Ces moustiques génétiquement modifiés devaient être éradiqués : ils ressortent renforcés et increvables.

moustiques génétiquement modifiés

Les moustiques ne sont pas seulement de petits animaux particulièrement agaçants les nuits d’été. Ce sont aussi de dangereux vecteurs de maladies et à ce titre, ils sont à la source de plusieurs centaines de millions de cas d’infections graves par an dans le monde. Les insecticides semblent démunis car les bestioles ont acquis une sorte de résistance. Il fallait donc trouver une autre solution pour s’en débarrasser. La modification génétique des moustiques semblait être la solution idéale pour éradiquer des populations entières de ces insectes. Or, quelques années plus tard on se rend compte que ce qui était prévu n’a pas du tout fonctionné et que les moustiques génétiquement modifiés sont encore plus résistants qu’avant. Échec patent d’une biotechnologie dans laquelle tous les espoirs étaient fondés.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce sont 390 millions de personnes qui chaque année sont contaminés par la dengue inoculée par les moustiques. Les experts de santé publique craignent qu’un véritable catalogue de maladies graves soient propagées, en Europe, par le moustique Aedes aegypti dont les aires géographiques s’étendent vers le nord avec … le réchauffement climatique. Des cas de chigungunya transmis par le même insecte ont été recensés en Allemagne, en Italie, en Espagne et en France métropolitaine (450 cas déclarés). Ainsi les maladies récurrentes des pays tropicaux, le paludisme, la dengue, le chikingunya, le typhus, la fièvre jeune et le Zika aujourd’hui, constituent des menaces croissantes en Europe. Le contrôle des moustiques vecteurs de maladies humaines représente un enjeu sanitaire mondial. D’autant que leur capacité à résister aux traitements insecticides menace aujourd’hui la prévention des épidémies.

La technique du mâle stérile

Face à ces dangers, les scientifiques ont fondé tous leurs espoirs sur une technique, celle du mâle stérile. L’idée semble solide sur le papier. Il s’agit de modifier génétiquement des moustiques mâles Aedes aegypti pour leur conférer un gène létal dominant. Lorsque les bestioles modifiées s’accouplaient avec des femelles sauvages, ce gène réduisait considérablement le nombre de descendants qu’ils produisaient, et les quelques femelles qui étaient nées devraient être trop faibles pour survivre longtemps. Un moyen particulièrement intelligent, pensait-on, pour réduire la population de moustiques dans une région – jusqu’à 85 %, selon certains tests préliminaires.

La firme britannique Oxitec est rapidement devenue la spécialiste incontestée du marché de la production d’insectes transgéniques. Au Brésil, dans son usine de Campinas (Etat de Sao Paulo), la start-up d’Oxford produit, avec le soutien de son partenaire brésilien Moscamed, des Aedes Aegypti mâles qui transmettent à leur descendance un gène inhibiteur de croissance des larves. Bien sûr, le recours à des organismes génétiquement modifiés a immédiatement posé des questions de maîtrise et de sécurité. Les activistes se sont mis sur le pied de guerre. De nombreuses associations craignaient une contamination des espèces sauvages par les transgènes ou les déséquilibres d’une éradication trop brutale d’insectes, laissant place à de nouveaux envahisseurs pouvant être encore plus dangereux.

Des millions de moustiques modifiés

Ces craintes restèrent lettre morte et Oxitec continua de travailler de plus belle à la mise au point de son moustique modifié. Sa souche de moustique reçut l’approbation de la Food and Drug Administration, le sésame permettant de lancer les expérimentations à grande échelle. Dans le cas du Brésil, environ 450 000 mâles modifiés ont été relâchés dans la région de Jacobina située dans l’État de Bahia chaque semaine pendant 27 mois, pour un total de dizaines de millions d’insectes.

Des chercheurs américains venus de l’Université de Yale ont profité de cette expérience massive pour en mesurer les effets. L’équipe de Yale a ainsi étudié les génomes de la souche génétiquement modifiée et des espèces sauvages avant la dissémination, puis à nouveau six, 12 et 27 à 30 mois après le début de la dissémination.

Oups…

Évidemment, ce qui devait arriver arriva. Les gènes des insectes transgéniques avaient été incorporés dans la population sauvage. Certes en petite proportion mais très significative. En effet, les moustiques modifiaient ont produit des petits dans 3 à 4 % des cas. Mais, alors que l’on pensait que ces générations nouvelles allaient se retrouver affaiblies et non viables longtemps, c’est tout le contraire que les chercheurs observèrent. Première surprise, les petits insectes qui naissent ne sont pas aussi faibles que prévu. Certains semblent atteindre l’âge adulte et se reproduire. Deuxième surprise, bien que les populations aient d’abord diminué, les chiffres ont rebondi après environ 18 mois. Les chercheurs suggèrent que les moustiques femelles pourraient avoir appris et commencé à éviter de s’accoupler avec les mâles modifiés.

Pire encore, et c’est la troisième surprise, l’expérience génétique a peut-être eu l’effet contraire et rendu les moustiques encore plus résistants. Les espèces indigènes se sont mélangées avec les insectes modifiés et les croisements qui en ont résulté ont produit un insecte au patrimoine génétique plus large, plus robuste, en un mot : plus résistant. « C’est un résultat imprévu préoccupant » ont dit les scientifiques un peu désappointés. Ils assurent que les nouveaux moustiques ne sont pas dangereux pour l’homme. On veut bien les croire, mais un grand doute entache leurs prévisions.

Ethique et sécurité

Il est indéniable que le recours aux organismes vivants génétiquement modifiés n’est pas une technologie anodine. Elle bouscule nos valeurs éthiques puisque c’est la frontière entre le « naturel » et le « sauvage » qui est remise en cause. Mais elle pose des questions importantes de sécurité. La manipulation génétique peut se répandre dans de nouvelles populations qui n’étaient pas ciblées, suite à un phénomène d’hybridation ou de transfert horizontal d’ADN. Par ailleurs, si un ADN étranger s’insère par mégarde dans la séquence de forçage génétique alors que la séquence n’est pas encore présente dans tous les individus de la population, alors cet ADN étranger va pouvoir se répandre comme une traînée de poudre. Si cet ADN apporte, par malchance, une résistance aux insecticides ou une meilleure attirance envers les odeurs humaines, alors la transformation génétique des moustiques peut se retourner contre nous. Enfin, si les conséquences du forçage génétique sur les individus qui portent la séquence de forçage génétique sont relativement bien comprises, celles à l’échelle des écosystèmes sont extrêmement difficiles à estimer.

Source : Yale University

5 Comments

  1. Lorsqu’on va à l’article d’origine, il n’y a aucune catastrophe en cours. Juste quelques moustiques stériles qui se sont reproduits tout de même et diffusés leur gène dont on ne sait pas pourquoi il serait inquiétant pour l’instant. C’est juste un article appelant à la surveillance génétique pour justement pallier à tout souci.
    Halte au catastrophisme, ce genre d’article, qui détourne la réalité, pour faire peur est une honte.
    Je sais bien qu’annoncer des catastrophes est facteur de revenus pour la presse mais ce genre d’article stigmatise une technologie qui est un grand espoir pour des centaines de millions d’humains de par le monde.
    Un grand bol de déontologie dans le monde journalistique serait bienvenu.

    • Le risque de ces manipulations génétiques est bien connu. Il concerne notamment les effets non prévus sur l’écosystème. C’est exactement ce qui s’est passé dans cette expérimentation. Il ne s’agit pas de faire du catastrophisme mais simplement de prendre conscience que ces technologies, quand elles adressent le vivant, malgré leur immense intérêt ne sont jamais anodines. L’article source est simplement le compte-rendu technique de l’expérience ; c’est aux journalistes de le décrypter et de le mettre en perspective.
      Par ailleurs, nous vous recommandons de lire l’article publié dans UP sur le gene drive en général et les expérimentations sur les moustiques en particulier (https://up-magazine.info/index.php/le-vivant/innovations-vertes/6002-forcage-genetique-droit-de-vie-et-de-mort-sur-les-especes-vivantes-jusqu-ou/). Il est cosigné par une éminente biologiste et par un philosophe. Vous verrez qu’ils ne font pas du catastrophisme mais tentent d’informer le public le plus complètement possible. C’est exactement dans cet esprit qu’écrivent tous les auteurs de UP’ Magazine.

  2. Lorsqu’on va à l’article d’origine, il n’y a aucune catastrophe en cours. Juste quelques moustiques stériles qui se sont reproduits tout de même et diffusés leur gène dont on ne sait pas pourquoi il serait inquiétant pour l’instant. C’est juste un article appelant à la surveillance génétique pour justement pallier à tout souci.
    Halte au catastrophisme, ce genre d’article, qui détourne la réalité, pour faire peur est une honte.
    Je sais bien qu’annoncer des catastrophes est facteur de revenus pour la presse mais ce genre d’article stigmatise une technologie qui est un grand espoir pour des centaines de millions d’humains de par le monde.
    Un grand bol de déontologie dans le monde journalistique serait bienvenu.

    • Le risque de ces manipulations génétiques est bien connu. Il concerne notamment les effets non prévus sur l’écosystème. C’est exactement ce qui s’est passé dans cette expérimentation. Il ne s’agit pas de faire du catastrophisme mais simplement de prendre conscience que ces technologies, quand elles adressent le vivant, malgré leur immense intérêt ne sont jamais anodines. L’article source est simplement le compte-rendu technique de l’expérience ; c’est aux journalistes de le décrypter et de le mettre en perspective.
      Par ailleurs, nous vous recommandons de lire l’article publié dans UP sur le gene drive en général et les expérimentations sur les moustiques en particulier (https://up-magazine.info/index.php/le-vivant/innovations-vertes/6002-forcage-genetique-droit-de-vie-et-de-mort-sur-les-especes-vivantes-jusqu-ou/). Il est cosigné par une éminente biologiste et par un philosophe. Vous verrez qu’ils ne font pas du catastrophisme mais tentent d’informer le public le plus complètement possible. C’est exactement dans cet esprit qu’écrivent tous les auteurs de UP’ Magazine.

      • Les mutations génétiques sont le propre du vivant, elles existent en permanence avec ou sans l’intervention humaine et sans cela nous ne serions pas là.
        Je dis simplement que votre article nourri, sans motif, un dramatique catastrophisme ambiant.
        Il faut refuser les pesticides, les engrais de synthèse, les OGM, l’industrie, les voitures, mais des gens comme vous vont dire quoi aux gens demain, quand ils vont crever de faim parce que nos sociétés se seront auto-détruites ?
        Ouvrez des livres d’histoire et penchez vous sur le merveilleux passé de nos ancêtres, vous en rêvez vous ? Moi non…..
        Quand à un philosophe, je ne vois pas ce qu’il vient faire dans le débat.
        Penchez vous sur les programmes de philosophie, tout simplement au BAC, c’est une honte, on y étudie en sciences, non pas les nouvelles technologies mais des auteurs du passé ou des charlatans comme Freud et consoeurs. Pourquoi pas le créationnisme pendant qu’on y est ?

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