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L’empreinte d’un habitat – Construire léger et décarboné

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La quête de légèreté n’est pas nouvelle. L’ambition de réduire la quantité de matière débute il y a un siècle dans un contexte de pénurie de logements et de matériaux. Avec l’urgence de bâtir plus et l’obligation de consommer moins, quelques pionniers inventent d’autres architectures. Ils s’appellent Richard Buckminster Fuller, Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret, Albert Frey, Lauwrence Kocher, Walter Gropius, Konrad Wachsmann, Jean Prouvé, Charles et Ray Eames, Makoto Masuzawa, Jorn Utzon… L’exposition « L’empreinte d’un habitat » analyse une trentaine de ces architectures expérimentales réalisées entre 1920 et 2020, qui témoignent de l’évolution de la construction légère dans les pays industrialisées.

Économie de moyen, rapidité de mise en œuvre, modularité, flexibilité et évolutivité… ces qualités inhérentes à la construction légère se conjuguent désormais avec les ambitions écologiques de frugalité : maîtrise du cycle de vie, autonomie énergétique et diminution des émissions de gaz à effet de serre. Conçues par Renzo Piano, Werner Sobek ou Shigeru Ban, de Paris à Tokyo, les architectures légères contemporaines explorent la modularité, la construction participative ou la miniaturisation. Elles se fondent sur la conviction que construire, en conscience, plus léger réclame moins de matière, utilise moins de ressource, produit moins de déchets, demande moins de temps de montage, nécessite moins d’espace, requiert de façon exponentielle moins d’énergie, réduit symétriquement l’empreinte carbone de la construction d’un habitat.

Cette étude menée sur une trentaine de projets internationaux révèle le potentiel et la diversité des systèmes constructifs développés. Elle témoigne de la capacité de ces architectures à s’adapter aux techniques et attentes de leur temps.  Chaque exploration relue dans son contexte historique à partir d’archives, de films, de maquettes, présentés dans l’exposition, reflète une démarche, une technique et un mode d’habiter. Redessiné et décomposé selon un protocole développé pour cette manifestation par l’agence Philippe Rizzotti Architecte et le laboratoire IBI de l’ETH Zürich, le corpus dévoile des correspondances, des qualités partagées. Cet inventaire permet de quantifier les constructions, comparer les matériaux, analyser les assemblages et classer tout ou partie pour faire émerger des logiques adaptables demain.

Maison 8X8 BCC tout bois – Photo Galerie Patrick Seguin

Présentée chronologiquement autour de la maison 8×8 BCC « tout bois » – conçue par Jean Prouvé et Pierre Jeanneret et prêtée par la Galerie Patrick Seguin dont les éléments servent d’étalon, l’analyse offre aussi pour la première fois l’opportunité de mettre en regard l’estimation des masses, des composants, des systèmes constructifs des bâtiments et leur empreinte carbone, pour les comparer entre eux et aux constructions classiques. 
Comme l’explique la galerie Patrick Seguin, la maison F 8×8 BCC de Pierre Jeanneret et Jean Prouvé s’inscrit dans la lignée des projets initiés à partir de 1939 autour du principe constructif à portique axial créé par Prouvé en 1938. Cette petite construction « tout bois », produite à quelques exemplaires entre 1941 et 1943 dans des conditions extrêmes liées à la guerre, renvoie à l’extraordinaire faculté d’adaptation des deux hommes. En 1939, dans l’atelier parisien de Le Corbusier, alors dirigé par Pierre Jeanneret, s’élaborent des projets de bâtiments provisoires destinés aux réfugiés de guerre, qui puisent leurs qualités de légèreté dans l’utilisation des structures de Jean Prouvé. Un vaste programme de constructions d’urgence, destinées à accueillir les employés et cadres de la nouvelle usine de la SCAL à Issoire est l’occasion de mettre en application ces premières recherches. Durant la guerre, aggravé par le blocage progressif des transports, le contingentement des matériaux, tout particulièrement de l’acier, s’accentue de jour en jour, et les projets que s’échangent Pierre Jeanneret et Jean Prouvé rivalisent d’ingéniosité pour en limiter l’utilisation. Finalement, c’est une version presque entièrement fabriquée en bois qui permettra de répondre à la commande de logements de qualité, provisoires, mais confortables. Grâce à l’utilisation du portique axial, Pierre Jeanneret dispose d’une grande liberté pour organiser la distribution de l’espace intérieur de 64 m2, prévu pour une famille de 5 personnes, qu’il organise de manière très fluide, autour d’un « coin feu » généré par le portique central laissé apparent. Des cloisons coulissantes ajourées modulent l’espace intérieur qui se prolonge à l’extérieur par une terrasse couverte.

Pour Pierre Jeanneret comme pour Jean Prouvé, cette adaptation aux conditions extrêmes est l’opportunité de décliner différemment les ressources d’une technique en optimisant les performances d’un matériau. En répondant parfaitement au programme, l’objet fini se montre esthétiquement satisfaisant pour ses deux créateurs, et s’inscrit brillamment dans leur quête incessante d’authenticité et de modernité.

Les résultats édifiants tournent systématiquement à l’avantage des architectures légères. La masse moyenne au mètre carré des maisons présentées ne dépasse pas les 300 kg /m2 quand les pavillons actuels atteignent aisément 1200 kg /m2. Leur empreinte carbone moyenne corrigée est évaluée à 282 kg CO2.eq/m2, alors que l‘objectif de la nouvelle réglementation est de 640 kg CO2.eq/m2 avec l’ambition d’être limité à 415 CO2.eq/m2 à partir de 2031.

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À l’heure où le bâtiment doit réduire sa consommation de ressources et face aux externalités négatives qu’il génère lors de sa fabrication, son allègement ouvre un formidable champ d’application rapide à mettre en œuvre, consolidé par une histoire connue, référencée et désormais analysée. La quête de légèreté paraît d’autant plus fondamentale que la transformation de nos processus de fabrication permettrait de réduire instantanément de 50% les émissions des nouvelles constructions avant même qu’elles soient habitées, tout en intégrant les objectifs de réduction de consommation énergétique et en offrant des gisements de matériaux pour l’avenir.

Le secteur du bâtiment est un de ceux dont le bilan carbone est le plus mauvais. Situé juste derrière le secteur des transports, il est celui qui produit le plus de gaz à effet de serre. La décarbonation de ce secteur, qui représente environ 25 % des émissions nationales, est donc un véritable enjeu qui conditionne l’atteinte de la neutralité carbone visée pour 2050. 

La nouvelle réglementation environnementale 2020 va succéder à la réglementation thermique 2012. Elle entrera en vigueur au 1er janvier 2022 avec des objectifs très précis comme l’utilisation de matériaux et de solutions constructives orientés vers les moins carbonés et le choix de matériaux biosourcés, comme le bois, même si actuellement les constructions à structure bois représentent à peine 10 % des projets.
Quant aux nouveaux ciments bas carbone, la norme européenne NF EN 197-5, longtemps attendue par les professionnels de l’industrie cimentière, devient enfin une réalité avec sa publication, le 1er octobre 2021. Cette norme va permettre d’élargir les offres de ciment bas carbone des entreprises cimentières car elle permet de nouvelles combinaisons d’ajouts bas carbone dans la composition du ciment. Une nouvelle étape cruciale vers la décarbonation comme le souligne le Syndicat Français de l’Industrie Cimentière (SFIC).

Commissaire scientifique : Philippe Rizzotti, architecte

Exposition du 22 octobre 2021 au 27 février 2022 au Pavillon de l’Arsenal, 21 Boulevard Morland – 75004 – Paris (entrée libre)

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