Le gouvernement se met à l’écologie et oublie la biodiversité

biodiversité
Ce mercredi 12 juin, le Premier ministre Edouard Philippe a prononcé sa deuxième déclaration de politique générale qui a obtenu la confiance des députés (363 votes pour et 163 votes contre, 47 abstentions), avant de la soumettre ce jeudi 13 juin aux sénateurs qui devront, dans la foulée, voter. Il a donc présenté et détaillé les principaux chantiers, dont celui de la transition écologique. Apparemment, la prise en compte d’un changement de vitesse a bien été annoncée avec certaines mesures précises. Mais, en même temps, aucune mesure concrète n’a été annoncée pour la biodiversité.
 
C’est le constat décevant que fait la LPO – Agir pour la biodiversité (1).  Certes l’exaspération de la jeunesse devant l’apathie des pouvoirs publics a bien été posée en constat. Le manque de culture et de sensibilité tardive de certains sur le sujet rappelé, puisque le Premier ministre a décidé une accélération écologique dans les douze prochains mois. Mais pas une seule fois le mot biodiversité ne fut prononcé, si ce n’est en tant que victime, comme nous-mêmes, du dérèglement climatique, de la pollution de l’air, des sols, et des mers.
 
Pourtant, le Premier ministre a déclaré : « Nous devons lutter contre le plastique jetable, et privilégier le recyclage et les produits consignés », réaffirmant que le projet de loi de lutte contre le gaspillage sera inscrit dans les trois « priorités » de l’Assemblée nationale pour la rentrée de septembre. Il sera notamment possible d’imposer l’incorporation de plastique recyclé dans toutes les bouteilles en plastique à usage unique, et tous les produits en plastique seront bannis de l’administration à compter de 2020.
 
Mais aucune mesure concrète n’est annoncée pour stopper l’artificialisation des milieux, pour réduire drastiquement les intrants agricoles, stopper la chasse des espèces en mauvais état de conservation, mettre enfin un terme à l’effondrement de la biodiversité.
Les espèces disparaissent sous l’assaut de l’artificialisation et de la destruction des milieux, des pollutions diverses, des prélèvements excessifs et non durables : perte de 30% des oiseaux communs en 15 ans, de 40% des populations de chauves-souris en 10 ans, effondrement des insectes etc. La réunion de l’IPBES à Paris il y a moins de deux mois n’aura donc servi à rien ?
 
Il fut bien question de démultiplier les énergies renouvelables notamment l’éolien en mer, mais sans autre mention sur les enjeux écologiques, de rénovation énergétique, de santé… 
 
De création d’espaces protégés, de plan d’action pour les espèces, de mesures à la hauteur pour la biodiversité outre-mer, d’arrêt de la chasse des espèces en mauvais état de conservation il n’en fut pas question une seule fois. Tandis que le gouvernement officialise cette semaine la baisse du prix du permis de chasse de 400 à 200 €, faisant perdre 20 M€ pour les activités de connaissance et de police de la nature, aucun moyen supplémentaire n’est annoncé.
Les plus grandes ONG de protection de la nature n’ont été pas reçues par la Président de la République malgré leurs demandes répétées depuis deux ans.
Pour Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO, « Les enjeux climatiques ne peuvent plus être traités en laissant sur le côté les enjeux écologiques. Et la transition écologique ne se suffit plus du seul développement durable ! »
 
Pour l’ONG France Nature Environnement, « Malgré un ton très volontaire, on n’a pas entendu prononcer une seule fois le terme climat, pesticides, protection de la biodiversité ou maîtrise de l’énergie dans les transports ou l’industrie. »

 
La relation entre la diversité biologique et le fonctionnement des écosystèmes est une des questions les plus actuelles de l’écologie aujourd’hui. Il est aujourd’hui incontestable que la Terre est confrontée à une crise majeure d’extinction d’espèces et l’on s’interroge sur les conséquences concrètes de la diminution rapide de la biodiversité avec, en toile de fond, la question de l’existence éventuelle d’une diversité minimale au-dessous de laquelle il ne faudrait pas descendre au risque de bouleverser profondément les conditions de vie de l’humanité (2).
 
Comme l’explique Delphine Batho dans son dernier ouvrage, « Ecologie intégrale » (3), « Nous sommes des êtres naturels enracinés dans le vivant. Face à nos peurs légitimes, à l’état de sidération que provoquent les destructions de la nature que nous constatons désormais de visu, à l’angoisse que nous ressentons devant la catastrophe planétaire en cours, il faut redonner ce sens à nos vies : nous sommes des vivants. C’est notre joie de vivre, la fraternité avec nos semblables, l’amour de la nature, notre harmonie avec l’ensemble du vivant qui peuvent nous permettre de soulever des montagnes, augmenter notre puissance d’agir et abattre l’ordre ancien des Destructeurs. »
 
(1) Source : CP de LPO
(3) Ecologie intégrale. Le manifeste, de Delphine Batho – Editions du Rocher, janvier 2019
 
Pour aller plus loin :
 
– Livre « La formidable épopée invisible » d’Isabelle Lacourt – Editions Baudelaire, 2018 
– Livre « Biodiversité, quand les politiques européennes menacent le vivant« , d’Inès Trépant – Edition Yves Michel, 2017
 

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

 

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Emmanuel Macron
Un autre article

Macron : le CETA aux forceps

agroécologie
Un autre article

Pour nourrir dix milliards d’humains, il faudra une révolution agricole et alimentaire

Biodiversité - Dernières infos