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Trois prédictions sur l’IA pour 2026

Débats politiques sur l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux, explosion potentielle de la bulle… Dans le contexte géopolitique hautement inflammable de ce début d’année 2026, il paraît particulièrement périlleux de s’aventurer à faire des prédictions. Néanmoins, je vois pour ma part trois facteurs à dénouement probable au cours de 2026.

Faire des prédictions dans le domaine de l’IA est périlleux : d’une part le secteur est extrêmement véloce. D’autre part, l’IA est pluri dimensionnelle : par conséquent « il est difficile d’y voir au-delà de quelques mois » tel que l’observait Yoshua Bengio.

Néanmoins une réalité est apparue plus vite que je ne l’aurais escompté :

Aux USA, l’IA est un sujet d’affrontement politique – ce sujet a lourdement pesé sur le camp Maga lors les élections de midterms, les déchirant plus encore qu’ils ne le sont déjà. Deux franges du camp Maga sont apparues : d’un côté le camp pro IA mené par Trump et soutenu par la Sillicon Valley, qui érige l’IA en priorité stratégique nationale. De l’autre côté, le camp anti IA incarné notamment par Steve Bannon et une partie de la base populaire MAGA. Ces derniers dénoncent à la fois le manque de régulation de l’IA et la relation étroite entre les géants de la tech et le pouvoir exécutif, perçu comme une dérive d’oligarchique

Cette opposition ne se limite plus à un débat idéologique : elle se matérialise désormais localement, au cœur même des bastions républicains, où des projets d’infrastructures liés à l’IA — comme les data centers — suscitent une contestation croissante de riverains pourtant favorables à Trump. Autrement dit, l’IA devient un sujet de friction directe entre stratégie nationale et réalités locales, révélant une fracture entre les élites politiques/économiques et la base électorale. À cet égard je vous recommande la lecture de cet article du Financial Times approfondissant ce sujet.

A long terme, l’absence de régulation multilatérale devrait fortement accroître l’asymétrie entre travail et le capital (l’IA remplaçant par construction du travail humain par celui d’un agent, propriété d’une entreprise et donc de ses actionnaires). Parallèlement, cela pourrait accélérer la réappropriation, par les acteurs politiques, de sujets traditionnels de conflit politique comme la question de la distribution de la valeur ajoutée entre le travail et le capital.

Les règles relatives aux antitrust deviennent centrales. Notamment afin de préserver les règles de libre concurrence sur le marché de l’IA : cela permettrait de continuer à faire progresser l’innovation et donc à plus long terme d’améliorer le rapport au travail. Plus largement, un encadrement des règles relatives à l’antitrust pourrait permettre une amélioration du système social. Cela repose sur la même idée d’un encouragement à l’innovation et à la recherche par la compétitivité.

L’IA aux midterms

Un premier pari – raisonnable – peut se prendre sur le fait que l’IA devienne un enjeu significatif des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Il suffit d’observer l’inquiétude à l’égard de l’emploi dans les études d’opinion, ou encore les préoccupations à l’égard d’une IA qui deviendrait hors de contrôle.

Il serait cependant faux d’imaginer que « le camp des anti » se polarisera uniquement au sein des représentants du parti démocrate. Si des « stars » comme AOC ou Laurel Lee, ainsi que plus de cinquante représentants démocrates, ont exprimé leur préoccupation à l’égard de l’IA, une profonde ligne de fracture apparaît aussi dans le camp républicain, entre les conservateurs chrétiens qui militent pour la préservation du mode de vie américain qu’ils voient comme mis en danger par l’IA, et les accélérationnistes, proches de la Valley.

Le débat promet d’être épique dans la mesure où plusieurs poids lourds comme Ron DeSantis, Josh Hawley, Marjorie Taylor Greene (même si cette dernière a annoncé avoir quitté la vie politique) et Sarah Huckabee Sanders se sont déjà engagés. Cela nous concerne beaucoup plus que cela n’en a l’air, dans la mesure où cela pourrait contribuer à affaiblir Trump, participer à restaurer le multilatéralisme – en mettant en place des garde-fous internationaux – voire accélérer la fin de cette période d’exubérance.

Les réseaux sociaux, enjeu de sécurité collective

Le second pari concerne les réseaux sociaux : s’il n’y a pas grand risque à avancer que ceux-ci seront de plus en plus l’objet de lois liées au contrôle des limites d’âge,l’hypothèse que ceux-ci soient désormais perçus comme des facteurs d’affaissement civilisationnel pourrait commencer à se faire jour. Récemment, plusieurs ouvrages (« Careless People », « The Anxious Generation », « Irresistible : The Risks of Addictive Technologies »…) ont montré que les réseaux sociaux n’étaient pas que de simples plateformes privées relevant de la liberté d’expression. Ils deviennent un sujet de sécurité collective, à la croisée de la santé mentale et des influences géopolitiques.

Au Royaume-Uni, l’hypothèse de restreindre, voire de suspendre, l’accès à X a été évoquée dans un contexte de désinformation, de violences urbaines et de dégradation du débat public. Le simple fait que cette option soit discutée marque une rupture culturelle profonde. Gageons que plusieurs gouvernements envisagent de prendre des mesures du même ordre.

Après la bulle, la chute ?

La troisième concerne évidemment la bulle de l’IA. Si le sujet est un peu moins présent dans les médias – en particulier parce que les cours de plusieurs des sociétés les plus exposées se sont légèrement repliés – cela ne veut pas dire que la bulle a disparu. Plusieurs facteurs sont de nature à inquiéter. Par exemple, le fait que de nombreux crédits faits à de grandes entreprises de l’IA (CoreWeave, xAI…) sont collatéralisés (garantis) sur les semi-conducteurs GPU que la dette a permis d’acheter. On estime à ce sujet que jusqu’à 40 % des flux financiers ont une part circulaire de ce type, ce qui est évidemment considérable.

On découvre par ailleurs que les rendements de l’IA, qu’il s’agisse de productivité ou de marges sur les services d’IA, ne sont pas aussi généralisés et élevés qu’escompté. Pour l’instant, la ferveur reste telle que l’édifice continue à tenir, et le magicien Trump pourrait rajouter quelques renforts momentanés lorsqu’il remplacera le président de la Fed par un de ses affidés, baissant les taux. La chute, lorsqu’elle surviendra, n’en sera que plus rude.

Evidemment, on a envie de faire d’autres paris. J’en ferai deux : le premier concernant un réveil relatif de l’Europe à l’égard de sa dépendance technologique dans l’IA et le numérique ; le second concernant l’intelligence artificielle générale (AGI), que l’on devrait considérer comme bien plus complexe à atteindre qu’initialement envisagée, renforçant ainsi fortement l’intérêt pour les acteurs spécialisés.

Gilles Babinet, entrepreneur et président de la mission Café IA – Chroniqueur invité UP’

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