Revue Reliefs #23 – Soleils – Reliefs éditions, 22 mai 2026 – 184 pages
Le numéro 23 de la revue Reliefs, paru le 22 mai 2026, constitue sans doute l’un des volumes les plus ambitieux de la collection « Horizon ». Après les Océans (n°21) et les Nuages (n°22), la revue remonte cette fois à la source première de la vie terrestre : le Soleil et, au-delà, les étoiles dont il n’est qu’un représentant ordinaire. Fidèle à son identité éditoriale, Reliefs ne propose pas un simple dossier de vulgarisation scientifique, mais une exploration où astrophysique, histoire, philosophie, littérature, arts graphiques et écologie dialoguent constamment, revendiquant ainsi une lecture contemplative autant qu’informative.
Le dossier principal repose sur quelques contributions de référence :
- Le dossier s’ouvre sur une tribune de l’astrophysicien Jean-Philippe Uzan rappelant que les fluctuations du Soleil n’expliquent pas le changement climatique actuel.
- Françoise Combes, professeure d’astrophysique au Collège de France, présente la naissance, la vie et la mort des étoiles, rappelant que notre Soleil est une étoile de masse moyenne promise à plusieurs milliards d’années d’existence, tandis que les étoiles plus massives finissent en supernova, étoiles à neutrons ou trous noirs.
- Allan Sacha Brun décrit le Soleil réel : une étoile active, parcourue de turbulences magnétiques, dont les cycles influencent les technologies humaines autant que l’environnement spatial.
- Emma Carenini, philosophe, interroge la place philosophique du Soleil dans notre manière d’habiter le monde.
- Un entretien avec Alessandro Morbidelli, astronome et planétologue, revient sur la formation du système solaire et les scénarios contemporains de son évolution.
- À ces textes s’ajoutent des extraits de Virginia Woolf, Camille Flammarion ou encore d’Albert Dastre, accompagnés d’une iconographie particulièrement soignée : cartes anciennes, planches scientifiques, infographies et illustrations originales.
Une idée forte : replacer l’humanité sous la dépendance du Soleil
L’éditorial développe une idée simple mais puissante. Notre civilisation tend à oublier que presque toute l’énergie utilisée sur Terre est, directement ou indirectement, de l’énergie solaire : la photosynthèse alimente toute la chaîne alimentaire ; les combustibles fossiles sont du Soleil fossilisé ; le climat résulte d’un équilibre radiatif dominé par notre étoile.
Mais la revue refuse tout déterminisme cosmique. Elle rappelle que le réchauffement climatique actuel ne résulte pas d’une variation significative de l’activité solaire mais bien des émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Autrement dit, le Soleil fixe les conditions physiques de l’habitabilité ; c’est désormais l’humanité qui compromet ou préserve cette habitabilité. Cette articulation entre sciences du climat et responsabilité politique constitue probablement le véritable fil rouge du numéro.
Une vulgarisation scientifique de haut niveau
Comme souvent chez Reliefs, le niveau scientifique est élevé sans être inaccessible. Les articles expliquent clairement la fusion nucléaire dans les étoiles, la nucléosynthèse des éléments, les cycles d’activité solaire, les vents solaires, les risques liés à la météorologie spatiale. L’ensemble évite deux écueils fréquents que sont le sensationnalisme autour des phénomènes astronomiques et la simplification excessive. Les auteurs réussissent à maintenir un équilibre entre précision scientifique et qualité narrative.
Le hors-dossier confirme la singularité de Reliefs. Le dossier solaire n’occupe qu’une partie de la revue.
Le lecteur retrouve les rubriques habituelles :
- une correspondance de Léonard de Vinci ;
- des cartes géographiques historiques ;
- un entretien avec Anne Charmantier consacré à la mésange bleue ;
- un texte d’Alessandro Pignocchi ;
- une histoire de l’olive par Éric Birlouez ;
- un portrait d’Anna Botsford Comstock signé Valérie Chansigaud ;
- des portfolios naturalistes, photographiques et littéraires.
Cette diversité est devenue la marque de fabrique de Reliefs : chaque numéro est autant une revue qu’un cabinet de curiosités.
Ce numéro est particulièrement réussi pour plusieurs raisons. D’abord, il réussit à dépasser le simple thème astronomique. Le Soleil devient un objet total : physique, biologique, énergétique, historique, artistique et politique.
Ensuite, il poursuit l’ambition intellectuelle propre à Reliefs : réconcilier les sciences de la nature avec les humanités. Peu de revues françaises proposent aujourd’hui une telle circulation entre astrophysiciens, philosophes, écrivains, illustrateurs et historiens.
Enfin, le numéro prend une résonance particulière dans le contexte des débats contemporains sur l’énergie et le climat. Sans militantisme démonstratif, il rappelle que notre dépendance fondamentale au Soleil oblige à repenser les notions de ressources, de limites planétaires et de responsabilité collective.
Avec ses 184 pages richement illustrées, ce numéro confirme la maturité de Reliefs. En faisant du Soleil non seulement un objet astrophysique mais aussi un principe organisateur des cultures et des écosystèmes, la revue offre une synthèse rare entre connaissance scientifique, sensibilité écologique et culture humaniste. Il s’agit sans doute de l’un des volumes les plus aboutis de la série, à la fois beau livre, revue scientifique et essai collectif sur notre condition d’habitants d’une planète éclairée par une étoile ordinaire.





