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Quarantaine : cette mesure venue du fond des âges relèverait-elle de la pensée magique ?

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Les images sont impressionnantes : des villes fantômes désertées de leurs millions d’habitants, des hommes masqués, des convois de personnes emmenées dans des centres de confinement, des frontières fermées. Le coronavirus chinois a déclenché une fièvre d’inquiétude quand ce n’est pas de panique. Une fièvre combattue avec les moyens les plus ancestraux, l’isolement forcé. C’est ainsi que l’on traite la maladie contagieuse au XXIe siècle, avec des méthodes remontant au Moyen-âge si ce n’est à l’Ancien Testament. Des méthodes à l’efficacité douteuse, qui relèveraient plus de la pensée magique que de la rationalité scientifique.

Des rues désertes, des terrasses de café abandonnées, des voies rapides libres de toute automobile, une ville peuplée de plus de dix millions d’habitants devenue ville fantôme. Plus d’enfants dans les jardins publics, personne dans les rues bordées de commerces aux rideaux baissés. Une atmosphère étrange, où l’homme a disparu.

La vidéo publiée par ABC News sur son compte Twitter est éloquente : face au coronavirus et au risque d’épidémie si ce n’est de pandémie qu’il représente, le gouvernement chinois emploie les grands moyens : enfermer sa population. Les onze millions d’habitants de Wuhan sont à la deuxième semaine d’isolement. Un confinement élargi à quinze autres villes : 45 millions de chinois sont enfermés chez eux. C’est la plus grande quarantaine de l’histoire de l’humanité.

La quarantaine, un mot que l’on croyait perdu dans les oubliettes de l’histoire et qui revient au grand jour, à la une de tous les médias du monde. Une mesure de confinement qui remonte loin, très loin dans le temps, vestige d’une forme ancestrale de gestion du risque sanitaire, dont l’efficacité dans notre monde du XXIe siècle fait largement débat.

Une longue histoire

L’idée de confiner des malades atteints d’une maladie contagieuse remonte à l’Ancien Testament, à l’occasion de l’évocation de la lèpre, une affection qui défigure les patients atteints, effrayante, et donc pensée comme contagieuse. Isoler les malades était alors la meilleure méthode, après la prière, pour s’en prémunir.  C’est surtout au XIVe siècle que l’on voit apparaître les premières mesures de confinement des navires provenant de zones infectées par la peste noire. Les historiens repèrent le premier épisode d’isolement forcé au port de Ragusa en Croatie en 1377. Les navires en provenance de régions où le taux de peste était élevé devaient rester au large pendant trente jours avant d’accoster. Toute personne à bord qui était en bonne santé à la fin de la période d’attente était présumée peu susceptible de propager l’infection et était autorisée à descendre à terre.

Mais c’est à Venise, à partir de 1423, que l’on voit apparaître l’organisation systématique de mesures de confinement de trente puis de quarante jours et le mot « quarantaine » issu de « quaranta ». Il faut dire que la Sérénissime subit soixante-trois épidémies de peste de l’an 600 à 1500. La vile particulièrement exposée par l’importance de son commerce avec l’Orient fit construire le Lazzaretto Nuovo destiné à recevoir les navires et leurs équipages en provenance des ports suspectés d’être infestés par la peste

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C’est quasiment à la même époque que l’on élargit la notion de quarantaine à celle de cordon sanitaire, consistant à bloquer les accès à une ville ou une zone pour la protéger de l’entrée des malades infectés. C’est ainsi que dans le Luberon est installé au début du XVIIIe siècle un « mur de la peste », long de 27 kilomètres. Une méthode qui durera puisque l’on voit, en 1821, l’État français envoyer 30 000 soldats bloquer la frontière espagnole pour empêcher l’entrée d’une épidémie de fièvre jaune. Une méthode réitérée dix ans plus tard contre l’épidémie de choléra qui frappe l’Europe occidentale.

Plus récemment, on se souvient que l’équipage de la mission lunaire de Neil Armstrong fut mis en quarantaine dès son retour sur Terre.

Efficacité relative

Ces quarantaines imposées sont appréciées par le peuple tant que ce n’est pas lui qui est concerné. Car en réalité, ces confinements forcés ont une efficacité toute relative. A la fin du XIXe siècle, au moment de l’apparition des grandes conférences sanitaires internationales, on se rend compte que le système est inefficace car il y toujours des personnes qui réussissent à s’échapper et, comme le pense  Patrick Zylberman, historien de la santé et professeur émérite à l’École des hautes études en santé publique, qu’il risque d’être contreproductif. En effet enfermer des personnes susceptibles d’être contaminées ou présentant une affection asymptomatique avec des personnes saines ne fait qu’aggraver la situation et les risques de propagation. La quarantaine fabriquerait alors un bouillon de culture hautement explosif.

Mettre sa population en quarantaine présente inévitablement des risques pour un gouvernement. Violences, émeutes, rébellion accompagnent souvent ces mesures. Ce fut le cas récemment, en 2014 au Liberia en Afrique où la capitale Monrovia fut isolée pour enrayer l’épidémie d’Ebola. Des heurts violents entre la population affolée et la police ont fait de nombreux morts.

En Chine aussi, pays où la population est l’une des plus dociles du monde, des confinements organisés dans les provinces de Shangaï et de Nankin lors de l’épidémie de SRAS ont conduit à des émeutes, la population enfermée manquant d’approvisionnement sanitaire ou alimentaire.

La quarantaine fait partie de l’arsenal des préfets français. Ils ne l’ont jamais utilisée, pour l’instant.

  • A LIRE : Pavillon jaune. Histoire de la quarantaine, de la Peste à Ebola de Sofiane Bouhdiba, L’Harmattan, 2016

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