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Le confinement nous fait voir nos habitats d’un autre œil

Le confinement nous fait voir nos habitats d’un autre œil

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Que l’on vive en appartement, au cœur des villes, ou en pavillon, dans leurs périphéries, les modèles culturels qui caractérisent la manière d’habiter chez soi sont de trois ordres. Ils déterminent la frontière entre espaces public et privé. Ils fondent notre identité sociale. Enfin, ils organisent les relations intra-familiales à l’échelle domestique. Le confinement imposé pour lutter contre l’épidémie de Covid-19 vient bouleverser ces références. La confrontation à l’espace public se réduit, les interactions familiales et les rapports de genre se modifient dans le logement, de sorte qu’émerge une nouvelle définition du foyer.

Si habiter au quotidien consiste à résoudre un ensemble de problèmes, augmenter de manière contrainte le temps passé chez soi accroît les situations inédites de cohabitations, les possibilités de conflits et les nécessités d’ajustement.

Périmètres d’intimité

Qui sont les Français·es contraint·e·s de rester chez eux ? En France, 38 % seulement des ménages entre 25 et 59 ans forment une famille dite « traditionnelle », c’est-à-dire composée de deux parents vivant en couple avec des enfants nés de leur union. Si les familles « traditionnelles » sont relativement majoritaires, la complexité des formes familiales contemporaines se révèle en situation de confinement.

Ainsi, les familles monoparentales qui représentent plus de 19 % des ménages et les familles recomposées (autour de 12 %) sont susceptibles de devoir faire face à des exigences liées à la garde d’enfants, un quart d’entre eux étant multi résidents. De plus en 2013, près d’un jeune adulte sur deux vit encore chez ses parents, selon l’enquête Logement de l’Insee, ce qui laisse entière la question de savoir si ceux qui sont concernés, ont choisi de se confiner avec leur famille plutôt qu’avec des amis.

On évalue difficilement le nombre de ménages en colocation d’appartement (2 millions de « ménages hors famille » selon l’Insee, entre 8 % et 11 % selon une enquête) le confinement redessinant le périmètre de l’intimité de cette forme de regroupement consenti.

Les personnes âgées, enfin, qui résident encore à leur domicile, c’est-à-dire la grande majorité, sont confrontées à des choix aussi cruciaux que rapides : rester chez elles, rejoindre leurs familles et leurs enfants ou accueillir ces derniers ayant parfois fui leur domicile urbain devenu exigu.

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Surfaces confinées

Les situations de confinement face aux problématiques du mal-logement sont aussi complexes. Il y a bien sûr les 150000 personnes sans domicile fixe et les presque 4 millions de mal logés. Selon l’Insee,

Une famille avec enfant(s) mineur(s) sur dix vit dans un logement surpeuplé. En France métropolitaine, c’est dans les aires urbaines de Paris et Nice, en lien avec l’offre limitée de logements de grande taille et le prix élevé des logements à l’achat et la location, que ce phénomène semble le plus criant. Il concerne 37 % des familles dans les villes-centres et 25 % dans leurs banlieues.

A Paris, avant le confinement, en janvier 2020, la chambre des notaires de Paris, établit l’indice des prix de l’immobilier à 10300 euros/m2 et la taille médiane d’un appartement demeure restreinte à 46 m2 en 2016.

Si, à l’annonce du confinement, les quartiers les plus riches semblent s’être vidés à la faveur de certains lieux de villégiature prisés, les couches moyennes, contraintes de vivre dans de petits espaces ont certainement aussi participé à l’exode.

Départs de Parisiens avant le confinement (C dans l’air, France 5).

Les résidences secondaires sont certainement une échappatoire pour ceux qui ont quitté Paris à l’annonce du confinement. Mais leur proportion est faible (environ 10 %) et ces départs renvoient certainement au phénomène de la double résidence qui concerne selon une étude de l’INED 11 % des adultes.

Espaces multifonctions

En France, le secteur du logement fait l’objet d’un fort investissement en termes de confort et d’appropriation. De plus en plus de Français sont propriétaires, suivant en cela les encouragements des gouvernements successifs. La périurbanité et le retour en ville s’accordent sur le développement de l’appropriation et de la sécurisation de l’espace habité, comme en témoigne le succès des magasins de bricolage et d’ameublement.

Cependant la cherté de l’espace rend de plus en plus difficile la personnalisation de l’habitat. Ceux qui se résignent à louer une chambre et à partager leur appartement, de manière saisonnière ou définitive, peuvent témoigner de la difficulté d’avoir un espace à soi.

Le confinement et l’exigence systématique de télétravail remettent en cause l’organisation du logement autour de l’attribution d’une fonction par pièce. Dans des appartements aux dimensions réduites, la multifonctionnalité des lieux est de plus en plus la règle tout en étant une contrainte majeure.

Densités territoriales

Peu de données sont disponibles sur les stratégies de localisation dans le cadre du confinement. Cependant, la situation pandémique actuelle révèle la vulnérabilité de la ville à la densité de sa population dans le logement comme dans l’espace public.

Avec un peu moins de 2,2 millions d’habitants sur 105,4 km2, Paris présente une densité d’environ 21 personnes au m2, rendant l’évitement impossible. Or, un des facteurs du développement de la maladie est sa grande contagiosité associée au nombre important et probable de porteurs et porteuses asymptomatiques.

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Le virus profite de la promiscuité qu’imposent nos grandes villes. Plus grave, les travaux récents sur le nombre de personnes décédées en Italie et en Chine montrent que le fait de souffrir d’autres pathologies est un facteur de vulnérabilité à l’attaque virale.

Une étude de 2003 réalisée en Chine sur le coronavirus SARS montre que les patients vivant dans des régions où la pollution de l’air était modérée avaient 84 % plus de risques de mourir que dans les régions de basse pollution. Ainsi, se pose la question des facteurs qui, dans nos villes, engagent une vulnérabilité que l’on peut qualifier de résidentielle.

Le risque pandémique pointe la vulnérabilité de nos villes, où la promiscuité et la circulation favorisent la propagation des virus.

A cet égard, Paris pourrait être une ville sensible. En 2018, Airparif a relevé dans son bilan l’existence d’une pollution chronique dépassant dans la capitale de manière récurrentes les normes de la qualité de l’air.

En définitive, si le confinement permet de répondre à un enjeu sanitaire, il nous prive d’interactions avec l’espace public – dimension fondamentale à notre manière d’habiter le monde – et cette stratégie ne peut s’envisager qu’à court terme. Le moment que nous vivons aujourd’hui est précieux dans la mesure où il révèle la complexité de ce qui menace nos existences quand nous ne pouvons plus prendre part à la vie de la ville.

C’est la raison pour laquelle nous avons lancé une enquête de sociologie du confinement permettant d’identifier les inégales conditions de « l’habiter » en France sous la contrainte des pandémies. Après la crise, ses résultats permettront d’interroger les facteurs qui rendent nos existences vulnérables et dont la question épidémiologique n’est malheureusement qu’une des dimensions.

Yankel Fijalkow, Professeur, sociologue et urbaniste, Laboratoire LAVUE UMR 7218 CNRS, École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val de Seine (ENSAPVS) – USPC et Nadine Roudil, Professeure HDR en sociologie, CRH – UMR CNRS 7218 LAVUE,, École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val de Seine (ENSAPVS) – USPC

Cet article est republié à partir de The Conversation partenaire éditorial de UP’ Magazine. Lire l’article original.

The Conversation

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