Regardez le monde
avec les yeux ouverts

Inscrit ou abonné ?
CONNEXION

UP', média libre
grâce à ses lecteurs
Je rejoins

rejoignez gratuitement le cercle des lecteurs de UP’

Itinéraires numériques, le temps du débat : une affaire de civilisation ?

Commencez

Près d’un an après le lancement d’Itinéraires numériques, une démarche exploratoire de débats sur le numérique à travers la France, le Conseil national du numérique en publie la restitution dans son nouvel ouvrage Itinéraires numériques, le temps du débat. Il y rend compte du rapport à la technologie des Françaises et des Français rencontrés, donne la parole aux acteurs de terrain et propose la création d’un service public pour une éducation populaire au numérique.                             

Qu’est-ce que le numérique pour vous ? Sans jugement ni prosélytisme, c’est la question qui a été posée pendant un an à des Françaises et des Français à travers la France. Chaque fois, elle a permis d’amorcer la discussion, d’ouvrir le débat et de partager de manière collective des éléments de compréhension sur ce qui se joue dans notre relation au numérique. En février 2022, le Conseil national du numérique a publié Civilisation numérique. Ouvrons le débat ! Dans cette synthèse des premiers travaux de la présente mandature, a été démontré en quoi les outils numériques se sont immiscés dans tous les aspects de notre vie et sont responsables d’une révolution anthropologique majeure.
Avec Itinéraires numériques. Le temps du débat, il a été question d’économie de l’attention, régulation, données, expériences en ligne, complotisme mais surtout, échanges sur les sentiments de dessaisissement ou au contraire de mise en capacité à travers les jeux, les réseaux sociaux, les services de la vie quotidienne, qu’ils soient administratifs ou non.

Ce qu’il faut retenir ? D’abord, que les outils numériques génèrent beaucoup d’émotions, et nous ne pouvons pas nous contenter d’en parler d’un point de vue technique ou réglementaire. Une approche sensible est impérative.
Ensuite, nous retenons que de nombreuses communautés se structurent autour de lieux, souvent de personnalités, et qu’elles se mobilisent pour offrir des espaces d’écoute et d’accompagnement, de socialisation et de débat, que ce soit à partir d’un coup de main, d’une formation ou d’un café.
Enfin, le besoin se fait sentir d’une culture numérique commune pour nous permettre, au-delà des usages, de saisir tous les impacts du numérique sur notre quotidien.

En somme, tous les ingrédients sont présents pour une approche différente des outils numériques, qui nous permettent de ne pas être uniquement des marchandises. Nous avons besoin d’une impulsion nationale au soutien d’un engagement local fort en faveur d’une culture numérique partagée.

« Le numérique est politique, nous ne pouvons faire l’économie de sa mise en débat. Un débat qui doit reconnaître les paroles, les expériences et les ressentis partagés par chacun. Itinéraires numériques est une démarche exploratoire menée par le Conseil national du numérique pour ouvrir et stimuler ce débat autour des impacts du numérique sur notre quotidien. Il s’agit de rendre compte de la dimension sensible et émotionnelle de notre rapport au numérique, d’explorer les communautés et les lieux où se dessine, depuis longtemps, une autre manière de vivre cette civilisation numérique, et de reconnaître, enfin, que le numérique est bien… une affaire de civilisation. »

Écouter avant de déployer

Malgré le sentiment qu’aucun de nous n’a réellement son mot à dire sur un numérique qui investit jusqu’aux pans les plus intimes de nos vies, il existe en France une farouche envie d’en débattre et de se faire entendre. Cette voix citoyenne doit être entendue autant qu’elle doit être nourrie, de ressources, d’expériences partagées, de clés de compréhension des impacts de ces outils et de ces usages qui rythment notre quotidien. Cette voix dans le débat sur nos choix collectifs est d’autant plus légitime que nous entretenons un rapport sensible avec le numérique. Ce qui appelle une posture d’écoute permanente, favorable à l’expression des émotions.

Pourquoi ne pas profiter d’une lecture illimitée de UP’ ? Abonnez-vous à partir de 1.90 € par semaine.

La démarche Itinéraires numériques est celle du recueil de la parole de citoyens confrontés au numérique, qu’ils en soient experts ou non, et à qui il a été proposé de partager leur ressenti. Le souhait était d’en savoir plus sur le rapport de chacun avec ces transitions, comprendre les attentes, les préoccupations, les pratiques, les espoirs, les appréhensions.
C’est également celle de l’expérimentation d’une méthode, d’une posture d’observation, d’écoute, d’immersion à rebours de la relation descendante, à sens unique qui s’exerce parfois entre l’État, les corps intermédiaires, et les citoyens.
C’est enfin celle de la compréhension du rôle pivot de nombreux acteurs de terrain qui œuvrent au quotidien pour construire des relations intelligentes aux dispositifs numériques. Les élus locaux, les médiateurs numériques, culturels, scientifiques, les bénévoles engagés dans des associations, les écrivains publics, les enseignants animent quotidiennement ce débat, fournissent des clés de compréhension du monde, font tourner ces lieux de renouveau démocratique, inventent une nouvelle manière de faire civilisation dans un milieu numérique et –surtout – d’être en capacité de comprendre et d’agir avec et sur ces technologies.

La prise en compte de ce rapport émotionnel au numérique apparaît indispensable pour tenter de saisir notre relation à cette civilisation numérique et envisager son apaisement. Pour Chantal Jouanno, ancienne présidente de la Commission nationale du débat public, « l’émotion est un langage politique, c’est souvent la clé d’entrée des citoyennes et des citoyens dans le débat » (entretien publié le 11 janvier 2023, voir p.116).

Sans avoir la prétention de dresser une typologie exhaustive des émotions exprimées, il s’agit de rendre compte de la manifestation de ces dernières, dans leur dimension anxiogène comme émancipatrice, mais surtout d’être à leur écoute. L’écoute est ce premier geste nous mettant en capacité de choisir ensemble le numérique que l’on souhaite. C’est un élément fondateur de la reprise en main de ce numérique sensible. Annie Lamballe, coprésidente de la Fédération des centres sociaux de Vendée et de l’espace de vie sociale baptisé Café Germaine, le résume bien : « Nous sommes dans une société où l’écoute n’est pas si courante que ça. On est centré sur soi, on a envie de se raconter, mais est-on si attentif à l’autre ? […] Dans ces moments de porteur de paroles [de l’association Germaine], chacun peut exprimer ce qu’il vit. Alors oui, l’émotion est parfois au rendez-vous. […] C’est pour cela que l’on briefe beaucoup nos animateurs sur le fait d’être dans une écoute attentive et bienveillante. » (entretien publié le 7 novembre 2022, voir p.93)

Cette posture d’écoute, de compréhension du rapport de chacun au numérique, est d’ailleurs le fondement de la construction d’un numérique au service du collectif, comme le précise Nicolas Roussel, directeur du centre Inria de l’université de Bordeaux : « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le numérique en tant que tel, mais ce que les personnes veulent en faire, pour qu’on puisse ensuite produire le numérique adéquat. Ce n’est pas si répandu que ça finalement comme approche. Quand on est spécialiste, on n’a pas envie de s’entendre dire “ton truc, je n’en veux pas”, mais là, ce n’est pas grave, ce qui est important c’est de déterminer si l’on peut répondre aux besoins et désirs collectifs, avec ou sans numérique, et sans choisir a priori une forme particulière de numérique. » (entretien publié le 5 octobre 2022, voir p.99)

Pour un dispositif décentralisé et coordonné pour soutenir des acteurs locaux engagés au plus près des citoyens

Ouvrons le débat en février 2021, le Conseil national du numérique a rencontré de nombreux citoyennes et citoyens pour échanger sur leur relation au numérique. La démarche exploratoire Itinéraires numériques s’est construite en partenariat avec de nombreux acteurs locaux qui font vivre ce débat permanent dans toutes les régions : tiers-lieux, bus itinérants, mairies, centres sociaux, établissements scolaires, colonies de vacances, places publiques, cafés associatifs… Tous ont en commun le fait de recueillir au quotidien les questionnements et émotions des publics concernés et d’agir à la diffusion d’une culture numérique partagée, à travers des dispositifs de formation, d’accompagnement autour des usages, la production de ressources, ou encore l’animation de débats. Jean-Baptiste Manenti, responsable des relations avec les élus et les organisations territoriales, confirme que « Chacune des étapes d’Itinéraires numériques a été organisée en partenariat avec de nombreux acteurs de terrain, médiateurs, élus, enseignants… Chaque jour, leur mobilisation et leur énergie contribuent à faire vivre des lieux d’accompagnement, d’émancipation, de socialisation, d’écoute et de débat, indispensables à la diffusion de cette culture numérique partagée. Internet s’est construit sur un modèle distribué. La transmission d’une culture numérique à l’échelle du pays se fera de manière décentralisée. »

La restitution de cette démarche encourage le soutien et la coordination de ce réseau d’organisations et de personnalités à travers un dispositif décentralisé coordonné pour un maillage territorial et démographique intégral.

Vers une culture numérique partagée

Au-delà de l’accès et de la maîtrise des usages et des outils, indispensable au quotidien, une compréhension de tous les impacts du numérique sur l’humain et sur la société (technologiques, économiques, psychosociaux, communicationnels, éducatifs, anthropologiques, historiques…) est nécessaire pour garantir un pouvoir d’agir, individuel et collectif, autant qu’une liberté de choix dans notre relation au numérique.

La structuration et la définition de cette culture numérique partagée s’appuie sur la mise en réseau d’acteurs académiques et culturels, de programmes nationaux et de structures de terrain. Ce sont des conditions indispensables pour entretenir un dialogue apaisé sur notre rapport à la technologie et favoriser l’émergence d’autres modèles, qui ne seraient pas fondés uniquement sur l’économie de l’attention.

Pour une approche sensible de la technologie

Semaine après semaine, les échanges conduits avec des publics variés (élus, médiateurs et conseillers numériques, enseignants et chercheurs, étudiants, collégiens, lycéens, agents de collectivités, formateurs, entrepreneurs, citoyens…) ont convergé vers un point crucial : nous entretenons avec le numérique un rapport intime et sensible, voire émotionnel. Pour l’appréhender collectivement, cela nécessite de ne pas aborder uniquement ces questions d’un point de vue technique ou économique mais de structurer une écoute attentive et la multiplication d’espaces d’échange et de discussion.

Françoise Mercadal-Delasalles, co-présidente du Conseil national du numérique explique que « Depuis le début de notre mandature, en février 2021, nous étudions les impacts du numérique sur notre quotidien et appelons à un débat permanent sur le sujet. Itinéraires numériques nous a permis de confirmer le besoin et l’appétence partout en France pour cette écoute et cette démarche d’ouverture. Pour être en mesure de naviguer ensemble dans ce bain numérique, nous avons besoin d’espaces de discussions toujours plus nombreux et de soutenir ceux qui font, qui animent une dynamique collective. »

Pour lutter contre la désinformation et privilégier les analyses qui décryptent l’actualité, rejoignez le cercle des lecteurs abonnés de UP’

Pour Gilles Babinet, co-président du Conseil national du numérique, « De nombreux acteurs partout en France montrent au quotidien qu’une approche de notre relation au numérique qui ne fasse pas des utilisateurs uniquement des marchandises est possible. La question est certes celle de l’accès et de l’usage mais plus globalement de la compréhension du milieu dans lequel nous sommes totalement immergés. Il est temps de promouvoir et de soutenir cette dynamique pour que le numérique du quotidien ne génère pas un sentiment d’angoisse, de colère ou d’exclusion mais d’enrichissement et de plaisir. La diffusion d’une culture numérique partagée, construite avec les citoyens, serait une première pierre dans la prise en main de ces technologies à l’échelle du pays. C’est un apprentissage indispensable pour garantir notre faculté à faire société. »

Itinéraires numériques. Le temps du débat s’attache à saisir le besoin de développer et de mettre en débat une culture numérique partagée à l’échelle de l’entièreté de la population.

Un dispositif national coordonné au service d’une culture numérique partagée

Il est urgent de mettre en place un dispositif national et coordonné aux fins de la diffusion d’une culture numérique auprès de l’ensemble de la population. Dans le prolongement des dispositifs dédiés à l’inclusion, des coordinateurs locaux pourraient assurer un recensement à la fois des initiatives touchant plus largement à la culture numérique et des besoins de la population pour garantir un accès à tous aux savoirs fondamentaux à l’ère numérique. Et ce corps de connaissance ne doit pas être imposé par l’Etat bien sûr. Il doit émaner du collectif.

Cet apprentissage devrait en réalité être obligatoire, tout comme l’est l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul. Il ne s’acquérait pas uniquement à l’école car il ne s’agit pas uniquement des jeunes. Il s’agit de partager un savoir commun à l’ensemble de la population. Quand on parle de fausses informations, on parle d’adultes, quand on parle de ChatGPT on parle du monde du travail, quand on parle de réseaux sociaux, on parle de parentalité. Tous les âges, toutes les situations professionnelles, tous les usages et tous les milieux sont confrontés C’est pourquoi ces moments d’échanges sur le numérique doivent avoir lieu partout. Qu’est-ce qui justifierait cette invitation au dialogue et à l’apprentissage collectif ? La défense de notre intégrité en tant qu’individu et en tant que corps social, rien d’autre.

Itinéraires numériques. Le temps du débat. Restitution réalisée par Jean-Baptiste Manenti et Louis Magnes – 160 pages – Mai 2023

Pour aller plus loin

  • Les entretiens avec des experts :

Photo d’en-tête : Pixabay

S’abonner
Notifier de

1 Commentaire
Les plus anciens
Les plus récents Le plus de votes
Inline Feedbacks
View all comments
Membre
patrice_cardot@yahoo.fr
1 année

Très beau rapport qui aborde la plupart des registres méritant un traitement de cette nature ! Toutefois, il pèche en occultant la part sombre de nombreux usages du numérique qui posent des défis considérables aux démocraties, aux Etats de droits et au droit de manière plus générale ! Si il s’agit bien d’enjeux de civilisation, de quelle civilisation le numérique est-il le nom ? Voir par exemple : https://www.academia.edu/82546753/Mieux_adapter_le_droit_et_les_institutions_aux_d%C3%A9fis_num%C3%A9riques_pos%C3%A9s_%C3%A0_l_Etat_de_droit_d%C3%A9cembre_2022

Article précédent

Le Métavers est mort, vive les Métavers

Prochain article

IA générative : et maintenant, que va-t-il se passer ?

Derniers articles de Transition numérique

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS. ET AGIR.
logo-UP-menu150

Déjà inscrit ? Je me connecte

Inscrivez-vous et lisez trois articles gratuitement. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Inscrivez-vous gratuitement pour poursuivre votre lecture.

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS ET AGIR

Vous avez bénéficié de 3 articles gratuits pour découvrir UP’.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !

A partir de 1.70 € par semaine seulement.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !

A partir de $1.99 par semaine seulement.
Partagez
Tweetez
Partagez
WhatsApp
Email
Print