3 500 milliards de dollars de richesse produite en 2025, des millions d’emplois, une révolution scientifique en marche : l’économie de la mer n’a jamais été aussi dynamique. Mais saviez-vous que l’océan travaille pour nous chaque jour, même à des centaines de kilomètres des côtes ? Qu’il nourrit, transporte, relie, inspire et contribue à rendre notre planète habitable ? Dans son nouveau Panorama de l’économie de la mer, l’OCDE nous réserve quelques surprises : l’Asie prend le large, les métiers se réinventent et la science explore de nouveaux horizons. Derrière ces bouleversements se cache une formidable histoire, celle de notre dépendance à l’océan et des possibilités qu’il nous offre pour demain. Une invitation à découvrir notre planète bleue autrement, avec une question en tête : et si notre plus grande richesse était justement celle que nous ne savons pas encore mesurer ?
Il y a quelque chose de réjouissant à ouvrir ce dernier rapport économique de l’OCDE consacré à l’océan. Habituellement, lorsqu’on parle de la mer, c’est pour évoquer les plastiques qui l’étouffent, les coraux qui blanchissent, les poissons qui disparaissent ou les températures qui grimpent. Des réalités gravissimes ; mais, pour une fois, prenons aussi le temps de regarder tout ce que l’océan nous apporte. Et c’est considérable !
Car la mer travaille pour nous, jour et nuit, sans que nous y pensions vraiment. Elle transporte les marchandises qui remplissent nos magasins, nourrit des populations entières, fournit de l’énergie, accueille nos vacances, stimule la recherche scientifique et participe à l’équilibre climatique de la planète. Elle est à la fois notre garde-manger, notre grande route commerciale, notre laboratoire et l’un de nos plus précieux alliés pour l’avenir.
Avec son Panorama de l’économie de la mer, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) nous offre l’occasion de mesurer cette extraordinaire contribution à notre vie quotidienne. Mais aussi de comprendre comment l’économie océanique change de visage, se déplace vers de nouvelles régions du monde et invente de nouveaux métiers. Derrière les tableaux statistiques, c’est finalement une histoire profondément humaine qui se raconte : celle de notre dépendance à l’océan et de notre capacité à construire avec lui une prospérité durable.
Il est donc plutôt réjouissant, pour une fois, de découvrir un rapport consacré à l’océan qui ne commence pas par l’inventaire de ses blessures, mais par celui de son extraordinaire vitalité. Et les chiffres de l’OCDE donnent effectivement le sourire ! Pourtant, une petite réserve s’impose. L’organisation regarde naturellement la mer avec ses lunettes d’économiste : croissance, productivité, emplois, compétitivité. Un regard précieux, mais qui ne raconte pas toute l’histoire. Car une activité maritime peut enrichir les comptes nationaux tout en appauvrissant les écosystèmes dont elle dépend. L’OCDE n’ignore d’ailleurs pas cette contradiction et appelle à mieux mesurer les dimensions environnementales de cette économie. Reste une question passionnante : et si la véritable prospérité maritime ne se mesurait pas seulement à ce que nous tirons de l’océan, mais aussi à ce que nous sommes capables de lui laisser ? Voilà qui donne une autre saveur aux 3 500 milliards de dollars annoncés : la croissance de l’économie maritime constitue-t-elle nécessairement un progrès pour l’océan et pour ceux qui en vivent ?
Une richesse de 3 500 milliards de dollars : et ce n’est qu’une partie de l’histoire
Commençons par le chiffre qui donne le vertige. En 2025, l’économie mondiale de la mer a généré 3 500 milliards de dollars de valeur ajoutée brute. En trente ans, sa richesse produite a augmenté de 132 % en termes réels, davantage que l’ensemble de l’économie mondiale, dont la croissance a atteint 125 % sur la même période. Et cette économie fait travailler l’équivalent de 103 millions de personnes à temps plein dans le monde. C’est dire si la mer est loin d’être une affaire réservée aux marins, aux pêcheurs ou aux amoureux des grands horizons.
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Pour comprendre ce que représentent ces chiffres, imaginons un instant que l’océan décide de prendre quelques jours de vacances. Les cargos resteraient à quai, les ports se videraient, des chaînes d’approvisionnement seraient interrompues, des millions de familles perdraient une partie de leurs revenus. Sans parler des conséquences sur notre alimentation, nos ressources énergétiques et nos loisirs. Heureusement, l’océan ne prend jamais de congés.
Mais les 3 500 milliards de dollars mesurés par l’OCDE ne racontent qu’une partie de son histoire. Ils comptabilisent les activités économiques, pas l’ensemble des services rendus par les écosystèmes marins. Comment traduire en dollars le rôle des océans dans la régulation du climat, le cycle de l’eau, la biodiversité ou la production d’une part importante de l’oxygène que nous respirons ?
Nous touchons ici à une distinction essentielle : la valeur économique de l’océan n’est pas la valeur de l’océan. La première peut être mesurée par les statistiques, la seconde dépasse largement nos instruments comptables. Et c’est précisément ce qui rend ce nouveau panorama passionnant : il nous montre combien nous dépendons de la mer, tout en nous invitant à réfléchir à ce que nous ne savons pas encore mesurer.
Le grand basculement : l’Asie prend le large
L’un des enseignements les plus spectaculaires du rapport concerne le déplacement géographique de l’économie maritime mondiale.
Pendant longtemps, les grandes puissances industrielles occidentales ont dominé le commerce maritime, les infrastructures portuaires et une grande partie des technologies océaniques. Cette géographie est désormais profondément transformée.
En 1995, l’Asie hors OCDE représentait 16 % de la valeur ajoutée mondiale de l’économie de la mer. En 2025, cette proportion atteint 36 %. Elle constitue depuis 2010 la première région économique maritime du monde, devant les autres grands ensembles régionaux.
Autre indicateur révélateur : dans les économies non membres de l’OCDE, les activités maritimes représentent désormais 4 % de la valeur ajoutée totale, contre 2,6 % dans la zone OCDE.
OCDE
Ce basculement raconte une transformation plus vaste de la mondialisation : l’essor des ports asiatiques, des industries navales, des chaînes logistiques, de l’aquaculture et des activités côtières accompagne celui de nouvelles puissances économiques. La mer devient ainsi l’un des espaces où se dessine le nouvel équilibre mondial.
Faut-il y voir une compétition entre continents ? Sans doute, en partie. Mais on peut aussi y lire une formidable extension des possibilités de développement. Pour de nombreux pays côtiers, l’économie maritime représente une occasion de créer des emplois, d’améliorer les infrastructures, de développer la recherche et de diversifier les activités. Encore faut-il que cette prospérité profite réellement aux populations locales et qu’elle ne se construise pas au détriment des ressources dont elles dépendent. Car un port prospère ne fait pas nécessairement une communauté prospère. Et une côte couverte d’infrastructures touristiques ne garantit pas le bien-être de ses habitants. C’est là que commence la question politique.
Du pêcheur au chercheur, la mer invente de nouveaux métiers
L’économie maritime a longtemps été associée à quelques grandes activités : la pêche, le transport de marchandises, la construction navale et l’exploitation des hydrocarbures. Aujourd’hui, le paysage s’est considérablement enrichi.
Le tourisme marin et côtier est devenu le premier employeur de l’économie océanique mondiale. Ses effectifs sont passés de 22,8 millions d’équivalents temps plein en 1995 à 43,4 millions en 2025. Il a dépassé la pêche, l’aquaculture et la transformation des produits de la mer dès 2005. Cette évolution est remarquable et elle témoigne de l’importance grandissante des littoraux dans les modes de vie, les loisirs et les économies locales.
Il suffit de regarder nos propres habitudes. Nous aimons marcher sur les plages, naviguer, découvrir les îles, observer les oiseaux marins, plonger, pratiquer les sports nautiques ou simplement contempler l’horizon. Ces plaisirs apparemment simples font vivre des territoires entiers. Mais la mer ne se résume évidemment pas aux vacances.
Les industries maritimes ont connu la croissance la plus rapide parmi les grandes composantes de l’économie océanique : leur valeur ajoutée réelle a été multipliée par 3,4 depuis 1995. Quant à l’enseignement, à la recherche océanique et aux activités de distribution, ils participent eux aussi à cette transformation.
Derrière ces évolutions apparaissent de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, de nouvelles manières de travailler avec la mer. Ingénieurs en robotique sous-marine, spécialistes des énergies marines renouvelables, biologistes, techniciens de surveillance des écosystèmes, experts des données océaniques, architectes navals, chercheurs en acoustique ou en biodiversité : le monde maritime ne cesse d’élargir ses horizons professionnels. Et il offre à la jeunesse un formidable terrain d’exploration.
À une époque où tant de jeunes s’interrogent sur le sens de leur travail, les métiers de l’océan peuvent réunir plusieurs aspirations : comprendre le vivant, inventer des solutions, participer à la transition écologique et contribuer à une activité économique concrète. À condition, bien sûr, de ne pas confondre innovation et exploitation sans limites.
La science océanique : une nouvelle aventure humaine
Voici peut-être l’une des dimensions les plus enthousiasmantes du rapport : l’extraordinaire progression des connaissances scientifiques consacrées à l’océan. Depuis 1996, le nombre de publications scientifiques sur les océans a été multiplié par 4,6, pour atteindre 65 641 publications en 2024.
La recherche change également de nature. Aux grandes disciplines traditionnelles, comme la biologie marine et l’océanographie physique, s’ajoutent désormais des travaux de plus en plus nombreux sur l’ingénierie, les communications sous-marines, les technologies de détection et la robotique. Les recherches consacrées aux énergies éoliennes offshore, houlomotrices et marémotrices progressent particulièrement vite. Celles qui portent sur le dessalement et le traitement de l’eau connaissent également une forte expansion.
Et, là encore, la géographie scientifique se transforme. La Chine est devenue le premier producteur mondial de publications scientifiques océaniques en 2018, tandis que, depuis 2021, les économies non membres de l’OCDE produisent ensemble davantage de travaux dans ce domaine que les pays membres.
Ces évolutions ouvrent des perspectives considérables.
Nous savons cartographier les fonds marins avec une précision croissante, observer les courants depuis l’espace, suivre les déplacements de certaines espèces et déployer des instruments capables de recueillir des données à des profondeurs autrefois inaccessibles. L’intelligence artificielle, associée aux observations satellitaires, aux capteurs et aux véhicules autonomes, permet également d’explorer de nouvelles manières de comprendre le fonctionnement de l’océan.
Imaginons ce que ces progrès pourraient apporter à la protection des habitats marins, à la prévision des événements extrêmes, à la surveillance des pollutions ou à la gestion durable des ressources halieutiques.
Mais gardons-nous d’une illusion : mieux connaître l’océan ne signifie pas automatiquement mieux le protéger. Les mêmes technologies peuvent servir à observer un écosystème fragile ou à faciliter l’exploitation de ses ressources. La science ouvre des possibilités ; ce sont les décisions humaines qui déterminent leur usage. D’où l’importance de conserver une recherche océanique indépendante, capable d’éclairer les choix collectifs plutôt que de répondre exclusivement aux intérêts économiques.
Produire davantage sans épuiser la mer : le défi de la productivité
Autre résultat intéressant : la croissance de l’économie océanique ne repose plus seulement sur l’augmentation du nombre de travailleurs. Entre 1995 et 2025, l’emploi maritime a progressé de 33 %, tandis que la productivité du travail augmentait de 75 %, contre 58 % pour l’ensemble de l’économie mondiale. Cela signifie que les activités maritimes produisent aujourd’hui beaucoup plus de valeur par travailleur qu’il y a trente ans. Les progrès techniques, l’amélioration des infrastructures, l’automatisation et l’organisation des activités contribuent à cette évolution, même si les résultats varient fortement selon les secteurs.
Voilà une perspective encourageante, mais qui appelle une réflexion. Car produire davantage avec moins de ressources ou une meilleure organisation peut constituer un progrès considérable. En revanche, produire davantage en intensifiant la pression sur les écosystèmes ne saurait être considéré comme une réussite durable.
La véritable performance de l’économie maritime devrait donc se mesurer aussi à sa capacité à réduire les pollutions, préserver les habitats, limiter les émissions de gaz à effet de serre et maintenir L’avenir n’appartient pas nécessairement à ceux qui prélèveront le plus dans l’océan, mais à ceux qui sauront créer de la richesse tout en préservant sa capacité à faire vivre les générations futures.
Cette ambition suppose de dépasser une vision purement quantitative de la croissance. Une pêcherie qui préserve ses stocks, un tourisme côtier qui respecte les écosystèmes, un port qui réduit ses émissions ou une industrie maritime qui économise l’énergie peuvent apporter davantage de valeur durable à un territoire qu’une activité économiquement florissante à court terme mais écologiquement destructrice. La prospérité maritime doit donc apprendre à compter autrement.
Ce que les chiffres ne savent pas encore raconter
C’est, à notre avis, l’un des passages les plus importants du rapport, même s’il paraît moins spectaculaire que les milliards de dollars annoncés.
L’OCDE reconnaît que les instruments statistiques actuels ne permettent pas encore d’appréhender pleinement toutes les dimensions de l’économie de la mer. L’organisation entend donc améliorer les méthodes de mesure et développer une approche plus cohérente à l’échelle internationale, intégrant les dimensions économiques, sociales, environnementales, financières, scientifiques et technologiques. À terme, ces travaux pourraient mieux prendre en compte les actifs naturels et les services rendus par les écosystèmes marins, afin d’éclairer les politiques de conservation, de restauration et d’utilisation durable.
Ce chantier mérite toute notre attention.
Prenons un herbier marin. Dans les statistiques économiques classiques, il n’apparaît guère comme un acteur de la prospérité. Pourtant, il constitue un habitat pour de nombreuses espèces, contribue au stockage du carbone, participe à la stabilisation des sédiments et soutient des activités de pêche. Que vaut sa disparition ? Et que rapporte sa restauration ?
Même question pour une mangrove, un récif corallien ou une zone humide côtière.
Ces milieux accomplissent gratuitement des fonctions que nous aurions parfois bien du mal à remplacer, même en mobilisant des moyens financiers considérables. Mieux les connaître et mieux mesurer leur contribution permettrait de prendre des décisions publiques plus éclairées. Il ne s’agit pas de mettre systématiquement un prix sur la nature, encore moins de transformer chaque organisme vivant en actif financier. Il s’agit de reconnaître que nos économies reposent sur des équilibres écologiques que les comptes traditionnels ignorent trop souvent.
Et cette reconnaissance pourrait profondément changer la manière de concevoir les investissements, les politiques industrielles et l’aménagement des littoraux.
La mer est une chance, à condition de ne pas la prendre pour une mine inépuisable
Le rapport de l’OCDE n’est pas un manifeste écologique. C’est un travail économique et statistique. Mais il fait apparaître une contradiction que nous ne pouvons plus ignorer.
Plus l’économie maritime se développe, plus elle dépend de la bonne santé des écosystèmes océaniques. Or cette croissance peut elle-même accroître les pressions exercées sur les milieux marins.
Le tourisme côtier peut contribuer à l’artificialisation des littoraux. Le transport maritime génère des émissions et des pollutions. Certaines pratiques de pêche fragilisent les populations de poissons et les habitats. L’exploitation énergétique et minérale soulève des questions environnementales majeures. La croissance de l’économie de la mer n’est donc pas, à elle seule, une preuve de progrès écologique.
C’est précisément pourquoi l’OCDE appelle à renforcer la coopération internationale, à améliorer les données disponibles et à développer des politiques publiques plus intégrées.
Il faut dire que l’océan se prête assez mal à nos habitudes administratives. Les courants ne connaissent pas les frontières, les poissons ne demandent pas de visa et les pollutions voyagent parfois beaucoup plus loin que leurs responsables.
Nous partageons donc un espace dont personne ne peut prétendre maîtriser seul le fonctionnement. Cette réalité impose de dépasser les rivalités économiques et géopolitiques pour construire des règles communes, capables de concilier les activités humaines et la préservation du vivant. L’économie océanique ne pourra devenir véritablement durable que si la protection des écosystèmes cesse d’être considérée comme une contrainte extérieure au développement, pour devenir l’une de ses conditions essentielles.
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Et si nous apprenions enfin à regarder l’océan comme un bien commun ?
Ce panorama nous invite à changer de regard car nous avons trop longtemps considéré l’océan comme un espace immense, presque illimité, dans lequel il était possible de puiser des ressources, de transporter des marchandises ou de rejeter des déchets sans trop s’interroger sur les conséquences.
Nous découvrons aujourd’hui, avec une précision scientifique croissante, combien cet espace est vivant, complexe, interdépendant et vulnérable.
Mais nous découvrons aussi combien il est généreux. Il nourrit des populations, relie les continents, inspire les artistes, accueille les voyageurs, fait travailler des millions de personnes et ouvre d’immenses perspectives à la recherche et à l’innovation. Et il y a quelque chose de profondément réjouissant dans cette prise de conscience : nous n’avons pas à choisir entre aimer l’océan et vivre de lui. Nous devons apprendre à faire les deux intelligemment.
Pour y parvenir, les gouvernements ont une responsabilité majeure. Ils doivent définir les règles, orienter les investissements, soutenir les sciences marines, protéger les écosystèmes et veiller à ce que les bénéfices de l’économie océanique soient équitablement partagés.
Les entreprises ont, elles aussi, un rôle décisif : inventer des activités moins polluantes, limiter les prélèvements, restaurer les milieux dégradés et intégrer réellement les contraintes écologiques à leurs modèles économiques.
Quant aux citoyens, ils ne sont pas de simples spectateurs : leurs choix, leurs attentes et leur attachement aux espaces marins peuvent contribuer à faire évoluer les pratiques. Il ne s’agit pas de demander à chacun de devenir océanographe ou militant écologiste. Simplement de comprendre que la mer n’est jamais très loin de notre quotidien, même lorsque nous habitons à des centaines de kilomètres des côtes.
L’océan est notre avenir. Et c’est une bonne nouvelle !
On pourrait refermer ce rapport de l’OCDE en ne retenant que son chiffre spectaculaire : 3 500 milliards de dollars. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Car la véritable richesse de l’océan réside peut-être dans ce qu’il nous apprend sur notre manière d’habiter la Terre.
Alors oui, réjouissons-nous de la vitalité de cette économie maritime. Elle témoigne de notre créativité, de notre capacité à explorer, à inventer, à relier les peuples et les continents. Mais gardons-nous de confondre la croissance des activités humaines avec la bonne santé de l’océan. Les deux ne vont pas nécessairement de pair. Et c’est peut-être là que se trouve le prochain grand défi de l’économie de la mer : apprendre à mesurer non seulement ce qu’elle produit, mais aussi ce qu’elle préserve, ce qu’elle restaure et ce qu’elle transmet.
Car l’océan ne nous doit rien, alors que nous lui devons tant. Il était là bien avant nos ports, nos cargos, nos plateformes et nos statistiques. Il continuera de vivre et de se transformer, avec ou sans nous. La question est plutôt de savoir quelle place nous voulons y prendre, et quelle empreinte nous souhaitons y laisser.
Au fond, les 3 500 milliards de dollars annoncés par l’OCDE sont une excellente nouvelle, mais ils ne constituent pas à eux seuls une mesure de notre réussite. La plus belle réussite serait peut-être qu’un jour, à côté de ces chiffres impressionnants, nous puissions annoncer avec la même fierté que les écosystèmes marins se régénèrent, que les espèces retrouvent leur place et que les populations côtières vivent mieux. La prospérité ne devrait pas se mesurer uniquement à la richesse que nous produisons, mais également à celle que nous sommes capables de transmettre.
Ce jour-là, nous pourrons vraiment dire que l’économie de la mer a pris le bon cap.
Source principale : OCDE, Panorama de l’économie de la mer, publié le 5 novembre 2026, 87 pages, Éditions OCDE, Paris.






