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Ces scientifiques français veulent élever des poissons sur la Lune

Ces scientifiques français veulent élever des poissons sur la Lune

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Les deux-cents œufs de bar étaient installés bien rangés dans leur module et prêts à partir. L’équipe au sol avait soigneusement compté les œufs, vérifié que chacun d’entre eux était bien un embryon et les avait scellés hermétiquement dans un plat incurvé rempli d’eau de mer à ras bord. Le compte à rebours, puis l’allumage ! Pendant deux minutes, les précieux œufs ont été secoués par l’explosion des moteurs de la fusée, suivie de huit autres minutes de secousses plus fortes pendant leur ascension vers le ciel. Ces poissons embryonnaires étaient en route pour une orbite terrestre basse. Prochain arrêt : la Lune.

En réalité, ils ne sont pas encore partis. Mais après une récente simulation conçue pour recréer le tremblement intense d’un décollage typique, des chercheurs français ont découvert que les œufs ont bien survécu à l’épreuve. C’est une découverte cruciale dans la progression du programme Lunar Hatch, qui vise à déterminer si les astronautes pourraient réussir à élever des poissons sur une future base lunaire.

Programme Lunar Hatch

Les deux plus grandes plateformes de recherche en France, l’Ifremer, spécialisée dans la biologie marine et le CSUM, spécialisé dans les nanosatellites, travaillent de concert pour développer l’aquaculture dans l’espace. Le programme Lunar Hatch est une mission unique initiée par Cyrille Przybyla, chercheur en biologie marine à l’Ifremer de Palavas. Il a étudié longuement les espèces aquacoles en système clos mais aussi l’utilisation de microalgues pour le recyclage des effluents. Il a également fait des recherches sur une alimentation alternative fournissant des protéines et des lipides, comme les poissons. Aujourd’hui, il rêve de concevoir une pisciculture lunaire qui utiliserait l’eau déjà présente sur la Lune pour aider à nourrir les habitants du futur village lunaire qui sera créé par l’Agence spatiale européenne (ESA).

L’Agence spatiale européenne développe en effet le projet Moon Village, qui vise à installer une première colonie sur notre satellite d’ici 2030. Son ambassadrice, Claudie Haigneré, porte l’enjeu visionnaire du projet, celui de la colonisation de notre civilisation sur une autre surface que la Terre. La Lune représente une étape intermédiaire sur le chemin qui mènera jusqu’à Mars.

Le projet Lunar Hatch n’est que l’une des quelque 300 idées actuellement en cours d’évaluation par l’ESA, et pourrait être sélectionné pour la mission finale. L’espoir de Cyrille Przybyla, cependant, est d’offrir aux résidents lunaires des aliments frais, appétissants et riches en protéines, et pas seulement des sachets de nourriture lyophilisée.

A la recherche de l’équilibre alimentaire dans l’espace

Les astronautes ont besoin de maintenir un bon équilibre alimentaire, les fruits et les légumes ne suffisent pas et ils ne peuvent pas stocker grand-chose. Les espèces aquacoles pourraient venir combler certaines carences. D’autant plus qu’elles présentent certains avantages pour des élevages dans l’espace. Elles consomment trois fois moins d’oxygène que les animaux et produisent trois fois moins de dioxyde de carbone. « J’ai proposé l’idée d’envoyer des œufs, pas des poissons, parce que les œufs et les embryons sont très robustes », fait valoir M. Przybyla. Ses expériences suggèrent jusqu’à présent qu’il a raison. Cependant, les recherches de son équipe ont également constaté que tous les poissons ne sont pas également aptes à voyager dans l’espace.

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Pour commencer leur recherche de l’astro-pêche parfaite pouvant être exploitée sur la Lune, Cyrille Przybyla et ses collègues ont réduit une liste de centaines d’espèces à une poignée seulement — celles qui ont des besoins modestes en oxygène, un faible dégagement de dioxyde de carbone, un temps d’éclosion court et une résistance aux particules chargées, puisque les formes de vie sont exposées aux radiations pendant les voyages dans l’espace. Ils ont alors décidé de sonder l’intégrité des œufs produits par deux espèces – le bar et le maigre – en Europe.

Les béchers contenant les œufs ont d’abord été secoués à l’aide d’un équipement de laboratoire standard appelé « shaker orbital ». Ils ont réussi ce premier test. Ensuite, ils ont été exposés à des vibrations beaucoup plus fortes en utilisant une machine différente qui les a secoués selon une séquence spéciale conçue pour simuler le lancement d’une fusée Soyouz russe. L’équipe soutient qu’aucun vol spatial ne provoquerait jamais de secousses plus extrêmes que celles de l’engin russe.

Après avoir été secoués, 76 % des œufs de bar commun ont éclos, un résultat qui n’est pas loin du taux de réussite de 82 % des échantillons de contrôle non secoués. Par rapport au bar, les œufs de maigre ont fait encore mieux : 95 % des œufs secoués ont éclos, contre 92 % dans le groupe de contrôle. « C’était complètement fou », se réjouit Cyrille Przybyla. « Car l’environnement était très dur pour ces œufs ».

Le chercheur soupçonne qu’ayant évolué pour résister aux adversités des environnements aquatiques — où ils peuvent supporter de forts courants, des vagues et des collisions avec des surfaces dures — les œufs de poisson sont naturellement prêts pour l’espace.

Un rappel de la Terre, c’est bon pour le moral

Outre les bienfaits nutritionnels des filets de poisson élevés sur la Lune, M. Przybyla suggère qu’il y aura d’autres avantages pour les astronautes qui pourraient un jour se retrouver à élever des animaux dans l’espace. « D’un point de vue psychologique, il est préférable d’avoir un rappel de la Terre — vous avez un jardin, vous avez un aquarium avec des poissons », dit-il.

Luke Roberson, chercheur au Centre spatial Kennedy de la NASA en Floride, est du même avis. Les astronautes vivant sur la Station spatiale internationale passent régulièrement du temps à s’occuper des plantes qu’ils cultivent à bord et à les visiter, dit-il. « Ajoutez à cela un poisson ou un invertébré de compagnie – cela ajoute un autre niveau de bénéfice psychologique. Cela donne une impression plus humaine », abonde M. Roberson.

Il ajoute que la conception de systèmes autonomes et autosuffisants pour la production alimentaire au-delà de la Terre sera cruciale pour les futurs programmes d’exploration spatiale. Et il fait valoir que l’étude de Cyrille Przybyla est « un premier pas important » pour montrer que l’aquaculture est une partie viable de cet avenir.

Luke Roberson souligne également que le bar commun est un choix intéressant car l’espèce tolère des niveaux de salinité variables. Cela pourrait permettre de les accommoder plus facilement malgré l’eau limitée de la Lune. Et, ajoute-t-il, le bar marin pourrait potentiellement être alimenté par les eaux usées d’autres systèmes de base lunaire qui utilisent l’eau de l’environnement lunaire pour produire du carburant pour fusée à base d’hydrogène.

Cependant, il pourrait y avoir un choix de fruits de mer lunaires encore plus approprié. Roberson et ses collègues ont récemment étudié les avantages et les inconvénients de diverses espèces candidates à l’aquaculture en mer. Les invertébrés, tels que les moules et les crevettes, pourraient s’avérer être un meilleur choix que le bar : « Les espèces de vertébrés prennent beaucoup de place et ne fournissent pas l’apport calorique par masse », explique le chercheur.

Un cocktail de crevettes lunaires, ça vous dit ?

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Source : Hakai Magazine

Image d’en-tête : Slashcube GmbH.

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