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Les difficultés de la réponse française à l’épidémie de coronavirus

Les difficultés de la réponse française à l’épidémie de coronavirus

Le professeur Jean-Paul Moatti jette un pavé dans la mare dans la prestigieuse revue médicale The Lancet

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Le professeur Jean-Paul Moatti est une voix qui compte en matière de santé publique. Il est professeur d’économie de la santé, ancien président de l’Institut de Recherche pour le développement (IRD). Il a choisi la prestigieuse revue médicale The Lancet pour lancer, dans un article court mais cinglant, une analyse critique  de la réponse française à l’épidémie de COVID-19.


La réponse française à COVID-19 : des difficultés intrinsèques à l’interface de la science, de la santé publique et de la politique

Jean-Paul Moatti

Face aux critiques, les autorités françaises affirment que leur politique face à la pandémie de coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS-CoV-2) est fondée sur des preuves — elles ont nommé un conseil consultatif de 11 scientifiques pour aider à gérer la crise. Toutefois, dans les situations où les décideurs sont confrontés à une incertitude radicale, le fait de s’en tenir aux approches conventionnelles pourrait mettre en péril l’interface entre la science et la politique.

1- Les politiques ne peuvent tirer des leçons en temps réel

Le simple fait d’examiner l’évolution des cas confirmés ne permet pas de tirer des leçons en temps réel pour la politique.

Bien que l’épidémie ait débuté simultanément en Corée du Sud, en Italie et en France le 1er février 2020, le nombre de cas confirmés de maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) était de 12 en Corée du Sud, six en France et trois en Italie – la Corée du Sud a pu contrôler l’épidémie six semaines plus tard, tandis qu’une augmentation rapide des cas était manifeste en Italie et a commencé en France. Malgré les recommandations de l’OMS1, la France et l’Italie n’ont pas adopté de stratégie sud-coréenne de dépistage de masse, de recherche des contacts et d’éloignement physique, et la plus grande étape a été le verrouillage du pays le 9 mars en Italie et le 17 mars en France.

La France ne disposait pas de la capacité logistique nécessaire pour promouvoir les essais de masse, en raison du nombre limité de laboratoires accrédités (seulement 45 dans les établissements publics) et de la disponibilité limitée de réactifs SARS-COV-2 pour la RT-PCR. Mais, plutôt que de fixer explicitement l’objectif d’intensifier les tests en fonction des priorités (professionnels de la santé, groupes vulnérables) jusqu’à ce que les capacités deviennent suffisantes, les autorités ont fait valoir que le dépistage systématique n’était pas nécessaire dès que l’épidémie s’était généralisée (phase 3 des lignes directrices nationales). Cette politique n’a été inversée que le 28 mars, dans le but de gérer une issue au confinement.

2- Des incitations dissonantes

Le maintien du premier tour des élections nationales le 15 mars, tout en imposant la fermeture d’écoles, contraste avec la littérature en sciences sociales qui établit que la communication en cas de catastrophe doit éviter de confronter la population à une situation de double contrainte par des incitations dissonantes2.

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3- Le parasitage des controverses éthiques et médicales

Les résultats préliminaires – bien que non concluants – concernant l’utilisation de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine pour le traitement de COVID-19 ont alimenté les controverses éthiques dans la communauté biomédicale avec une couverture médiatique importante. Le fait de se référer uniquement à des essais cliniques randomisés pour prouver l’efficacité du traitement sans envisager d’autres méthodes d’évaluation pour fournir des preuves plus rapidement dans un contexte d’urgence3 a réduit la capacité des autorités à atténuer l’effet des rumeurs irrationnelles en ligne4 et à réglementer les pratiques de prescription des professionnels de la santé.

Le 24 mars, un deuxième comité d’experts a été nommé, en complément du premier. Ce comité d’analyse de la recherche et de l’expertise comprend 12 experts, dont dix sont différents des membres du conseil scientifique, et est présidé par Françoise Barré-Sinoussi, virologue et prix Nobel de médecine en 2008. Le second comité semble être une reconnaissance implicite des difficultés intrinsèques de l’utilisation directe de la science dans la gestion politique d’une crise sanitaire.

Jean-Paul Moatti, Professeur d’économie de la santé, Université Aix-Marseille, président de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) jusqu’en 2019

 

Notes

  1.  COVID-19: what science advisers must do now. Nature 579: 319–20.
  2. Lagadec P, A new cosmology of risks and crises: time for a radical shift in paradigm and practice. Rev Policy Res. 2009; 26: 473-486
  3.  Frieden TR, Evidence for health decision making — beyond randomized, controlled trials. N Engl J Med. 2017; 377: 465-475
  4.  Cowper A, COVID-19: are we getting the communications right?. BMJ. 2020; 368: m919

 

La traduction, les titres et intertitres sont de la rédaction de UP’ Magazine

Cet article a été publié la première fois par The Lancet

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