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Entretien avec Arnaud Devigne : Emmanuel Macron est-il un talent transformationnel ?

Après avoir acheté nos take-away bio, Arnaud Devigne m’emmène au 29 rue Berri, siège d’INDEED France, dont il est le Directeur Général depuis environ un an. INDEED est le premier moteur de recherche d’emplois fondé en 2004 et qui compte déjà plus de 4000 collaborateurs dans le monde. Dans le cadre de ma quête visant à déterminer si Emmanuel Macron est disruptif, je souhaitais avoir cet entretien avec Arnaud car je sais qu’il est En Marche et qu’il baigne dans le digital depuis vingt ans. Au bout de trois minutes de discussion, Arnaud m’explique qu’il s’intéresse aux Entreprises Virtuelles et aux nouvelles formes organisationnelles depuis les années 90 – un de ses héros est d’ailleurs son professeur de stratégie de l’époque à l’Université d’Ottawa, Christian Navarre. Après trois minutes et 36 secondes, il me dit qu’Emmanuel Macron est un talent transformationnel. Waouh ! L’entretien qui durera presque deux heures s’annonce très riche. Et je vais en profiter pour pousser Arnaud dans ses retranchements pour imaginer ce que pourrait être le futur de l’État.

Comment Arnaud Devigne s’est mis En Marche

Arnaud, depuis tout petit s’intéresse à la politique ; pourtant, y compris lors de son passage par Sciences Po, il ne s’était jamais impliqué. Il ne s’était jamais réellement retrouvé dans aucun parti, tous porteurs de dogmes privateurs de libertés. Il a commencé à s’intéresser à Emmanuel Macron lorsque celui-ci est entré au gouvernement. Il le trouve plein de bon sens, sans pour autant être populiste.

Pourquoi Emmanuel Macron est un talent transformationnel

Au-delà du bon sens, Arnaud m’explique qu’Emmanuel Macron est un talent transformationnel. Depuis la fin des années 90, le monde de l’entreprise, en France et à l’international a beaucoup changé. Le digital y est pour beaucoup car celui-ci a complètement ré-ouvert le champ des possibles. En même temps, a commencé à apparaître une nouvelle génération de talents qui s’est mise à défier les manageurs en place. Ces talents transformationnels se caractérisent par une recherche de sens, un challenge du status quo et la proposition de solutions alternatives. Et donc bien évidemment, l’on comprend ce qui fait d’Emmanuel Macron un talent transformationnel.
Tout d’abord, il porte une vision chargée de sens et de valeurs. Je l’ai écrit dans un autre article, une de ses forces est de rassembler grâce à une approche à la Simon Senek : le Why ou le Massive Transformative Purpose. En partant de la vision et des valeurs, le programme est presque secondaire. Il est une conséquence. Ensuite, il challenge le status quo notamment en refusant le clivage gauche-droite. Enfin, il propose des solutions nouvelles en s’affranchissant des dogmes, par exemple en proposant le droit à l’assurance chômage pour tout type de travailleur, quelque soit son statut.

Du futur des organisations et de l’État

Le futur des organisations – avec notamment la notion d’organisation ouverte – étant l’un de mes sujets de recherche actuel, je bois du petit lait en écoutant Arnaud car ensuite il m’explique comment s’organisent les entreprises du nouveau monde. Trois caractéristiques de ces nouvelles entreprises sont la vision, le data analytics et l’expérimentation rapide. Nous avons déjà parlé de la vision plus haut. Concernant le data analytics, il s’agit, là aussi d’un réel changement de paradigme : on ne fait plus d’études de marché. Au lieu de cela on collecte des volumes gigantesques de données, et on prend des décisions en les analysant. Le big data a remplacé l’ancien métier de directeur marketing. Concernant l’expérimentation rapide, ou ce que les marketeux appellent A/B testing, on teste à petite échelle un produit ou un service.
 
Est-ce que ce nouveau mode de fonctionnement des entreprises ne serait pas aussi le futur de l’État ? Un État dont le leader serait le garant d’un ensemble de valeurs et d’une vision ? Un État qui, au lieu de faire de grandes études annuelles, remonterait et analyserait de l’information en temps réel pour prendre des décisions ? Un État qui mettrait en œuvre une forme d’A/B testing, ou des expérimentations locales ? Au fond, pourquoi est-ce que toutes les grandes réformes échouent ? Elles échouent car les citoyens ne peuvent plus supporter que des prétendus sachants décident. Ne serait-ce pas le moyen efficace de vendre des réformes aux citoyens ? Le rôle de l’État ne serait pas de demander au peuple ce qu’il veut à coup d’élections ou de référendums, mais de prendre le pouls grâce à la data et de conduire des expérimentations locales et rapides.

La disruption Emmanuel Macron

Ensuite, je demande à Arnaud de m’expliquer pourquoi il pense qu’Emmanuel Macron est disruptif. Nous regarderons plus la forme – la façon de faire – que le fond – les propositions.
 
Pour Arnaud, Emmanuel Macron met en œuvre les trois principes évoqués ci-dessus pour gérer son mouvement : vision, data analytics et expérimentation rapide. Le point de vue sur le data analytics, rejoint ce que nous a expliqué Arthur Muller. Grâce à la data, En Marche fait du géo-marketing politique. A titre d’anecdote, Arnaud me dit que c’est par une surveillance très fine du web et des réseau sociaux que Macron a fait son coming-out à l’envers à Bobino. Tout cela laisse présager qu’il pourrait conduire, le cas échéant, au renouveau de l’État. On passerait ainsi de l’État régulateur et contrôleur à l’État facilitateur, catalyseur et animateur.

État : vers une organisation ouverte et une stratégie de plateforme ?

Les organisations ouvertes présentent un ensemble de traits caractéristiques. L’un de ces traits est le recours systématique à des stratégies de plateforme, et notamment de plateforme infrastructure (comme je les appelle). L’idée est la suivante : une organisation ne peut pas proposer des solutions pour répondre à toutes les niches et tous les besoins. En revanche, une organisation peut mettre en place une infrastructure, un environnement, une boîte à outils qui permet à des tiers de développer une multitude d’applications, de solutions. En cela, Arnaud pense que l’État pourrait mettre en place des plateformes. Par exemple une plateforme éducation, qui permettrait ensuite à des organismes privés ou publics de construire leur propre approche de l’enseignement afin de répondre le plus finement possible aux spécificités locales ou propres à certains citoyens.
 
Je dois bien avouer que je trouve qu’une vision de l’État vu comme une organisation ouverte (open organization) mettant en œuvre une stratégie de plateforme est assez séduisante. L’analogie avec les transformations que le monde des entreprises est en train de vivre est-elle purement conceptuelle, ou bien est-ce l’avenir de l’État ? Emmanuel Macron est-il lui aussi un bâtisseur de plateforme ? Réponse dans le prochain numéro…
 
Cet article est basé sur un entretien avec Arnaud Devigne du 24 mars 2017 par Albert Meige, Presans.com
 
A propos d’Arnaud Devigne
Diplômé d’un master en marketing à Sciences Po, d’un master en management Internet et Télécommunications à l’Université Paris­ Dauphine et d’un MBA à l’Université d’Ottawa, Arnaud Devigne a plus de 20 ans d’expérience dans l’univers de la Tech et du Web.  Il a commencé sa carrière en tant que consultant en stratégie et marketing pour les grands comptes. Après avoir travaillé pendant plus de 10 ans pour des sociétés telles qu’Accenture et Capgemini Consulting Telecom & Media, il a rejoint les équipes de Google France, en 2009, en qualité de « Head of Business Marketing». Il a également été Directeur Marketing chez Viadeo et PagesJaunes. Il intègre en avril 2016 l’équipe d’Indeed France en qualité de Directeur Général et a pour mission d’installer la marque, de renforcer la collaboration avec les entreprises et institutions françaises et de développer des programmes de sensibilisation auprès du grand public et des employeurs.
 
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rencontre avec Jean-Joseph Boillot

Jean-Joseph Boillot : Vivre avec les gens

En 2030, dans à peine dix-sept ans, la Chine, l’Inde, et l’Afrique compteront chacune un milliard et demi d’habitants. Et le monde sera différent.
 
Un observateur de l’évolution économique de pays autres que ceux de l’Europe et L’occident qui part de l’expérience de vivre avec les gens… intéressant et vivant avec des exemples… Un entretien avec Jean-Joseph Boillot qui nous fait voyager dans le temps avec un éclairage sur l’évolution des pays émergents, avec notamment les exemples de la Chine et de l’Inde, et en quoi cette évolution peut servir l’humanité de demain.
 
Jean-Joseph Boillot est agrégé de sciences économiques et sociales et docteur en économie. Il a notamment enseigné à l’École normale supérieure et travaillé sur l’Asie comme chercheur associé au CEPII. Après de multiples séjours en Inde et en Chine au cours des années 1980, il soutient en 1989 une thèse sur le modèle Indien de Développement comparé en particulier à la Chine.
Auteur de plus de 20 livres, dont L'Afrique pour les nuls (éditions First, 2015), L'Inde pour les nuls (First, 2014), Chindiafrique, la Chine, l'Inde et l'Afrique feront le monde demain (Odile Jacob 2013), L'Innovation Jugaad, redevenons ingénieux (traduction-adaptation, Diateino 2013), KAL, un abécédaire de l'Inde moderne (Buchet-Chastel 2011), L’Économie de l’Inde (La Découverte 2016 pour la 3e édition), et Chine Hong Kong Taïwan, une nouvelle géographie économique de l’Asie à La Documentation Française (2001), J.J. Boillot est cofondateur du Euro-India Economic & Business Group (EIEBG), membre du comité éditorial d’Alternatives économiques auquel il contribue chaque mois pour une chronique internationale, et membre du Cercle Cyclope dont il assure chaque année le chapitre Inde de l'Annuaire des Matières Premières. Il a été également membre du EuroIndia Center, de l’Association France-Union Indienne et de Confrontation Europe.
 
Jean-Joseph Boillot nous brosse dans cet entretien les leçons qu’il tire de ces rencontres fécondes avec l’Inde, la Chine et l’Afrique et nous permet de faire un pas de côté pour apprécier le monde qui émerge et ses enjeux.
« Cette rencontre avec la Tunisie faite jeune, à partir de 18 ans, m’a donné le virus de la rencontre, l’intérêt d’aller voir en dehors de l’Occident, en dehors de l’Europe. Avec la rencontre de l’Inde j’ai eu envie de «Vivre avec les gens et pas vivre en offshore d’hôtels en hôtels ».  Ecoutez la suite…
 
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Edgar Morin

Edgar Morin : Conscience, intelligence, morale. Voilà ce qui nous manque face à nos pouvoirs sur le vivant.

Le ministère de l’environnement ouvrait ses portes hier soir à deux monstres sacrés de la philosophie : Edgar Morin et Patrick Viveret. Dans un débat animé par Gilles Bœuf, professeur au Collège de France, et ponctué par le charme du jeune dramaturge David Wahl, une seule question était posée : « L’homme est-il « savant » ? » clin d’œil à Sapiens, qu’Edgar Morin se hâte de compléter par Demens et Ludens.
 
À l’issue de ce débat, nous avons demandé en aparté, et pour les lecteurs de UP’, à Edgar Morin comment il pensait ce phénomène que nous relatons souvent dans les pages de ce magazine : la capacité de l’humain de modifier le vivant, de modifier son humanité, voire son espèce.
 
Pour Edgar Morin, ce phénomène doit d’abord être situé dans sa coïncidence avec le pouvoir de destruction totale de l’espèce humaine que donne l’arme nucléaire. « En même temps que nous avons ce pouvoir et en même temps que nous sommes dans un processus qui nous conduit vers des catastrophes, qu’elles soient écologiques sur la biosphère, qu’elles soient économiques et qu’elles soient le produit des fanatismes politico-religieux, En même temps nous avons une perspective catastrophique et une perspective euphorique. »
 
La perspective euphorique nous promet quelque chose de merveilleux : « on va prolonger la vie humaine, la vieillesse en bonne santé. Les robots vont s’occuper des tâches ennuyeuses et fatigantes… » On nous promet même l’immortalité. Pour Edgar Morin, cette promesse est illusoire : « Nous n’acquerrons jamais l’immortalité. Nous pourrons prolonger nos vies. Mais d’abord nous n’anéantirons pas les organismes unicellulaires, les bactéries et les virus qui sont très malins et qui savent se reproduire. Nous n’éliminerons pas les accidents technologiques qui sont de plus en plus importants. Et la Terre mourra, le soleil mourra. Donc, l’idée d’éliminer la mort est un mythe. Mais l’idée d’améliorer nos vies est une possibilité. »
 
Pour le philosophe, « Tant que l’on n’a pas acquis une conscience, que l’on n’est pas capable de maîtriser le devenir humain, tant que celui-ci est emporté par des forces obscures qui sont l’inconscience et l’intérêt, je trouve que ces possibilités n’auront peut-être d’effets que sur une élite très restreinte qui jouira de la durée prolongée de la vie comme les Pharaons de l’Égypte antique étaient les seuls à bénéficier de l’immortalité par rapport aux autres ».
 
Edgar Morin nous livre une solution. Nous devrions prendre le problème dans l’autre sens. Puisque nous sommes dotés de pouvoirs aussi puissants, inversons leur dynamique, tâchons d’éviter notre propension à aller vers les catastrophes. Pour cela, « essayons d’avoir un peu plus de conscience, un peu plus d’intelligence, un peu plus de morale ». Cette sagesse, l’homme ne l’a pas encore acquise. Il lui reste du chemin, mais il faut espérer.
 
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Corine Pelluchon

Rencontre avec Corine Pelluchon, la philosophe des Nourritures

Corine Pelluchon appartient à cette nouvelle génération de philosophes qui envisagent leur pensée dans l’action. Volontiers subversive, elle se bat pour intégrer l’écologie et la prise en compte de la condition animale dans un nouveau contrat social. C’est une philosophe de l’existence qui travaille, sans complexe, à refonder les anciens concepts. Elle élabore une philosophie au centre de laquelle l’homme n’est pas seulement défini par la liberté mais surtout par la responsabilité. Les nourritures sont pour elle tout ce nous relie au monde, à l’autre, aux autres êtres vivants humains ou animaux, à la biosphère. En ce sens, sa philosophie politique et éthique nous appelle à réapprendre le plaisir du monde, le sens du beau et du style. Un cadre pour un renouveau des programmes politiques ? UP' Magazine l'a rencontrée.
 
Corine Pelluchon était l'invitée de la dernière séance du cycle Questions de vie de l'Université populaire de la mairie du 2ème à Paris ce mardi 5 avril. Professeure de Philosophie à l’université de Franche-Comté ( Besançon), spécialiste de philosophie politique et d’éthique appliquée (éthique médicale et biomédicale ; question animale ; philosophie de l’environnement), Corine Pelluchon s'intéresse aux défis que soulèvent les pratiques médicales, aux difficultés liées à la crise environnementale dans notre vie comme en politique.

Un travail qui relève essentiellement de la philosophie politique et qui conduit à un examen des conditions de la délibération permettant de parvenir à une législation adaptée sur les questions qui dépassent le problème de la coexistence pacifique des libertés et même celui de l’équitable répartition des ressources.
Elle s'interroge sur les transformations des institutions démocratiques et de la culture politique pouvant rendre possible l’installation de l’écologie et de la question animale au cœur de la République et permettre une meilleure délibération ainsi qu’une réelle participation des citoyens sur les questions dites de bioéthique, tentant ainsi de reformuler les termes du contrat social.
 
Son dernier livre "Les nourritures - Philosophie du corps politique" sorti en avril 2015 aux éditions du Seuil et qui a reçu le prix Edouard Bonnefous de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, développe une philosophie qui célèbre notre immersion dans le monde sensible, et pense avec originalité les conditions d’une rénovation de la démocratie, tout en faisant de l’alimentation le paradigme d’une nouvelle philosophie de l’existence : "En mangeant, je dis la place que j'accorde aux autres". 
 
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Thierry Gaudin

Thierry Gaudin: Pour un récit du prochain siècle

Nous vivons un changement de civilisation majeur qui se traduit aussi bien dans notre rapport à la conscience, à l’éducation qu’à la monnaie et aussi au rapport que nous entretenons avec la nature et tous les règnes du vivant.
Nous devons passer d’une instrumentalisation de la nature à être en amour avec elle et savoir composer avec elle, et renouer avec les Enseignements, au sens de la spiritualité pour nous réapproprier le sens des finalités et aboutir à une gouvernance mature au service de la nature et des biens communs.
Thierry Gaudin s’était vu confier par le gouvernement la mission d’élancer une politique d’innovation pour la France, ce qui l’a conduit à réaliser une veille stratégique et prospective qui ont abouti à la création de Prospective 2100.
 
Polytechnicien, ingénieur du corps des Mines, Docteur en Sciences de l’information et de la communication, (Thèse sur travaux : “Innovation et prospective : la pensée anticipatrice”), Thierry Gaudin est en charge auprès du Ministère français de l’Industrie (1971-1981), de la construction d’une politique d’Innovation : création du “sixcountries program on innovation policies” ; création et organisation du salon Inova ; mise en place d’enseignements du Design, Réseaux régionaux recherche-industrie, Réforme de l’ANVAR, devenue depuis Oséo puis intégrée dans la BPI… Puis, il fonde et dirige (1982-1992) le Centre de Prospective et d’Evaluation du Ministère de la Recherche et de la Technologie : Veille Technologique internationale (Silicon Valley, Japon…), Evaluation de l’efficacité des Recherches et grands programmes technologiques, qui donnera lieu à l’Elaboration d’une prospective mondiale du siècle prochain, publiée en 1990 et 1993 chez Payot sous le titre “2100, récit du prochain siècle”.
Création de Prospective 2100, association internationale ayant pour objectif de préparer des programmes planétaires pour le 21° siècle, dont il assume la présidence.
Publications d’ouvrages sur la Prospective et l’Innovation (voir liste et vidéos),
Site internet : http://gaudin.org
 
Thierry Gaudin 1
Partie 1 – La création de l’Association Prospective 2100 
Début des années 70, le ministère de l’industrie a décidé de lancer une politique d’innovation, ce qui n’existait pas en France avant.  Et nous avons participé à l’ANVAR par la suite.
C’est avec JP Chevènement qu’il a été demandé au Ministère de la Recherche d’intégrer la prospective et de réaliser une vigie et c’est que j’ai administré pendant plusieurs années.
Dans cette  activité de prospective, j’ai d’abord fait de la veille technologique internationale de manière à avoir un capital d’information aussi frais et valable que possible. Et lorsque Monsieur Curien est revenu en 88, je lui ai proposé : il y a les centres techniques, les écoles d’ingénieurs, tout un tas de choses autour de la technologie et c’est un peu en désordre. Il faudrait faire un audit. Et puis j’ai une autre proposition possible, nous en savons assez pour lancer un rapport de prospective mondial.
Ce qui a donné lieu à l’ouvrage 2100 récits du prochain siècle. 600 personnes ont collaboré à ce projet.
La civilisation industrielle c’était matière et énergie, donc l’axe horizontal. Ce qui est en train d’apparaître, c’est l’autre axe qui devient dominant avec la nano-seconde d’un coté et les problèmes de préservation de l’écologie et de la relation de l’espèce humaine avec la nature qui ne sont pas assumés. 
L’idée du jardin planétaire, ça englobe le jardinier, le gardien, jardinier et gardien c’est pareil, de la nature commence aujourd’hui. Vous avez eu d’abord une minorité qui était pour le jardin et petit à petit ça gagne chez les agro. » (Cf partie 4 développement du jardin planétaire)
 
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Partie 2 – Un changement de civilisation dont on ne voit pas encore l’ampleur  …Conscience, éducation, monnaie…structuration du  temps – 07 :56 à 15 :26
C’est un changement de civilisation dont on ne mesure pas encore l’ampleur. Les inventions majeures de l’écriture, de l’imprimerie, aujourd’hui c’est la communication instantanée et mondiale.
Ce qui a un impact sur la conscience, l’éducation et la monnaie.
"Aujourd’hui on est dans une communication instantanée, mondiale qui concerne non seulement le signe écrit mais l’image et la vidéo. Donc ça veut dire que la conscience de l’espèce humaine est en train de se transformer. Vers quoi ? 
Certains vont manipuler le psychisme et en même temps les particuliers peuvent avoir accès aux informations de la même manière que les professionnels.
On est dans une société d’information, mais aussi de désinformation. Les fabrications sont elles aussi révolutionnées. « Les imprimantes 3 D ça veut dire un renouveau complet de l’artisanat. L’industrie cède la place à des formes nouvelles d’artisanat.
Pour la communication, vous avez à disposition des particuliers maintenant des moyens de fabriquer des vidéos, des outils de communication qui sont les mêmes que pour les institutions.  Que deviennent les grandes télévisions ?
Que devient le système scolaire qui aujourd’hui est formaté pour aller sélectionner des cadres pour les multinationales ? Mais ces cadres ne savent rien faire du point de vue des montages vidéo par exemple. Ils ne savent même pas communiquer avec les outils contemporains.  
Nous sommes dans un décalage énorme entre les systèmes de valeurs, les hiérarchies et les modalités de transmission inadaptés aux usages actuels.
Que devient la monnaie dans un système de communication instantané où vraisemblablement après avoir subi cette énorme unification monétaire (qui a été un désastre) … Pourquoi ? parce que l’unification monétaire ouvre la porte à tous les prédateurs…. 
Qu’est-ce qui va se passer à la suite de cette concentration de richesses ? Avec un portable vous pouvez réaliser des échanges monétaires, avec Orange par exemple. On ne passe plus par les banques. La faculté de création de monnaie va peut-être être réappropriée par le public, par le peuple. »
Nous ne sommes pas dans une société de religion, nous sommes dans une société fétichiste, le fétiche, c’est la monnaie aujourd’hui. »
 
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Partie 3 - un changement de civilisation dont on ne voit pas encore l’ampleur  la  relation de l’espèce humaine avec la nature, la gestion de la planète  
Ce changement de civilisation a également un impact majeur sur la relation de l’être humain avec la nature.
«Si vous regardez les anticipations, même à 2053 voir 2100 de la pluviométrie.  Vous voyez moins de pluie en Afrique du Sud, moins de pluie au Mexique, moins de pluie en Espagne aussi, plus de pluie en Angleterre, plus en Russie, et plus aussi dans certaines régions du Brésil. Qu’est-ce que ça veut dire ça ? Ca veut dire des migrations mais pas de migrations quelques centaines de personnes qui se noient dans un bateau, c’est des millions peut-être même des centaines de millions… Avec le système des Etats nation que nous connaissons, ça ne passe pas. Parce que les état nations bloquent les frontières, ils essayent d’éliminer l’émigration. 
 Il y a un pays où la pluviométrie sera semble-t-il assez nettement diminuée, c’est l’Inde… Ca c’est la migration vers le Nord car la Sibérie devient beaucoup plus habitable à cause du réchauffement climatique. 
Face à ces problèmes planétaires, il faut une attitude rationnelle, c’est-à-dire anticiper, organiser. C'est-à-dire que s’il y a besoin de créer des villes nouvelles ou des zones nouvelles dans certains endroits de la planète, il faut l’anticiper.  
Lien : les guerres des monnaies. http://www.amazon.fr/guerre-monnaies-Chine-nouvel-mondial/dp/2355120544/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1443120174&sr=8-1&keywords=les+guerres+des+monnaies
On revient à la question monétaire parce que ce qui se passe actuellement, vous avez le traité de Lisbonne pour l’Europe. Dans son article 123 explique que les Etats pour se financer doivent s’adresser au marché. C'est-à-dire aux banques. Or le marché ne sait financer que des choses ‘rentables’, c'est-à-dire qui vont rapporter de l’argent. Pour les bien communs, les commons eh bien, il n’y a rien. »
Les biens communs étaient financés par les Etats qui obtenaient leurs revenus des impôts et lorsque les plus riches (individus et entreprises) placent leurs revenus dans les paradis fiscaux les Etats sont diminués dans leur capacité de financement au moment où les problèmes de biens communs augmentent.
Donc, on est dans une contradiction totale, donc on ne peut s’en sortir qu’en disant on va créer de la monnaie autrement qu’en passant  par les banques. »
 Le problème de cette relation avec la nature renvoie à la première question que l’on posait, c'est-à-dire qu’est-ce que l’on fait de cette affaire de la nano seconde et des conséquences financière, monétaires ? »
Les monnaies locales ne vont pas être suffisantes, elles permettent de recréer des autonomies, mais il est nécessaire d’envisager que le FMI, la Banque Mondiale par exemple puissent prendre en charge ces enjeux.
On est dans un système tout à fait Keynésien met de l’argent pour l’activité économique pas pour aménager la planète.»
 
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Partie 4 – Le jardin planétaire 
 
Développement et durable est un oxymore mais en plus quand on dit développement ça passe complètement sous silence le fait que nous sommes une partie de la biosphère ; et que donc nous devons avoir une relation avec les autres êtres vivants qui n’est pas seulement une relation de prédation mais qui est aussi une relation non seulement de préservation mais d’amour. Le jardinier est un amoureux de son jardin, il est en symbiose avec le jardin. 
Il s’agit non plus d’utilitarisme mais d’une attitude intérieure et la remise en cause des finalités.
Le problème, il est beaucoup plus profond que cela, il est dans la spiritualité.  La spiritualité avait été occultée des pays Occidentaux, là où nous avons pratiqué le fétichisme de la monnaie.
Je pense que ce qui est en cause, c’est l’espèce humaine liée à la biosphère de façon intime. C'est-à-dire l’espèce humaine étant comme une expression particulière de la vie. Et donc pour moi le spirituel, c’est d’abord le respect d’abord des autres cultures du vivant et des autres cultures de l’espèce humaine.
Les peuples premiers qui vivent en harmonie avec la nature ont des enseignements à nous donner.
Le deuxième point c’est les relations avec les animaux, vous avez tout le travail qui a été fait par l’éthologie depuis Conrad Lauren. Tout ce travail c’est étudier les animaux non pas comme si c’étaient des machines mais étudier les animaux dans la communication que nous pouvons avoir avec eux et dans les enseignements qu’ils peuvent nous délivrer. »  
 
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Thierry Gaudin2
 
Partie 1 – Suite jardin planétaire, lien interactions entre les espèces  
«Il n’y a pas que les primates, il y a aussi toute la nature, tous les animaux, toutes les plantes aussi peuvent nous parler. 
Les lobbies de tout poil on tendance à tirer sur les propos qui ne vont pas dans le sens de leur intérêts. »
 
Partie 2 – Prospective et éducation 
«Si on n’a pas une vision claire de ce que c’est que la France, et le monde même parce que 30 ans c’est le monde, malheureusement on ne peut pas faire de réforme valable. On le fait en fonction d’une classification, d’une hiérarchie, d’une idée de la réussite qui est une idée ancienne. 
Faisons un pas de plus pour concevoir les Enseignements (au sens de Vinoba), c’est-à-dire les enseignements spirituels.
 
Thierry Gaudin3
 
Partie 1 – Deux champs d’action prioritaires 
La France a un grand rôle à jouer et à l’étranger, les personnes ont une grosse attente vis-à-vis de nous. 
«Une éducation universaliste, la maîtrise de l’informatique et l’harmonie avec la nature. A l’intérieur de ça, il y a cette histoire du fétichisme de la monnaie qu’il faut traiter en se réappropriant la fabrication des monnaies complémentaires. Que le peuple se réapproprie les instruments de l’échange et par conséquent une certaine forme de convivialité. »  
 
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