Sécurité alimentaire et agrostratégies

Le dioxyde de titane, bientôt interdit en France ?

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Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de la Transition écologique et solidaire, a annoncé vendredi 18 mai le souhait du gouvernement de suspendre avant la fin de l’année 2018 l’utilisation de dioxyde de titane dans les plats préparés et les confiseries vendues en France. Une substance dont les risques sur la santé restent mal connus. Pourtant, cette nanoparticule est toujours utilisée dans la fabrication de certains chewing-gums, biscuits, bonbons ou chocolats. Il est aussi utilisé comme opacifiant pour les crèmes glacées et comme texturant pour les yaourts. On le retrouve également en dehors de l’alimentation, dans les cosmétiques ou le textile ...
 
Présent dans l’alimentation sous forme nanoparticulaire à travers l’appellation E171, le dioxyde de titane est couramment utilisé comme pigment pour apporter un aspect blanc vif et lisse aux pâtisseries ou aux confiseries ou pour opacifier les yaourts ou encore les crèmes glacées, les tablettes de chocolat …
Alimentation, cosmétiques, médicaments… Comme le rappelait le magazine Que Choisir en février dans une grande enquête sur les nanoparticules, ces composés d’une taille inférieure à 100 nanomètres sont omniprésents dans notre quotidien, malgré des doutes sur leur innocuité. En effet, leur petite taille favorise leur pénétration dans l’organisme et le franchissement des barrières biologiques (des poumons et intestins vers le sang, du sang vers le cerveau). Leur surface importante de contact avec l’extérieur et la réactivité qui les caractérise renforcent ce potentiel toxique.
 
En 2006, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le dioxyde de titane comme « potentiellement cancérigène ». Il faudra attendre 2017 pour que l’Agence Européenne des produits chimiques (ECHA) statue sur un classement de la substance comme cancérigène de catégorie 2 et que l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) publie une étude sur les effets précurseurs de cancérogenèse de l’E171. 
 
Pour rappel, les députés de la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale ont adopté le 23 mars dernier un amendement concernant le dioxyde de titane (E171) qui stipule que l’importation et la mise sur le marché « à titre gratuit ou onéreux » de tout denrée alimentaire contenant l’additif aux propriétés blanchissantes et opacifiantes serait suspendue à compter du 1er juin prochain et ce, jusqu’à la publication de l’avis de l’Anses attendu pour les mois qui viennent.
Cette requête fait suite à l’étude de l’INRA de l’année dernière révélant une altération de la réponse immunitaire intestinale et a conclu que l’exposition chronique à l’E171 favorisait la croissance de lésions précancéreuses chez le rat. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) rappelle aussi sur son site internet qu’une étude menée en 2017 "montre que l’exposition chronique de rats au dioxyde de titane (additif E171, partiellement nanométrique) par voie orale serait susceptible d’entraîner des lésions colorectales précancéreuses".
En ce qui concerne la nocivité pour l’homme, si elle fait actuellement l’objet de nombreuses recherches, la tâche semble ardue car le mécanisme d’action de ces minuscules particules s’avère complexe à étudier. 
Déjà en 2010 l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET) recommandait  de limiter l'exposition du public aux produits contenant des nanoparticules de dioxyde de titane dans un rapport sur les risques liés aux nanomatériaux, en invoquant le principe de précaution.
En février 2018, les autorités françaises ont demandé à la Commission européenne de suspendre l’utilisation du dioxyde de titane comme additif alimentaire et a souhaité que l’E171 soit réévalué en urgence. La Commission a alors fait appel à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui
rendra un nouvel avis d’ici l’été 2018.
 
Toujours selon Que choisir, malgré ces doutes, les nanoparticules se sont immiscées dans nombre de recettes industrielles. Plus de 400 000 tonnes de nanomatériaux ont été introduites dans divers produits manufacturés en France rien qu’en 2016. Des tests ont ainsi révélé la présence de ce colorant sous forme de nanoparticules dans des produits alimentaires de toute sorte : gâteaux, bonbons, chewing-gum, poudres pour capuccino, épices et soupes déshydratées. Mais aussi dans des cosmétiques (dentifrice, crème solaire…). Et enfin dans des médicaments courants, tels que le Dafalgan (1 g comprimé pelliculés) ou le Doliprane (500 mg gélule), l’Efferalgan, le Spasfon, le Nurofen, ou encore l’Euphytose et l’Ibuprofène, … qui sont loin d’être des cas isolés. Car les chiffres obtenus en consultant la base de données recensant les médicaments mis sur le marché en France sont vertigineux : plus de 4 000 médicaments contiennent le colorant E171 !
Certains distributeurs français comme Système U, Auchan, Leclerc, Carrefour se sont déjà engagés à retirer les nanoparticules de dioxyde de titane de leurs produits. Plusieurs fabricants (Mars, Malabar, Fleury Michon, Picard, Carambar and Cie, …) ont décidé volontairement de retirer le dioxyde de titane de leurs produits phares, dans ce contexte de forte incertitude scientifique et au regard du caractère superflu de cet additif alimentaire. L’an dernier, les confiseurs s’étaient déjà engagés collectivement à ne plus utiliser de dioxyde de titane, mais de manière progressive, chacun "à leur rythme". Chez Verquin, qui produit à Tourcoing (Nord) les Têtes brûlées, cette disposition est effective depuis décembre 2017 : Le dioxyde de titane a été remplacé par des alternatives moins nocives, comme le carbonate de calcium ou l’amidon de riz.
Plus récemment, en février dernier, Lutti, le confiseur de Bondues (Nord), qui mise désormais sur les colorants naturels et les bonbons allégés en sucre, n’utilise plus de dioxyde de titane depuis trois ans.
 
Selon Brune Poirson : « Il est essentiel de s’interroger sur l’utilité réelle d’une substance dont le seul intérêt serait de rendre plus blanc que blanc les aliments alors que des doutes sérieux pèsent sur les risques sanitaires associés à son ingestion. Le gouvernement est déterminé et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu mettre en avant les bonnes pratiques des entreprises précurseurs qui, sans attendre, ont déjà choisi le retrait du dioxyde de titane de leurs produits ».
(Source : agro-media.fr, 24 mai 2018)
 
 

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