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Demain, quel système de santé voulons-nous ?

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On connaît l’avis des Français sur l’état de l’hôpital public : 88% d’entre eux estiment qu’il est en « danger » et 94% sont favorables à une augmentation des moyens. Ainsi, pour améliorer le fonctionnement de l’hôpital public, 87 % suggèrent davantage de personnel et 77 % plus de budget (1). Mais que pensent les professionnels de santé eux-mêmes ? Des professionnels qui sont inquiets et fatigués mais … pas résignés. 2250 soignants ont décidé de témoigner, à travers un sondage, pour proposer des initiatives afin de réinventer les établissements sanitaires et médico-sociaux qui achètent, transportent, nourrissent, éduquent en santé, … sur leurs territoires. Ils sont prescripteurs de changements et des lieux éducationnels très puissants. Ils ont un rôle majeur à jouer, à commencer par celui de devenir exemplaires en termes de réduction des impacts environnementaux et sociaux de leur activité. 

Les équipes de comités et d’agences spécialisées (2) ont observé la gestion de la crise du COVID-19 par les professionnels de santé. Ils ont été ébahis devant la puissance de l’engagement et de l’inventivité des équipes médicales, et atterrés de voir les risques qu’ils prenaient, la peur au ventre, pour remplir leur mission. Ils ont été stupéfaits de la capacité des établissements sanitaires et médico-sociaux à se réorganiser du sol au plafond en quelques jours.  Alors, ils ont voulu leur donner la parole.
A travers un sondage (2), ces professionnels de santé et de la dépendance ont pu s’exprimer et mettre en avant leur volonté d’établissements exemplaires. Impacts environnementaux, responsabilité sociale et sociétale : ils ont les ressources pour agir ! Ce qui semblait impossible (difficile) hier est possible demain. 

Alors que le système de santé est en tension, 2 250 professionnels de santé, dont 62 % exercent dans un établissement qui accueille des patients atteints du Covid-19, ont pris le temps de partager leurs émotions, idées et attentes. 98 % des répondants ont rempli le questionnaire dans sa totalité et noirci abondamment les cases « commentaire » : 12 000 mots et autant d’idées ont été recueillis.
Ce questionnaire s’est attaché à faire émerger les forces du système de santé qui lui ont permis de résister à cette crise pandémique plutôt que de pointer des lignes de rupture déjà identifiées.

Les professionnels de santé sont inquiets et fatigués mais pas résignés. Leurs réponses témoignent d’une grande confiance en leur force et leurs capacités. Ils se sentent utiles et à leur place. Experts de terrain, impliqués et éclairés, ils sont prêts à agir et ont des idées.
Presque 90 % des répondants souhaitent que les établissements sanitaires et médico-sociaux deviennent exemplaires concernant leur gestion des déchets, des transports, de la consommation d’énergie, de la qualité de vie au travail, etc., et autant sont favorables à ce que l’obtention de financements incite les établissements à respecter des critères environnementaux, sociaux et sociétaux.

Les professionnels de santé se sentent utiles et à leur place

Ils ont foi en leur force et font corps : 83,2 % des professionnels de santé répondants se sentent à leur place et utiles. Ce fort sentiment d’utilité préexistant est en général inhérent au choix d’exercer dans la santé. C’est une valeur fondamentale en politique de ressources humaines.

Un sentiment d’utilité que n’a pas exacerbé la crise puisque 65,2 % des sondés déclarent que la crise n’a pas modifié la perception d’utilité de leur métier. L’utilité de chacun dans la chaîne de prise en charge est une des forces révélées par la crise, priorisée dans le top 3 par 65,9 % des répondants.

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De façon attendue, 87,7 % des répondants se sentent très inquiets/assez inquiets/inquiets concernant la pandémie. Ce niveau d’inquiétude est quasi identique que l’établissement accueille, ou non, des patients atteints du Covid-19.

Par ordre décroissant, les professionnels de santé se sentent tout à fait ou plutôt fatigués à 66,3 %, créatifs à 60,9 %, stressés à 56,7 %, fiers à 58 %, impuissants à 57,9 %, en colère à 48,2 %. Il est à noter que 63,6 % des répondants ne se sentent pas résignés.

D’une manière générale, peu de différences sont notées dans les réponses selon les métiers et les secteurs public/privé. Un corps globalement à l’unisson.

Ils savent faire face

Concernant les forces révélées par la crise, les répondants ont le plus fréquemment cité la capacité collective de réorganisation (79 %), l’entraide entre collègues (68,1 %), et l’utilité de chacun dans la chaîne de prise en charge (65,9 %).

Cette confiance en une capacité collective de réorganisation est préexistante à la crise car ils déclarent à 82,3 %, qu’il aurait été tout à fait ou moyennement possible de mettre en place de nouvelles organisations en un temps record. 78,5 % des répondants qualifient d’exceptionnelle ou importante l’aide reçue de leurs collègues ou confrères.

Ils veulent agir !

Tout d’abord, 81,5 % des répondants considèrent que la crise a révélé de façon criante ou assez criante l’insuffisance d’éducation en santé de la population. Très majoritairement, ils pointent cette insuffisance comme une faiblesse forte révélée par la gestion de crise pandémique. 58,1 % des répondants considèrent qu’une approche préventive de la santé, plutôt que majoritairement curative comme aujourd’hui, diminuerait le nombre de personnes malades lors d’une prochaine crise sanitaire. Prévention et éducation en santé sont des axes de travaux prioritaires.

57,6 % des professionnels de santé pensent que la crise va créer les conditions d’un changement positif du système de santé. 91 % des répondants sont tout à fait/plutôt d’accord pour conserver cette dynamique, notamment d’inventivité, à l’œuvre durant la pandémie.

À la question quelles sont les raisons principales de votre inquiétude, 24,7 % ont répondu la peur que rien ne change après la pandémie, raison citée en 2e plus importante, juste après la peur du risque de contamination. Un très fort appel au changement !

Une volonté de réduire les impacts environnementaux, sociaux et sociétaux des établissements

87,7 % des répondants souhaitent que les établissements sanitaires et médico-sociaux deviennent exemplaires concernant leur gestion des déchets, des transports, de la consommation d’énergie, de la qualité de vie au travail, etc. Ils sont 93,7 % à vouloir agir ou agissent déjà en ce sens. 2,5 % des répondants sont d’accord pour agir mais plus tard. Seulement moins de 2 % des répondants considèrent qu’il y a d’autres priorités.

87,3 % des répondants sont favorables à ce que l’obtention de financements incite les établissements sanitaires et médico-sociaux à respecter des critères environnementaux, sociaux et sociétaux.

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Il faut en effet se remémorer la sixième édition de la publication L’avenir de l’environnement mondial (Global Environment Outlook). Ce rapport rédigé par 250 scientifiques et experts originaires de plus de 70 pays, publié en mars 2019, faisait une évaluation la plus complète et la plus rigoureuse de la situation de l’environnement mondial réalisée par l’ONU au cours des cinq dernières années : une alerte sur les dommages causés à la planète si importants que la santé des populations sera soumise à des menaces croissantes, si des mesures urgentes ne sont pas prises. Le rapport prévenait également qu’en raison des polluants présents dans nos systèmes d’eau douce, la résistance anti-microbienne deviendra la première cause de décès à l’horizon 2050 et que les perturbateurs endocriniens affecteront la fertilité des hommes et des femmes, ainsi que le développement neurologique de l’enfant.
Joyce Msuya, directrice exécutive par intérim d’ONU Environnement, déclarait alors : « Les données scientifiques sont claires. La santé et la prospérité de l’humanité sont directement liées à l’état de notre environnement. Ce rapport nous donne des perspectives pour l’humanité. Nous sommes à la croisée des chemins. Continuerons-nous sur la voie actuelle, qui mènera à un avenir sombre pour l’humanité, ou adopterons-nous une voie de développement plus durable ? C’est le choix que nos dirigeants politiques doivent faire, maintenant. »

Se « réinventer » *

La crise sanitaire a révélé de nombreux points de rupture du système de santé français mais elle a aussi mis en lumière la force de ses acteurs de terrain. La crise a suscité une grande inventivité : 69,4 % considèrent que c’est le rôle des professionnels d’être inventifs, et 71,3 % sont surpris par autant d’inventivité.

Les résultats de ce sondage montrent qu’ils sont inquiets et fatigués mais prêts à se « réinventer ». Ils viennent de faire la démonstration d’une immense capacité au changement et déclarent majoritairement souhaiter agir immédiatement pour transformer leur établissement vers un modèle plus soutenable.

Néanmoins, des actions de communication seront nécessaires auprès des professionnels de santé afin de rappeler que 65 % des maladies infectieuses sont des zoonoses, c’est à dire des agents pathogènes transmis des animaux à l’homme et dont 72 % trouvent leur origine dans le monde sauvage. De nouvelles études pointent la responsabilité de l’activité humaine et de la destruction de la biodiversité dans l’apparition de nouveaux virus venus du monde animal, tel le coronavirus. 

Le Président de la République Emmanuel Macron affirmait dans une interview au Financial Times le 16 avril : « Je dis à tous les pays développés, n’attendez pas le réveil climatique [qui nous fera] vivre ce qu’on est en train de vivre sur le plan sanitaire« . Alors que des « choix très profonds, très brutaux » sont effectués pour sauver des vies, il doit en être « de même » avec le risque climatique. Car le Covid-19 nous fait faire l’expérience de notre vulnérabilité« , incitant à changer de modèle pour atteindre la résilience. Le président étant persuadé qu’à l’issue de la crise, « plus personne n’acceptera de respirer un air pollué ».

87,3 % des répondants sont favorables à ce que l’obtention de financements incite les établissements sanitaires et médico-sociaux à respecter des critères environnementaux, sociaux et sociétaux. Si individuellement, les professionnels de santé sont prêts à s’engager, ils ne sont que 18,8 % à compter sur un engagement collectif comme celui manifesté contre la pandémie pour combattre le changement climatique ; 44,7 % sont indécis et 18,4 % n’y comptent pas du tout.

Toutefois, il est autorisé de penser que la gestion de cette crise sanitaire ait accéléré la prise de conscience d’une responsabilisation individuelle et collective, et son corollaire, une envie d’agir pour réduire les impacts environnementaux, sociaux et sociétaux des organisations de santé.
Indiquant leur adresse e-mail dans 87 % des cas, les répondants ne veulent pas en rester là et attendent une suite.

Trois premières propositions

Initiative n°1 : immédiatement, promouvoir les équipements de protection à usage multiple et fabriqués sur notre territoire à l’heure où les établissements sont dans l’incapacité de gérer l’accroissement colossal des déchets à risques infectieux.

Initiative n°2 : selon un calendrier précis, décarboner le secteur sanitaire et de la dépendance : développer des circuits courts et favoriser l’économie circulaire, repenser les transports, optimiser les déchets, etc.

Initiative n°3 : lutter contre les bactéries multi-résistantes : 38 % des antibiotiques et 73 % des produits antimicrobiens dans le monde sont destinés aux animaux d’élevage. L’OMS estime que l’antibiorésistance pourrait tuer 10 millions d’humains tous les ans, si rien n’est fait, d’ici 2050 alors qu’elle cause déjà 12 500 morts par an en France.

Cet appel rejoint les nombreuses voix qui s’élèvent pour exhorter le gouvernement à répondre simultanément et immédiatement aux deux enjeux économiques et environnementaux qui se présentent. Le plan « Ma santé 2022 » appartient au passé et doit être réécrit à la lumière du Plan national santé environnement (PNSE 4).

Que veulent-ils retenir de la crise ? Parmi les centaines de commentaires…

« Le manque récurrent de matériel. »

« On ne peut rien réussir seul. »

« Couple de soignants, sur le terrain et exposés, avec 2 enfants en très bas âge, nous nous sentons épuisés et avons peur de ce qui va se passer si nous tombons malades en même temps. Qui va s’occuper de nos enfants ? »

« Fracture et inégalités sociales, l’absence de décisions sur nos modes de consommations et la protection de l’environnement. »

« La reconnaissance par des remerciements en lieu de l’amélioration de conditions de travail. »

« Ma propre santé et celle de mes proches. »

« La formidable solidarité, la disponibilité des personnels, la capacité de se réorganiser en un temps record. »

« Oser la nouveauté… Penser le patient en premier lieu avant de penser la stratégie politique de l’établissement. »

« Le manque de solidarité. Voir que chaque instance ouvre son parapluie et se couvre, au détriment de ceux qui sont en première ligne. »

« Mobilisation exemplaire du monde de la santé et nécessité d’un développement de la RSE. »

« Une opportunité pour accélérer la prise de conscience de l’urgence de remettre la santé et la prévention au cœur de la société de façon écoresponsable et solidaire. »

« Qu’un autre monde est possible, il faut simplement que nous choisissions collectivement de le changer et de nous changer nous-mêmes. »

« Que notre système de santé dont j’étais si fière (avant) ne fonctionne plus. Que l’argent gouverne beaucoup trop de chose et que cela a un impact sur l’éthique et la bienveillance. Il faut que ça change ! »

« Une équipe très investie, solidaire, qui a su s’adapter à de nombreux changements, et qui a mis de nombreuses choses en place pour rassurer les résidents. Il y aura un «après Covid» dans notre EHPAD. »

« Une cohésion d’équipe extraordinaire (infirmiers, médecin, cadre, ASH). »

« Un déclic pour enclencher les changements nécessaires. »

« Une panique. »

« Que le système hospitalier est le premier malade, à soigner de toute urgence. »

« Que cette crise change fondamentalement nos priorités de vie et qu’elle nous recentre sur l’essentiel. »

« Plus jamais ça. »

« Que ce n’est que le début probablement. Mais si elle pouvait faire changer notre regard sur le monde, je veux bien rester positive. »

« Quand on veut, on peut. Et ensemble nous sommes plus forts. »

« Prise de conscience que chacun de nos actes a des conséquences. »

« Possibilité de mettre en place rapidement et collectivement des actions qui réduiraient notre impact sur l’environnement, envie de croire que cela sera mis en place suite à la crise. »

« Peut-être est-il temps de changer de métier. »

« Que le changement est possible et il est déjà en marche. »

« Que la peur est un puissant facteur de mobilisation. »

« À présent nous avons la preuve que l’être humain peut s’adapter à toutes les situations, nous devons nous tenir prêts à être tous plus citoyens comme aujourd’hui afin que notre planète ne nous fasse plus payer notre inconscience et notre égoïsme. »

« Cela démontre notre fragilité alors qu’on se croyait invincibles. Il est temps de développer de la vraie solidarité, de respecter notre environnement de protéger le monde du vivant. »

 

 

 

 

*Le Président de la République Emmanuel Macron invitait lors de son discours télévisuel du 14 avril à « se réinventer ».

(1) Etude menée par la Fédération hospitalière de France (FHF) mars 2019
(2) Le Comité pour le développement durable en santé (C2DS), l’agence Primum Non Nocere et BVM communication travaillent avec un millier d’établissements sanitaires et médico-sociaux. Du 17 au 27 avril, la parole de 2 250 professionnels de santé a été recueillie.

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