Regardez le monde
avec les yeux ouverts

Inscrit ou abonné ?
CONNEXION

UP', média libre
grâce à ses lecteurs
Je rejoins

rejoignez gratuitement le cercle des lecteurs de UP’

Elles font l’abstraction au Guggenheim de Bilbao

Commencez

Le Musée Guggenheim Bilbao présente Elles font l’abstraction, une exposition parrainée par la Fondation BBVA, qui porte un nouveau regard sur l’histoire de l’abstraction de ses origines aux années 80, à travers les œuvres de plus de cent femmes artistes, englobant les arts plastiques, la danse, la photographie, le cinéma et les arts décoratifs. Proposant une analyse chronologique, l’exposition met en avant les processus qui ont conduit au manque de visibilité des artistes, ainsi que quelques tournants ayant marqué l’histoire de l’abstraction. Elle remet en question les canons esthétiques, sans en définir de nouveau.

Elles font l’abstraction va au-delà de l’idée d’une histoire de l’art conçue comme une succession de pratiques pionnières. En donnant à ces artistes la place qu’elles méritent dans cette histoire, elle démontre la complexité et la diversité de cette dernière.

Une complexité et une diversité manifestes dès le début de l’exposition, qui commence par une incursion inédite dans le XIXe siècle pour redécouvrir l’œuvre de Georgiana Houghton dans les années 1860 et mettre en avant les origines chronologiques de l’abstraction, en remontant jusqu’à ses racines spiritualistes. L’œuvre de Houghton illustre le « symbolisme sacré », l’un des sujets traités dans cette exposition. Le spiritualisme, en vogue dans les années 1850, constitue l’un des principaux chemins menant vers l’abstraction, et les femmes en sont les précurseures au XIXe siècle : ce sont elles qui inventent une abstraction non conceptualisée comme telle, en définissant un symbolisme sacré à partir de leur désir de représenter le transcendant.

Georgiana Houghton (1814-1884), « The Sheltering Wing of the Most High », 1862, aquarelle et gouache sur papier, 23×31.5cm, Collection Victorian Spiritualists’ Union, Melbourne

L’exposition met également l’accent sur les figures fondamentales par le biais d’une série de petites photographies dans lesquelles se distinguent les femmes artistes injustement éclipsées ou très peu exposées en Europe.

Le catalogue de l’exposition traite des contextes éducatifs, sociaux et institutionnels spécifiques qui ont entouré, promu ou fait obstacle à la reconnaissance de ces femmes.

L’exposition dévoile par ailleurs la raison pour laquelle de nombreuses artistes n’ont pas cherché cette reconnaissance et analyse leurs positions dans toutes leurs complexités et tous leurs paradoxes. Certaines artistes, comme Sonia Delaunay-Terk, adoptent une position au-delà du genre, tandis que d’autres, comme Judy Chicago, revendiquent un art féminin.
Cette version au féminin de l’histoire remet en question l’étude de l’abstraction restreinte à la peinture, l’une des raisons pour lesquelles les femmes ont été exclues, car cette approche moderne rejette les facettes spiritualistes, ornementales et performatives de l’abstraction.

La perspective de l’exposition est également globale. Le dynamisme de la scène parisienne dans les années 50 est mis en avant par le biais d’exemples d’associations de styles surprenantes, comme des œuvres de la Libanaise Saloua Raouda Choucair, de la Cubano-américaine Carmen Herrera ou de la Turque Fahrelnissa Zeid.

Fahrelnissa Zeid « Le sable du soleil » (The Arena of the Sun), 1954
Huile sur toile 196 x 296,5 cm
Istanbul Museum of Modern Art Collection, Istanbul, don d’Eczacıbaşı Group
© Raad Zeid Al-Hussein
© Istanbul Museum of Modern Art
Photo : Reha Arcan

L’exposition explore également les modernités d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Asie, ainsi que celles des artistes afro-américaines, qui n’obtiennent une visibilité qu’à partir des années 70, lorsqu’elles racontent leur histoire avec toutes les voix qui la composent, au-delà du canon occidental.

L’exposition examine en outre le rôle des textiles dans l’histoire de l’abstraction. À partir des années 60, quelques artistes, principalement d’Europe de l’Est et des États-Unis, créent des œuvres textiles, souvent monumentales, sans lien avec le mur, mais plutôt avec la domination de l’espace, comme la sculpture. Le terme « Nouvelle tapisserie », qui classait ces objets dans le domaine de l’artisanat, est progressivement abandonné en faveur d’autres termes comme « Fiber Art » ou « Art textile ». Des œuvres textiles sont exposées pour la première fois dans un musée en 1969, lors de l’exposition Wall Hangings présentée au Museum of Modern Art de New York. L’œuvre de l’artiste catalane Aurèlia Muñoz constitue une contribution importante dans ce domaine.

La conception de l’installation comprend des espaces documentaires dédiés aux expositions clés, aux artistes fondamentales de l’abstraction et aux critiques célèbres, en particulier dans le contexte des combats féministes des années 70 et de leur interprétation postmoderne. Elle comprend également des publications de référence et des documents imprimés, qui suivent la ligne pluridisciplinaire de l’exposition.

Elles font l’abstraction soulève en outre diverses questions. La première relève du sujet lui-même : qu’est-ce que l’abstraction exactement ? D’autres questions concernent les causes du manque de visibilité des femmes dans l’histoire de l’abstraction, qui existent encore aujourd’hui. Pouvons-nous continuer à isoler les femmes artistes au sein d’une histoire indépendante alors que nous souhaitions en réalité une histoire commune, allant au-delà du genre ? Enfin, l’exposition montre les apports spécifiques des femmes artistes à cette histoire originale et singulière ; qu’ils soient pionniers ou non, ces apports sont dans tous les cas intéressants. 

Exposition Elles font l’abstraction du 22 octobre 2021 au 27 février 2022 au musée Guggenheim de Bilbao

Commissaires : Christine Macel, conservatrice en chef, Centre Pompidou ; Karolina Lewandowska, conservatrice de photographie et directrice du Musée de Varsovie ; avec la collaboration de Lekha Hileman Waitoller, conservatrice du Musée Guggenheim Bilbao.

Une exposition organisée par le Centre Pompidou, Paris, en collaboration avec le Musée Guggenheim Bilbao, avec le soutien de la Fondation BBVA.

Photo d’en-tête : Sonia Delaunay « Prismes électriques », 1914
Huile sur toile 250 x 250 cm
Acquisition de l’État, 1958 – Attribution, 1958
Collection Centre Pompidou, Paris, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle
Image © Centre Pompidou, MNAM-CCI/ Philippe Migeat/
Dist. RMN-GP
Œuvre © Pracusa S.A.

0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments
Article précédent

Nuit Blanche métropolitaine 2021 : "Faire corps commun "

Prochain article

Nuit blanche 2021 : des non humains dans l’Espace

Derniers articles de ARTS & CULTURES

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS. ET AGIR.
logo-UP-menu150

Déjà inscrit ? Je me connecte

Inscrivez-vous et lisez trois articles gratuitement. Recevez aussi notre newsletter pour être informé des dernières infos publiées.

→ Inscrivez-vous gratuitement pour poursuivre votre lecture.

REJOIGNEZ

LE CERCLE DE CEUX QUI VEULENT COMPRENDRE NOTRE EPOQUE DE TRANSITION, REGARDER LE MONDE AVEC LES YEUX OUVERTS ET AGIR

Vous avez bénéficié de 3 articles gratuits pour découvrir UP’.

Profitez d'un accès illimité à nos contenus !

A partir de 1.70 € par semaine seulement.
Partagez3
Tweetez
Partagez
WhatsApp
Email
Print