Les catastrophes climatiques ne sont plus des événements exceptionnels : elles redessinent déjà le quotidien de nombreux territoires français. Après les inondations répétées dans le Pas-de-Calais, les pluies records en Bretagne ou l’érosion accélérée des côtes, des milliers d’habitants voient leurs maisons fragilisées, leurs biens détruits et leur avenir incertain. Face à cette nouvelle réalité, des associations de sinistrés, réunies autour du collectif Cocon HdF et de l’association Conséquences, lancent un appel : il est temps de cesser de reconstruire comme avant et d’adapter enfin nos habitats et nos territoires à un climat qui change.
Inondations, records de pluie et habitat : l’appel à agir des associations de sinistrés
Cet hiver, en Bretagne, certains territoires ont reçu l’équivalent de six mois de pluie en seulement trente jours. Dans le nord de la France, les habitants du Pas-de-Calais ont subi en 2023 trois inondations majeures en moins d’un an. Sur les littoraux, l’érosion grignote chaque année davantage les côtes françaises. Et chaque été, les forêts brûlent plus intensément.
Ces événements ne relèvent plus d’une simple succession de mauvaises saisons météorologiques. Ils témoignent d’un changement profond du régime climatique qui expose désormais directement nos habitations, nos infrastructures et nos modes de vie.
Face à cette situation, des associations de sinistrés décident de faire entendre leur voix. L’association Conséquences a ainsi choisi de s’associer à la tribune portée par le collectif Cocon HdF et par plusieurs experts de l’aménagement. Leur constat est simple : documenter les catastrophes ne suffit plus. Il faut désormais transformer l’expérience des sinistrés en moteur d’action.
Sortir de la reconstruction « à l’identique »
Pendant longtemps, la réponse aux catastrophes naturelles s’est résumée à réparer et reconstruire, souvent à l’identique. Mais dans un contexte de dérèglement climatique, cette logique montre ses limites.
Les habitants des territoires touchés, notamment dans l’Audomarois, demandent aujourd’hui un véritable droit à l’expérimentation. Adapter les habitations, repenser l’urbanisme, modifier les infrastructures hydrauliques : autant de pistes qui doivent être explorées avant que les prochaines crises ne surviennent.
Car reconstruire comme hier dans un climat qui change revient souvent à préparer les sinistres de demain.
Mobiliser les « capitaines pour gros temps »
Les signataires de la tribune appellent également à une mobilisation collective des acteurs du terrain. Agriculteurs engagés dans l’hydrologie régénérative, assureurs prêts à investir dans la prévention, urbanistes, architectes et collectivités locales : chacun peut contribuer à transformer la manière dont les territoires se préparent aux chocs climatiques.
Cette alliance de compétences et d’expériences est indispensable pour imaginer des solutions adaptées aux réalités locales. Car l’adaptation ne peut pas être décrétée depuis un bureau : elle doit se construire au contact direct des territoires et de ceux qui y vivent.
Transformer le traumatisme en expertise
Les catastrophes climatiques laissent des traces profondes. Mais elles peuvent aussi devenir des sources d’apprentissage collectif. Pour les associations de sinistrés, l’enjeu est de transformer ces traumatismes en expertise. En associant la jeunesse, les professionnels du bâtiment, les chercheurs et les habitants eux-mêmes, il est possible de concevoir de nouveaux modèles d’habitat plus résilients.
Les territoires vulnérables pourraient ainsi devenir de véritables laboratoires d’innovation pour l’adaptation climatique.
Quand les sinistrés prennent la parole
Partout où les catastrophes se multiplient — maisons fissurées, inondations répétées, recul du littoral — des collectifs de citoyens s’organisent pour défendre leurs droits et faire entendre leur expérience.
Dans le Pas-de-Calais, l’association Stop Inondation Audomarois incarne cette mobilisation. Comme d’autres collectifs émergents, elle ne se contente plus de réclamer des indemnisations. Elle souhaite participer pleinement aux décisions qui concernent l’avenir de son territoire.
Car les habitants directement touchés par les catastrophes possèdent une connaissance précieuse des risques et des réalités locales.
Un appel à agir maintenant
La multiplication des événements extrêmes oblige à changer de regard. La question n’est plus de savoir si les catastrophes vont se produire, mais comment s’y préparer.
Pour les associations signataires de cette tribune, il est urgent d’ouvrir un nouveau chapitre de l’adaptation climatique : expérimenter, coopérer et apprendre des territoires déjà touchés.
Car ce qui se joue aujourd’hui dans quelques régions françaises pourrait bien devenir, demain, la réalité de nombreux autres territoires.

Mardi 24 février 2026, Lumbres, Hauts de France.
Nous,
Le Cocon HdF Stop Inondations Audomarois,
Collectif Marais Audomarois,
Nord Nature Environnement,
Association des Urbanistes des Hauts de France Conseil Français des Urbanistes Société Française des Urbanistes,
Territoire Europe,
Association Conséquences,
Architecte,
Habitants,
Associations, Collectifs, Sociétés, Citoyens… engagés qui œuvrons avec les habitants de territoires vulnérables à préparer un avenir souhaitable en contexte de multiplication des phénomènes extrêmes, inondations, submersions, etc,
demandons aux élus, candidats aux élections, et institutions de s’engager avec force à nos côtés pour commencer toutes affaires cessantes à adapter des habitats, quartiers, paysages, afin de ne plus continuer à subir, mais de reprendre collectivement la main sur ce qui se joue et va continuer de se jouer toujours plus fort, du fait du dérèglement climatique.
Nous demandons d’user pour cela du droit d’expérimenter, au-delà des cadres existants qui sont alignés sur des situations passées et n’intègrent pas les projections scientifiques, les contrôles et corrections s’effectuant alors en aval, par observations dans le temps des modifications et innovations réalisées (Par exemple dans le cadre du bassin versant de l’Aa).
A une heure de discrédit de la parole politique, des promesses sans lendemain, des débats sans fin, il reste l’action qui réunit.
Il est urgent de rendre l’espoir aux habitants en commençant dès maintenant ces chantiers participatifs qui témoigneront de cette mise en action collective: subir n’est pas inéluctable.
A l’issue de la dernière guerre notre pays ruiné, en grande partie détruit, a su se reconstruire en quelques années en inventant un modèle solidaire et intergénérationnel unique, que le monde entier nous a envié et qui inspire toujours. Il est à même de créer aujourd’hui de nouveaux modèles économiques, de nouveaux métiers, de nouvelles manières d’habiter ensemble, en devenant expert en prendre soin des habitants, de leurs habitats, de leurs territoires sinistrés.
Nous disposons d’une jeunesse que cela regarde directement, car c’est de son avenir dont il s’agit : nous demandons que vous lui permettiez de commencer dès maintenant, dans le cadre de ses études, de ses apprentissages, à arpenter nos territoires vulnérables à la rencontre des habitants, associations et institutions pour être, dans le cadre de ses compétences, d’ores et déjà force de proposition, actrice de l’adaptation de ses futures missions et métiers, face aux défis immenses d’un avenir où plus rien ne sera stable, hormis, si nous le voulons, notre capacité à traverser ensemble les crises qui vont aller se multipliant.
Nous avons besoin pour cela de la collaboration active de tous.
Des assurances qui, plutôt que de rembourser des travaux de réparation à l’identique, peuvent commencer de suite à adapter ce qui est possible, et financer les expérimentations dont elles seront les premières bénéficiaires, renouant par la même occasion avec leur vocation de mutualisation de la protection, redevenant l’expression agissante de la solidarité des habitants.
Des professionnels du bâtiment et de l’aménagement du territoire et du paysage dont nous avons besoin pour réaliser ces lieux expérimentaux: bâtir pour l’avenir avec l’existant, pour restaurer des milieux, adapter les villes et les bâtiments, rétablir la porosité des sols et la continuité du cycle de l’eau, et non plus pour une rentabilité immédiate au prix de la sécurité est libérateur de talents et d’enthousiasme.
Des agriculteurs prêts à se lancer dans des pratiques protectrices du territoire, en testant par exemple l’hydrologie régénérative, l’agroforesterie, en s’inspirant des pratiques du passé, en pouvant de nouveau vivre de l’élevage en pâturage: ils sont les premiers sur le front du dérèglement climatique, donnons-leur les moyens aussi d’être nos avant-gardes dans le combat contre les catastrophes anthropiques.
Des entrepreneurs et industriels qui sauront réorienter leurs investissements et leurs outils de production dans la recherche de process, produits et services résilients et régénérants, dès lors que nous aurons de nouveau des capitaines pour gros temps.
Nous vous invitons donc, vous politiques d’aujourd’hui et de demain, à prendre votre part afin que nous nous mettions en synergie et portions ensemble un tel plan, vital pour notre pays: il est plus qu’urgent d’ouvrir le chantier immense qui nous attend.
Croyant que ce que nous réaliserons alors non seulement nous soignera collectivement des maux qui nous affectent tous à subir, mais pourra inspirer les autres régions d’Europe et du monde confrontées aux mêmes conséquences destructrices du réchauffement climatique, et nouer avec elles des relations d’entraide génératrices de paix.
Pour notre pays et ses habitants,
Pour notre planète entrée dans les turbulences d’un réchauffement climatique sans précédent à l’échelle de l’histoire humaine,
Vaisseau commun dans lequel sont embarqués aussi toutes les autres espèces vivantes, avec lesquelles nous sommes en besoin et devoir d’inventer de nouvelles alliances,
Haut les cœurs !
Inéluctable n’est pas français, n’est pas humain.
Photos d’en-tête : Inondations de la Garonne le 16 février 2026. AFP / Thomas Bernardi






