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La course aux vaccins et traitements s’accélère

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Combien le coronavirus fera-t-il de morts ? Personne n’est encore capable de répondre à cette question mais dans le pire scénario, cela pourrait se chiffrer en millions à travers le monde, avertissent les experts, qui insistent donc sur l’importance des mesures comme le confinement. Le temps presse face à une menace galopante. C’est pourquoi les laboratoires du monde entier se livrent à une course folle pour trouver qui un traitement efficace, qui un vaccin. Une effervescence inédite que certaines mauvaises langues disent dictée par l’appât de gains importants mais qui peuvent se traduire aussi par une extinction de l’épidémie et le rétablissement de millions de malades. Les choses évoluent d’heure en heure sur ce front de la recherche. En voici les derniers échos.  

Moderna conduit les premiers essais d’un vaccin aux États-Unis

Le premier essai clinique pour tester un vaccin candidat contre le nouveau coronavirus a débuté ce lundi 16 mars à Seattle, ont indiqué les autorités sanitaires américaines. Le vaccin se nomme mRNA-1273 et a été développé par des scientifiques des Instituts nationaux de santé américains (NIH) et de l’entreprise de biotechnologies Moderna, basée à Cambridge dans l’État du Massachusetts.

« L’essai ouvert recrutera 45 volontaires adultes en bonne santé âgés de 18 à 55 ans pendant environ six semaines« , a déclaré le NIH. « Le premier participant a reçu le vaccin expérimental« . Les participants à cette étude clinique devront encore passer par différentes phases, afin de déterminer si le vaccin est efficace et sécurisé.

Le vaccin fonctionne avec l’information génétique de la partie du virus qui s’attache aux cellules et les infecte, des pointes appelées protéines de spicule.  Les coronavirus sont sphériques et ont des pointes qui dépassent de leur surface, ce qui leur donne une apparence de couronne. Le pic se lie aux cellules humaines, permettant au virus de pénétrer dans l’organisme.
Le vaccin candidat Moderna porte l’information génétique de ce pic dans une substance appelée « ARN messager ». L’injection de l’ARN messager du pic dans le tissu humain le fait croître à l’intérieur du corps, déclenchant ainsi une réponse immunitaire sans avoir réellement infecté une personne avec le virus à part entière.

Si tout se déroule comme prévu, il pourrait alors être commercialisé d’ici un an et demi, dans l’hypothèse où l’épidémie se prolongerait jusqu’à la prochaine saison grippale.

Le remdesivir, un traitement en tête de peloton

De tous les médicaments en lice pour combattre le Covid-19, le remdesivir de l’Américain Gilead pourrait être le premier à arriver sur le marché. La dernière phase des essais cliniques (Phase 3) vient d’être lancée en Asie.

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L’antiviral a été développé contre d’autres virus comme Ebola (sans être efficace) et n’a encore été approuvé nulle part. Mais il a été prometteur dans le traitement de patients atteints du coronavirus en Chine, selon des médecins, et a été utilisé pour aider à soigner deux patients aux Etats-Unis et en France.

« Il semblerait qu’il n’y ait pas d’efficacité clinique majeure sur les premiers cas chinois, mais c’est un petit nombre de patients. Avec le remdesivir, il y a une diminution de la multiplication virale, et cela semble à ce stade le plus puissant de tous », a indiqué Jean-François Timsit, chef de service de réanimation médicale et des maladies infectieuses à l’hôpital Bichat (AP-HP), lors d’une conférence en ligne du Collège des enseignants de médecine intensive-réanimation, jeudi 12 mars.

Le remdesivir se modifie à l’intérieur du corps humain pour ressembler à l’un des quatre éléments constitutifs de l’ADN, les nucléotides. Lorsque les virus se répliquent, ils le font « rapidement et un peu négligemment », selon le virologue Benjamin Neuman interrogé par l’AFP. Le remdesivir pourrait être incorporé dans le virus lors d’une de ces réplications. L’antiviral ajouterait au virus des mutations non désirées qui pourraient le détruire.

« Il n’y a pour l’instant qu’un seul médicament dont nous pensons qu’il pourrait avoir une réelle efficacité. Et c’est le remdesivir« , a indiqué lors d’une conférence de presse Bruce Aylward, un responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon le directeur de l’Institut national américain des maladies infectieuses Anthony Fauci, expert de Donald Trump sur le coronavirus, cet antiviral pourrait être disponible « dans les prochains mois ».

Le regeneron ou comment faire du neuf avec du vieux

Les laboratoires Regeneron ont développé l’année dernière un médicament, administré par voie intraveineuse, connu sous le nom « d’anticorps monoclonaux », qui a permis d’améliorer de manière significative le taux de survie de patients touchés par le virus Ebola.

Pour appliquer leur traitement au coronavirus, l’entreprise a génétiquement modifié des souris afin qu’elles aient un système immunitaire semblable à celui de l’homme. Les souris ont été exposées à des virus, des formes atténuées de virus, ou des protéines virales, pour qu’elles produisent des anticorps humains, a expliqué à l’AFP Christos Kyratsous, vice-président de la recherche chez Regeneron.

Ces anticorps sont ensuite isolés et examinés afin de sélectionner les plus efficaces, qui sont cultivés dans des laboratoires, purifiés puis administrés à des humains par intraveineuse. « Si tout se passe bien et ça devrait être le cas, nous devrions savoir quels sont les meilleurs anticorps dans les prochaines semaines« , et les essais cliniques devraient commencer cet été, selon le responsable.

Le médicament pourrait fonctionner à la fois comme un traitement et un vaccin, en l’administrant à des personnes avant qu’elles soient exposées, même si les effets ne seraient que temporaires car les anticorps ne feront pas partie de la mémoire du système immunitaire des individus.
Regeneron tente aussi de lutter contre l’inflammation des poumons qui se développe lors des formes sévères du nouveau coronavirus en utilisant un autre de ses médicaments, Kevzara, destiné à l’origine à traiter les inflammations dues à l’arthrite.

Sanofi Pasteur dit avoir une longueur d’avance dans la course au vaccin …

Le groupe pharmaceutique français Sanofi s’est associé au ministère américain de la Santé pour développer un candidat vaccin, en utilisant une « technologie de recombinaison de l’ADN ». Elle consiste à combiner l’ADN du virus avec l’ADN d’un virus inoffensif afin de créer une nouvelle entité cellulaire à même de provoquer une réponse immunitaire. Les antigènes créés par cette opération peuvent ensuite être reproduits à grande échelle.

Cette technologie est déjà à la base du vaccin de Sanofi contre la grippe. Grâce à ses travaux de recherche sur le Sras notamment, l’entreprise pense avoir « une longueur d’avance » dans la mise au point rapide d’un vaccin contre le Covid-19.

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David Loew, vice-président exécutif et responsable de Sanofi Pasteur, a estimé pouvoir disposer d’un candidat vaccin « dans moins de six mois » et potentiellement entrer en essai clinique « dans environ un an à un an et demi ».

… et offre à la France des millions de dose d’un traitement prometteur

Le laboratoire Sanofi s’est dit prêt à offrir aux autorités françaises des millions de doses de l’anti-paludique Plaquenil, pouvant traiter potentiellement 300 000 malades, après des essais jugés « prometteurs » auprès de patients atteints du Covid-19.

Le Plaquenil, une molécule d’hydroxychloroquine, également utilisée depuis des décennies dans les maladies auto-immunes de type lupus ou polyarthrite rhumatoïde, pourrait en effet avoir un effet sur la disparition du virus, a indiqué lundi 16 mars le professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut Hospitalo-Universitaire de Marseille. Selon cette étude menée par le professeur Raoult sur 24 patients porteurs du coronavirus, six jours après le début de la prise de Plaquenil, le virus avait disparu chez trois quarts des personnes traitées.

La porte-parole du gouvernement français, Sibeth Ndiaye, avait indiqué plus tôt que ces essais cliniques étaient « prometteurs » et seraient étendus à un plus grand nombre de patients. Ces nouveaux essais cliniques « seront réalisés avec une équipe indépendante du professeur (Didier) Raoult« , a précisé Mme Ndiaye à l’issue d’un Conseil des ministres, soulignant qu’à ce stade « nous n’avons pas de preuve scientifique » que ce traitement fonctionne.

Plusieurs experts appellent en effet à la prudence en l’absence d’études plus poussées et en raison des effets indésirables pouvant être graves, notamment en cas de surdosage. Des critiques balayées par l’équipe du Pr Raoult, qui explique que l’hydroxychloroquine est un médicament utilisé depuis de nombreuses années : «Certes il y a des effets secondaires graves si on ne respecte pas la posologie, mais c’est un médicament que l’on connaît, on sait comment faire.» 

Inovio promet un million de doses de vaccin d’ici la fin de l’année

Inovio, société américaine de biotechnologies, travaille depuis sa création en 1983 sur des vaccins ADN, qui fonctionnent comme les autres vaccins à base d’ARN évoqués plus haut, mais plus en amont de la chaîne.

L’ADN est comme un livre de référence dans une librairie, et l’ARN est similaire à la photocopie d’une page de ce livre où il y aurait les instructions pour effectuer une tâche. « Nous prévoyons de commencer les essais cliniques aux Etats-Unis en avril et ensuite rapidement en Chine et en Corée du Sud, où l’épidémie touche le plus de gens« , a déclaré dans un communiqué J. Joseph Kim, président d’Innovio.

« Nous avons l’intention de livrer un million de doses d’ici la fin de l’année grâce à nos ressources et nos capacités existantes« .

Le candidat vaccin allemand qui excite la convoitise de Trump

En langage de cour de récréation cela s’appelle un vent. Le laboratoire allemand CureVac travaille sur un vaccin contre le COVID-19, comme tant d’autres dans le monde. Mais celui-ci adopte une approche originale et promet des tests d’ici quelques mois. Il n’en fallait pas plus pour attiser la convoitise de Donald Tump qui, avec l’élégance dont il est coutumier, a proposé aux dirigeants du laboratoire de leur racheter en exclusivité le vaccin, au seul usage de ses citoyens américains.

Immédiatement la réaction des autorités allemandes a retenti sous forme d’un colossal Nein ! Pas question de laisser partir à l’usage exclusif d’une nation un vaccin qui pourrait être un bien commun de l’humanité. Une anecdote dont on pourrait sourire si les temps n’étaient aussi dramatiques, mais qui en dit long sur l’âpreté de la bataille du vaccin.

La méthode de CureVac est originale ; elle consiste à utiliser l’ARNm pour développer des vaccins. Classiquement, un vaccin consiste à introduire dans l’organisme une forme plus ou moins inactivée d’un virus ou d’une bactérie, afin que l’organisme organise ses défenses sans les risques que comporteraient une véritable infection. Chez CureVac, les chercheurs travaillent sur une stratégie inverse : au lieu de leurrer l’organisme avec un faux virus pour qu’il soit prêt à recevoir le vrai, ils arment directement les cellules de l’organisme pour faire face au vrai virus. Pour cela, ils utilisent l’ARN messager, ou ARNm, la molécule qui sert d’intermédiaire entre l’ADN et les protéines qu’il code à la manière d’un véritable livre de recettes. Chaque ARNm guide la synthèse d’une protéine précise. En introduisant un ARNm réalisé spécialement pour donner naissance à une protéine pensée pour être efficace contre une infection, il est donc théoriquement possible d’obtenir une immunisation.

C’est sur ce principe que chez CureVac, les chercheurs travaillent ainsi depuis fin janvier 2020 sur un vaccin contre le Covid-19, en partenariat avec l’organisme public CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations). Grâce à ce financement supplémentaire, l’entreprise promet un développement accéléré, de façon à disposer d’un candidat vaccin à tester sur l’humain « en quelques mois », d’après Richard Hatchett, PDG du CEPI, dans un communiqué. « Actuellement, nous sommes en train de développer un vaccin qui, après des tests précliniques réussis, pourrait être testé rapidement chez l’homme dans le cadre d’une étude clinique« , confirme la Dr Mariola Fotin-Mleczek, directrice de la technologie de CureVac.

Si CureVac réussit son pari, des millions de doses de vaccin pourraient potentiellement être produites à faible coût dans ses installations de production existantes.

Urgence et prudence

Cette course aux traitement et vaccins contre le coronavirus est dictée par l’urgence de la situation. Les courbes de morbidité et de mortalité grimpent dans tous les pays, promettant des sommets vertigineux. Face à cette pression, les laboratoires accélèrent et sont soutenus massivement par leurs autorités respectives dans leurs efforts.

Mais cette accélération de la recherche trouve vite des points de friction et de ralentissement. Ils sont dus aux règles de mise sur le marché légitimement précautionneuses, exigeant des protocoles d’essais lourds et surtout très longs. Il a fallu de nombreuses années pour mettre en place un cadre élaboré permettant de garantir que la recherche clinique est menée dans le respect de l’éthique et de la science.

Or, aujourd’hui, la pression de l’urgence face à la crise du coronavirus est telle qu’il faudra sans doute décider d’amender les règles et se demander s’il est approprié d’accepter des niveaux de risque plus élevés pour les participants à la recherche et les patients. Devrons-nous trouver des moyens de réduire la bureaucratie et l’excès de prudence afin d’accélérer la prise de décision et de rendre le système plus réactif ? Il s’agit d’une grave question à propos de laquelle nous serons tous, patients comme médecins ou autorités sanitaires et États, pressés d’apporter une réponse.

  • Pour aller plus loin : un article scientifique qui dresse l’état de l’art sur les vaccins et traitements du COVID-19 par Fatima Amanat et Florian Krammer : SARS-CoV-2 vaccines: status report (pdf)

Avec AFP

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