intervenants s’expriment au nom de la religion, de la science, de la philosophie, de l’anthropologie ou encore du droit : on s’interroge sur la notion de frontière, on y accuse René Descartes d’avoir réduit les animaux à de simples machines, on rappelle le rôle des religions monothéistes et le fait qu’au Moyen-âge les animaux pouvaient être jugés et condamnés. Ces derniers ont leurs défenseurs, radicaux parfois : refus de consommer des produits animaux, exactions contre les bouchers, militantisme anti-élevage.

Des sensibilités s’expriment également sur le plan éthique par la défense du bien-être animal : militantisme anti-zoo, dénonciation des conditions d’abattage dans les abattoirs.

À la fin du débat, les animaux prennent la parole et réclament un vrai changement de mentalités pour repenser la relation homme/animal. Et si la solution résidait dans la prise de conscience d’une continuité, d’une nécessaire cohabitation, d’autant plus urgente à l’heure de la crise écologique ?

Les enseignements de l’éthologie

Mieux on connaît les animaux, moins l’Homme paraît exceptionnel et plus il perd de sa superbe… Fondée dans les années 1940, l’éthologie est l’étude scientifique du comportement des animaux et aussi des Hommes – « ethos » en grec signifie mœurs et « logos » science. Parmi les représentants de cette discipline figurent notamment le pionnier, l’autrichien Konrad Lorenz, qui dialoguait avec ses oies et ses poissons ; la britannique Jane Goodall qui étudia les chimpanzés et l’américaine Dian Fossey qui se consacra aux gorilles.

Aujourd’hui, l’éthologie est une discipline pleinement reconnue, représentée au sein du MNHN par les primatologues Sabrina Krief et Shelly Masi et par l’éthologue Michel Saint-Jalme, tous trois conseillers scientifiques pour l’exposition. Comme l’explique Shelly Masi qui se consacre à l’étude des gorilles : « Les travaux des éthologues ont contribué à faire tomber les barrières entre l’Homme et l’animal. Les rudiments de nos comportements sont observables chez différentes espèces de primates, notamment chez nos plus proches cousins, les grands singes. »

Je suis un champion

Teddy Riner, 2,04 m pour 131 kg
Sport : judo, catégorie plus de 100 kg
Palmarès : 10 titres de champions du monde et deux fois champion olympique en 2012 et 2016.
4 à 6 heures d’entraînement par jour.

La marionnette de Zinedine Zidane accueille les visiteurs dans cette section dynamique : place aux sports, aux performances des champions qui repoussent les limites de leur corps biologique par l’entraînement physique et mental, par la créativité, mais aussi grâce à l’innovation technique. Conseiller : Jean LECLERCQ, expert du monde du sport

Inattendu, le corps invente. Apparait quelque chose comme une création (…) Il brise les obstacles et saute au-dessus des moutons, des records, des montagnes et des questions sans réponses. » Michel Serres, Hominescence, 2001

À vos marques…

On prend appui sur le marquage au sol évoquant un terrain de sport pour aborder la fabrique des champions : traitement graphique du mouvement sur les murs, photos grandeur nature de champions, vidéos de gestes de sportifs innovants et une installation spectaculaire de chaussures en suspension pour un saut en hauteur.

« Plus vite, plus haut, plus fort » la devise des Jeux Olympiques est une invitation à la performance

L’Homme a des capacités de mouvement multiples, il peut marcher, courir, sauter, nager… à la différence de certains animaux – les poissons par exemple – qui n’ont qu’un mode de déplacement. Pour autant l’homme est-il le plus rapide au sol et dans l’eau ? La comparaison avec les animaux n’est pas toujours à son avantage.

Des représentations graphiques stylisées, sur les murs du couloir qui mène à cette seconde partie de l’exposition, représentent la décomposition du mouvement d’un coureur et d’un nageur comparé à celui d’un chat et d’une carpe. Usain Bolt, sprinter jamaïcain, est l’homme le plus rapide du monde. Le 16 août 2009, lors des championnats du monde d’athlétisme, il court le 100 mètres en 9,58 secondes : ce record tient toujours. Toutefois, il est moins rapide que le chat ou que le guépard capable de pointes à 100 km/h.

Quant au nageur américain Michael Phelps, détenteur de 23 titres olympiques, il est le premier à avoir nagé le 50 mètres nage libre en moins de 50 secondes, mais l’espadon peut atteindre 90 km/h. Enfin, qui peut sauter plus loin que la gazelle Sprinbok avec des bonds de 15 mètres ? Elle va deux fois plus loin que la moyenne des champions.

Comment se fabrique un champion ?

Il suffit de comparer les morphologies des sportifs de haut niveau pour comprendre que le demi de mêlée de rugby n’est pas bâti comme le joueur de basket ou le cycliste. Le « morphotype » – terme technique – définit la silhouette, autrement dit la manière dont le corps est bâti : épaules carrées ou étroites, bassin large ou étroit, membres trapus ou allongés… etc. Le morphotype d’un athlète se construit peu à peu, à partir d’un capital physique initial qu’un entraînement physique spécifique contribue à développer. Si, en amateur, on peut imaginer pratiquer le sport de son choix, mieux vaut avoir de solides atouts de départ pour envisager une carrière sportive. Ainsi, pour repérer les champions potentiels, l’INSEP* a créé un programme d’identification des gabarits, prenant en compte les paramètres anthropométriques : le poids, la taille, l’indice de masse corporelle, la coordination, la souplesse et l’endurance. Les champions sont soumis à des sollicitations physiologiques, biomécaniques et psychologiques. « Devenir un champion se joue autant dans la tête que dans les muscles, précise Jean Leclerq, expert du monde du sport. À capacités physiques et techniques égales, la différence de performances réside dans la détermination, la capacité d’abnégation et de focalisation, la confiance en soi. C’est une forme d’esprit, héritée de sa propre expérience sociale, un don que tous les sportifs n’ont pas. »

Trois athlètes, trois silhouettes

Afin de rendre sensible aux visiteurs les différences de morphotypes, trois photos grandeur nature, de trois champions en tenue, sont présentées dans des caissons rétroéclairés : Teddy Riner, Mélanie de Jesus dos Santos et Marie-Amélie Le Fur. Ces trois athlètes excellent dans des domaines très différents : le judo, la gymnastique artistique et l’athlétisme handisport.

Un dispositif, avec un miroir sans tain, permet de comparer sa propre silhouette avec celle de ces trois grands sportifs. Sans complexe.

Du geste au style

Certains sportifs ont le don d’inventer un geste original qui leur permet d’exceller dans leur domaine et qui parfois fait école. Un montage d’images d’archives – diffusé sur trois écrans – permet à tous, y compris aux novices en histoire du sport, d’observer et d’admirer ce « plus » inventif chez quatre champions : Dick Fosbury, Zinedine Zidane, John McEnroe et Katelyn Ohashi. Mexico, 1968 : aux J.O, en saut en hauteur, un jeune américain fait se lever le stade : Dick Fosbury attaque la barre sur le dos, c’est une première. Il saute ainsi 2,24 m. Son succès lui vaut non seulement une médaille d’or, mais aussi de populariser une nouvelle technique qui portera son nom, le Fosbury-flop et effacera à jamais le rouleau ventral. Comment Fosbury a-t-il inventé cette technique ? « Je ne suis pas capable de faire comme les autres, alors j’ai cherché un autre style pour améliorer mes performances », expliquera-t-il. Il fallait y penser. Un style, pour inventif qu’il soit, n’est pas nécessairement reproductible. Ainsi, au tennis, le service dos au filet, initié par le joueur américain John McEnroe, eut pour effet de déstabiliser ses adversaires, mais sans pour autant faire école : pieds parallèles à la ligne de fond de court, bascule des épaules, torsion du buste et engagement du corps vers l’avant pour attaquer le retour au filet. McEnroe, laconique, se limitera à ce commentaire : « Chacun est libre de faire comme il veut… ». Quant à la roulette de Zidane, efficace pour éliminer un adversaire, le footballeur reconnaît que ce geste : « que j’aime faire et ai appris avec les potes dans les quartiers… est un peu risqué en match, si tu le loupes, tu es ridicule. » Enfin, en gymnastique au sol, la performance de l’américaine Katelyn Ohashi, en 2019, aux championnats universitaires, a enflammé le web avec 50 millions de vues cumulées. En 90 secondes de dynamite, la gymnaste a révolutionné les codes de sa discipline par des mouvements inédits sur fond de musique pop. Elle fut gratifiée d’un 10 sur 10.

La technologie au service des performances

L’évolution des matériaux a permis d’alléger les équipements sportifs, de les rendre plus performants, qu’il s’agisse des raquettes, des skis, des vélos, des chaussures et des vêtements. Certaines améliorations, jugées susceptibles de fausser les résultats, ont parfois été remises en cause comme ce fut le cas pour les combinaisons de natation façon « peau de requin », désormais interdites en compétition. Dans le domaine de la chaussure, les innovations ont été spectaculaires en termes de flexibilité, légèreté, retour d’énergie et confort. La recherche de performance se joue parfois sur un détail : en changeant le dessin du dessous de la semelle de la chaussure de tennis – un « chevron » sorti et non pas creusé – l’équipementier Nike a fait gagner quelques micro secondes, au joueur, au démarrage sur terre battue.

Je suis un cyborg

Cyborg W3, l’esthétique du futur. Une silhouette féminine toute blanche, en suspension, défie la pesanteur. En silicone, elle est dotée d’une seule jambe et d’un seul bras, mais ils sont surpuissants. Au croisement des héroïnes de mangas et de la statuaire féminine classique, cette sculpture s’inscrit dans une esthétique de l’hybridation. Sa créatrice, Lee Bul, artiste coréenne, a accédé à la notoriété́ internationale à la fin des années 1990, avec des séries de cyborgs moulés. Cyborg W3. Moulage en silicone, remplissage en mousse, peinture. Corée du Sud, 1998.

Pacemakers pour les déficients cardiaques, prothèses-lames pour les athlètes en handisport, exosquelettes pour augmenter les capacités de vision et de déplacement, main bionique, lunettes connectées… Le cyborg est un humain réparé, augmenté ou connecté. Certaines formes d’hybridation sont invasives et modifient le corps de l’individu de manière irréversible.
Conseillers scientifiques : Jean-Marie BESNIER, philosophe ; Maxime DERIAN, anthropologue des techniques et de la santé ; Bernard ANDRIEU, professeur en épistémologie du corps et des pratiques ; Laurent DEVILLERS, professeur en intelligence artificielle et éthique

Dans une ambiance futuriste le visiteur est plongé dans le monde imaginaire des super-héros bardés de métal et dans la réalité des innovations technologiques. Le cyborg se découvre dans un foisonnement d’images – affiches, extraits de films et de séries, photos et objets – selon quatre thématiques : les prothèses, les exosquelettes, les implants et le corps connecté.

Cyborg : héros de science-fiction et humain hybridé

Le premier humain augmenté s’appelle Steve Austin, c’est un astronaute américain, héros du roman de science-fiction de Martin Caidin, intitulé Cyborg et paru en 1972. Après avoir perdu un œil, une jambe et un bras, Steve Austin est réparé par un docteur génial, il est équipé de prothèses bioniques et se voit confier de dangereuses missions. Le roman donnera lieu à une série TV et inaugurera la longue liste des célèbres personnages de fiction dotés de prothèses : Inspecteur Gadget, Iron Man, Dark Vador, Robocop, Alita, Edward aux mains d’argent, etc. Les comics américains, les romans de SF, les films à grand spectacle et les jeux vidéo sont leur domaine. Contracté en cyborg, le terme « cybernetic organism », a été inventé en 1960 par des chercheurs du Rockland Syate Hospital de New York : Manfred Clynes et Nathan S. Kline. Ils imaginaient alors un Homme « augmenté », dans la perspective d’un voyage interplanétaire. Par extension, le terme désigne l’hybridité d’un organisme biologique relié à des prothèses. Le cyborg est un humain, greffé avec de la mécanique et de l’électronique, à ne pas confondre avec un robot qui est un assemblage entièrement artificiel.

Pour Maxime Derian, anthropologue des techniques de la santé, le cyborg est très difficile à définir : « C’est une figure qui vient de la science, qui a peuplé l’imaginaire avec une très forte résonance. Aujourd’hui le cyborg nous interroge sur les enjeux réels de notre rapport aux machines. »
Toutes les formes d’hybridation font-elles de l’humain un cyborg ? Selon Maxime Derian : « Est cyborg celui qui se sent cyborg, qui a intégré la machine dans son schéma corporel. »

Dans la diversité du monde des cyborgs

Prothèses, exosquelettes, implants, corps connecté : les formes d’hybridation sont multiples. Souvent initiées par la médecine ou par l’armée, les innovations technologiques sont ensuite réinterprétées par le sport, la mode, l’industrie ou l’art, donnant parfois naissance à des objets de consommation de masse. En quelques siècles et notamment à la faveur des guerres, les pratiques de reconstruction de l’humain ont considérablement évolué, grâce aux progrès de la chirurgie et de l’industrie, à l’évolution des matériaux (bois, cuir, fibre de verre, fibre de carbone, alliages légers) et aux nanotechnologies. Le cyborg n’évolue plus seulement dans le monde de la fiction, par un simple geste chirurgical, l’humain peut être réparé, augmenté et connecté.

Les prothèses, du bois au bionique

La prothèse prolonge un membre ou remplace un organe. Au XVIIe siècle, Ambroise Paré, chirurgien spécialiste des blessures de guerre, en fut l’un des inventeurs, il s’agissait alors de sortes de manchons en bois. Les guerres ont été de puissants accélérateurs, tant sur le plan chirurgical que technique. Qu’il s’agisse de 14-18, et ses nombreux blessés, amputés et « gueules cassées », ou des actuels projets de « soldats augmentés » pour anticiper les conflits du futur. Dans le domaine de la prothèse, comme le précise Bernard Andrieu, professeur en épistémologie du corps : « La grande démarcation, c’est le bionique, c’est à dire la connexion de la prothèse au système nerveux. Une technologie encore très coûteuse qui nécessite une longue période de rééducation. » Mise au point aux États-Unis et expérimentée sur les soldats invalides, de retour de la guerre du Golfe en 1991, son développement fut financé par la DARPA, Agence américaine de la défense, chargée de la recherche à usage militaire.

En France, en 2018, à la clinique Jules Verne de Nantes, Priscilla Deborah, artiste peintre, a été la première femme équipée d’une main bionique.

Prothèses design

Kelly Knox – Photo Omkaar-Kotdeia

En 2019, la performeuse Victoria Modesta, amputée d’une jambe, participait à un show bionique au Crazy Horse, dansant avec une étonnante prothèse « pic à glace ». Une véritable œuvre d’art conçue par « The Alternative Limb Project », une société londonienne fondée en 2011 par l’artiste designer Sophie de Oliveira Barata. Ses prothèses sophistiquées, mélange de modélisation 3D, de sculpture et d’électronique, sont conçues pour des personnalités qui n’entendent pas cacher leur handicap, parmi lesquels figurent Kelly Knox mannequin sans avant-bras et Aimee Mullins (amputée des deux jambes), championne olympique et mannequin.

Les exosquelettes décuplent les forces

En zoologie un exosquelette désigne la carapace d’insecte ou de tortue, c’est à dire la structure externe, dure, qui enveloppe les arthropodes… En robotique un exosquelette est un équipement articulé et motorisé, fixé sur différentes parties du corps pour en augmenter les capacités : rendre la mobilité à des personnes handicapées, faciliter le port de charges lourdes, doter les personnes exposées au danger de surcapacités de protection, de vision, de déplacement. Ces dispositifs robotisés sont déjà utilisés dans l’industrie et appelés à des applications dans le domaine militaire. Depuis 2014, des projets sont développés par la DARPA pour équiper les militaires de TALOS, une armure surnommée « Iron Man Suit ».

Les implants, une technologie embarquée

À la différence des équipements externalisés, les implants sont des dispositifs artificiels, intégrés à l’intérieur du corps, pour pallier un organe déficient ou amputé. Dans les années 1960, avec le cœur artificiel, un pas a été franchi. Selon, Bernard Andrieu : « Les implants constituent une autre forme d’hybridation, il s’agit de restaurer une fonction déficiente par une technologie embarquée, mais dans ce cas on crée des systèmes de dépendance ».

 On distingue les implants inertes (cristallins, prothèses du genou, de la hanche) et les implants actifs (pacemakers, pancréas artificiel, neurostimulateur). Au-delà de la chirurgie réparatrice, les implants peuvent être détournés de leur fonction par des performeurs du « body-art » qui explorent les possibilités d’hybridation sur leur propre corps, ou encore par des pirates qui, à l’aide de puces électroniques sous la peau, peuvent déverrouiller des smartphones ou payer sans contact.

Le corps connecté, la révolution est en marche

Serait-il provocateur de penser que les smartphones nous ont désormais transformés en cyborgs ? Et que dire des capteurs d’activité dont s’équipent les sportifs ? Ils sont devenus le nouveau champ d’application du corps connecté. À l’autre bout du spectre, c’est à la connaissance du cerveau, grand défi de la prochaine décennie, que s’intéresse la recherche médicale, ouvrant ainsi la voie à des questionnements éthiques autour de l’optimisation neuronale… Ce sera, comme l’anticipe Bernard Andrieu « la fin du téléphone portable, nous serons connectés avec notre environnement par des implants sous-cutanés. »

Je suis un mutant

« The Mond » de Patricia Piccinini. Une jeune femme tient dans ses bras un enfant transgénique aux chairs couleur crème ; il est aussi étrange que monstrueux. C’est l’une des créations en silicone, grandeur nature, de l’artiste australienne Patricia Piccinini dont l’univers explore les biotechnologies. Au-delà du choc esthétique, l’installation intitulée « The Mond » (le lien) nous rappelle que les formes de notre corps ne sont pas définitives (le dos de l’enfant imite la semelle d’une chaussure de sport, à l’instar des animaux qui se fondent dans leur environnement) et que la tendresse existe entre des êtres vivants non semblables.
Les êtres hybrides fantastiques de Patricia Piccinini nous invitent à trouver la beauté dans un monde non régi par des notions de perfection.
« The Mond ». Silicone, fibre de verre, cheveux humains, vêtements. Australie, 2016. Collection particulière.

D’autres limites sont franchies dans cette quatrième partie. Il ne s’agit plus de performance physique, ni de corps augmenté, on atteint un degré supplémentaire : au-delà de la recherche de l’individu parfait, il pourrait devenir possible de modifier l’espèce humaine en ayant recours aux biotechnologies.
Conseillers scientifiques : Carine GIOVANNANGELLI chercheuse en biologie moléculaire, MNHN

Dans une ambiance évoquant un laboratoire, trois pistes sont offertes aux visiteurs pour aborder les avancées biologiques et génétiques, leur impact sur l’être humain et les problèmes éthiques qui en découlent : une œuvre contemporaine sidérante, un jeu « jusqu’au-boutiste » pour concevoir un bébé idéal et un mur d’informations, offrant, en contrepoint, une vision juste de la réalité scientifique et politique.

Le développement des biotechnologies et l’étude de l’embryon

La procréation médicalement assistée (PMA) et la science de l’embryon (embryologie) ouvrent la voie à la fin de la conception « naturelle ». Jusqu’où peut-on aller techniquement, mais aussi légalement ?

Plusieurs choix s’offrent aux futurs parents, mais les législations ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. À titre d’exemple, la GPA, Gestation pour autrui, c’est à dire l’implantation d’un embryon issu d’une fécondation in vitro ou par insémination dans l’utérus d’une mère porteuse, est une pratique interdite en France. Elle est autorisée dans d’autres pays européens, notamment au Danemark, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Afin d’aider le visiteur à se repérer, une fresque de données énonce l’essentiel à connaître sur le don et l’achat de gamètes, le diagnostic prénatal et préimplantatoire et la modification du génome.

Don et achat de gamètes. On peut avoir recours à la FiV, Fécondation in vitro par insémination artificielle, grâce au don ou à l’achat de gamètes, c’est à dire de cellules reproductrices mâles (spermatozoïdes) ou femelles (ovocytes).

Les premières banques de sperme sont apparues en 1964 à Tokyo, au Japon, et à Iowa City, aux États-Unis. En France, le premier CECOS (Centre d’étude et de conservation des œufs ou du sperme humains) a été créé en 1973 sous forme associative, avant d’intégrer les services hospitaliers. En 1982, naît Amandine, premier bébé français né après une fécondation in vitro. Si le don de gamètes est gratuit et anonyme en France, ce n’est pas le cas dans tous les pays, notamment au Danemark où il fait l’objet d’un commerce très lucratif. La plus grande banque de sperme, Cryos, créée en 1981, située à Aarhus, à 200 km de Copenhague, propose « le bon donneur pour votre future famille » parmi plus de 1 000 dons. L’achat de gamètes coûte environ 1 000 euros.

Les disparités de législation ont contribué au succès de l’entreprise, Cryos expédie des semences dans le monde entier, sa clientèle est constituée essentiellement de couples gays, lesbiens et à 40 % de célibataires. Les banques de sperme « commerciales » vantent leur catalogue et promettent, comme le fait l’European SpermBank, fondée au Danemark en 2004, de vous trouver le donneur « idéal », en fonction de sa personnalité, de ses caractéristiques physiques… À l’extrême de ce processus, une banque de sperme de « génies » a été créée en 1980 à Escondido en Californie, par un homme d’affaire américain. L’objectif : préserver l’intelligence en sélectionnant des donneurs au QI supérieur à 130 et notamment quelques détenteurs du prix Nobel. 218 enfants sont nés de ce commerce. Rien ne dit qu’ils deviendront des Nobel…

DPN et DPI. Le diagnostic prénatal (DPN) permet, non pas de procréer, mais de détecter des anomalies in utero sur un fœtus déjà̀ conçu, pour éviter de donner naissance à des enfants porteurs de handicap ou de maladies graves. Bien informés, les parents peuvent ensuite décider d’interrompre ou non la grossesse.

Le DPN est autorisé dans tous les pays européens sauf en Irlande, il est interdit à des fins non médicales. Le diagnostic préimplantatoire (DPI) constitue une autre étape. Il est destiné́ non seulement à écarter le pire mais aussi à̀ sélectionner le « meilleur ».

Le DPI est pratiqué sur des embryons obtenus par fécondation in vitro, pour détecter des anomalies et ne peut être proposé qu’aux couples risquant de transmettre une des 120 maladies génétiques incurables, telles que définies par la loi de bioéthique. Aux États-Unis, 42 % des établissements de santé pratiquent le DPI sur simple demande, pour le choix de la couleur des yeux, des cheveux ou bien encore du sexe de l’enfant, contre un chèque de quelques milliers de dollars. Ainsi, en 2013 à Philadelphie (États-Unis), Connor Levy, est le premier bébé́ génétiquement « parfait », issu d’un choix après séquençage du génome de plusieurs embryons, à la suite d’une fécondation in vitro. Généralisé́ , cet examen pourrait ouvrir la voie à une forme d’eugénisme. Ce terme désigne l’amélioration du patrimoine génétique de l’espèce humaine, par stérilisation, sélection ou modification.

Modification du génome. Le génome humain c’est ensemble de l’information génétique contenue dans chaque cellule et dont le support est l’ADN. Dans ce domaine, la science a fait, de façon récente, des avancées majeures. La manipulation des gènes n’est pas une utopie, elle est techniquement possible. Mise au point en 2012, la technique des ciseaux moléculaires, dite CRISPR-Cas9 (Clusters Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats) rapide et peu couteuse, permet en théorie de modifier les gènes en coupant une zone d’ADN, puis en activant sa réparation naturelle. Mais, comme le précise Carine Giovannangelli, chercheuse en biologie moléculaire : « D’un point de vue technique et scientifique les technologies dont on dispose ne sont pas assez sûres pour être efficaces. Toutefois, les limitations actuelles peuvent être rapidement dépassées ; il sera alors nécessaire de réfléchir à nouveau aux applications. » Sur les 20 000 gènes présents chez l’Homme, très peu sont bien connus lorsqu’on s’intéresse à leur fonction et leur interaction. Des dommages collatéraux éventuels sont donc encore trop imprévisibles. La modification du génome est très encadrée, et s’il est possible de réaliser des essais cliniques sur des cellules adultes dans le cadre d’une thérapie génétique, il est interdit de modifier un embryon pour en faire un Homme, autrement dit d’agir sur les cellules germinales et de transmettre les modifications à la descendance. D’après un sondage de l’IFOP datant de 2016, 76 % des Français sont défavorables à l’usage de techniques de modification des embryons humains. Des réserves qui ne sont pas partagées par tous les pays : les premiers bébés génétiquement modifiés et potentiellement augmentés ont vu le jour en Chine en 2018. En 2016, aux États-Unis a été lancé le programme « Human Genome Project-Write », avec pour objectif de générer des cellules humaines de synthèse, ce qui permettrait de créer des embryons sans parents. Il est important de préciser que l’ADN ne résume pas l’individu ; les autres facteurs biologiques, culturels, environnementaux ainsi que l’expression des gènes, façonnent également ce que nous sommes.

Jusqu’où peut-on aller sur le plan éthique ?

La science va très vite, la morale s’adapte ou résiste. Durant la décennie 1960-1970 a émergé une nouvelle discipline, la bioéthique. Au rythme des progrès de la génétique, de l’évolution des biotechnologies et des aspirations sociales, la bioéthique est appelée à réinterroger sans cesse les règles en vigueur. En France, un Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) a été créé en 1983. Cet organisme est chargé par l’État d’examiner les enjeux de société posés notamment par les techniques de procréation non naturelle, par la recherche sur l’embryon humain et également les neurosciences. Le CCNE éclaire le législateur qui est confronté à des problèmes complexes relevant de la science et impactant la vie sociale. Les questions sont multiples : les receveurs de gamètes peuvent-ils exiger des critères physiques ? Les enfants nés par don de gamètes peuvent-ils connaître leur ascendant ? L’autoconservation des gamètes en dehors de tout motif médical, peut-elle être autorisée ? Faut-il limiter le remboursement de la PMA ? etc.

Je suis immortel

D’une portée symbolique universelle, le crâne évoque la mort. Présent dans les rites funéraires, il l’est aussi dans l’art, comme ce crâne en résine recouvert d’une feuille d’argent et de papillons bleus. Cette œuvre réalisée par l’artiste Philippe Pasqua est une transgression sophistiquée, à la manière des « vanités », terme donné aux représentations allégoriques de la mort, un genre artistique qui s’est développé en Europe au XVIIe siècle et qui a perduré. France 2015, collection particulière

La science peut-elle nous faire espérer l’immortalité ? La démographie, la médecine et l’anthropologie sont convoquées pour mettre en perspective les données scientifiques, les rites funéraires et les croyances, jusqu’aux promesses d’éternité des transhumanistes.
Conseillers scientifiques : Gilles PISON anthropologue, démographe – MNHN Jean-Michel BESNIER, philosophe

De la réalité à la fiction

Trois propositions très différentes abordent l’ultime dépassement de notre nature biologique : le désir d’immortalité́ qui anime l’être humain depuis toujours. De nombreux objets témoignent de la diversité des approches de la mort ; un audiovisuel de 5 minutes présente, de façon humoristique, les aspirations des transhumanistes ; enfin, pour garder les pieds sur terre, des données démographiques essentielles apparaissent sur un mur interactif pédagogique.

Vivre oui, mais jusqu’à quel âge ? Chiffres clés, illustrations, définitions… Les données démographiques sont mises en forme de façon interactive sur le mur interactif qui donne certaines réponses. Cette fresque animée, de plus de 3 mètres, s’active selon les interrogations des visiteurs. Une façon ludique d’aborder des questions sérieuses : jusqu’à quel âge un être humain peut-il vivre et de préférence en bonne santé ? Où en sommes-nous de la longévité et de l’espérance de vie ? Tous les humains ont-ils les mêmes perspectives ? L’espérance de vie est le nombre moyen d’années qu’un groupe d’individus peut s’attendre à vivre. Elle est de 73 ans (en moyenne) dans le monde et de 83 ans en France, avec une différence sensible entre les sexes : 85,3 ans pour les femmes et 79,2 ans pour les hommes. L’espérance de vie a doublé en un siècle, dans un premier temps en raison de la baisse de la mortalité infantile, puis du recul de la mortalité adulte, grâce à la lutte contre les infections et les maladies cardiovasculaires. Peut-elle progresser indéfiniment ? Certains le croient, mais les faits sont là : on finit par mourir, parfois plus que centenaire.

122 ans : le record de Jeanne Calment. La longévité est l’âge maximum auquel un individu est parvenu à vivre. Chez les humains, le record officiellement reconnu est détenu par la Française Jeanne Calment, décédée en 1997 à 122 ans. Les centenaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, essentiellement dans les pays développés. En France, on en comptait 100 en 1900, 8 000 en 2000 et 20 000 en 2020 ; quant aux super-centenaires, âgés de 110 ans et plus, ce sont surtout des femmes et majoritairement des Japonaises. La doyenne du monde a eu 118 ans en janvier 2021, elle s’appelle Kane Tanaka et vit à Fukuoka, au Japon.

En dépit de l’allongement de la longévité, les records des humains font pâle figure par rapport à certains animaux : 507 ans pour Ming la palourde, un mollusque bivalve, 392 ans pour un requin du Groenland et plus de 200 ans pour certaines baleines boréales et tortues géantes.

Les disparités sont fortes selon les pays. En Afrique, la Sierra Leone affiche l’espérance de vie la plus courte du monde. Elle est de 55 ans, en raison notamment d’un taux très élevé de mortalité infantile : 77 enfants pour 1000 décèdent avant d’atteindre un an, contre 3,6 pour 1 000, en moyenne en Europe. Ces disparités s’expliquent par une conjonction de facteurs : la situation sanitaire, économique et sociale.

Vers l’au-delà

Depuis plus de 100 000 ans, sur tous les continents, l’Homme a procédé́ à des rituels funéraires, célébrant le défunt pour le préparer à son voyage vers l’au-delà̀ ou à̀ sa vie dans un autre monde, pour s’accaparer ses qualités, pour se concilier ses bonnes grâces ou conserver sa mémoire. Collection de crânes, têtes réduites, reliques, médaillons de cheveux, urnes funéraires… Une quinzaine d’objets ethnographiques et d’œuvres d’art témoignent de l’approche de la mort, des pratiques d’inhumation ou de crémation, de la conservation des restes humains, du culte des ancêtres et de la nature des liens entre les morts et les vivants, à différentes époques et civilisations.

Les promesses des transhumanistes

Peut-on augmenter les capacités humaines jusqu’à ne plus mourir ? Certains adeptes du courant de pensée transhumaniste, refusant l’essence même de la condition humaine, sa fragilité́ et sa finitude, promettent de supprimer la maladie, la vieillesse et pourquoi pas, la mort, ou tout du moins une mort très éloignée, toujours choisie, jamais subie. Si l’aspiration à l’immortalité remonte à l’Antiquité, le terme « transhumanisme » a été forgé vers 1950 en Californie, foyer de différents courants qui, nourris des progrès technologiques, se sont développés dans les années 1980-1990.

Fantasme et illusions. Les promesses des transhumanistes sont abordées dans un film de 5 minutes traité sur un ton humoristique, avec une émission hebdomadaire « T comme Tendances » qui parle des « Nouvelles Tendances Mortalité ». En duplex du L.A DeathLab, la présentatrice évoque les différentes façons de repousser la mort : cryogénie, rajeunissement des cellules, substitution d’organes, minduploading… La vieillesse est selon elle une maladie qu’il faut éradiquer ! Il existe plusieurs courants transhumanistes, chacun explorant une ou plusieurs voies, mais toujours avec un même but, vivre encore et encore.

Garder les corps au froid, mais après ? La cryogénisation existe déjà. Elle consiste à conserver un être humain (en totalité ou en partie) en état de mort clinique, dans de l’azote liquide à une température de –196 °C. Le procédé n’aurait séduit qu’environ 2 000 personnes dans le monde. Les plus optimistes ne font cryogéniser que leur tête, imaginant que dans le futur, on leur trouvera un corps idéal. Les entreprises Kriorus en Russie, Alcor Life Extension Foundation ou Cryonics Institute aux États-Unis, vendent leurs services de cryogénisation entre 30 000 et 200 000 dollars, même si à ce jour, aucune technique ne permet le retour à la vie.

Allonger la durée de la vie. Le courant « technoprogressiste » développe le concept d’amortalité : il ne s’agit pas de chercher l’immortalité, mais d’allonger la durée de la vie en bonne santé, en évitant accidents et maladies et en réduisant les problèmes dûs au vieiliessement. Ce courant mène notamment des essais sur la rapamycine, une molécule testé e sur des souris. Les recherches des transhumanistes se portent également sur les nanotechnologies (les technologies qui peuvent intervenir à l’échelle de l’infiniment petit) et sur la façon dont elles pourraient permettre d’agir sur les cellules afin de les rajeunir, ou de remplacer les défectueuses par des neuves, cultivées in vitro. D’autres recherches sont menées sur le fait de remplacer des organes défectueux, qu’on pourrait changer comme les pièces d’une machine. Autre voie possible : mieux identifier les gènes de la longévité et agir sur eux pour ralentir le vieillissement.

Télécharger le cerveau. L’uploading du cerveau est l’une des pistes avancées par les transhumanistes pour vaincre la mort. « Dans trente ans, les humains seront capables de télécharger leur esprit en totalité vers des ordinateurs pour devenir numériquement immortels. » annonçait Ray Kurzweil. Il s’agit de stocker sa propre mémoire et au-delà « toute la personnalité, la mémoire, les talents et le passé d’une personne » dans une interface digitale, ou de la réimplanter dans un robot, voire dans le Cloud. Ray Kurzweil est un des pionniers de la transformation de l’espèce : ingénieur, professeur au MIT, auteur à succès, il contribue aujourd’hui au programme de recherche en intelligence artificielle « Google Brain ».

Milliardaires et visionnaires : Le mouvement transhumaniste ne manque ni d’ambitions, ni de moyens, ni de personnalités médiatiques, parmi lesquelles : Raymond Kurzweil, Dmitry Itskov, milliardaire russe fondateur de l’entreprise « 2045 Initiative » ; Max More, philosophe et futurologue, fondateur du magazine Extropy ; Elon Musk, entrepreneur très influent à la tête de Neuralink, start-up fondée en 2016, spécialiste des interfaces neuronales. Souvent issus de la Silicon Valley ou évoluant dans l’économie des GAFA, les transhumanistes mobilisent d’importants financements privés. Ils investissent ou dirigent des laboratoires de recherches sur le ralentissement du vieillissement, des sociétés de cryogénisation, des programmes de recherches sur l’intelligence artificielle. Ils sont jugés dangereux par certains et visionnaires par d’autres.

 On va tous y passer

La consommation de masse est l’un des aspects d’une croissance tous azimuts dans les pays développés dont les effets conjugués contribuent à fragiliser la planète. © Reuters Nacho Doce

L’annonce est provocante. Après avoir rêvé d’immortalité, le visiteur est brutalement ramené à la réalité d’une planète en si mauvais état que son devenir apparaît incertain. La dernière partie du parcours aborde non plus l’humain en tant qu’individu, mais l’humanité dans son ensemble et énumère les dangers qui la menacent. Il ne s’agit pas de science-fiction ou de prédictions des tenants de la collapsologie, mais de menaces avérées.
Conseillers scientifiques : Gilles BOEUF, Guillaume LECOINTRE biologistes, MNHN Luc SEMAL politologue, MNHN Jean-Baptiste FRESSOZ historien des sciences, CNRS/EHESS

Apocalypse Now !

Est-ce l’activité humaine en soi qui est responsable des déséquilibres actuels, comme le suggère le terme d’Anthropocène ou le mode de production capitaliste, la consommation de masse, comme le prétendent les tenants d’un nouveau concept: le « Capitalocène » ?
« Qu’on l’appelle Anthropocène ou Capitalocène, cette nouvelle époque géologique pointe bien l’idée que les sociétés humaines se trouvent aujourd’hui dans une situation historique radicalement inédite et périlleuse, précise Luc Semal, politologue. Le scénario n’est pas écrit, mais nous sommes sur une trajectoire catastrophique à potentiel apocalyptique. »

Personne ne conteste qu’Homo Sapiens, a réécrit les règles du jeu en très peu de temps et que pour la première fois dans l’histoire, une seule espèce, par ses actions, a changé le cours des choses. Il est difficile de dater le moment de ce basculement. Par commodité on retient la première moitié du XXe siècle, période marquée par une augmentation très rapide de la consommation d’énergies fossiles. Le fait est là, la planète n’en peut plus… En trois siècles sa population a été multipliée par 10 et le rythme de croissance économique, soutenu, a engendré des déséquilibres patents. Le phénomène n’est pas nouveau, des voix s’élèvent depuis des décennies pour alerter, comme en témoigne le rapport Meadows de 1972, mais alors personne ne voulait l’entendre. Tremblement de terre, séisme, inondation, sécheresse, éruption volcanique, tsunami, tempête, cyclone, virus mortels… Les scénarios de fin du monde rivalisent d’imagination.

Après avoir sidéré le visiteur par un montage d’images spectaculaires, le parcours aborde de légitimes interrogations : l’apocalypse est-elle pour demain ? Quelle forme prendra cette fin, lente ou rapide ? Et d’ailleurs, ne serait-elle pas causée par l’humanité elle-même ?

Les effets d’une croissance tous azimuts

L’agriculture et l’élevage intensifs, la surpêche ; la déforestation, la fragmentation des territoires ; l’exploitation et la consommation des ressources fossiles et minérales, l’industrialisation et les transports, la consommation de masse, l’urbanisation ; la pollution de l’air, de l’eau, la diffusion des polluants plastiques… La croissance tous azimuts des pays développés fragilise la planète. Les activités incriminées sont multiples. Elles sont illustrées par une quarantaine d’affiches et de photos, présentées sur un mur d’images de 5 m de long, organisées selon le temps (en abscisse) et les giga tonnes consommées (en ordonnée). Leurs effets se conjuguent et s’additionnent, et nous embarquent dans une dynamique qui nourrit le réchauffement climatique* dont les effets aggravent encore la situation : une incitation à agir pour entamer une décroissance des consommations d’énergie fossile et des émissions de gaz à effet de serre, pour le bien des sociétés humaines et de la biodiversité.

* Le GIEC – Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (IPCC Intergouvernemental Climate Change) créé en 1988 – mesure les effets du réchauffement climatique.

Crise de la biodiversité ou 6e extinction de masse ?

Le réchauffement climatique semble préoccuper davantage les dirigeants et les opinions publiques que la crise de la biodiversité dont les effets – moins perceptibles que les colères météorologiques – sont pourtant tout aussi inquiétants. Une sixième extinction de masse semble amorcée mais pour le moment les scientifiques parlent de crise de la biodiveristé. Pour parler d’extinction de masse il faudrait que plus des ¾ des espèces terrestres et marines disparaissent. Les extinctions de masse précédentes – il y en a eu 5 en 500 millions d’années – ont été causées par de puissants phénomènes naturels (volcanisme, astéroïdes, tectonique des plaques, glaciation…). La dernière extinction, la 5e a eu lieu il y a 65 millions d’années et a été marquée par la disparition des dinosaures.

Le lent déclin de la nature. Lorsque l’on évoque la crise de la biodiversité, il ne s’agit pas uniquement des gros mammifères emblématiques, éléphants ou tigres blancs, mais de la destruction de tout le tissu vivant de la planète. « La perte d’espèces emblématiques est anodine, c’est la partie émergée. Le cœur de la crise que traverse aujourd’hui la biodiversité c’est un déclin massif des populations sauvages. Pour désigner ce phénomène, on parlera parfois de défaunation, ou d’anéantissement biologique » précise Luc Semal et d’ajouter : « La crise de la biodiversité se joue de façon lente et discrète. Elle ne fait pas « évenement » à notre échelle, mais à l’échelle géologique elle est fulgurante.»

« Qu’est-ce que je vous avais dit ? » Telle est l’épitaphe souhaitée par le norvégien Jorgen Randers (aujourd’hui âgé de 75 ans) l’un des quatre chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) de Boston, auteurs du rapport Meadows. En 1972, Dennis Meadows et son épouse Donella, Bill Behrens et Jorgen Randers, analysent pendant 18 mois les conséquences, à long terme, de la croissance. Les résultats sont si alarmants que Bill Behrens se souvient d’avoir dit : « Ce n’est pas possible, on a dû se planter ! »

Leurs résultats sont publiés dans un petit livre intitulé The Limits to Growth qui suscite intérêt et critiques. Traduit dans trente langues, il a été vendu à 10 millions d’exemplaires. En dépit de ce succès, rien n’a été fait pour ralentir la croissance… C’était il y a 50 ans, l’alerte était donnée, le rapport annonçait l’impact destructeur des actions humaines sur la planète, mais personne ne voulait alors y croire…

Le diagnostic sur l’état du monde vivant est inquiétant. Depuis 2008, année de lancement de la liste rouge du comité français de l’UICN* (Union internationale pour la conservation de la nature) on estime qu’en France, sur 13 842 espèces évaluées, 187 ont disparu et 2 400 sont menacées d’extinction. Parmi les plus menacés : 23 % des amphibiens, 24 % des reptiles, 28 % des crustacés d’eau, 32 % des oiseaux nicheurs (sur 284 espèces se reproduisant sur notre territoire, 92 sont menacées )**. Il y a toujours des oiseaux dans nos campagnes, mais leur espace de vie s’est réduit : ¼ des oiseaux d’Europe a disparu ces 30 dernières années, 60 % des moineaux ont disparu en 15 ans à Paris. Le voit-on ? Il n’y a pas de cadavres de passereaux au sol. Le déclin est progressif. Les populations sont fragilisées, par la fragmentation de leur territoire, la disparition de la nourriture, la pollution.

*L’UICN – Union internationale pour la conservation de la nature – créée en 1948 sous l’égide de l’ONU, publie et actualise depuis 1964 la liste rouge des espèces menacées classées : «Vulnérable », « En danger » ou « En danger critique ». *
**Bilan publié à l’occasion de la Journée mondiale de la vie sauvage le 3 mars 2021.

Chacun son bunker ? Life on Mars ?

Tout n’est pas perdu…

Des scénarios d’avenir sont proposés sous forme d’un récit sonore d’une dizaine de minutes. Les textes sont écrits par Laure Noualhat, journaliste spécialisée dans l’environnement, réalisatrice de documentaires et humoriste, via son personnage de Bridget Kyoto. Sur un ton décalé, elle imagine avec humour les comportements possibles des humains de demain. De l’individualisme au collectif, du bunker privatif à la fuite sur Mars… Le récit conjugue cinq postures possibles :

  • La posture cynique – « Business as usual » – met en scène des consommateurs insatiables qui se moquent bien de l’avenir de la planète.
  • La posture technophile – « Le meilleur des mondes ? » – mise sur les capacités des humains à inventer une vie connectée artificielle.
  • La posture survivaliste – « Chacun son bunker ? » – il s’agit de se préparer individuellement à la survie, sans se soucier des autres.
  • La posture de colonisation interplanétaire – « Life on Mars ? » – suggère de partir ailleurs et pourquoi pas sur Mars.
  • Enfin, « Ensemble, on va plus loin ! », la posture écologique, privilégie le collectif, l’entraide et la sobriété et l’envie de passer à l’action.

Finalement, l’attitude la plus raisonnable ne serait-elle pas celle de la transition vers moins de technologie et davantage d’autolimitation, tant au niveau individuel que collectif ? Avec réalisme et sur la base d’un solide diagnostic sur l’état de la planète, la catastrophe annoncée serait un destin que nous pourrions choisir d’écarter.

Autour de l’exposition

Cycle de conférences :

Un lundi soir par mois à 18h ou 19h, la Société́ des amis du Musée de l’Homme propose une conférence suivie d’un échange, dans l’Auditorium Jean Rouch :

  •  « Je suis, je serai, nous serons – Aux frontières de l’humain », 8 novembre 2021 à 18h conférence inaugurale avec Frédérique Chlous (directrice du Département Homme & Environnement du MNHN).
  •  « Humains et animaux : partage ou frontière ? » 19 janvier 2022 à 19h avec Guillaume Lecointre (zoologiste – MNHN), Marie Lacomme (doctorante en histoire et philosophie des sciences au laboratoire Sphère – Université de Paris).
  • « Performance / Sport » 7 février 2022 à 18h (titre provisoire) avec Patrick Roult (chef du pôle Haut niveau – INSEP).
  • « Transhumanisme » 16 mars 2022 à 19h (titre provisoire) avec Jean-Michel Besnier (professeur émérite de Philosophie – Université Paris-Sorbonne).
  • « Manipulation génétique » 6 avril 2022 à 19h avec Evelyne Heyer (directrice du laboratoire d’éco-anthropologie du MNHN). Conférence sur l’effondrement / la biodiversité / la transition 30 mai 2022 à 18h

Cycle de projections de films de science-fiction :

Le dimanche après-midi à 15h, un film débat programmé suivi d’un échange avec un scientifique et / ou artiste.

  • « Existenz » 5 décembre 2021 à 15h de David Cronenberg (1999) avec Laurence Devillers, professeur en intelligence artificielle et éthique.
  • « Ghost in the Shell » 23 janvier 2022 à 15h de Mamoru Oshii (1995) avec Maxime Derian, anthropologue des techniques et de la santé.
  • « Bienvenue à Gattaca », « Soleil Vert », « La Belle Verte » Entre février et mai : Séance spéciale : projection du film « Cinémonstres » d’Enki Bilal, suivie d’une rencontre.

Carte-blanche à un expert :

Le Musée de l’Homme laisse carte blanche à un expert, sous forme d’une déambulation dans l’exposition ou d’une rencontre au centre de ressources Germaine Tillion : artistes, philosophes, scientifiques partagent leurs regards et leurs approches sur les grandes thématiques de l’exposition. Une occasion rare de dialoguer avec des experts de disciplines variées. Rencontre d’une heure, un samedi par mois à 17h.

Samuel Yal Samedi : 11 décembre à 17h – Rencontre avec le sculpteur et réalisateur, dont l’une des œuvres est présentée dans l’exposition.

Activités en famille 

SERIOUS GAME Vendredi 26 novembre, jeudi 2, 9 et 16 décembre 2021 à partir de 19h30 (séances supplémentaires en 2022) Le visiteur est invité à devenir journaliste d’investigation le temps d’une soirée en menant l’enquête dans l’exposition Aux frontières de l’humain. La résolution d’énigmes vous permettra d’avoir accès au rapport ultra confidentiel produit par les chercheurs du Musée de l’Homme. Il découvrira les secrets de l’humain invincible, doté de prothèses bioniques et d’une génétique parfaite.

 ATELIERS PHILO-ART Les dimanches à 11h Dans un cadre ludique associant pratique artistique et discussion philosophique, les enfants et leurs parents abordent ensemble, ces trois questions philosophiques programmées en alternance : l’humain est-il un animal comme les autres ? L’humain peut-il être immortel ? Faut-il protéger la nature ?

ANIMATION GRATUITE Tous les dimanches à 16h, à partir de 8 ans Grâce à un quizz et des extraits vidéos, les enfants rencontrent les champions du monde du vivant et découvrent les incroyables capacités de l’Homme et d’autres animaux.

VISITE-ATELIERS Les jours ouvrés des vacances scolaires parisiennes à 15h Les enfants prennent conscience des potentialités et des limites de leurs corps. Ils se questionnent sur les améliorations qu’ils pourraient y apporter et imaginent des structures artistiques pour augmenter leurs capacités corporelles.

Commissariat d’exposition :
Kinga GREGE, muséographe, cheffe de projet
Judith NASLEDNIKOV, muséographe, cheffe de projet adjointe

Commissariat scientifique :
Evelyne HEYER, anthropologue, professeur au MNHN
Frédérique CHLOUS, ethnologue, professeur au MNHN
Benjamin PICHERY, réalisateur, INSEP
Patrick ROULT, chef du pôle haut niveau, INSEP
Isabelle QUEVAL, philosophe, enseignante-chercheuse, INSHEA
Jean-François TOUSSAINT, médecin cardiologue, IRMES

Retrouvez toute la programmation sur le site du Musée de l’Homme www.museedelhomme.fr

Exposition du 13 octobre 2021 au 30 mai 2022 – Musée de l’Homme 17, place du Trocadéro – Paris XVIe
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11 h à 19 h – (Fermé le 1er janvier, le 1er mai, le 14 juillet et le 25 décembre)

Image d’en-tête :  Quadrum » de Samuel Yal – Conçue spécialement pour l’exposition, l’œuvre de Samuel Yal accueille les visiteurs dès l’entrée. Réalisateur et sculpteur, Samuel Yal imagine un « homme » éclaté. Ces fragments d’empreintes d’argile témoignent d’une existence humaine conçue comme un assemblage de constructions culturelles et au-delà d’une humanité en suspens, incertaine de son avenir.
« Quadrum ». Porcelaine, fils de nylon. France, 2021. Production Muséum national d’Histoire naturelle, 2021. Collection de l’artiste.

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