Le COAL annonce le lancement de l’édition 2026 de son Prix COAL, consacré cette année à un thème aussi poétique que crucial : La Nuit. Pour sa 17ᵉ édition, l’appel à projets invite les artistes du monde entier à se saisir de cette obscurité fragilisée, à la fois espace écologique vital, refuge sensible et territoire politique.
Créé en 2010 par l’association COAL afin d’encourager l’émergence d’une nouvelle culture de l’écologie, le Prix COAL s’est imposé comme une référence internationale pour l’identification, la promotion et l’accompagnement des artistes engagés dans la transformation écologique. Initiative pionnière dans le champ culturel, il révèle les puissances de la création contemporaine pour éclairer et transformer nos manières d’habiter la Terre.
Le prix soutient celles et ceux qui rendent visible le grand changement à l’œuvre, qui contribuent à bâtir un nouveau récit collectif, un imaginaire partagé et un patrimoine commun en devenir. Il affirme qu’un cadre positif, optimiste et exigeant est nécessaire pour inspirer l’action et rendre possible un monde plus durable et plus juste.
Calendrier 2026
- Appel à projets : du 9 février au 28 avril
- Annonce des artistes nommé·e·s : juillet
- Annonce des lauréat·e·s : septembre
- Cérémonie de remise des Prix et événement Sans Réserve, rendez-vous de la création engagée pour l’écologie : novembre 2026

La nuit, une unité du vivant
Nous opposons le jour et la nuit, comme s’ils incarnaient deux mondes distincts. Pourtant, ils forment une même unité du vivant, traversée par les contraires. Pour nous, êtres diurnes, dépendants de la lumière et de la vue, la nuit commence souvent par une perte. Entre crépuscule et aube, elle suspend le temps, voile le monde, impose un retrait. Les certitudes s’estompent, l’incertain affleure. Peut-être est-ce pour cela qu’elle demeure le temps du récit et de la contemplation, celui où, dans l’attente du jour, l’imaginaire se lève.
La nuit décentre la souveraineté de l’image. Elle transforme notre rapport au monde. Pourtant, elle recule.
Une obscurité colonisée par la lumière artificielle
La nuit est blanchie, colonisée par l’extension continue des lumières artificielles — sur terre, en mer, dans le ciel. La Voie lactée disparaît de nos mémoires. Le skyglow, ce halo lumineux suspendu au-dessus des villes, est visible depuis l’espace.
En dehors des centres urbains, la multiplication de petites poches éclairées fragmente l’obscurité. Les continuités nocturnes se rompent, les corridors deviennent des impasses. Pour les oiseaux migrateurs, les insectes et de nombreuses espèces désorientées, ces excès lumineux constituent des pièges mortels.
Depuis une trentaine d’années, le terme d’« environnement nocturne » s’impose pour désigner ce milieu vital menacé. La majorité des animaux vivent la nuit. Dans des paysages saturés de présences humaines, l’obscurité devient parfois le dernier intervalle où circuler sans être vu, sans être chassé de sa trajectoire. Elle ouvre des temps de migrations, d’accouplements, de pollinisations, de traversées.
Le concept récent de trame noire exprime l’urgence de préserver des réseaux de continuités d’obscurité. Car la nuit n’est pas un vide : elle est un tissu vivant.
Une écologie des rythmes
Les peuples de la nuit habitent un monde d’écoutes et d’olfactions. On s’y repère par échos, rythmes, aérosols, effluves. Même la flore change de diction : certaines fleurs s’ouvrent dans l’obscurité et diffusent leurs parfums pour attirer des pollinisateurs spécifiques.
La nuit est aussi un temps de régénération. Atelier discret où se redistribuent les énergies et les équilibres, elle participe à la réparation des excès du jour. La baisse nocturne des températures favorise le refroidissement des sols et de l’atmosphère, soutient les cycles de l’eau.
Prolonger artificiellement le jour fragilise ces fonctions essentielles. L’épuisement du monde tient aussi à cette dérive vers un fonctionnement continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui nie l’alternance, consume les corps et les milieux. L’obscurité et le repos sont des nécessités vitales.
Droit à l’opacité, espace politique
Pour reprendre l’expression d’Édouard Glissant, la nuit appelle un « droit à l’opacité » : la possibilité de se soustraire aux injonctions de transparence et de visibilité permanente.
En politique, la nuit signifie à la fois la veille et l’éclipse. Elle peut être foyer de résistances et d’assemblées — l’expérience de Nuit debout en a donné une image forte — comme elle peut incarner les temps sombres des régimes totalitaires.
C’est le paradoxe de la nuit : elle émancipe lorsqu’elle déplace l’horloge sociale et ouvre un espace commun ; elle opprime lorsqu’elle obscurcit la pensée.
Défendre la nuit comme un bien commun
Le Prix COAL 2026 invite les artistes à défendre la nuit comme un bien commun menacé. À en révéler la puissance écologique, à en célébrer la diversité des langages humains et autres qu’humains, à revendiquer un droit au repos et à l’opacité.
Inventer des récits pour réapprendre à habiter l’ombre, faire œuvre avec la nuit, c’est contribuer à une écologie des rythmes. Restaurer la peur respectueuse de la nuit peut devenir un antidote à l’anthropocentrisme : elle nous oblige à l’humilité, nous confronte au ciel profond, à l’infiniment grand, à la démesure du cosmos.
En consacrant son édition 2026 à La Nuit, le Prix COAL ne célèbre pas seulement l’obscurité. Il appelle à repenser notre rapport au vivant, à la lumière, au temps. Il rappelle que protéger la nuit, c’est protéger les conditions mêmes de la vie.
Une dynamique renforcée auprès des étudiants
Lancé en 2019, le Prix COAL étudiant soutient les élèves des écoles d’art et de la culture qui s’engagent concrètement dans la transition écologique. À travers une résidence organisée en partenariat avec les Réserves naturelles de France, il accompagne celles et ceux qui expérimentent, sur le terrain, des réponses sensibles, innovantes et opérationnelles aux défis environnementaux contemporains. En encourageant l’implication de la jeune génération, COAL affirme sa volonté de valoriser la créativité comme force d’action face aux urgences écologiques.
Pour son édition 2026, le Prix COAL appelle les artistes à défendre la nuit comme un bien commun menacé : un enjeu écologique majeur pour la régénération du vivant, un refuge pour les espèces, un espace de pluralité des langages et un droit essentiel au repos et à l’opacité. Imaginer de nouveaux récits pour réapprendre à habiter l’ombre, créer avec la nuit plutôt que contre elle, c’est participer à une écologie des rythmes. Retrouver une forme de crainte respectueuse face à l’obscurité constitue aussi un antidote à l’anthropocentrisme : la nuit nous rappelle à l’humilité, en nous confrontant au ciel profond, à l’infiniment grand et à la démesure du cosmos.
L’artiste lauréat·e bénéficiera d’une résidence au sein de l’une des 350 réserves naturelles de France, assortie d’une aide à la production de 5 000 euros, ainsi que d’un accompagnement par les équipes pédagogiques et scientifiques du site pour la réalisation de son projet. Les trois étudiant·es nommé·es participeront également à la Régénérative Académie, une master class dédiée aux pratiques artistiques transformatrices dans et avec la nature, à la biodiversité et à la mobilisation des publics, conçue initialement pour le Prix MAIF Métamorphoses.
Le Prix COAL étudiant 2026 est soutenu par le ministère de la Culture, l’Office français de la biodiversité, la MAIF, et s’appuie sur un partenariat étroit avec les Réserves naturelles de France.
En 2026, six prix seront décernés à l’issue de l’appel à projets du Prix COAL et du Prix COAL étudiant. L’édition s’enrichit également d’une mention spéciale Nuits des Forêts, en collaboration avec la Nuits des Forêts. Ce partenariat s’inscrit dans la continuité des liens privilégiés que COAL entretient avec le festival depuis sa création en 2020.
Photo d’en-tête : The Blue Fig, Mohammad Rakibul Hasan © Mohammad Rakibul Hasan







