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Manger sain et à satiété : l’appel à une loi d’urgence

Un pays où l’on doit choisir entre manger et se soigner est un pays qui renonce à ses promesses. En France, des millions de personnes sautent des repas tandis que l’alimentation saine devient un privilège. Face à cette injustice sociale et sanitaire, 37 associations montent au front et exigent une loi d’urgence : rendre accessibles à prix coûtant 100 produits essentiels. Une mesure simple, vitale, que le gouvernement ne peut plus ignorer.

Un Français sur trois ne mange pas à sa faim et n’a pas les moyens de se nourrir sainement : c’est la double peine puisque sa santé en pâtit aussi. Alors que les années d’inflation passées ont durablement fragilisé les ménages et qu’une nouvelle crise économique se profile, manger sainement est devenu un luxe en France. Dans une lettre ouverte adressée ce 1er avril au Premier ministre, 37 organisations, emmenées par Familles Rurales, foodwatch, le Secours Catholique Caritas France et France Assos Santé dénoncent l’insuffisance des moyens déployés face à la précarité alimentaire et à l’explosion des maladies chroniques liées à une alimentation déséquilibrée. Les associations appellent le gouvernement à rendre obligatoire par le biais d’une loi d’urgence la vente à prix coûtant de 100 aliments bons pour la santé dans les supermarchés. Cette demande est déjà soutenue par près de 40 000 personnes dans une pétition.

Les associations attirent l’attention de M. Lecornu sur une réalité alarmante et inacceptable en France :

  • 35% des Français déclarent devoir sauter au moins un repas par jour faute de moyens financiers suffisants ;
  • 11 millions de Français vivent en situation de précarité alimentaire ;
  • Certaines familles, notamment celles vivant avec les minima sociaux, doivent consacrer jusqu’à 40 % de leur budget à l’alimentation, c’est énorme.

Face à l’urgence, les organisations insistent sur la nécessité d’une mesure simple et concrète : garantir l’accès à 100 produits alimentaires essentiels, conformes aux recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS), vendus à prix coûtant dans toute la grande distribution (GMS), par obligation légale. Cette mesure en aucun cas ne pénalise les agriculteurs et agricultrices, dont la juste rémunération doit bien sûr être assurée.

L’accès à une alimentation saine, durable, abordable est un droit fondamental, que les 37 organisations défendent sans relâche. Or on en est loin. Et malgré des échanges engagés avec plusieurs ministères ces derniers mois, aucune réponse concrète n’a été apportée à ce jour pour adopter cette mesure d’urgence. La coalition d’associations appelle donc le Premier ministre à prendre ses responsabilités sans délai et à soutenir une loi d’urgence pour l’imposer à tous les distributeurs.

La grande distribution a reconnu sa responsabilité dans l’accès à une alimentation de qualité et à prix accessible, en publiant une tribune en juin 2025, appelant l’État à fixer « un cap et un cadre clairs ». Une invitation à légiférer, en somme. A ce jour, seul Dominique Schelcher s’est engagé à retravailler la liste de produits à prix coûtant de U pour l’aligner davantage sur les recommandations de santé. Carrefour, de son côté, a communiqué sur une liste de produits à prix coûtant mais qui ne répond pas du tout à l’impératif de rendre plus accessible des produits recommandés pour la santé. Les autres enseignes – e. Leclerc, Intermarché, Lidl, etc. – n’ont pas donné suite à cette demande, malgré les interpellations des associations.

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Quoi qu’il en soit, les associations insistent sur la nécessité que cette mesure soit une obligation légale pour tous les acteurs de la GMS. C’est la responsabilité des autorités publiques, législateurs et responsables politiques de rendre ces aliments, recommandés par les autorités publiques elles-mêmes, accessibles à toutes et tous.

Dans son Avis pour le droit à une alimentation saine, durable et choisie publié ce 19 mars, la Commission Nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) recommande aussi de « réguler les acteurs privés pour lutter contre les marges abusives et la spéculation sur les prix des produits alimentaires sains et durables, en premier lieu pour les produits issus de l’agriculture biologique, afin de rendre ces aliments plus accessibles » (recommandation 15).

Pour les 37 associations mobilisées, rendre obligatoire la vente à prix coûtant de 100 aliments sains est une urgence.

Inflation alimentaire : une crise durable qui vide les assiettes

À cette crise sociale s’ajoute une réalité économique implacable. Depuis la sortie de la pandémie de Covid-19, la hausse des prix alimentaires s’est installée durablement dans le quotidien des Français, aggravée par les conséquences de la guerre en Ukraine sur les marchés agricoles et énergétiques. Selon l’INSEE, les prix de l’alimentation ont augmenté d’environ 20 % entre 2021 et début 2026, une progression sans précédent sur une période aussi courte.

Si l’inflation alimentaire a ralenti depuis 2024, les prix, eux, ne redescendent pas. Ils restent à des niveaux élevés qui continuent de peser lourdement sur le budget des ménages. Résultat : les comportements alimentaires se dégradent. D’après les données de NielsenIQ et de IRI, les volumes de produits alimentaires vendus en grande distribution ont chuté de 5 à 8 % entre 2022 et 2025, un recul historique qui traduit des arbitrages contraints : moins acheter, moins consommer, parfois se priver.

Cette tendance est confirmée par plusieurs études associatives : une part croissante de la population déclare réduire la qualité de son alimentation ou sauter des repas pour des raisons financières. La précarité alimentaire ne cesse de s’étendre dans un pays pourtant parmi les plus riches du monde.

Au-delà des frontières françaises, cette situation s’inscrit dans un phénomène global. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture souligne, à travers son indice des prix alimentaires, une forte volatilité des prix mondiaux depuis la crise financière de 2008, accentuée par les crises sanitaires, climatiques et géopolitiques récentes. Si les prix internationaux ont reculé après leur pic de 2022, ils demeurent à des niveaux structurellement élevés, avec des répercussions directes sur les marchés nationaux.

Ainsi, le prix de l’alimentation est devenu une préoccupation centrale pour une large partie de la population, y compris dans les pays développés. Une réalité encore trop peu visible dans le débat public, mais aux conséquences majeures : sanitaires, sociales et politiques.

Comment la liste de produits prioritaires de foodwatch, Familles Rurales et le Secours Catholique pour la mesure exigée de “prix coûtant” sur des produits recommandés pour la santé a-t-elle été composée ?

Le droit à accéder à une alimentation saine, choisie, durable, à prix abordable pour toutes et tous et à prix juste pour les agriculteurs et agricultrices est très loin d’être respecté. Dans les faits, une trop grande majorité de consommateurs et consommatrices n’ont pas accès aux produits recommandés par le Programme National Nutrition Santé (PNNS 4), développé par les experts en santé publique pour favoriser une alimentation saine. C’est pour contribuer à remédier en partie à cette situation inacceptable que ces associations exigent une obligation légale pour imposer à la grande distribution à vendre à prix coûtant 100 produits prioritaires basés sur les recommandations du PNNS.
Cette liste est donc composée de 100 produits alimentaires, répartis en grandes familles de produits, sur la base des recommandations de santé publique. Cette liste est une liste de produits prioritaires choisis en raison de leur composition nutritionnelle, en respectant les recommandations du PNNS et n’a en aucun cas la prétention de constituer un “panier” complet répondant à l’ensemble des besoins des consommatrices et consommateurs.

Les recommandations du PNNS sont réparties en trois groupes : « à augmenter », « aller vers » et « réduire ».
Ainsi, la liste comprend d’abord les produits que les recommandations nutritionnelles encouragent « à augmenter » : des fruits et légumes frais de saison, des conserves ou surgelés de fruits / légumes non-transformés, des fruits à coque (noix, noisettes, amandes et pistaches non salées, etc.) et des légumineuses (lentilles, pois chiche par exemple). Les conserves ont été ajoutées notamment pour les personnes n’étant pas en mesure de cuisiner, par exemple par manque d’équipement. Ces conserves, comme les produits surgelés, doivent être brutes et non cuisinés.

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Le groupe « à augmenter » recommande également de privilégier le « fait maison », pour lequel il est nécessaire tout à la fois de disposer de temps, d’équipement, etc. mais aussi d’ingrédients le facilitant. La liste comprend pour cela du vinaigre sans sucre ajouté, du poivre, du beurre, des épices et du sucre, permettant notamment de maîtriser les quantités de sucre ajouté dans les recettes et d’acheter moins de produits industriels transformés et ultra-transformés qui en contiennent souvent trop, ainsi que du miel, une alternative au sucre.
Cette catégorie n’a pas vocation à être exhaustive, mais à proposer quelques produits de base.

Pour répondre aux recommandations du groupe « aller vers », la liste propose des produits laitiers (yaourt nature sans sucre, ou lait ou fromages AOP par exemple), choisis pour limiter les pourcentages de matière grasse et de sucre tout en maintenant l’apport en calcium. On trouve aussi dans la liste des huiles (olive, colza, noix, privilégiées par le PNNS) et des féculents (pâte, riz, farine, diverses céréales) dont des produits semi-complets ou complets. Les féculents complets sont beaucoup plus riches en fibres que les produits raffinés (comme le pain blanc par exemple…) – Les pains aux céréales, les pâtes semi-complètes ou le riz semi-complet sont également de bonnes alternatives aux produits raffinés.
Pour ce groupe, sur la base de la recommandation du PNNS de consommer 2 poissons par semaine, deux poissons et un fruit de mer de type « pêche du jour » ont été inclus, péchés proches des côtés européennes, en excluant les espèces les plus à risque pour la santé et/ ou pour l’environnement, donc notamment le thon, le saumon et la crevette. La liste finale devra prendre au maximum en compte le travail des experts de santé, des experts des océans et de la pêche et les acteurs de la petite pêche côtière française à valoriser.

La liste contient aussi des boissons chaudes (thé, café, infusion) qui, selon le PNNS, lorsqu’elles ne sont pas sucrées, peuvent contribuer à l’apport en eau. Des œufs et des pommes de terre ont été ajoutés à la liste, considérés par les associations comme des aliments de grande consommation. Ces aliments ne font pas l’objet d’une recommandation spécifique dans le PNNS car aucun argument scientifique ne permet d’établir un repère ou une limite de consommation particulière. Ils peuvent néanmoins être consommés dans la mesure où cette consommation n’entrave pas l’atteinte des autres repères de consommation.

Enfin, on trouve dans la liste des produits pour bébé (purées de fruits et légumes sans sucre ajoutés) pour aider les parents à accompagner la diversification alimentaire des 0-3 ans, notamment pour celles et ceux qui ont des contraintes pour cuisiner. Pour celles qui ne peuvent pas ou plus allaiter – et ne peuvent donc suivre la recommandation d’allaitement exclusif pour les 6 premiers mois des bébés, la liste prévoit des laits infantiles (lait de croissance sans sucre ni arôme ajoutés).

La liste contient bien sûr une proportion significative d’aliments biologiques, nécessaires pour toutes les catégories alimentaires. La liste vise aussi à valoriser au maximum des produits d’origine française. Pour certaines catégories, notamment les fruits et les légumes, les distributeurs devront communiquer l’origine des produits.

La liste exigée à prix coûtant ne propose pas de produits du groupe « à réduire » dont la consommation excessive peut nuire à la santé. Dans cette catégorie, on trouve notamment la viande et la charcuterie, les produits avec un Nutri-Score D ou E (à l’exception des fromages), l’alcool, le sel et les produits salés, les produits gras, sucrés, ultra-transformés, et les boissons sucrées.

Les contenances proposées et le nombre de références dans la liste sont indicatives, sur base hebdomadaire par foyer. Selon l’Insee, en France, le nombre moyen de personnes par ménages est de 2,15 et les ménages de 1 ou 2 personnes représentent 71% des foyers. Cette précision vise à inclure dans la liste des formats qui répondront aux besoins du plus grand nombre pour ces produits prioritaires, en évitant le gaspillage alimentaire, tout en respectant les proportions recommandées par le PNNS. Ces contenances sont détaillées dans une liste plus technique que les associations peuvent fournir.

Liste des 100 produits prioritaires

Liste des membres de la coalition (par ordre alphabétique) : 
Action contre la faim, ADEIC (Association de défense, éducation et information du consommateur), AEQUITAZ, Alerte des médecins sur les pesticides, Association Addictions France, Association française des Diététiciens Nutritionnistes, Association pour la prise en charge et la prévention de l’obésité (APOP), Association Léo Lagrange de défense des consommateurs (ALLDC), ATTAC, Avenir santé environnement, Bloom, Cancer colère, Confédération Syndicale des Familles (CS), Ecole comestible, Familles de France, Familles Rurales, Fédération des centres sociaux et socioculturels de France, Fédération française des diabétiques,  Fédération promotion santé, foodwatch, France Assos Santé, Greenpeace France, Le collectif : Les pieds dans le plat, Ligue contre l’obésité, Noé: association pour la biodiversité, Oui Change, On Est Prêt, ONAV, Oxfam France, Réseau Environnement Santé, RESES (Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire), Réseau Action Climat, Secours Catholique Caritas France, Tablée des chefs, UFC Que Choisir, Union des Groupements des Epiceries Sociales et Solidaires (UGESS), VRAC.

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