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Pandémie, inondations, incendies, ouragans, extinctions : la nature nous dit qu’il est temps de reconstruire notre économie

Le PIB par habitant est une mesure inadéquate du bien-être. Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons utiliser l'indice de richesse inclusif pour y parvenir.

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Alors que nous entrons dans la seconde moitié de l’année 2020, il est clair que nous sommes confrontés à une convergence de troubles d’une ampleur sans précédent. La perturbation des écosystèmes a conduit à une pandémie mondiale. Le changement climatique, la pollution chimique et la sixième extinction massive font peser d’autres menaces liées à l’Anthropocène. Il est plus évident que jamais que les économies, la santé, l’environnement et l’humanité sont liés dans le monde entier. Le niveau sans précédent de perturbation sociale et de choc économique a nécessité une réflexion globale et générale, de nouvelles stratégies et des indicateurs globaux du progrès et de la résilience de l’humanité. Comment en sommes-nous arrivés là ? En fondant nos décisions sur une mesure à courte vue du bien-être humain.

Le produit intérieur brut (PIB), qui est traditionnellement utilisé pour mesurer la croissance économique et le bien-être, ne tient pas compte des contributions des écosystèmes naturels. Il traite l’environnement comme un bien de luxe plutôt que comme un actif qui génère des bénéfices pouvant être mesurés en termes monétaires (et, bien sûr, comme la base sur laquelle tout peut exister). En conséquence, nous n’accordons pas suffisamment de poids à l’environnement dans nos décisions – et les conséquences de nos décisions reviennent nous hanter sous la forme de maladies, d’instabilité politique, d’insécurité économique et autres.

Comment pouvons-nous parvenir à un meilleur destin ? Par le biais de ce que l’on appelle la « comptabilité inclusive de la richesse » – une mesure du véritable bien-être, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour les générations futures. La richesse inclusive fait référence à la somme de la valeur sociale du capital manufacturé (comme les bâtiments et les machines), du capital humain (comme la santé et les compétences) et du capital naturel (comme la biodiversité et les services écosystémiques). En bref, c’est une façon plus inclusive de comptabiliser les différents éléments qui contribuent à la durabilité et au bien-être humain.

Évaluation holistique

Une approche de la mesure du bien-être basée sur le PIB se concentre sur le capital produit ou manufacturé. Elle accorde moins d’attention au capital naturel, c’est-à-dire aux biens et services tels que l’eau, l’air, le sol, la biodiversité et la beauté des paysages qui profitent également à la société. Même si la valeur de certains services écosystémiques est intégrée dans les mesures du PIB, nombre d’entre eux sont souvent ignorés et non pris en compte.

La richesse inclusive désigne la somme de la valeur sociale du capital manufacturé (comme les bâtiments et les machines), du capital humain (comme la santé et les compétences) et du capital naturel (comme la biodiversité et les services écosystémiques). Image reproduite avec l’aimable autorisation du PNUE

La richesse inclusive désigne la somme de la valeur sociale du capital manufacturé (comme les bâtiments et les machines), du capital humain (comme la santé et les compétences) et du capital naturel (comme la biodiversité et les services écosystémiques). Image reproduite avec l’aimable autorisation du PNUE

L’indice de richesse inclusive (IWI), proposé pour la première fois en 2012 par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et d’autres organismes, et guidé par le légendaire économiste de l’environnement Sir Partha Dasgupta de Cambridge, comprend en revanche une évaluation holistique non seulement du capital produit ou manufacturé, mais aussi du capital humain et du capital naturel. Elle prend en considération non seulement les types de richesse traditionnels, mais aussi des richesses moins tangibles – telles que les compétences, les soins de santé et les actifs environnementaux – qui constituent l’épine dorsale du progrès humain et qui, en fin de compte, fixent les paramètres du développement durable.

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La richesse inclusive d’un pays (IW) est la valeur de son capital naturel, de son capital humain et de son capital produit. En prenant en compte ces trois formes de capital, la richesse inclusive nous permet de caractériser plus précisément l’évolution globale du bien-être. Par exemple, lorsque des arbres et des habitats favorables à la biodiversité sont détruits pour construire une école ou un hôpital, le capital naturel diminue mais le capital humain augmente. Il est très important que les décideurs le sachent et c’est essentiel pour orienter les efforts visant à améliorer la véritable durabilité.

Appel à l’action

Tout comme les entreprises font une comptabilité des actifs, les nations devraient faire une comptabilité inclusive de la richesse. Et cette comptabilité devrait inclure la biodiversité ainsi que la santé et la résilience des écosystèmes, qui nécessitent des investissements pour les maintenir et les préserver. Comme le PIB ne tient pas compte des avantages du capital naturel, il n’incite pas à prendre les mesures nécessaires pour protéger la biodiversité et les services qu’elle fournit, y compris la réduction du risque de pandémie. Pour assurer une telle protection, il faut comptabiliser toutes sortes d’actifs, en particulier le capital naturel. Comme le dit la résolution de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement (UNEA), « les mécanismes d’évaluation et de comptabilité du capital naturel et des ressources naturelles peuvent aider les pays à évaluer et à apprécier la valeur et la pleine valeur de leur capital naturel et à surveiller la dégradation de l’environnement« . Une comptabilité inclusive des richesses peut encourager la responsabilisation et permettre aux pays de suivre les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de conservation.

L’étude Dasgupta pour le Trésor britannique a déjà commencé à exprimer la nécessité d’une comptabilité inclusive du patrimoine pour suivre l’évolution des actifs naturels et les nouveaux compromis.

L’IIBH n’a pas été développé dans l’intention de remplacer le PIB comme indicateur de progrès. En effet, les rapports du PNUE sur la richesse inclusive montrent qu’il est possible de parvenir à une croissance du PIB par habitant et de la richesse inclusive simultanément.

Le rapport 2018 sur la richesse inclusive estime la richesse inclusive par habitant sur la période 1992-2014 dans 140 pays. Malgré des données très limitées, il a constaté qu’en moyenne, le capital naturel a diminué. La richesse inclusive par habitant (naturelle, produite et humaine) a augmenté, mais à un rythme plus lent que celui du PIB par habitant. Cela n’est pas de bon augure pour la durabilité, car cela signifie qu’une partie de la hausse du PIB se fait au détriment du capital naturel et humain.

Les objectifs de développement durable (ODD) exigent des nations qu’elles trouvent un équilibre entre les différents types de capital – produit, humain et naturel. Le PIB par habitant n’est pas adapté à cette tâche. La notion de richesse inclusive formalise une manière de trouver un équilibre. Pour que les ODD soient eux-mêmes durables, les nations doivent fournir des estimations de l’évolution de la richesse inclusive par habitant.

Le rapport d’avancement sur les ODD suggère qu’à dix ans à peine de leur réalisation, nous sommes à la traîne pour presque tous les objectifs. Nous avons la possibilité de résoudre ce problème en adoptant un indicateur crédible et bien équilibré pour une véritable durabilité. Maintenant, plus que jamais, nous devons utiliser l’IIBH comme mesure du bien-être.

Pushpam Kumar, Économiste en chef de l’environnement, Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)

Source : ENSIA

Image d’en-tête : Illustration Kelsey King

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2 Commentaires
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francois.braize@orange.fr
2 mois

Excellent analyse, merci ! Mais, attention, nul besoin pour cela d’aller chercher un titre pour l’article qui prête des intentions ou une volonté à « Dame Nature » ! C’est nous prendre pour des ânes et si l’auteur adhère à une telle idéologie mystificatrice cela ferait douter de tout le reste de son propos. Voir à cet égard pour le démontage de cette idéologie naïve l’excellent papier de la philosophe Catherine Kintzler auquel chaque esprit honnête devrait se référer pour ne pas sombrer avec tel ou tel gourou dans ce qu’elle appelle « l’humilité vicieuse des adorateurs de chagrin ». https://www.mezetulle.fr/coronavirus-2020-la-nature-en-train-de-se-revolter/ On espère donc… Lire la suite »

Membre
isabelle.blin@yahoo.fr
2 mois

Vous me faîtes rire avec votre pandémie!

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