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Transition bas carbone : les entreprises au pied du mur

À l’heure où la France affine sa trajectoire climatique, la publication de la nouvelle stratégie nationale bas carbone (SNBC3) par le Haut conseil pour le climat marque une étape importante. Plus ambitieuse et mieux alignée sur les objectifs européens du paquet « Fit for 55 », elle confirme l’accélération nécessaire pour réduire significativement les émissions d’ici 2030 et atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Dans ce contexte, le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France salue une avancée notable tout en appelant à une mobilisation accrue des entreprises. Nils Pedersen revient pour nous sur les enjeux de cette nouvelle feuille de route et sur le rôle clé du secteur privé dans l’alignement avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Le Pacte mondial des Nations Unies, créé en 2000 par Kofi Annan, joue un rôle clé pour mobiliser les entreprises à l’échelle mondiale. Cette initiative d’engagement volontaire invite les acteurs économiques à aligner leurs stratégies et leurs opérations sur dix principes universels couvrant les droits de l’homme, les normes du travail, l’environnement et la lutte contre la corruption. Elle contribue également à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 et à l’appropriation des 17 Objectifs de développement durable (ODD).

Relais officiel en France, le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France fédère aujourd’hui plus de 2 000 entreprises et 100 organisations à but non lucratif sur l’ensemble du territoire. Il accompagne concrètement les acteurs économiques français dans la mise en œuvre des dix principes du Pacte mondial ainsi que des ODD, favorisant ainsi un alignement du secteur privé avec les ambitions de l’Agenda 2030 et de l’Accord de Paris. Présidé par Florent Menegaux, le réseau incarne une dynamique collective en faveur d’une transformation durable de l’économie.

La crédibilité de la SNBC 3 repose sur une réduction rapide et soutenue des émissions. Pour respecter le prochain budget carbone, les émissions brutes doivent baisser d’environ 4,5 % par an de 2025 à 2028, un rythme bien supérieur aux baisses observées en 2024 et 2025. La coordination des politiques publiques est essentielle pour garantir une trajectoire accélérée grâce à des changements structurels. Cette stratégie est indispensable pour la continuité de l’action climatique et pour la souveraineté de la France face à la récurrence des conflits militaires et commerciaux liés aux énergies fossiles. La SNBC 3 réhausse les objectifs de réduction des émissions brutes, prend en compte la baisse du puits de carbone des forêts et fixe un objectif pour l’empreinte carbone de la France, conformément à une recommandation antérieure du HCC. La trajectoire de baisse des émissions prévue pour 2030 et 2040 est, dans l’ensemble, compatible avec la loi Climat de l’UE, selon le Haut conseil pour le climat.

Alors que la SNBC3 fixe un cap plus exigeant, le Pacte mondial de l’ONU – Réseau France souligne la nécessité d’une mobilisation renforcée des entreprises pour traduire ces objectifs en actions concrètes. Nils Pedersen, délégué général du Pacte mondial de l’ONU – Réseau France, revient dans cette interview sur les avancées de cette nouvelle stratégie et sur le rôle déterminant du secteur privé dans l’atteinte des objectifs climatiques.

UP’ Magazine : Quels sont les principaux freins à la mise en œuvre concrète de la SNBC3, notamment pour les entreprises ? 

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Nils Pedersen : La SNBC 3 est un plan ambitieux, et il faut qu’elle puisse s’accompagner d’une vraie feuille de route opérationnelle, avec des objectifs annuels de suivi de la mise en œuvre, et un plan budgétaire solide. Celle-ci mérite de se construire en étroite collaboration entre l’ensemble des parties prenantes : pouvoirs publics, secteur privé et société civile. Pour les entreprises, une feuille de route claire est essentielle pour pouvoir planifier les différentes étapes de leur transformation, et notamment pouvoir anticiper les besoins financiers requis. Le contexte économique actuel français, européen et mondial, ainsi que l’incertitude entourant les prix de l’énergie, ne permet pas de se tourner pleinement vers la mise en œuvre de la SNBC 3. Pour autant, il demeure
essentiel de ne pas céder aux sirènes d’enjeux court-termistes, car une transformation efficace s’opère sur le temps long.

UP’ : La trajectoire actuelle de la France est-elle réellement compatible avec ses objectifs à 2030 ? 

NP : L’objectif est désormais d’atteindre 50% de réduction des émissions en 2030 par rapport à 1990. Cependant, de 1990 à 2023 les émissions n’ont baissé que de 13,4 %. Au rythme actuel il faudrait donc encore plus de 60 ans pour atteindre cet objectif de 50 %. En 2024, près de 55 % d’émissions étaient issues des importations. Et si les émissions domestiques diminuent, ce n’est pas le cas pour les émissions importées, qui ont même nettement augmenté depuis 1990. Cela doit inciter à repenser les chaînes de valeur et se tourner vers des modèles d’économie circulaire.
Le Haut-conseil au climat (HCC) indique que les prévisions de baisse des émissions importées dans la SNBC 3 sont alignées avec le rythme de baisse des émissions intérieures, mais qu’il y a en réalité beaucoup moins de leviers permettant d’assurer un rythme de baisse similaire. Il faut saluer ces objectifs ambitieux, et tout l’enjeu sera de se donner les moyens collectifs de les atteindre. Il faudra mobiliser l’ensemble des leviers, et intégrer pleinement le secteur privé qui a des réponses industrielles et économiques à apporter à court et long terme.

UP’ : Quels secteurs devront fournir les efforts les plus importants dans les prochaines années ? 

NP : Des secteurs comme l’industrie ou le transport ont forcément des émissions directes plus importantes. Mais ils ne portent pas à eux-seuls la responsabilité de la décarbonation. Certaines entreprises de ces secteurs à fortes émissions ont même été pionnières, en rejoignant le Pacte mondial de l’ONU dès sa création, car elles ont compris que la pérennité de leur modèle d’affaire en dépend aussi. Cette responsabilité est collective. Le changement climatique ne connait pas de frontière. Chaque entreprise a donc à la fois un intérêt et une responsabilité à contribuer à l’atténuation et à l’adaptation aux effets du changements climatiques. C’est pour cela qu’au Pacte mondial de l’ONU nous accompagnons l’ensemble des entreprises, quel que soit leur secteur d’activité, leur taille, ou leur territoire d’implantation.

UP’ : Les dispositifs actuels sont-ils suffisants pour accompagner les entreprises dans cette transition ?

NP : Le projet de nouvelle stratégie nationale bas carbone intègre davantage la contribution des entreprises, nous ne pouvons que nous en réjouir. Néanmoins, l’enjeu sera de bien préciser les différents mécanismes d’accompagnement et les mesures spécifiques permettant la pleine participation du secteur privé à la stratégie, par exemple des plus petites entreprises sur les enjeux de transition juste. Il existe aujourd’hui de nombreuses initiatives, portées par exemple par l’ADEME, la BPI, et aussi des acteurs à l’échelle locale qui accompagnent déjà de nombreux acteurs économiques.
Aujourd’hui, les entreprises ont des obligations de transparence et de reporting de plus en plus fortes, ce qui est évidemment positif et force à accélérer le mouvement. Si une directive comme la CSRD permet d’accroitre la transparence du secteur privé, il ne faut cependant pas que le reporting prenne le pas sur l’action, qui reste fondamentale. Le reporting est une photographie mais pas un film en mouvement. Les moyens sont sur la table, et l’enjeu est de permettre aux entreprises de s’approprier les outils existants.
C’est tout le sens de notre action au Pacte mondial, notamment au niveau des territoires, où nous visons à mobiliser les acteurs économiques pour leur permettre de progresser ensemble.

UP’ : Comment éviter le risque de greenwashing dans les engagements climat des entreprises ? 

NP : La meilleure manière d’éviter les risques de greenwashing consiste à prendre des engagements concrets, mesurables et alignés sur la science, comme le permet l’initiative Science Based Targets (SBTi). En faisant valider des cibles de réduction des émissions alignées avec les objectifs globaux de neutralité carbone, et donc compatibles avec l’accord de Paris. Plus une entrepriseest transparente, moins elle risque d’accusation de greenwashing.
Ces plans de décarbonation doivent aussi s’étendre aux chaînes d’approvisionnement, en travaillant avec les fournisseurs et les différents partenaires de l’entreprise sur la mise en œuvre d’objectifs environnementaux. Il s’agit-là à la fois de responsabiliser mais aussi d’instaurer une confiance vis-à-vis des parties prenantes, notamment de la société, et de faire preuve de leadership.

UP’ : Les investissements nécessaires sont-ils à la hauteur des ambitions affichées ? 

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NP : Dans le monde, le déficit de financement du développement durable est toujours un frein majeur à la mise en œuvre des ambitions mondiales. L’ONU rappelle notamment que plus de 1 000 milliards de dollars d’investissements supplémentaires par an sont nécessaires pour financer la pleine mise en œuvre de la transition climatique dans les pays en développement. De manière plus concrète, atteindre les objectifs de production d’énergies renouvelables à horizon 2030 requiert de doubler les investissements annuels actuels dans le monde. Se pose aussi la question du financement de l’adaptation aux effets d’ores et déjà présents du changement climatique. Sans investissements adéquats, il ne pourra y avoir de pleine mise en œuvre des objectifs de l’Accord de Paris, et ces investissements ne pourront être efficacement fléchés que par la mise en place d’un cadre et de mécanismes favorables, à travers des politiques publiques, des projets de financement mixtes public-privé, ou encore des obligations vertes.

UP’ : Quels sont les risques pour les entreprises qui tarderaient à engager leur transition bas carbone ?

NP : A terme, les entreprises ne s’engageant pas dans cette transition ont forcément à perdre en termes de compétitivité et d’opportunités de marché à saisir. Une étude menée par le Pacte mondial des Nations Unies avec Accenture l’an dernier, auprès de 2000 dirigeants d’entreprises dans le monde montrait une tendance claire : pour 88 % des dirigeants, l’argument commercial du développement durable est plus fort aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 5 ans, et plus de la moitié projette même d’augmenter leurs engagements environnementaux et sociaux. Ne pas s’engager dans une transition bas carbone présente le risque d’envoyer un signal négatif à ses donneurs d’ordres et investisseurs. Si l’engagement de l’entreprise pouvait être il y a quelques années encore perçu comme une manière de se démarquer positivement, aujourd’hui l’inaction devient à l’inverse un facteur de plus en plus négatif.
Au-delà de l’atténuation, une entreprise qui ne prendrait pas non plus les devants en matière d’adaptation aux changements climatiques risque de voir son activité économique devenir de moins en moins résiliente face à des phénomènes climatiques toujours plus intenses. L’étude 2026 sur la perception des risques du Forum économique mondial classe ces phénomènes comme le 4 e risque le plus important des deux prochaines années, et le plus important à horizon 10 ans. S’engager n’est plus une option, mais une
nécessité.

Propos recueillis par Fabienne Marion, rédactrice en chef UP’ magazine

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