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Coalition – 15 ans d’art et d’écologie

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Pour célébrer ses 15 ans, COAL, association de référence pour l’art et l’écologie, s’associe à la Gaîté Lyrique pour présenter une grande exposition pluridisciplinaire mettant en lumière près de 50 artistes pionniers, renommés comme émergents, représentant la richesse et la variété des approches de la scène artistique de l’écologie qui retracent la communauté d’imaginaires qui s’est constituée au fil des 15 éditions du Prix COAL. Une initiative phare pour la promotion, l’accompagnement et la diffusion des artistes qui, à travers le monde, témoignent, imaginent et expérimentent la révolution écologique. Révéler le pouvoir de l’art, celui, non seulement d’alerter et de dénoncer mais aussi de réparer et de relier par des gestes d’attention et de partage, par la force du croire à l’heure où le seul registre du savoir ne suffit plus à motiver l’action,
tel est l’enjeu de l’exposition.

Il y a 15 ans, il n’allait pas de soi de rapprocher l’art et l’écologie, ni de faire collaborer les acteurs de la conservation de la nature avec les acteurs culturels et les artistes. Quinze ans plus tard, ce rapprochement s’impose, exacerbé par l’accélération des problématiques environnementales qui favorise les réflexions de fond, les restructurations et l’invention de nouvelles manières d’habiter la Terre. Cette exposition dresse le panorama d’une génération d’artistes engagés à travers des projets qui ont marqué l’histoire de l’art environnemental, et qui sont autant de pratiques et de manières
d’aborder le vivant par l’art et le sensible, depuis le témoignage jusqu’à l’activisme en passant par la constitution de communautés et les pratiques de
résilience.

La Gaîté Lyrique explique : « Dans un monde de plus en plus fragmenté, il nous paraît urgent de créer de nouvelles façons de cohabiter. Cohabiter avec notre entourage, nos pays voisins, les autres espèces du vivant. COAL, association de référence pour l’art et l’écologie, fait le pari d’aller plus loin et de créer de nouvelles alliances par la création et le sensible. Apprendre à voir ce qui est sous nos pieds. Faire avec ce qui est déjà là. Prendre conscience des liens qui nous unissent les uns aux autres plutôt que compartimenter.
Faire COALITION, du titre de cette grande exposition-manifeste qui se tiendra jusqu’au 2 juin à la Gaîté Lyrique, et qui retrace le travail colossal effectué depuis des décennies par toute une génération d’artistes engagée autour du vivant. Des premières actions artistiques et militantes, aux œuvres-signaux qui nous alarment sur notre impact, en passant par des travaux directement inspirés de pratiques ancestrales induisant un autre rapport au vivant, cet inventaire nous pousse à déplacer notre regard, pour mieux composer avec ce qui nous entoure.
Cette politique d’attention est au cœur du nouveau projet de la Gaîté Lyrique – Fabrique de l’époque, inauguré il y a plus d’un an. Fruit d’une alliance entre cinq partenaires – Arty Farty, ARTE, makesense, Singa, Actes Sud, pour tenter par la création et l’engagement, de répondre à une urgence d’agir autant que d’espérer.
Inventer un nouveau type de lieu, créer de nouvelles sociabilités et solidarités, où toute une génération d’artistes, activistes, chercheurs, médias, associations nous invitent à passer de l’idée à l’action, de la pensée à l’expérience, de l’intention à l’attention. À l’aune des élections européennes, cette exposition résonne avec notre grande séquence programmatique EU.topia, qui tente à notre échelle de retracer les contours d’une Europe idéale sans pour autant éluder les désordres qui la traversent. C’est dans les temps d’adversité que l’idée d’Europe comme on l’entend aujourd’hui s’est créée. Nous avons envie de croire qu’elle est aujourd’hui la bonne échelle pour susciter optimisme et désir d’avenir dans un monde en proie à de profonds bouleversements.« 

Cette exposition monumentale et enrichie d’une vaste programmation investit l’espace emblématique de la Gaîté Lyrique sous le commissariat de Lauranne Germond, co-fondatrice et directrice de COAL, et de Sara Dufour, curatrice et directrice des programmes de l’association. Elle réunit les œuvres et interventions d’une cinquantaine d’artistes français, européens ou internationaux, artistes pionniers, renommés comme émergents dont
Angelika Markul, Shaun Gladwell, Hypercomf, Lucy+Jorge Orta, Art Orienté Objet, Fabiana Ex-Souza, Louis Guillaume, Julian Charrière, Shivay La Multiple, Paul Duncombe, Alex Cecchetti, Anaïs Tondeur, Elsa Guillaume, Noémie Goudal, Nouveau Ministère de l’Agriculture, Feipel et Bechameil, Marie Velardi, Clément Richem, Martin Le Chevallier, Thierry Boutonnier, Suzanne Husky, Beya Gilles Gacha, Erik Samakh, Laurent Tixador et Julia Hanadi Al Abed, Olivier Darné, Éléonore Saintagnan, Marina Gioti, Michael Wang, Momoko Seto, Sara Favriau, Stéfane Perraud et Aram Kebabdjian, Hehe, et bien d’autres…

Témoignant d’une grande variété d’approches artistiques – sculpture, peinture, photographie, installation, performance, documents – mais aussi et surtout projets participatifs, protocoles, rituels, pratiques somatiques, recherche-création, création in situ, expériences partagées… Œuvres, performances et activations racontent le récit d’un autre rapport à la nature, aux matériaux, à toutes les composantes du vivant, et invite à entrevoir les perspectives d’un monde d’après, à travers une expérience empreinte de découverte et d’éveil.
En abordant la crise écologique autrement que par l’unique et dominante rationalité, les artistes ont ainsi le pouvoir de transposer les dispositifs
d’attention, en passant du savoir au sentir, de l’illusion à la vérité, du probable au possible. Ils contribuent à reformuler la question écologique
en élargissant ce qui apparaît comme un enjeu de nature en un enjeu de culture et rappellent que la crise du vivant est d’abord celle de notre relation à celui-ci.

Dans un vibrant plaidoyer pour une nouvelle culture du vivant, COAL défend ainsi le rôle incontournable de l’art et de la culture dans la transition écologique, convaincue que l’esthétique est un levier au moins aussi fort que le politique et l’économique, et que l’émerveillement peut être un outil de lutte. Parce que les artistes sont des relais de sensibilité à l’environnement, aux paysages, à la richesse du vivant à travers leurs œuvres, ils invitent à imaginer d’autres possibles, à apporter des solutions alternatives et singulières, et à favoriser une culture du changement, joyeuse et souhaitable.

Entretien avec Lauranne Germond, commissaire d’exposition et directrice de l’association COAL depuis sa création, Loïc Fel, docteur en épistémologie et conseiller en transition écologique et Clément Willemin, architecte-paysagiste

Il y a 15 ans naissait COAL. Pourquoi ce nom à la résonance singulière, lorsque l’on parle d’écologie ?

En 2000, l’horizon écologique, c’était le « peak oil ». Nous ne l’avons toujours pas dépassé, car la dépendance aux énergies fossiles reste aujourd’hui le gros point noir focal de nos perspectives de développement et de survie. Toute notre société est construite là-dessus. COAL renvoie au charbon, donc au carbone, mais aussi à l’idée de coalition, de résistance, d’horizontalité. Notre rapport aux énergies fossiles conditionne directement le climat, mais aussi et surtout la biodiversité, avec l’extinction de masse effrayante entraînée par notre mode de vie. Surtout en occident, mais aussi ailleurs.

Pourquoi avoir choisi de créer COAL ? Y avait- il d’autres initiatives similaires lors de sa création en 2008 ?

Lorsqu’on évoque la crise environnementale – aujourd’hui comme en 2008 – on emploie principalement des concepts techniques et un vocabulaire instrumental : émissions de gaz à effet de serre, compensation de l’empreinte carbone, tonnes équivalent CO2

… On constate que les enjeux soulevés sont politiques, économiques, scientifiques. Même quand il est question de sensibilisation, celle-ci ne passe finalement jamais par les sens. COAL est né d’une rencontre entre ami.es et professionnel·le·s qui partageaient l’envie d’agir dans le champ de l’écologie avec cette conviction commune : celle qu’aucun changement réel et durable ne pourra se faire sans l’émergence d’une nouvelle culture de
l’écologie, sans cette dimension sensible à même de favoriser une transformation profonde des représentations et des imaginaires qui sous-
tendent nos comportements et notre rapport au monde. Quand nous nous sommes réunis en 2008, cette approche était a priori inexistante, du moins invisible en France…

Quelles évolutions avez-vous pu constater en 15 ans dans la manière dont les artistes abordent les questions écologiques et environnementales ?

Le Prix COAL est pour cela un observatoire unique puisque nous recevons en moyenne 400 à 700 dossiers par an depuis 15 ans. Il est flagrant que ces sujets se sont largement déployés et que les artistes ont une meilleure connaissance des enjeux. Ils sont nourris par les grands auteurs de notre époque qui eux aussi ont affiné leur analyse de la crise environnementale. Beaucoup de programmes, de résidences d’artistes en milieux naturels, au sein de laboratoires de recherche, à bord d’expéditions scientifiques se sont développés.
Les chercheurs se sont ouverts au champ de la culture et du sensible pour démultiplier leur impact en termes de sensibilisation et de transmission. Réciproquement, les artistes se sont imprégnés de leurs réflexions et de leurs méthodes de travail.

Est-ce que les artistes ont globalement suivi la prise de conscience générale, ou ont-ils été précurseurs, lanceurs d’alertes ?

Les artistes développent des visions qui parviennent parfois à sauter les époques. Mais ils sont aussi enracinés dans leur société, et portent un regard singulier sur ce qui les entourent, et certains des désordres dont ils sont les témoins. Nous croyons aux forces de l’art et à sa précieuse capacité de sensibilisation. Nous ne voyons pas les artistes comme des lanceurs d’alerte ou des « scientifiques allumés », dont le message illustrerait les rapports du GIEC. Ils sont au contraire les alliés de notre avenir… si nous savons les voir et les écouter. Le propre de l’art écologique est d’être très connecté au réel et aux autres sphères de la société. Inclusif par nature, cet art est en interaction constante avec des savoirs, des territoires, des habitant·es, des communautés, des établissements pédagogiques, des services d’urbanisme, des acteurs de conservation de la nature. C’est cette interconnexion et ce sens du partage qui en font la richesse, la force et qui nous passionnent au quotidien.

Comment les artistes peuvent-ils agir sur la prise de conscience de l’urgence écologique ?

La diversité des pratiques artistiques en lien avec l’écologie est foisonnante, mais certaines modalités d’action sont prégnantes. Tout d’abord le témoignage et le partage de connaissances : les artistes donnent un visage à l’anthropocène et rendent perceptibles tout à la fois l’ampleur de la crise écologique, les pollutions cachées, les souffrances lointaines. Cette approche recouvre une vaste palette de pratiques documentaires mais aussi, plus largement, une grande partie des démarches Art et Sciences actuelles. Des artistes agissent également dans le champ de l’action politique et symbolique : il s’agit ici de propositions qui agissent sur les systèmes à l’origine de la crise écologique pour les dénoncer, les court-circuiter, les transformer.
C’est là l’écologie politique en art. Elle se construit sur des liens de communauté, l’action en commun, le partage, la convivialité et le symbolique. Une troisième typologie de pratiques entend agir directement au niveau des écosystèmes et de l’empreinte écologique, dans une perspective de
résilience : l’art devient indissociable des façons de faire et de produire. On ne compte plus les tiers-lieux et les projets de territoires ultralocaux portés par des artistes qui veulent réconcilier leurs convictions, leurs modes de vie et leur création.
Aussi l’art écologique donne-t-il également naissance à toutes sortes de tentatives pour reconstruire un lien intime avec le vivant.

Est-ce que les jeunes artistes vous semblent plus engagés sur ces questions ?

La demande des jeunes est grandissante et des grandes écoles d’art prennent aujourd’hui des positions fortes. C’est la raison pour laquelle nous avons créé un Prix spécial étudiant, pour permettre aux plus jeunes de se confronter à la nature en s’immergeant dans l’univers des Réserves Naturelles.

Trouvez-vous aujourd’hui plus d’écoute sur ces questions de la part des institutions culturelles, du pouvoir public, qu’il y a 15 ans ?

Quand nous avons créé COAL il y a 15 ans, il n’allait pas de soi de rapprocher l’art et l’écologie ni de faire collaborer les acteurs de la conservation de la nature avec les acteurs culturels et les artistes, l’écologie politique ne faisant pas bon ménage avec une certaine idée de l’autonomie de l’art. Aujourd’hui l’écologie est omniprésente. Et c’est une excellente nouvelle. Mais la place qu’on lui accorde dans les discours, les affichages et les manifestations culturelles est souvent l’arbre qui cache la forêt, car nos grands déséquilibres économiques n’ont pas encore flanché.

Quelle place trouvent les projets artistiques à forte conscience écologique sur le marché de l’art ?

La place de l’art écologique dans le marché de l’art est corrélée à la question éthique et politique. Comment faire cohabiter ses convictions
écologiques avec le monde spéculatif du marché de l’art ? Comment fermer les yeux sur l’origine des financements et des grands prix d’art contemporain, souvent issus des principaux pollueurs et chantres de la consommation ? Les courants les plus militants de l’art écologique se sont constitués via la contestation des sponsors ou des mécènes des grands musées (les pétroliers notamment) et se poursuit aujourd’hui avec les actions de Just Stop Oil. De quoi expliquer pourquoi c’est dans ce champ de l’art écologique qu’il y a le plus de tentatives de développer des nouveaux cadres de diffusion et des modèles économiques alternatifs, pour gagner en autonomie vis-à-vis des cadres institués : communautés, fablab, double activité…

Quels sont vos souvenirs les plus marquants, tout au long de ce riche parcours ?

En 15 ans, nous avons eu la chance de monter des projets artistiques dans des milieux étonnants, au cœur des forêts franciliennes, dans les montagnes du Haut-Jura, dans les villages perdus d’Alsace, dans les salles des négociations des Conférences pour le Climat mais aussi sur la plage du littoral d’Anglet, sur les Îles de la Seine, dans des parcs urbains, des tiers lieux ruraux, des centres d’art de premier plans, le siège social d’une banque, les égouts de Paris, les murs sans âge d’une abbaye, des friches industrielles.
Ceci avec des centaines d’artistes, de chercheurs, de citoyens qui nous ont permis de vivre des expériences hors du communs comme celle de
collaborer avec 68 arbres destinés aux gares du Grands Paris, pister le renard et le ragondin dans les parcs et jardins d’Île-de-France, dialoguer avec des fougères, tout apprendre sur les castors, camper sur les toits de la Condition Publique à Roubaix, distribuer des passeports de l’Antarctique à la COP21, toutes ces choses incroyables que seule peut produire la présence assidue des artistes dans une vie !

Comment évolue l’équipe COAL aujourd’hui ?

COAL c’est une longue histoire d’amitié et de complicité entre nous trois, qui collaborons depuis 15 ans, mais c’est aussi l’engagement de plus d’une soixantaine de salariés, chargés de mission, stagiaires, services civiques et bénévoles qui se sont succédés au fil des ans et sans qui rien n’aurait été possible. En 2023, nous sommes rejoints par deux nouveaux amis et membres essentiels pour le futur de l’association : l’artiste Thierry Boutonnier, premier lauréat du Prix COAL et Sara Dufour, qui après 3 ans de collaboration sur la programmation des Nuits des forêts, devient directrice des programmes de l’association.

Est-ce que l’avenir de l’art se construit dans l’écologie ?

Aujourd’hui l’état des lieux de la planète ne laisse plus le choix de se préoccuper d’écologie. Alors que les sols sont contaminés, les forêts asphyxiées,
alors que le vivant s’effondre, et que les oiseaux meurent… Pourquoi n’arrivons-nous pas à protéger, à sauvegarder, à conserver, à préserver, à
défendre la nature ? Les artistes et les partenaires avec lesquels nous collaborons, tous d’horizons si différents, œuvrent chacun à leur manière au service d’un rééquilibrage. Décrire, avertir, agir, non pas dans l’illusion de sauver le monde, mais d’infléchir les comportements, en proposant de
nouveaux imaginaires, de nouveaux récits, pour créer une prise de conscience, des conduites plus vertueuses, de nouvelles alliances entre les
différents règnes, humains, animaux, végétaux pour défendre plus que jamais ce à quoi nous tenons : la liberté et la beauté du monde tel que
nous voulons qu’il continue à exister.

Qu’est ce qu’on fait ces 15 prochaines années ?

Des arrangements avec tout ce qui arrive quand il est trop tard pour faire marche arrière, mais pas trop tard pour construire de nouvelles coalitions.
Et on le fait avec les artistes, qui sont pour la plupart des créatures inoffensives et douées d’imagination, qui savent y voir pas toujours plus clair, mais un peu plus loin. Qui savent globalement s’arranger avec toutes les sociétés.
Dedans ou préférablement un peu à côté. Et un peu à côté aujourd’hui, c’est un peu plus dans la nature. Les arrangements des prochaines années
seront multiples et imprévus (car rien ne se passe jamais comme on a prévu). Nous prévoyons que ces arrangements puissent donner lieu à des
communautés, des expérimentations collectives, des fragments de sociétés, faits en partie d’art et de nature, et donc pas forcément malheureux,
juste beaucoup, beaucoup moins opulents. C’est ce qu’on fait quand on est adulte et qu’on a tout cassé, qu’on a épuisé toutes ses réserves. On s’incline, on écoute, (on serre les dents ou on se serre les coudes), et on ramasse les morceaux.
Généralement, on en sort grandi, apaisé. Pour le dire autrement, quand on s’est planté, on replante.

Momoko Seto PLANET ∑ 2014 – Court métrage d’animation – Photo Momoko Seto

Parcours de l’exposition

La diversité des pratiques artistiques en lien avec l’écologie est foisonnante, aussi bien dans les contenus que dans les formats, rendant complexe toute définition ou catégorisation. L’exposition COALITION accueille cette profusion de gestes, de mots, d’actions, de pratiques qui constitue un art dit “écologique”. De l’action politique et symbolique aux pratiques de résilience, en passant par le témoignage, l’alerte et les pratiques transformatrices, une nouvelle génération d’artistes contribue aujourd’hui à rendre visible les changements, à construire un nouveau récit collectif, matrimoine et patrimoine commun en développement, cadre conscient, positif et nécessaire pour que chacun trouve les moyens et l’inspiration de mettre en œuvre les transformations vers un monde plus durable et plus juste.

FAIRE COALITION
L’exposition réunit des artistes qui, à travers le monde, témoignent, imaginent et expérimentent des transformations pacifiques de territoires, de
modes de vie, d’organisation, et de production. Par leurs propositions, ils et elles tentent d’agir sur les systèmes à l’origine de la crise écologique
pour les dénoncer, les court-circuiter, les infléchir ; de déprogrammer les imaginaires par l’écriture de nouveaux récits, utopiques et dystopiques ; de
construire de nouveaux topoï (« lieu, endroit » en grec) sur des liens de communauté, des alliances avec les autres qu’humains, l’action en commun,
avec la convivialité et la force du symbole. Ainsi réunis, ils et elles dessinent ensemble les contours d’une action artistique délibérément politique et
d’une écologie politique volontairement artistique.
Cette mise en jeux du pouvoir de nos voix, de nos choix et de nos droits, s’incarne en ouverture de l’exposition COALITION dans les Procession
banners 1918-2018, de Lucy+Jorge Orta qui commémorent les succès de la lutte collective pour la construction d’un avenir commun à l’occasion
du centenaire du mouvement des suffragettes. Sur des tissus fleuris créés avec des détenues sont proclamés des slogans libératoires empreints de
ferveur éco-féministe, en mémoire de toutes celles qui furent emprisonnées parce qu’elles luttaient pour obtenir le droit de vote en 1918.
Un écho aux enjeux actuels des élections européennes dans laquelle s’inscrit la saison EU.topia à la Gaîté Lyrique. À cette occasion, l’artiste Thierry Boutonnier invite lui aussi à considérer le droit de vote des sans voix, celui des non humains, ces animaux et ces végétaux avec qui nous avons la Terre en partage. Il appelle à un véritable soulèvement légal qui passe par la reconnaissance des droits de la nature, et une redistribution de l’autorité, qui résonne avec les tensions qui se jouent actuellement dans le monde agricole.

CULTIVER LA RÉSISTANCE
En cultivant la résistance et la résilience, les artistes ne sont pas seulement acteurs du changement, ils nous donnent le pouvoir de l’incarner. Ils et elles déploient des pratiques engagées et réparatrices, qu’elles soient artisanales, jardinières, rituelles, oniriques, militantes, performatives, subversives ou bien juridiques, organisationnelles, relationnelles, administratives, logistiques…
Mille et autres manières d’habiter la Terre croissent et marcottent dans le sillon du Manifeste du photosynthésisme de l’américain Michael Wang qui s’inspire du Manifeste du futurisme (publié par les adeptes de ce courant artistique en 1909) pour mieux le renverser. Si au début du XXe siècle,
les futuristes célébraient la dépense d’énergie et la libération du carbone, le « photosynthésisme » célèbre aujourd’hui la capture du carbone par
les êtres photosynthétiques dans toute leur florescence.
Cette profusion prend forme dans et autour d’une œuvre manifeste de Sara Favriau. Rappelant les techniques ancestrales de manufacture, celle-ci
prend la forme d’une cabane, comme un white cube ancestral, elle accueille autour d’elle, les pièces d’une sélection d’artistes qui mettent la résilience à l’œuvre. Indissociable des façons de faire et de produire, l’art de ces derniers se base sur des principes opératoires tels que l’économie des moyens, le réemploi, l’utilisation de matériaux à faible impact environnemental, l’invention de nouveaux matériaux ou encore la restauration de milieux naturels. La cabane incarne un modèle de liberté et de sobriété à rebours des injonctions de la société consumériste. Elle convoque ces espaces tiers non conventionnels, où s’expérimentent aujourd’hui de multiples écotopies, concrètes et réalistes qui essaiment à tout vent.
Ici se crée une interdépendance entre l’œuvre et son support ; la création personnelle se mue en manifestation collective, ouvrant les champs de la transdisciplinarité. Belen Rodriguez magnifie l’artisanat textile et revalorise la teinture végétale dans une draperie monumentale aux couleurs de la diversité du vivant. Louis Guillaume reconnecte la pratique artistique avec le cycle des saisons en développant des savoir-faire autour de matériaux naturels, propres à chaque période de l’année tandis que Clément Richem recrée le lien entre la main, la terre et son système fertile et nourricier à travers son vase Cosmos qui met en tension le cycle de la vie et de la mort.

Avec l’Éco-combattant (2003), Art Orienté Objet imagine les habits fonctionnels d’un groupe de militants qui occupaient, pour les sauver de la
coupe, les grands arbres de la futaie Colbert, en forêt de Fontainebleau. Ces tenues comportent un casque solaire avec microphone pour amplifier la voix, des porte-tracts, une poche de faux sang, une fiole de liquide nauséabond, des chaînes et des cadenas, un marteau et de très longs clous visant
à rendre les grands chênes inutilisables pour les acheteurs japonais.

Plus loin, le duo Ackroyd & Harvey nous invite à suivre les enseignements de Joseph Beuys, artiste emblématique à l’aura chamanique, qui préconisait de « faire du monde une grande forêt, (de) bâtir les villes et les environnements comme des forêts ». Depuis 2007, le duo anglais sensibilise à ces enjeux par l’intermédiation de près de 250 jeunes chênes issus des glands des 7000 chênes plantés par Beuys dans la ville de Cassel, en Allemagne, lors de la Documenta de 1982. Stefan Shankland imagine quant à lui une manière collective et vertueuse d’accompagner la transformation de la ville avec son Marbre d’ici, un protocole de transformation des déchets inertes et des gravats issus des démolitions d’immeubles
en une nouvelle matière première locale à haute valeur ajoutée, esthétique, écologique, patrimoniale et sociale.

En cherchant des alternatives aux résines pétrochimiques, Beya Gille Gacha explore dans Sources, les potentiels de l’Arrosia, une résine biologique à base de sève de pin. Elle utilise la forme de son propre visage, d’où coule des rivières de larmes comme offertes à la terre pour mieux se ressourcer. Face à l’union perdue entre l’humain et la nature, l’artiste symbolise la peine des arbres, qui semblent observer, immobiles et impuissants, l’humanité qui s’agite à sa perte.

COSMOVISION(S)
Certaines démarches induisent une ouverture du modèle occidental à d’autres cosmovisions, ou conceptions du monde, impliquant considération
et réparation.
La trajectoire artistique de l’artiste brésilienne Maria Thereza Alves est indissociable de son activisme politique, que ce soit en faveur de l’écologie, des droits des minorités indigènes ou des luttes territoriales et décolonisatrices. Ces deux sculptures en bronze représentant des graines constituent un abécédaire du tupi, la langue des Tupinamba qui vivaient autrefois dans la forêt tropicale d’Ubatuba. En tupi, Aimõbucu signifie « s’attarder pour reporter à sa guise » et aicoabeeng, « offrir quelque chose à quelqu’un en amitié ou en guise de bonne éducation ». Cette langue définissait
leur manière de penser et de voir le monde. La plupart des Tupinamba ont été réduits en esclavage ou tués par les Portugais, et seuls 10 % de la forêt de Tupinamba ont subsisté à la déforestation massive.
C’est dans cette quête de réparation historique que l’artiste brésilienne Fabiana Ex-Souza cherche à transformer le passé colonial des plantes en
potentiel de guérison, employant les vertus transmutationnelles des graines pour repenser notre rapport à l’histoire et restaurer nos liens au vivant. Les graines de la colonisation telles que le café, le coton, le tabac, le maïs, les haricots prennent la forme d’amulettes brodées sur des objets et parures qui, une fois revenus à la terre, sèmeront les graines du renouveau.

FACE AU VERTIGE
L’activisme vit avec le trouble de son époque. S’il déploie l’espérance et la résistance avec détermination, il oscille avec la tentation du désengagement, de la désillusion et du renoncement.
Le duo Art Orienté Objet s’inscrit dans une longue histoire de la mobilisation des artistes pour la préservation de la nature et notamment celle des artistes de l’école de Barbizon qui, en 1853, ont pu sauver une partie de la forêt de Fontainebleau en créant des « réserves artistiques ». En 1993, le duo, qui vit alors en bordure de cette forêt, assiste à une coupe claire par l’Office National des Forêts de la Tillaie, une de ces fameuses réserves
artistiques, anéantissant sous leurs yeux ce qui avait été pour eux une grande utopie artistique et écologique. Ils répondirent en produisant Réserve artistique, une installation figurant une forme de chapelle transportable, composée d’un banc, d’un porte-cierges électronique à pièces et d’une photo de la Tillaie martyrisée. L’installation permet à qui le souhaite de se donner bonne conscience en contribuant à la caisse de soutien pour le
mouvement de sauvegarde active de la forêt. Tels des ex-voto, sur l’autel de l’extraction illimitée des ressources naturelles, figurent une série de
gravures sur bois brûlé de Julian Charrière. Ash Cloud Forest | To Observe Is to Influence évoque ces forêts tropicales qui ont été brûlées pour faire place aux plantations de palmiers à huile, à l’élevage intensif et aux biocarburants.
S’inspirant notamment des visions de paysages tropicaux de l’explorateur, biologiste et anthropologue du XIXe siècle, Alfred Russel Wallace, ces forêts de nuages de cendres rappellent comment de vastes écosystèmes anciens peuvent être aujourd’hui littéralement balayés par le vent.

LA CHUTE
Le vertige naît de l’angoisse de la chute, qui, dans le contexte de la crise écologique, n’est pas seulement la crainte de notre propre chute mais
celle du monde lui-même qui s’érode et s’effondre. Comme pour prendre pied, de nombreux artistes dessinent les contours de ce qui se dérobe,
donnent un visage à l’anthropocène, rendent perceptibles les pollutions cachées, les souffrances lointaines, l’appauvrissement de ressources
insoupçonnées, la dégradation, la destruction des écosystèmes et leurs conséquences sur les populations, le vivant et les paysages. Loin du fatalisme, ils bâtissent ainsi les conditions d’une résilience, honorant les mots du poète Hölderlin : « là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ».
Angelika Markul imagine une installation spectaculaire et immersive qui inonde la petite salle d’une symphonie de fin du monde, montrant le tragique effondrement d’un glacier au Sud de la Patagonie, tel un corps gangrené entouré d’une centaine de sculptures comme autant de fantômes
du peuple décimé de la Tierra del Fuego.
Momoko Seto, dans l’alcôve de la chambre sonore, nous met elle aussi face à l’irrémédiable destruction de la biodiversité et son potentiel de
résilience. PLANET ∑ donne à voir des créatures piégées dans la glace, des explosions sous-marines provoquant un réchauffement climatique et in fine la vie qui commence.

LES ABÎMES
Le désastre écologique n’épargne aucun écosystème et son développement vertigineux touche aussi bien les abîmes terrestres que les abysses marines. Entre exploration, dévoilement et invention, la création artistique investit ces espaces invisibles par la fiction, pour mieux avoir
prise sur le réel.
Hypercomf examine le lien physique et culturel entre les espaces humains et les écosystèmes marins. Non sans humour, le court-métrage Fish
kissed se déroule entièrement dans une cuisine et met en vedette une femme, un poulpe et un oursin. Il y explore les diverses interprétations culturelles de la mer, entre mer nourricière et terrain vague, des mythologies de son passé aux enjeux de son avenir. Entre autres, la pratique de l’ichtyomancie, qui prédit l’avenir à l’aide de têtes ou d’entrailles de poissons, n’est pas sans faire écho aux personnages fantastiques de la Cavalcade
amphibienne VI de Elsa Guillaume. Conséquence d’un libre-échange sauvage qui quadrille l’océan de toute part, se désagrègent lentement, dans les tréfonds marins, les carcasses métalliques de navires naufragés, participant silencieusement à la pollution de la mer. Par une approche lyrique et allégorique, Marina Gioti sonde ces ruines submergées comme un paysage culturel qui reflète nos pratiques sociétales.
Poursuivant l’état des lieux des pollutions marines, l’artiste-biologiste et activiste pionnier Brandon Ballengée rend état de l’impact et du choc
pour la biodiversité qui a suivi l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique en 2010, formant la plus grande
marée noire jamais connue. Suivant le triptyque « dépeindre, activer, exposer », Searching for the Ghosts of the Gulf est un projet interdisciplinaire
cherchant à mobiliser les communautés côtières, à convoquer l’absent et à donner une forme visuelle à l’érosion du vivant qu’abrite le golfe du Mexique, à l’heure où les terres côtières de la Louisiane sont celles qui menacent de disparaître le plus rapidement sur Terre. Ici, ce vaste projet s’incarne et se raconte à travers les Larmes d’Ochún, une toute petite crevette aveugle de la côte du Golfe, collectée, conservée dans un flacon et présentée comme un spécimen unique.

NO LIMIT
Alors que nous prenions conscience des ressources limitées de notre planète s’est implantée une culture de l’infini : le progrès, la croissance, la vitesse. Cette nouvelle ère idéologique, géologique et technologique frissonnante, qui a fait le choix du feu, règne sous les fumées et dessine des
paysages au carbone dont les artistes rendent compte dans leurs œuvres.
Chaque année, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, 3,5 millions de personnes meurent des polluants rejetés dans l’atmosphère. Parmi eux, le noir de carbone, une substance principalement émise par la combustion des hydrocarbures dont l’artiste Anaïs Tondeur piste le parcours. Avec
le noir de carbone accumulé dans son masque respiratoire, elle produit une encre, utilisée pour imprimer les photographies des paysages
parcourus par le carbone et rend visible le polluant atmosphérique qui s’immisce dans nos vies et nos corps.
Ces nuages fait par l’homme, autrefois signes de progrès, aujourd’hui redoutés, sont le principal sujet des œuvres du collectif Hehe, comme cette Prise en charge qui, par la métaphore d’un nuage de fumée s’échappant d’une prise électrique, nous invite à « prendre en charge » nos responsabilités devant l’imminente catastrophe. S’attaquant à l’égérie de la pollution, l’Ophélie de Martin Le Chevalier présente une voiture engloutie dans le sol, référence ironique à l’héroïne noyée de Shakespeare et à notre addiction pour cette autre pourvoyeuse de nuages artificiels, incontournable et mortelle.

Source omniprésente de ces fulgurances, comme la sève des arbres, le pétrole, devenu à la fois indispensable et menaçant, est magnifié par ce sac poubelle de Linda Sanchez. Si Baudelaire disait « pétrir de la boue pour en faire de l’or » en sublimant la laideur du réel par l’enluminure des mots, Linda Sanchez transforme le pétrole en Or gris par la vertu de l’art.
Paul Duncombe présente une installation issue de son exploration du cratère d’impact de Manicouagan (Québec) formé par chute d’une météorite il y a 214 millions d’années. Aux frontières de l’exploration, de la science et de la poésie, manipulant la matière numérique jusqu’à l’abstraction, l’artiste révèle la beauté de ces paysages primitifs, terres ancestrales de la nation Innue et le site témoin de la 4e grande extinction du vivant, ici interprétés par les machines.

SE SOUVENIR DU TEMPS LONG
La crise écologique fait frictionner le temps de l’urgence avec le temps long, celui des cycles forestiers, géologiques, dont les phases d’évolution
et de régénération varient sur plusieurs centaines d’années et dépassent l’échelle de vie humaine.
Avec Les mécaniques, Noémie Goudal convoque cette exploration au long court en partant de la découverte récente des traces de l’existence d’une forêt tropicale, il y a 52 millions d’années, à l’emplacement actuel de la calotte glaciaire antarctique.
Avant cela même, Il y a 160 millions d’années, au-dessus des reliefs du département de la Meuse, dans l’Est de la France, s’étendait un immense océan, peuplé d’ammonites, de gastéropodes, de scaphopodes, d’éponges, de polypiers, de requins, d’ichtyosaures et de crocodiles. Une couche
d’argile s’est constituée au fond, à 500 mètres en dessous du sol aujourd’hui. C’est là, sous le village de Bure, que 1,5 kilomètres de galeries ont été́ creusées pour stocker des déchets nucléaires hautement radioactifs pour les 100 000 ans à venir. Stéfane Perraud et Aram Kebabdjian nous
plongent dans cette descente infernale dans les tréfonds de la terre sur l’air de L’Art de la fugue de Bach.

MENSONGES ET VÉRITÉS
Face aux fausses promesses et à la désillusion des politiques, l’art donne forme, non sans ironie, à l’heure de vérité. Il interroge les fantasmes de la technocratie, dénonce le greenwashing et nous outille vers le temps de la résilience et du pardon.
Avec ardeur et esthétisme, Le Nouveau Ministère de l’Agriculture fait la satire de ces mascarades politiques. Éléments de langage : les actes est
une série d’aquarelles qui met en scène des représentants du pouvoir, experts en matière d’extractivisme et d’exploitation du vivant, plantant un arbre au cours d’une cérémonie officielle. Parmi ces éminentes personnalités, on distingue entre autres Sarkozy, le pape, Trump, et Thatcher révélant la dimension systémique de l’opération de communication. L’aventure du vivant : géo-ingénierie verte, s’attaque quant à elle, aux logiques d’industrialisation, de rationalisation, et de robotisation du vivant. À même la peau d’une vache, l’œuvre dresse un inventaire des géo-ingénieries et autres systèmes de manipulation du climat qui sont actuellement expérimentés dans le but de lutter contre le réchauffement climatique mais dont la dangerosité est pourtant reconnue.
Dans une démarche d’humilité, Shaun Gladwell rend hommage et demande pardon aux victimes de nos excès, ici les « roadkill », ces animaux tués sur la route. Apologies 1-6 met en scène un interprète, Gladwell lui-même, au guidon d’une moto sur la route australienne qui s’arrête auprès de chaque animal tué, des kangourous et des wallabies, qu’il berce comme s’il souhaitait qu’ils reviennent à la vie. Questionnant les grands
fantasmes automobiles de l’identité australienne, l’artiste célèbre à sa manière ces petites vies animales, dont le sort n’est que la métaphore de la
collision entre l’humanité et le monde naturel.

SE TRANSFORMER
L’art écologique donne également naissance à toutes sortes de tentatives pour reconstruire un lien intime avec le vivant. Autant de pratiques
artistiques transformatrices basées sur le partage d’expériences des capacités évolutives, pour inventer collectivement des manières alternatives
d’habiter la Terre, des démarches de reconnexion à la fois somatiques, sensorielles, spirituelles.
Tout l’espace est baigné des sons de la forêt de l’artiste dans les Pyrénées enregistré par l’artiste Erik Samakh pendant le confinement, qui rappelle
que ces zones de bruit sont avant tout des zones de vie, patrimoines naturels fragiles à préserver. Dans cette atmosphère de vie et de luxuriance,
Alex Cecchetti plante une forêt de poèmes. Comme des fleurs de jasmin, petites, nombreuses, et au parfum unique, chacun de ces bref haïkus agissent comme des flèches, rapides et efficaces pour nous toucher en plein cœur, là où l’urgence et la pression émotionnelle nous éprouve. Tandis
que Laurent Tixador nous reconnecte aux plaisirs dionysiaques avec sa flûte de pan enchantée, de près de 11 mètres de long, bricolée à partir d’une
plante invasive, la canne de Provence.
À côté, Marie Velardi propose une Salle de Décélération où expérimenter le ralentissement, et se mettre au rythme de la Lune. L’installation
est composée d’une horloge lunaire dont l’aiguille fait le tour du cadran en 29,5 jours et indique la phase lunaire en temps réel, dessinée à l’aquarelle
blanche.

D’autres œuvres invitent à intercéder de façon bienveillante avec l’autre, l’autre-qu’humain et à entamer un dialogue interspécifique. C’est le
cas des nichoirs de Feipel et Bechameil, conçus pour offrir un refuge aux oiseaux migrateurs menacés par une architecture contemporaine
perfectionniste qui a éliminé de nos bâtis toutes sortes de failles et de brèches ne laissant que des surfaces lisses et impropres à la nidification. C’est aussi le cas de Shivay La Multiple qui célèbre l’esprit de la calebasse. À la recherche du fruit ligneux : ciel qui parle nous emmène à la rencontre
de ce fruit ligneux aux usages, formes et récits pluriels. Transformée à la fois en objet utilitaire, décoratif, musical ou religieux, utilisée en poison
ou en remède, la calebasse est omniprésente dans de nombreuses traditions du monde. L’artiste propose de rendre hommage à ces savoir-faire
en perdition à travers une installation sonore diffusant la mémoire des gestes, des voix et des êtres qui utilisent la calebasse.
Afin de mettre en valeur les capacités sensibles et émotives des plantes, les peintures talismaniques de Sandra Lorenzi nous invitent à comprendre et à décrypter le langage propre à celles-ci, et plus particulièrement aux fougères, espèce primitive extrêmement résiliente. Se rendre sensible aux
autres espèces, c’est certainement par-là que tout commence.

Exposition Coalition, 15 ans d’art et d’écologie, jusqu’au 2 juin 2024 – Gaîté Lyrique-Fabrique de l’époque, 3bis rue Papin – 75003 – Paris

Accès libre
Visites guidées de l’exposition les samedis et dimanches, du samedi 27 avril au dimanche 2 juin.
Tarif plein : 7,80€ • Tarif réduit (enfant 6-12 ans) : 5,80€• En dessous de 6 ans : gratuit (pas besoin de billet)
Durée : environ 1 heure.
Départ de la visite à 14h – rendez-vous devant l’entrée de l’exposition.
Visites scolaires les mardis et les jeudis. Réservation : billetterie@gaite-lyrique.net

www.gaite-lyrique.net

Photos : ©Marc Domage

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