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Se nourrir de plaisirs

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L’alimentation n’est-elle qu’un objet de santé, de nutrition stricto sensu ? Où est passée la notion de plaisir ? Celui d’une assiette gourmande, celui de la convivialité, celui du marché, du partage et de la transmission ? Est-il possible de retrouver le plaisir de manger ?  
 
Pour son 6e rendez-vous annuel, en février 2017, la Chaire Unesco Alimentations du monde abordait les liens multiples qui unissent plaisirs et alimentation. La recherche du plaisir est aux fondements des pratiques alimentaires et ne représente pas une cerise sur le gâteau qui viendrait en supplément après la satisfaction des besoins nutritionnels. Manger est un processus multisensoriel !
 
De fait, l’expérience alimentaire concerne tous nos sens, comme autant de sources de plaisirs : la vision (qui peut nous mettre « l’eau à la bouche », ou inversement…), le toucher (pour évaluer la texture des aliments), l’ouïe (pour entendre le croquant ou le croustillant par exemple) et bien sûr l’odorat et le goût. L’alimentation est donc un processus multisensoriel, auquel il faut conjuguer le poids des représentations et celui des souvenirs qui y sont attachés.
Manger réveille des émotions associées à la mémoire des expériences passées (la fameuse madeleine de Proust). Ajoutons enfin le plaisir de la transmission, construit socialement et culturellement autour de valeurs, symboles, etc., et le plaisir de partager les aliments en mangeant à la même table (commensalité).
 
Le temps du repas, familial, amical ou professionnel, est le lieu privilégié du lien social, de la convivialité. Des banquets de la Grèce antique qui jalonnaient la vie intellectuelle, à ceux de la Chine ancienne, en passant par les festins contemporains, il n’est pas de culture où le rite alimentaire ne prenne la couleur de la fête et du plaisir.
 
Au XIXe le plaisir alimentaire passe dans la majorité de la population, par un meilleur accès à la nourriture. Apparaît la gastronomie ou discours et littérature sur l’art de faire bonne chère. Intervient ensuite la science de la nutrition par les progrès de la chimie, de la physiologie, et de la biologie qui modifient la connaissance et la représentation de l’aliment. Puis vient le début des rations et régimes. Les médecins et hygiénistes condamnent l’alimentation moderne faite de sucre et alcool et propose une alimentation naturelle, végétarienne. La multiplication des régimes et des normes alimentaires concernant également l’image corporelle traduit à la fois l’emprise croissante de la médecine sur la société et de nos jours (l’état dans l’intime, Le ministère de notre santé…) autant d’obstacle auquel se heurte de nos jours la quête du plaisir alimentaire.

Quand on parle de nourritures et non de ressources, l’idée est d’insister sur la dimension de jouissance attachée au fait de vivre ». Corine Pelluchon – Les nourritures, 2015 (p. 349)(1)
Le monde est aliment et le fait de se nourrir témoigne d’un rapport original aux choses qui est un rapport de jouissance, où je ne mange pas pour vivre mais où manger, c’est vivre ». Corine Pelluchon – Les nourritures, 2015 (p. 39) (1)
 

Comment le système nerveux analyse-t-il toutes ces informations sensorielles et quelle signification hédonique va-t-il leur donner ? Le plaisir sensoriel contribue-t-il à une alimentation plus saine ? Comment l’industrie alimentaire développe-t-elle des produits qui parlent à nos sens ? Le plaisir de manger ne vaut-il que s’il est partagé ? Dès lors, comment mieux partager la gastronomie, cet art de faire bonne chère ?
 
 
 
Voir le colloque 2016 UNESCO « Je suis ce que je mange ? »
 
Pour aller plus loin :
 
(1) Livre « Les nourritures – Philosophie du corps politique » de Corine Pelluchon – Edition du Seuil, janvier 2015
– Livre d’entretiens Points de suspension – « Il faut bien manger » ou le calcul du sujet de Jacques Derrida
 
 

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