Ce 1er mai, c’est la fête du travail ! À cette occasion, on fait le pont, on prend du repos ou on défile. On râle un peu ou beaucoup contre son employeur mais comparativement à ce qui se passe en Chine, on peut s’estimer très heureux. Vous avez sans doute au moins une fois dans votre vie expérimenté cette situation désagréable : votre chef qui regarde derrière votre épaule ce que vous êtes en train de faire. Cette situation est le lot quotidien des travailleurs chinois. Mais à la place d’un chef un peu trop curieux, ils ont un casque garni de capteurs qui transmettent en temps réel leur état émotionnel. Quand on n’est pas trop dans son assiette, c’est la productivité qui pâtit. Ce n’est pas du Confucius, mais la nouvelle règle de management dans l’Empire du Milieu.
C’est un rapport publié par le quotidien South China Morning Post (SCMP) qui l’affirme : un système de » surveillance émotionnelle » est mis en place dans plusieurs compagnies chinoises pour permettre aux employeurs d’examiner les ondes cérébrales des employés à la recherche de signes de détresse. La technologie est le résultat d’un projet soutenu par le gouvernement.
Capteurs d’ondes cérébrales
Comment fonctionne ce système de surveillance d’un nouveau genre ? Des capteurs légers intégrés dans les couvre-chefs ou les casques des travailleurs transmettent sans fil les données des ondes cérébrales du porteur à un ordinateur – cela fonctionne probablement un peu comme un électroencéphalogramme (EEG), comme le note le MIT Tech Review. Ensuite, des algorithmes d’intelligence artificielle scannent les données, à la recherche de valeurs aberrantes qui pourraient indiquer l’anxiété ou la colère.
Certaines organisations utilisent les capteurs pendant le travail de routine, tandis que d’autres les intègrent dans des casques d’écoute en réalité virtuelle pour surveiller les émotions des travailleurs pendant les exercices de formation.
Nous ne savons pas exactement combien de travailleurs ont été soumis à ce système de surveillance, mais l’article du SCMP indique que la technologie est déployée » à une échelle sans précédent » en Chine.
Au moins une douzaine d’usines et d’entreprises chinoises utilisent le système de surveillance émotionnelle pour surveiller les travailleurs. L’entreprise de fabrication Hangzhou Zhongheng Electric l’utilise pour surveiller les travailleurs de la chaîne de production, de même que l’équivalent d’EDF, la State Grid Zhejiang Electric Power. Les militaires du pays, les sociétés de transport public et diverses entreprises d’État l’utilisent également.
C’est bon pour le moral, c’est bon pour le business
L’idée est que le système donne aux entreprises l’occasion de remonter le moral des travailleurs avant que la détresse émotionnelle puisse causer un problème, et non après. « Lorsque le système émet un avertissement, le gestionnaire demande au travailleur de prendre un jour de congé ou de passer à un poste moins critique », a déclaré au SCMP, Jin Jia, professeur associé à l’Université de Ningbo, où se trouve l’un des principaux centres de recherche du projet. « Certains emplois exigent une forte concentration. Il n’y a pas de place pour l’erreur. »
Plusieurs entreprises ont dit au PGSC que grâce à ce système de surveillance émotionnelle leur productivité et donc leur chiffre d’affaires a considérablement augmenté. Ces performances ne manqueront pas de donner des idées à d’autres entreprises dans le monde. Car la surveillance des employés n’est pas l’apanage des Chinois. Aux Etats-Unis, on estime que 80 % des grandes entreprises surveillent le courrier électronique et les conversations téléphoniques de leurs employés. Mais, ce qui se passe en Chine est un degré de plus dans l’intrusion personnelle. Surveiller en continu et en temps réel vos ondes cérébrales pour vérifier que vous travaillez bien est autrement plus intrusif que la traque, par un petit chef, de vos moments de distraction pendant les heures de travail.
Les Chinois ont, de plus ou moins bon gré accepté d’être le peuple le plus surveillé du monde. Les systèmes de reconnaissance faciale omniprésents sapent chaque jour des pans entiers de la vie privée des citoyens, leur vie sociale est surveillée et fait l’objet d’une note personnelle qui influe sur leur recherche d’emploi ou le droit de partir en vacances à l’étranger.
Une sorte de force de l’habitude semble s’installer. Le quotidien chinois SCMP relève qu’au début, les systèmes de surveillance émotionnels étaient craints car les chinois avaient l’impression que l’on pouvait ainsi lire dans leurs pensées. Mais au bout d’un moment, les travailleurs qui étaient équipés de ce dispositif de captation des ondes cérébrales déclarent s’être finalement faits à cet appareillage. On s’habitue à tout…
Sources : South China Morning Post, Futurism
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